Histoire de Paris

Paris, un modèle urbain sans équivalent

Comment Paris est-elle devenue l’une des plus belles villes du monde, sinon la plus belle, à en juger par le nombre de touristes qu'elle attire, à défaut d'attirer encore des artistes et des créateurs ?

Nous verrons que Paris est l’aboutissement d’un effort urbanistique de plusieurs siècles, engagé par la monarchie la plus puissante du continent européen, assise sur un territoire d'une infinie diversité.

De Philippe Auguste à Mitterrand et Chirac en passant par saint Louis, Charles V, François Ier, les Bourbons et les Napoléonides, Louis-Philippe et la IIIe République, tous les gouvernants ont eu à cœur de prolonger le rêve d'une capitale exemplaire à vocation universelle...

Jean-Pierre Bédéï et André Larané

Jean-Baptiste-Nicolas Raguenet, L'Hôtel de Ville et la place de Grève, 1751, Paris, musée Carnavalet. L'agrandissement montre la place de l'Hôtel de Ville aujourd'hui.

Un destin encore incertain

L’histoire de Paris est aussi celle d’une continuelle extension sur les bords de la Seine. La Lutèce gallo-romaine déborde de l'île de la Cité et s'étend essentiellement sur la rive gauche du fleuve. 

Arènes de Lutèce (Paris 5ème arr.), fouilles 1870, vue d'ensemble, Pierre Emonts, Paris, musée Carnavalet. L'agrandissement est une vue des Arènes de Lutèce aujourd'hui.Elle est composée d’habitats populaires et des quelques monuments propres à tous les cités romaines, thermes, arènes, temples...  avec un plan en damier ordonné suivant le cardo maxiumus (axe Nord-Sud, aujourd'hui la rue Saint-Jacques) et le decumanus (axe Est-Ouest, plus ou moins la rue des Écoles).

À la fin du IIIe siècle, l'empereur Constance Chlore fait édifier le palais des Thermes au pied du mont Leucotetius, l'actuelle montagne Sainte-Geneviève. Il reste de cette première cité quelques vestiges. Ce sont les thermes de Cluny et les arènes de la rue Monge.

Mais cette Lutèce n'est jamais qu'une cité de second rang, avec environ 8 000 habitants sur 80 hectares à son apogée, bien moins que Lyon, Trèves, Reims, Nîmes, Toulouse ou encore Bordeaux. Dans les derniers temps de l'empire, elle prend le nom de ses premiers habitants gaulois et devient la « cité des Parisii », autrement dit Paris.

Vue de la grande salle du Palais des Thermes : le frigidarium,  Achille Poirot, 1845, Paris, musée de Cluny. L'agrandissement montre le frigidarium au sein du musée de Cluny aujourd'hui.

- Presque capitale avec Clovis et les Mérovingiens :

Clovis érige son palais à l'extrémité occidentale de l'île de la Cité. C'est désormais là que résideront tous les souverains jusqu'à Charles V. À la fin du XIVe siècle, celui-ci s'installera à l'hôtel Saint-Pol, dans le Marais, et laissera le palais de la Cité, ses fonctionnaires et ses magistrats, sous la tutelle d'un concierge. C'est aujourd'hui le Palais de Justice et la Conciergerie.

Église Sainte-Geneviève et abbaye Saint-Etienne-du-Mont, actuelle place Sainte-Geneviève, 5ème arrondissement, Angelo Garbizza, entre 1798 et 1808, Paris, musée Carnavalet.Le roi des Francs projette par ailleurs d'être inhumé sur le mont Leucotetius, sur la rive gauche, où son amie sainte Geneviève a établi son ermitage et dans l'église même où elle a été inhumée, l'église des Saints-Apôtres, aujourd'hui église Sainte-Geneviève, à côté du Panthéon. Ses successeurs, toutefois, à compter du roi Dagobert (633-639), préfèrent comme lieu d'inhumation l'abbaye de Saint-Denis, à une vingtaine de kilomètres plus au nord. 

Saint-Germain des Prés, Restitution des bâtiments du XVe siècle, Auguste-Jacques Régnier, XIXe siècle, Paris, BnF, Gallica. L'agrandissement montre l'église Saint-Germain des Prés aujourd'hui.Ils comblent aussi de privilèges la puissante abbaye de Saint-Germain-des-Prés et quelques autres comme l'abbaye de Saint-Cloud.   Le Paris des Mérovingiens englobe les deux rives de la Seine. Dès la fin du IXème siècle, les Parisiens commencent à s’installer autour du port, sur la rive droite, près de la Grève, qui deviendra bien plus tard la place de l’Hôtel de Ville.

