Histoire de Paris

Paris, capitale hors-normes

Oppidum gaulois, modeste cité gallo-romaine, résidence occasionnelle des rois mérovingiens, Paris devient capitale du royaume capétien en l'An Mil. C'est le début d'un destin exceptionnel. Il y a cinq cents ans, François Ier écrivait  à Charles Quint : « Ce n'est pas une ville mais un monde ».

Au tournant du XXe siècle, à la Belle Époque, la ville attirait les artistes du monde entier et l'écrivain Jean Giraudoux pouvait écrire avec raison : « À Paris, j’ai sous les yeux les cinq mille hectares du monde où il a été le plus pensé, le plus parlé, le plus écrit ». Nous n'en sommes plus là. Paris n'est plus à la pointe de la création et n'a plus de prise sur le cours de l'Histoire. Mais les touristes du monde entier ont encore pour elle les yeux de Chimène et ses habitants, en dépit de leurs récriminations, ne se résignent pas à la quitter...

Jean-Pierre Bédéï et André Larané

Le Quai des Orfèvres et le Pont Saint Michel, Camille Corot, 1833, Paris, musée Carnavalet. L'agrandissement présente un tableau de Gaspart Gobaut, Les deux rives de la Seine à la hauteur des Tuileries, 1845, Paris, BnF, Gallica.

Paris : les étrangers sont ceux qui en parlent le mieux

« Imaginez-vous une Ville où les meilleures têtes d'un grand empire sont rassemblées, et, par des relations, des luttes, par l'émulation de chaque jour, s'instruisent et s'élèvent mutuellement ; où tout ce que les règnes de la Nature, ce que l'Art, dans toutes les parties de la terre, peuvent offrir de plus remarquable, est accessible à l'étude ; imaginez-vous cette ville universelle où chaque pas sur un pont, sur une place, rappelle un grand passé ; où, à chaque coin de rue s'est déroulé un fragment d'histoire. Et encore imaginez-vous ce Paris.... dans lequel depuis trois âges d'homme, des êtres comme Molière, Voltaire, Diderot, et leurs pareils ont mis en circulation une abondance d'idées que nulle part ailleurs sur la terre on ne peut trouver réunies !... » (Goethe (1749-1832), cité par G. Lenotre (Paris, 1937).

L'historien G. Lenotre nous propose aussi cette citation du comte russe Fédor Rostopchin (1763-1826) : « J'ai reconnu en cette ville la maîtresse de l'Europe : tant que la bonne compagnie parlera français, que les femmes aimeront les modes, que la bonne chère fera les délices de la vie, Paris influera toujours sur les autres pays. Il est certain qu'aucune autre ville au monde ne possède une aussi grande quantité d'hommes instruits, savants et estimables » et celle-ci du savant allemand Humboldt (1759-1859) : «C'est là seulement que je me sens vivre ! ».

Aux origines de Paris

Évoquée par Jules César dans La Guerre des Gaules, Lutèce est la capitale de la tribu gauloise des Parisii. On suppose que l'oppidum gaulois occupait un ensemble d'îlots sur la Seine, dont le principal sera justement appelé Île de la Cité, mais des découvertes archéologiques récentes donnent à penser que le véritable oppidum se situait plutôt au nord-ouest, dans un méandre de la Seine, du côté de Nanterre. 

Monnaie gauloise : Statère des Parisii, Paris, musée Carnavalet. 120 pièces d'or ont été découvertes à Puteaux en 1950.La cité est le théâtre en 52 av. J.-C. d’une bataille entre Gaulois et Romains. Ces derniers l'emportent sous le commandement d'un lieutenant de César, Labienus. 

César comprend immédiatement l’intérêt stratégique du site, avec un gué sur la Seine et deux ponts qui relient l'île de la Cité aux rives du fleuve, avec des voies en direction de Pontoise, Rouen, Senlis, Soissons, Melun, Sens. C'est l’ébauche de la centralisation monarchique, complétée par les atouts commerciaux que représente le fleuve. Restée malgré tout de taille modeste, la cité change de nom. Lutèce se fait connaître comme la « cité des Parisii » au cours du IIIe siècle de notre ère avant de devenir définitivement « Paris », deux cents plus tard. 

