Philippe IV le Bel (1268 - 1314)

Un roi administrateur

Philippe IV le Bel, petit-fils de saint Louis, peut être considéré comme le véritable fondateur de l'État national. Avec lui, la monarchie échappe à l'emprise du pouvoir religieux et s'écarte des traditions féodales en se dotant d'une administration moderne.

En près de trente ans, le roi va renforcer l'administration du royaume avec le concours de conseillers issus de la bourgeoisie. Soucieux de consolider son autorité, il ne craindra pas aussi de s'opposer au pape, jetant les bases de la laïcité et de la séparation de l'Église et de l'État. Enfin, il aura soin de consolider les frontières face à ses rivaux, le roi d'Angleterre, qui est aussi duc de Normandie, et le titulaire du Saint Empire.


Les Rois maudits - Le roi de fer,  source : INA
Philippe le Bel ? Une statue !

masque mortuaire de Philippe IV le BelLe gisant ci-contre du tombeau de Philippe IV le Bel (basilique de Saint-Denis) peut être considéré comme ressemblant car l'habitude a été prise avec Philippe III son père d'exécuter le gisant d'après un moulage du visage du souverain défunt.

« Notre roi ressemble au grand duc, le plus beau des oiseaux, mais qui ne vaut rien. Il ne sait que regarder fixement les gens, sans parler. Ce n'est ni un homme ni une bête. C'est une statue », disait de Philippe le Bel son ennemi, l'évêque Bernard Saisset !

Échec en Flandre

Philippe devient roi à 17 ans, le 5 octobre 1285, à la mort de son père Philippe III le Hardi, victime du typhus à Perpignan au retour d'une catastrophique expédition contre l'Aragon.

Il a été marié l'année précédente à Jeanne de Navarre (12 ans), qui lui a apporté en dot la Champagne et la Brie. Il lui restera toujours fidèle et les deux époux se voueront toute leur vie respect et amour. Ils sont sacrés à Reims le 6 janvier 1286, selon la tradition capétienne.

D'emblée, quand il monte sur le trône, le jeune souverain manifeste déjà une autorité qui rappelle son grand-père saint Louis plutôt que son père, le terne Philippe III. Mais tout au long de son règne, il va rechercher les conflits plutôt qu'il ne va les éviter à la différence de Saint Louis, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Ainsi prend-il prétexte d'une rixe entre marins français et anglais à Bayonne, en 1292, pour citer devant la cour son vassal le duc de Guyenne, qui n'est autre que le roi d'Angleterre, et lui confisquer son duché le 19 mai 1294.

Le conflit tourne au désavantage de la France lorsque le comte de Flandre, Guy de Dampierre, vassal du roi capétien, prend le parti de l'Anglais. C'est que ses sujets, habitants d'Anvers ou de Bruges, sont de plus en plus liés avec les éleveurs de moutons anglais auxquels ils achètent la laine pour alimenter leurs ateliers de tissage.

Philippe le Bel fait occuper la Flandre. Mais il ne s'en tient pas là. Il attire par ruse le comte à Paris, le séquestre et confie l'administration de ses terres à Jacques de Châtillon. Par ses maladresses, celui-ci s'aliène très vite les habitants. C'est ainsi que le 18 mai 1302, les habitants de Bruges massacrent la garnison française. Ces « Mâtines de Bruges » (par analogie avec les Vêpres siciliennes) sont suivies d'une défaite de la chevalerie française à Courtrai le 11 juillet 1302. Le roi capétien prendra sa revanche à Mons-en-Pévèle le 17 août 1304.

De ce conflit date la scission actuelle de la Flandre, le nord s'émancipant de la suzeraineté capétienne, le sud (Lille, Douai, Béthune) étant livré à Philippe le Bel par le traité d'Athis-sur-Orge, le 24 juin 1305, conclu avec le comte Robert de Béthune.

Impopulaires impôts

Philippe le Bel a besoin d'argent pour poursuivre la guerre contre les Flamands et maintenir le train de vie de l'État malgré quelques signes de dépression économique. Il ne lui suffit pas de dévaluer la monnaie ni de dépouiller les juifs et les banquiers lombards. Il crée aussi de nouveaux impôts, tel celui sur les ventes que le peuple surnomme la « maltôte » ou mal levé. Le mot finira par désigner tout impôt illégitime.