Sur la rive gauche se dressent surtout des églises, dont l'église Saint-Vincent qui deviendra l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Mais avec l'avènement des Pippinides et de leur champion, Charlemagne, Paris retombe dans l'oubli et ses habitants se replient sur l'île de la Cité. Pour faire face aux attaques des Normands (IXe siècle), sont bâties les premières enceintes, autour de la Cité et sur la rive droite. Protégeant les sédentaires contre les attaques des envahisseurs et des routiers, cette technique de fortification sera promise à un bel avenir.

- Une vocation affirmée de capitale avec Hugues Capet :

Moulage du sceau des marchands de l'eau de Paris de 1210, conservé aux Archives nationales. L'agrandissement montre les armoiries de Paris sur la façade de l'ancienne caserne des Petits-Pères, 12 rue de la Banque,à Paris 2e arr. réalisées par Victor Baltard.Hugues Capet et ses successeurs, les premiers rois capétiens, ne sont encore que de modestes souverains, élus par leurs pairs, les grands barons de ce qu'on appelle encore la Francie occidentale, le mot France apparaissant au début du XIe siècle.

Profitant de l'essor économique de la chrétienté amorcé après l'An Mil, Paris asseoit sa prospérité sur le commerce fluvial, sur la Seine et ses principaux affluents, l'Oise et la Marne.

Ce commerce fait la fortune de la « guilde des marchands de l'eau » à laquelle Louis VII accorde en 1170 le monopole de tout le trafic entre Mantes et Corbeil. C'est à cette corporation (dico) que la ville devra ses armoiries, avec une nef en bonne place, et sa devise latine, Fluctuat nec mergitur (« Il est battu par les flots mais ne sombre pas »).

Paris, ville puissance

Les choses sérieuses commencent avec Philippe Auguste (1180-1223)...

Paris vu du ciel et ses principaux monuments

Paris compte alors pas loin de cent mille habitants et c'est déjà l'une des plus grandes villes de la chrétienté, en concurrence avec les républiques marchandes italiennes. Elle compte aussi quinze mille étudiants venus de partout et qui étudient dans des écoles privées. La cohabitation n'est pas facile et pour y remédier, le roi fonde le 15 janvier 1200 une Université, l'une des premières de la chrétienté. Concentrée dans le Quartier latin (ainsi nommé car le latin est la langue commune aux étudiants et aux maîtres), autour de l'église Saint-Julien-le-Pauvre, cette Université est essentiellement tournée vers la théologie et l'étude des textes anciens. Elle est à l'origine de la réputation intellectuelle de la capitale.

L'enceinte de Philippe Auguste située rue des Jardins-Saint-Paul à Paris dans le 4ème arr.

Le roi doit aussi protéger sa ville contre ses voisins qui ne sont autres que les Plantagenêts, rois d'Angleterre et ducs de Normandie. Leurs domaines confinent à l'Île-de-France. Dès 1190, il lance donc la construction d'une enceinte fortifiée. Achevée vers 1212, elle enserre les deux rives de la Seine.

Le Louvre médiéval (sous la cour carrée du Louvre), crypte Philippe-Auguste. L'agrandissement montre la tour découverte lors des fouilles préventives menées dans le cadre de la construction d’un auditorium attenant à l’Institut de France (6e arr.)Elle est piquetée de douze portes et trente-trois tours, dont une « grosse tour » à l'endroit où l'enceinte rencontre la Seine, à l'ouest, face aux domaines normands des Plantagenêts. Le nom de cette tour, Louvre, dériverait d'un mot latin désignant les loups (preuve de ce que le lieu était rien moins que sûr). Les fondations de la tour de Philippe Auguste ont été retrouvées dans la Cour carrée, dans les années 1980, lors des travaux du Grand Louvre. Elles sont visibles en souterrain.

Vers 1220, toujours sous le règne de Philippe Auguste, le conseil dirigeant des marchands de l'eau, le « parloir aux bourgeois », commence à faire figure d'assemblée représentative des Parisiens, face au représentant du roi, le prévôt de Paris. Le conseil s'établit d'abord près du Châtelet puis sur la montagne Sainte-Geneviève, enfin en 1357, à l'initiative d'Étienne Marcel, dans la Maison-aux-Piliers de la place de Grève. Plusieurs fois reconstruite et agrandie, c'est l'actuel Hôtel de ville, restitution (en plus grand) de l'édifice de la Renaissance, incendié sous la Commune (1871).

Dans le même temps, sur l'île de la Cité, face au palais royal, les évêques poursuivent la reconstruction de leur cathédrale dans le nouveau style, le style français ou art gothique. Elle est achevée en 1245, sous le règne de saint Louis, petit-fils de Philippe Auguste. Le pieux roi lance en parallèle, à côté de son palais, la construction de la Sainte Chapelle, reliquaire tout de lumière et de légèreté, pour abriter les saintes reliques du Christ.

Vue de l'Ile de la Cité avec le Pont Neuf et la pompe de la Samaritaine, Jean-Baptiste-Nicolas Raguenet, XVIIIe siècle, coll. particulière. L'agrandissement montre le Pont Neuf qui traverse les deux bras (le Grand bras et le Petit bras), permettant de relier la rive droite à la rive gauche en passant par la pointe ouest de l'île.