L'agrandissement est une vue actuelle de la Tour Clovis, de l'église Saint-Etienne-du-Mont et de la statue de Pascal au centre.Lorsque l’empire romain périclite à la fin du Ve siècle, Paris fait figure de place forte et le jeune roi des Francs Clovis (481-511) en fait sa résidence préférée. Paris devient ainsi l’une des capitales de ses successeurs, les Mérovingiens, les successeurs de Clovis.

Avec l'avènement des Pippinides (de la famille de Pépin) et de Charlemagne, dans une société devenue essentiellement rurale, centrée sur les seigneuries et les abbayes, la ville s'étiole. Elle s'étiole d'autant plus que le coeur de la chrétienté se déplace vers la Meuse, le Rhin et Aix-la-Chapelle. 

Mais les Carolingiens ne sont pas faits pour durer. L'Empire se démembre très vite, sous les coups des intrus, Normands, Sarrasins et autres Hongrois. Grâce à l'énergie du comte de Paris Eudes, élu roi par les barons de la partie occidentale de l'empire, Paris résiste aux Normands qui l’assiègent (885-886).

En 987, les barons de la Francie occidentale mettent pour de bon un terme à la tutelle carolingienne et confèrent le titre royal à l'un des leurs, le comte de Paris Hugues Capet, dont le principal mérite est d'être le petit-neveu et l'héritier du grand Eudes. Ainsi débute en catimini la dynastie capétienne et avec elle l'aventure parisienne. La ville devient définitivement la capitale du royaume et va grandir et prospérer en même temps que le pouvoir royal.

Jean Victor Schnetz, Le comte Eudes défend Paris contre les Normands, 1837, Château de Versailles.

Le centre névralgique de la France

C'est avec Philippe Auguste que Paris se hisse au rang d'une vraie capitale. La ville, forte de 100 000 habitants et enrichie par le commerce fluvial, se dote d'une Université mais aussi s'entoure de murailles pour résister à la menace anglo-normande, toujours présente.

Rixes à Paris entre étudiants et bourgeois, vers 1230, Paris, BnF, Gallica.Jusqu'à l'époque de Louis XIV, quatre siècles plus tard, la population parisienne sera ainsi enfermée dans un corset de pierre, élargi au fil des siècles. Le corset sera même rétabli à l'initiative du Président du Conseil Adolphe Thiers au XIXe siècle pour n'être ôté qu'après la Première Guerre mondiale. De là vient la forte concentration urbaine et la relative absence de parcs et espaces naturels au centre de la ville.

Le règne de Louis IX (saint Louis), petit-fils de Philippe Auguste, marque l'apogée de la France médiévale... et de sa capitale. Le roi confit en dévotion, a le bonheur de voir en 1245 l'achèvement de la cathédrale Notre-Dame de Paris, dont la reconstruction dans le nouveau style français (art gothique) a débuté en 1163. 

Cela ne lui suffisant pas, il achète à prix d'or de précieuses reliques, dont la Couronne d'épines du Christ, et construit pour elles, dans son propre palais, sur l'île de la Cité, en face de la cathédrale, un reliquaire d'exception, la Sainte Chapelle. Celle-ci est consacrée en 1248. Ainsi Paris, selon le voeu du roi, doit-elle devenir une ville sainte faisant jeu égal avec Rome, Antioche, Constantinople et même Jérusalem.

Miniature extraite du manuscrit Passages d’Outremers de Sabastien Mamerot montrant l’Île de la Cité au XVe siècle, Paris, BnF, Gallica.Notons tout de même que les rois capétiens, soucieux de préserver leur pouvoir, se gardent de trop élever l'évêque de Paris. Celui-ci, curieusement, est suffragant (dépendant) de l'archevêque de Sens, modeste cité bourguignonne. C'est seulement en 1622 qu'il obtiendra rang d'archevêque.