Pour élaborer ses décisions et faire passer ses réformes, le roi s'appuie sur un Conseil composé de personnes qu'il choisit en fonction de leurs compétences. Ce sont généralement des juristes pétris de droit romain. Issus de la bourgeoisie, ils sont dévoués au roi, auquel ils doivent tout. Les grands féodaux, jaloux, ne manquent pas d'attiser contre eux le ressentiment populaire.

À partir de 1302, le roi prend aussi l'initiative de réunir à Notre-Dame des représentants du clergé, de la noblesse et des bourgeois pour obtenir leur acquiescement à ses réformes et ainsi faire passer celles-ci plus aisément. Ces réunions occasionnelles préfigurent les « états généraux » (les derniers seront réunis en 1614 et 1789).

Philippe le Bel commence par ailleurs à organiser son administration et constituer des services spécialisés. C'est ainsi que prend forme le « Parlement » ébauché par son grand-père. Il siège à Paris et traite les affaires judiciaires en appel. Il crée une Chambre des Comptes chargée de contrôler la gestion des officiers royaux. Il confie à ses proches conseillers Pierre Flote puis Guillaume de Nogaret la garde du Sceau royal au sein d'une chancellerie. À eux revient l'enregistrement et l'expédition des actes royaux. Issus de la petite bourgeoisie, ces « petites gens du conseil du roi » sont appelés légistes parce que spécialistes du droit romain. Leur objectif constant est le renforcement de l'autorité royale (« Le roi est empereur en son royaume » selon la formule de Philippe Auguste).

Le petit-fils de Saint Louis en conflit avec le pape

Le roi lève en 1295 un impôt occasionnel sur le clergé, la « décime » avec le concours de son chambellan, l'habile Enguerrand de Marigny. Le clergé s'incline, bien que le roi se soit dispensé de demander l'autorisation au pape de lever cet impôt. Il est vrai que l'on ne saurait rien refuser au petit-fils du pieux Louis IX, d'autant que celui-ci est canonisé par le pape Boniface VIII le 11 août 1297.

Cela n'empêchera pas le roi d'entrer en conflit avec la papauté pour une absurde affaire liée à quelques insultes proférées par l'évêque de Pamiers Bernard Saisset à son égard. Il fait arrêter l'évêque le 12 juillet 1301. L'année suivante, le pape Boniface VIII proteste et menace d'excommunication Philippe IV.

Guillaume de Nogaret, fidèle serviteur du roi, se rend en Italie en vue de destituer le pape. La rencontre a lieu le 8 septembre 1303, à Anagni, au sud de Rome. Elle tourne mal. On parle d'un «attentat» contre la personne du pape, qui aurait été souffleté.

Cet événement marque une rupture avec le XIIIe siècle, siècle chrétien par excellence durant lequel les gouvernements se soumettaient bon gré mal gré aux exigences du pape. Philippe IV le Bel se pose en précurseur du gallicanisme et de la laïcité, autrement dit de la séparation de l'Église et de l'État.

Le pape meurt quelques semaines plus tard et, le 5 juin 1305, c'est un Français qui monte sur le trône de Saint-Pierre sous le nom de Clément V, à l'instigation de Philippe le Bel. Empêché de s'installer à Rome pour cause de troubles dans la Ville éternelle, il se fixe à Avignon, à la frontière avec la France. Cette résidence provisoire va se prolonger jusqu'en 1376.

La grande affaire du règne est l'arrestation des Templiers le vendredi 13 octobre 1307. Ces moines-soldats, depuis la fin des croisades, vivent en France de leurs rentes. L'opinion ne les aime guère et le roi lorgne sur leurs biens. Après leur arrestation, ils sont torturés, jugés et condamnés. Les derniers, dont le grand maître Jacques de Molay, sont brûlés en 1314 à l'extrémité de l'île de la Cité, à Paris. Quelques semaines plus tard meurent à leur tour le pape qui les a abandonnés et le roi qui les a fait condamner.

Bon ordre apparent

La fin du règne est altérée par le scandale de la Tour de Nesle et la révélation de l'adultère des belles-filles du roi... Mais le royaume, à la mort du roi, le 29 novembre 1314, paraît en ordre et plus puissant que jamais.

Jean Brillet

Les Rois maudits - Le roi de fer,  source : INA
Publié ou mis à jour le : 2019-11-24 18:27:24

 
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