À la fin du « beau Moyen Âge » (XIe-XIIIe siècles), avec une superficie d'environ 438 hectares, Paris est la plus grande ville de France. On lui attribue 200 000 habitants en 1300, sous le règne de Philippe le Bel, ce qui en fait aussi, de loin, la plus grande ville de la Chrétienté, devant Florence et Venise (guère plus de 100 000 habitants chacune).

Pendant la guerre de Cent Ans, profitant de l’affaiblissement du pouvoir royal et de la captivité en Angleterre du roi Jean le Bon, la bourgeoisie parisienne joue pour la première fois un rôle politique. Le prévôt des marchands Étienne Marcel mène la révolte contre le fils du roi, le Dauphin (1356-1358). Celui-ci étant devenu le roi Charles V le Sage et les Anglais ayant été une première fois boutés hors du royaume, la ville retrouve la paix. Elle est divisée en 16 quartiers, administrés par un quartenier, élu par 4 cinquanteniers et 16 dizeniers ; les 16 quarteniers élisent le prévôt des marchands, qui devient de ce fait chef de la municipalité.

L'entrée de la reine Isabeau de Bavière à Paris le 22 août 1389, attribué à Philippe de Mazerolles, vers 1470-1472, Londres, British Library. L'agrandissement présente une seconde enluminure de l'entrée d'Isabeau de Bavière à Paris extraite des Chroniques de Jean Froissart, Belgique, fin XVe siècle, Paris, BnF.Les choses se gâtent à nouveau avec la querelle des Armagnacs et des Bourguignons : les premiers, issus de la « France profonde », soutiennent la monarchie, tandis que les seconds, alliés de l'occupant (anglais), bénéficient du soutien de la bourgeoisie et des magistrats parisiens. N'y voyons aucune allusion à une période plus récente et à un autre occupant...

À l’époque de la Renaissance, Paris est délaissé quelque peu par le pouvoir au profit des châteaux de la Loire. Mais le roi et la Cour y reviennent rapidement après que François Ier eut renoncé à déporter la capitale du royaume à... Romorantin, un modeste bourg au coeur de la forêt et des marais de Sologne !

Le roi y voyait le double avantage de l'éloignement d'avec la frontière septentrionale et de la proximité d'avec ses chères résidences ligériennes (de la Loire). Son vieil ami Léonard de Vinci commença même de travailler sur le projet.

Après cet épisode, Paris devient plus que jamais le cœur du royaume et le centre incontournable de son administration. Elle devient aussi la principale ville d'Europe, la plus grande et la plus prestigieuse. Les cités italiennes sont sur le déclin. Londres ne lui fait pas encore de l'ombre. Madrid et Berlin n'existent pas encore.

Plan de Truschet et Hoyau, extrait de La ville, cité, université de Paris (dit plan de Bâle), 1552, conservé à la bibliothèque universitaire de Bâle

La fureur et la fête

Cette centralité de Paris ne va pas aller sans violence. Le peuple parisien, mal guéri de la première Révolution et de la révolte des Cabochiens, qui l'avaient conduit à prendre le parti de l'occupant anglo-bourguignon contre celui de la monarchie, va jusqu'à nos jours, devenir le moteur de l'Histoire nationale au côté du gouvernement et souvent en conflit avec lui.

Le massacre de la Saint-Barthélemy est la première manifestation de cette dualité. Beaucoup de jeunes nobles protestants sont venus au Louvre pour les noces d'Henri de Navarre et Marguerite de Valois, fille de la régente Catherine de Médicis. Très agités, ils veulent surtout entraîner le pays dans une guerre contre l'Espagne.

Ils sont massacrés le 24 août 1572 mais ce que n'avaient prévu ni la régente ni le roi Charles IX, c'est que les Parisiens, allaient sauter sur l'occasion pour massacrer également leurs voisins protestants ! Ainsi le pays entre-t-il dans la phase la plus sombre des guerres de religion...

Vue du collège de Sorbonne en 1550, Fourquemin, E. A. Nousveaux, F. A. Pernot, 1850, Rouen, musée national de l’Éducation. L'agréndissement montre la cour intérieure actuelle de la Sorbonne vue du haut de la chapelle.

Le 12 mai 1588, refusant que succède au roi Henri III son cousin le protestant Henri de Navarre, les Parisiens soutiennent les ultras de la Sainte Ligue catholique et leur chef Henri de Guise. Ils se soulèvent lors de la journée des Barricades qui contraint le roi à fuir la capitale. En tête de la révolte figurent les clercs et étudiants du Quartier latin ainsi que la magistrature. 

Après l’assassinat d'Henri III, il faudra qu’Henri IV revienne à la confession catholique pour qu’il entre enfin à Paris comme roi. C’est le sens de la fameuse formule apocryphe prêtée à son ami Sully : « Paris vaut bien une messe ». Plus qu'une messe, Paris aura surtout coûté au roi 1,695 millions de livres. C'est la somme colossale offerte au gouverneur de la ville, le comte Charles de Brissac, pour qu'il lui ouvre les portes sans résistance. 

Le Président Molé, saisi par les factieux, au temps des guerres de la Fronde, François-André Vincent, 1779, Paris, Palais Bourbon.Le 13 mai 1648, c’est encore à Paris que naît la Fronde parlementaire contre le pouvoir exercé par la régente Anne d’Autriche. Une nouvelle journée des Barricades met les magistrats et le peuple de Paris en ébullition, obligeant Anne d’Autriche à fuir à Saint-Germain-en Laye avec ses fils et Mazarin.

De retour à Paris le 11 mars 1649, c’est la Fronde des Princes que doivent alors affronter la régente et le cardinal avant d’en triompher. Mais cet épisode traumatisera le jeune Louis XIV qui en tiendra rigueur aux Parisiens, et préfèrera installer son pouvoir à Versailles, un relais de chasse transformé en palais, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale, où lui succèderont Louis XV et Louis XVI.

Même en l'absence du souverain et de la Cour, Paris n’en demeure pas moins la capitale du pays. Elle reste le théâtre de grandes fêtes royales et municipales : entrées royales (1660), réception d'ambassadeurs tel celui de Perse en 1683, publications de paix, Te Deum et feux d'artifices pour les naissances et mariages princiers, etc. Paris séduit l'Europe par l’esprit qui y règne et qu’elle diffuse.

Au XVIIe comme au XVIIIe siècles, ses salons accueillent les femmes d'esprit et les intellectuels de l’époque. Dans ces hauts lieux du raffinement et de la conversation se propagent les idées nouvelles portées par les « philosophes ».

Philibert-Louis Debucourt, Vue de la façade ouest du Louvre, deuxième moitié du XVIIIe siècle, Paris, musée du Louvre.  L'agrandissement montre le Projet d'aménagement de la Grande Galerie du Louvre, vers 1796, par le peintre Hubert Robert, nommé garde des tableaux du roi en 1784.

Le peuple parisien fait sa Révolution

À la fin du Siècle des Lumières, la capitale va encore jouer le rôle de détonateur. Dès 1787,  les magistrats du Parlement de Paris, sortant de leurs missions strictement juridiques, prétendent interférer dans la politique nationale en usant de leur droit de remontrance. Grands bourgeois nantis de privilèges fiscaux on ne peut plus avantageux, ces magistrats bloquent toute velléité de réforme fiscale. Le roi Louis XVI n'a d'autre recours que de convoquer les états généraux pour contrer leur opposition.

Cette Assemblée nationale constituée de gens de bonne volonté aurait peut-être réformé sans à-coups les institutions politiques et fiscales. Mais de dérapage en dérapage, le peuple parisien en décidera autrement. Mobilisée par Camille Desmoulins, un intellectuel déclassé, la foule se jette à l'assaut de la Bastille le 14 juillet 1789.

Démolition de la Bastille, le 17 juillet 1789, Pierre Antoine Demachy, Paris, musée Carnavalet. L'agrandissement présente un autre tableau de Pierre Antoine Demachy, Démolition de l'église Saint-Barthélemy de la Cité à Paris en 1791, (actuel Tribunal de Commerce Paris 4ème arr.), Paris, musée Carnavalet.

Trois jours plus tard, le roi Louis XVI se rend à Paris pour prendre le pouls de la ville et calmer le jeu. Il est reçu à l'Hôtel de ville par le maire Jean-Sylvain Bailly, qui tient sa légitimité et son élection de la Commune insurrectionnelle instituée la veille pour remplacer le prévôt Jacques de Flesselles, massacré par la foule. Bailly épingle sur le chapeau du roi une cocarde tricolore avec le bleu et le rouge de la ville qui encadrent le blanc de la monarchie... On ne saurait mieux illustrer le gouvernement dual du pays, avec avantage au peuple parisien sur le roi !

La Révolution française commence pour de bon, émaillée de « journées » dans lesquelles à chaque fois, les Parisiens - et les Parisiennes - jouent le rôle principal. Le 5 octobre 1789, c'est une foule cette fois composée principalement de femmes qui quitte Paris pour Versailles. Ces Parisiennes, pour la première fois, s'en prennent directement à la personne même du souverain et non plus seulement à ses représentants. Elles ramènent la famille royale à Paris, dans le vieux palais des Tuileries que l'on remet prestement en état.

La journée qui suit, joyeuse s'il en est, se déroule à Paris, sur le Champ-de-Mars, mais le mérite en revient au gouvernement et aux délégués « fédérés » venus de tous les départements. C'est la fête de la Fédération, qui célèbre l'unité de la Nation le 14 juillet 1790, un an après la prise de la Bastille... En raison surtout des mesures coercitives à l'égard de l'Église, la situation se tend à nouveau. Un an plus tard, le 17 juillet 1791, sur le même Champ-de-Mars, une manifestation qui, pour la première fois, réclame l'abolition de la monarchie, est réprimée par la garde nationale. On  compte de nombreux morts.

Le Champ-de-Mars aménagé pour la Fête de la Fédération, 1790, musée de la Révolution française, Vizille, musée de la Révolution française. L'agrandissement montre une estampe de la journée du 17 juillet 1791, Bureau des Révolutions de Paris, 1791, Paris, BnF, Gallica.

Après l'entrée en guerre du pays contre une coalition européenne, les sans-culottes (dico) s'offrent encore une journée révolutionnaire le 10 août 1792, pas n'importe laquelle puisqu'elle conduit au massacre des gardes suisses du roi, à la déchéance de Louis XVI et à l'incarcération de la famille royale dans le donjon du Temple. Le 2 septembre suivant, une folle rumeur pousse cette fois la populace à massacrer les prisonniers et suspects en attente de procès. Au total un millier de victimes. Ces horreurs vont plaider pour la création d'un tribunal révolutionnaire et l'instauration de la Terreur : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être ! » (Danton, 10 mars 1793).

Au tournant du siècle, le général Bonaparte prend le pouvoir. Il instaure le Consulat et s'attribue des pouvoirs très étendus. Méfiant à l'égard du peuple parisien, il dissout la municipalité et, par la loi du 17 février 1800 (28 Pluviôse An VIII), confie la gestion de Paris (500 000 habitants tout de même) au préfet du département de la Seine. La sécurité relève quant à elle du préfet de police. L'un et l'autre sont nommés par le pouvoir central... Il faudra attendre la loi du 31 décembre 1975, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, pour qu'enfin Paris retrouve un maire et un conseil municipal...

Vue du palais de l'Industrie aux Champs-Élysées, Léon-Auguste Asselineau, vers 1855, Paris, BnF, Gallica. Boulevard Montmartre au printemps, Camille Pissarro, 1897, coll. privée.

Paris « ville-monde »

L'empereur Napoléon Ier échouera dans son projet de faire de Paris « la véritable capitale de l'Europe ». Du moins aura-t-il la satisfaction posthume d'être inhumé en son coeur, dans un mausolée aménagé dans l'église Saint-Louis-des-Invalides, inaugurant ainsi une tradition qui sera reprise par la plupart des dictateurs du XXe siècle !

Louis-Philippe d’Orléans, lieutenant général du royaume, arrivant à l’Hôtel de Ville de Paris (détail), 31 juillet 1830, Éloi-Firmin Féron, d’après Charles-Philippe Larivière, 1837, Château de Versailles.Après lui, les Parisiens, revenus de leurs illusions, s'abandonnent au règne de la bourgeoisie, jusqu'à se doter d'un « roi-bourgeois » en la personne de Louis-Philippe Ier, à l'issue d'une révolution de trois jours (27-29 juillet 1830), les « Trois Glorieuses ». Sous son égide, le préfet Rambuteau va entamer la modernisation et l'assainissement de la capitale, préparant le terrain à son successeur, le bien plus célèbre baron Haussmann (1853-1870). Paris, comme Londres, découvre les bienfaits de l'industrie et ses dommages collatéraux comme la pollution induite par le chauffage au charbon de terre et l'éclairage au gaz de ville (un gaz malodorant et polluant tiré de la distillation de la houille). 

Au bout de dix-huit ans d'un règne à peine perturbé par quelques poussées de fièvre, le roi est lui-même renversé par une coalition bourgeoise de républicains modérés et de monarchistes libéraux qui installent une Seconde République et  introduisent le suffrage universel (masculin) et non plus censitaire (dico). Frappés par la misère, le chômage et l'humiliation, les ouvriers parisiens se soulèvent les 23-26 juin 1848. La réponse du gouvernement républicain est plus sanglante et plus brutale que jamais sous les régimes précédents. Le général Cavaignac réprime les manifestations au prix de 4 000 morts chez les ouvriers et 1600 dans les forces de l'ordre. 

Le pont de l'Archevêché (Paris 4ème arr.) gardé par des troupes durant la révolution de 1848, anonyme, Paris, musée Carnavalet. L'agrandissement : Ministère des Affaires étrangères 23 février, 10 heures du soir. Une vive fusillade est faite sur le peuple sans armes. Révolution française 1848, Ferdinand Bastin, Paris, BnF.

Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l'Empereur, profitera du discrédit de la bourgeoisie républicaine pour devenir le premier président de la République française (10 décembre 1870) puis, faute d'obtenir des députés le droit de se représenter aux élections, commettre un coup d'État (2 décembre 1851) et se proclamer empereur sous le nom de Napoléon III.

Le Second Empire marque véritablement l'entrée de Paris dans la modernité, sous la houlette du préfet Haussmann. Bien avant que ne le proclame le romancier Ernest Hemingway, « Paris est une fête » ! La capitale, ses boulevards, ses lieux de plaisir et ses expositions font les délices de tout ce que compte l'Europe de gens fortunés.

Les ruines du palais des Tuileries, Jena-Louis Ernest Meissonier, 1871, Château de Compiègne. L'agrandissement montre L'incendie des Tuileries par Georges Jules Victor Clairin, 1871, Paris, musée d'Orsay.Le rêve s'interrompt avec la guerre franco-prussienne pour reprendre aussitôt après, sous la IIIe République. Comme en 1848, c’est à l’Hôtel de Ville qu’est proclamée la IIIe République le 4 septembre 1870, au lendemain de la défaite de Sedan, avant que le gouvernement n’émigre à Tours et que l’Assemblée nationale siège à Bordeaux puis gagne Versailles. 

Il faudra les affres du siège et l'humiliation du défilé des troupes allemandes dans la capitale pour que le peuple parisien se rappelle au bon souvenir de la bourgeoisie. C'est la Commune de Paris (18 mars-28 mai 1871) qui se conclut par une sauvage répression de la part d'Adolphe Thiers, chef du gouvernement provisoire de la IIIe République. Le record détenu par la précédente république est cette fois largement battu avec un minimum de dix mille victimes et la disparition dans les flammes de plusieurs monuments parisiens, dont le palais des Tuileries.

Le pays et la ville se remettent rapidement de la tragédie mais les parlementaires prennent leur temps avant de regagner la capitale dont ils se méfient. C'est seulement en 1879 que les sénateurs quitteront Versailles pour le palais du Luxembourg ! L'ordre revient dans la capitale, plus prisée que jamais par la bonne société européenne. Les expositions universelles de 1889, centenaire de la Grande Révolution et érection de la Tour Eiffel, et de 1900, au coeur de la « Belle Époque », ainsi que les funérailles de Victor Hugo (1885) et Louis Pasteur (1895), deux génies universellement admirés, portent la « Ville-Lumière » à son maximum de prestige.

Bombardement de Paris par canon à longue portée. Cimetière du Père Lachaise, 66e Division, Paris 20ème arr.,14 avril 1918, archives @Préfecture de Police, DR. L'agrandissement montre une photographie du 145 boulevard Volatire (Paris 11ème arr.) après des raids d'avions ennemis, 15 juin 1918, archives @Préfecture de Police, DR.

« Paris martyrisé »

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale, en 1914, avec notamment la débâcle de l’armée française, fait resurgir le spectre d’une occupation de Paris. Le gouvernement se replie à Bordeaux mais la capitale est sauvée par la réactivité du gouverneur militaire, le général Gallieni, qui convainc le général Joffre de lancer la contre-offensive de la Marne. Les Parisiens vont à nouveau trembler en mars 1918, lorsque les Allemands pousseront une ultime offensive vers la capitale, jusqu'à bombarder celle-ci avec leurs canons à longue portée.

Après le traité de Versailles, les gouvernants, confiants en la paix retrouvée, font raser les fortifications érigées en 1841 par Adolphe Thiers. Paris redevient « ville ouverte ». Ses habitants, au nombre de 2,9 millions, étouffent dans la limite des vingt arrondissements dessinés en 1860, aussi est-ce désormais dans les communes de la périphérie et la grande banlieue que va se faire la croissance démographique.

La crise économique des années 1930 réveille les revendications sociales, mises sous le boisseau par les gouvernants depuis la fondation de la IIIe République.

Les manifestants sur les marches de la Bourse de Paris, le 6 février 1934. L'agrandissement montre la Place de la Nation, le 12 février 1934, Rue des Archives, DR.La révélation d'une affaire de corruption est le prétexte, le 6 février 1934, à une violente manifestation antiparlementaire devant le Palais-Bourbon, siège de la Chambre des députés. À nouveau le sang coule dans les rues de Paris (17 morts). Dans la foulée, le 12 février 1934, la gauche riposte avec un défilé unitaire de la Porte de Vincennes à la place de la Nation. Il s'ensuivra la victoire du Front populaire aux législatives du 3 mai 1936, suivie d'une éclaircie sociale.

Adolf Hitler et ses généraux devant la Tour Eiffel à Paris le 23 juin 1940, Archives fédérales allemandes.Celle-ci est de brève durée. Arrivent la Seconde Guerre mondiale et l'Occupation. Le 14 juin 1940, la Wehrmacht entre à Paris. Cette victoire comble d'aise Hitler qui va avoir soin de soumettre et exploiter la France, grenier de l'Europe et deuxième puissance industrielle du continent après l'Allemagne.

Le gouvernement de la Collaboration s’installe à Vichy sous la houlette du maréchal Pétain cependant qu'à Paris, le monde du spectacle et des lettres ainsi qu'une partie de la magistrature, fidèles à une tradition pluri-centenaire, se rallient sans trop de résistance au nouvel ordre politique. C'est ainsi que sont installées auprès des cours d'appel et des tribunaux militaires des sections spéciales destinées à juger hors du cadre habituel les résistants et les suspects.

Après le débarquement de Normandie, le général de Gaulle, chef de la France libre, met un point d'honneur à ce que ce soient des troupes françaises, la IIe division du général Leclerc, qui libère Paris. C'est chose faite le 25 août 1944 et de Gaulle peut lancer devant l’Hôtel de Ville où tant d’événements se sont déroulés au cours de l’Histoire : « Paris ! Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré. » Le lendemain, il descend les Champs-Élysées au milieu de la liesse populaire.

Défilé sur les Champs-Elysées à la libération de Paris, 26 août 1944, Mémorial de Caen, cité de l'Histoire pour la paix.

Souvenirs, souvenirs...

Paris (aujourd'hui 2,2 millions d'habitants dans les vingt arrondissements ; 11 millions dans l'ensemble de l'agglomération) s'est réveillée après la fondation de la Ve République par le général de Gaulle en 1958. Ce fut le temps des contestations : manifestations liées à la guerre d’Algérie parmi lesquelles la marche FLN du 17 octobre 1961 et la bousculade tragique du 8 février 1962 au métro Charonne ; guerres fratricides entre militants algériens ; attentats de l’OAS... En mai 1968, le mouvement étudiant et ouvrier a paralysé la France pendant plusieurs semaines et fait trembler le pouvoir du général de Gaulle.

C’est surtout à Paris que, dans les années suivantes, furent organisés les grands défilés syndicaux. La capitale fut également le point de convergence des défenseurs de l’école privée lors de la puissante manifestation du 24 juin 1984, trois ans après l’accession de François Mitterrand à l’Élysée.

Au XXIe siècle, le statut de la capitale française a changé du tout au tout avec le tournant amorcé par l'Union européenne. Paris délègue désormais sa souveraineté monétaire à Francfort (siège de la Banque Centrale Européenne), sa politique industrielle et économique à Bruxelles (siège de la Commission), son droit à Luxembourg (siège de la Cour de justice de l'Union européenne)... La politique sociale (retraites, Code du Travail...) est alignée sur les préconisations de Bruxelles. Enfin, pour tout ce qui concerne la politique migratoire, la diplomatie, le commerce etc., les dirigeants français prennent soin de consulter leurs homologues et en particulier la chancellerie allemande. 

Il s'ensuit, faute de perspective, un effondrement de la mobilisation politique dans la population parisienne. Dans les dernières années, les seules manifestations qui ont troublé le pays sont venues de la « France périphérique » : ce furent les Bonnets rouges bretons et les Gilets jaunes des ronds-points, les uns et les autres révoltés par une taxe de trop. Si les Parisiens ont tremblé l'espace de quelques samedis, c'est que des Gilets jaunes sensibles à l'attrait de la capitale ont cru bon de se transporter sur les Champs-Élysées. Ils y ont été rejoints par des déclassés d'ultra-gauche avides d'en découdre avec la police.

Paris peine désormais à retrouver son rang passé face à Berlin qui s'affiche en capitale de l'Europe future ; face à Londres aussi qui revendique avec le Brexit une souveraineté pleine et entière et s'affiche en véritable « ville-monde », la seule qui mérite à vrai dire ce titre avec sa mosaïque d'Anglais, d'Européens, de Pakistanais et Indiens, d'Orientaux, d'Africains et de Caribéens.

La capitale française concentre toutefois encore les lieux de pouvoir nationaux, tous les grands corps de l’État ainsi que la plupart des grandes écoles et des sièges sociaux des grandes entreprises. Elle fait figure de métropole ouverte sur le vaste monde et globalement prospère malgré un clivage croissant entre la population installée, essentiellement européenne, et les populations issues de l'immigration récente, essentiellement africaines.

Le deuxième tour des élections présidentielles de 2017 témoigne du fossé qui sépare Paris du reste du pays. Emmanuel Macron, candidat du centre, y a obtenu de loin son meilleur score national (90%) contre 10% à sa concurrente d'extrême-droite. À comparer avec le Rhône (74% pour le premier et 26% pour la seconde) Pas-de-Calais (48% et 52%), la Guadeloupe (75% et 25%) ou encore Mayotte (57% pour Emmanuel Macron et 43% pour Marine Le Pen).  

Alors que le principe de l’élection du maire a été instauré pour toutes les communes françaises par une loi de 1882, Paris, qui est aussi un département, n’élit son maire que depuis la loi du 15 décembre 1975. Les premières élections municipales ont été remportées en 1977 par Jacques Chirac. Après une longue domination de la droite, le socialiste Bertrand Delanoë a conquis la capitale en 2001 et Anne Hidalgo (PS) lui a succédé en 2014 avec l’espoir de conserver son siège en 2020. Comme ses rivaux, elle porte son attention sur la propreté des rues, le verdissement des trottoirs, l'extension des pistes cyclables et l'accueil des migrants, à mille lieues des grandes ambitions urbanistiques des siècles précédents.


Publié ou mis à jour le : 2020-05-12 17:38:09

 
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