Surchauffe économique, surpopulation, crise dynastique, guerres, jacqueries et épidémies changent l'humeur de nos aïeux.

À la faveur d'une embellie pendant la guerre de Cent Ans, le roi Charles V le Sage (1364-1380) se montre justement soucieux de protéger sa capitale. Il lance une nouvelle ligne de fortifications au-delà de la précédente. Il fait aussi agrandir le Louvre et érige une puissante forteresse à l'est de sa capitale, dans le faubourg Saint-Antoine, c'est la Bastille. Elle a mission de protéger la ville contre un hypothétique envahisseur mais aussi de surveiller les habitants dont les événements récents ont montré la dangerosité.

Le roi lui-même abandonne le palais de la Cité à ses fonctionnaires et partage son temps entre le donjon de Vincennes, plus haut d'Europe, et sa nouvelle résidence, l’hôtel Saint-Pol, dans le quartier du Marais, où il ne tarde pas à être rejoint par les nobles de la Cour.

En dépit des aléas de l'heure, Paris s'affirme comme la plus grande et plus prestigieuse ville d'Europe, même si elle  n’est encore pour l'essentiel qu’un entrelacs de rues étroites et non pavées - on en compte environ 300 - aux alignements plus que fantaisistes.

La cour carrée du Louvre au début du XVIIe siècle, Féodor Hoffbauer, vers 1890,  Paris, musée Carnavalet. L'agrandissement montre une vue de la cour carrée aujourd'hui.

Paris, ville de l'idéal Renaissance

Les troubles du XVe siècle et la reconstruction du royaume sous Louis XI laissent peu de souvenirs à Paris. François Ier (1515-1547) songe même un temps à déplacer sa capitale à Romorantin, dans le val de Loire qu'il chérit par-dessus tout. Mais il ne tarde pas à se raviser et, à partir de 1530, pétri de l'idéal humaniste de la Renaissance et de l'exemple italien, va insuffler un nouvel élan à la capitale.

La fontaine des Innocents de Jean Goujon et Pierre Lescot, à Paris, dans le quartier des Halles, DRLe roi fait abattre la vieille forteresse du Louvre et, en 1546, confie à Pierre Lescot le soin de construire à la place un véritable palais dans le goût italien de l'époque. L'architecte va s'y atteler sous les règnes suivants, jusqu'à sa mort, et réaliser avec le sculpteur Jean Goujon la Cour Carrée. Ensemble, les deux hommes vont aussi créer la délicieuse fontaine des Nymphes, ou fontaine des Innocents, au centre de l'ancien cimetière du même nom.

Les officiers municipaux obtiennent aussi de François Ier qu'il remplace la Maison-aux-Piliers par un Hôtel de ville plus conforme à leur dignité, dignité qu'ils n'ont garde de mésestimer. C'est ainsi qu'est érigé un véritable palais Renaissance sur la place de Grève.

Henri II (1547-1559) et Catherine de Médicis poursuivent les aménagements de Paris, encore sans équivalent dans le reste de l'Europe, même si dans le même temps, de l'autre côté des Pyrénées, le roi Philippe II d'Espagne se donne une nouvelle capitale, Madrid, pour remplacer la Tolède médiévale.

Dans le Marais, Pierre Lescot construit l'hôtel de Ligneris. C'est aujourd'hui le musée Carnavalet. Il abrite la plus belle collection qui soit sur l'histoire de Paris.

Le Louvre sous Charles V puis sous Louis XIII, Paris, BnF.

Au centre de ce quartier aristocratique du Marais survient la mort tragique du roi Henri II au cours d'un tournoi. Sa veuve Catherine de Médicis prend dès lors le quartier en horreur et commande à Philibert de l'Orme (ou Delorme), premier « architecte du roi », un nouveau palais. Situé à l'ouest de l'enceinte de Charles V et du Louvre, il occupe d'anciennes tuileries. D'où son nom de palais des Tuileries, et celui du vaste parc qui est encore aujourd'hui le poumon du centre de Paris. Incendié pendant la Semaine Sanglante de la Commune, le palais ne sera jamais reconstruit.

Avec les Tuileries prend forme le « Grand Dessein » de la monarchie, rien moins que la constitution d'un axe palatial de plusieurs kilomètres, de la Cour Carrée du Louvre jusqu'à... l'Arche de la Défense de François Mitterrand en passant par les Champs-Élysées de Louis-Philippe.

Pour l'heure, c'est Henri IV (1589-1610) qui s'y attelle à l'issue des guerres de religion. Le roi prend sa mission à cœur, se qualifiant lui-même de « premier maçon du royaume » ! Le long de la Seine, il fait ériger une « galerie du bord de l'eau » de façon à raccorder la Cour Carrée du Louvre au nouveau palais des Tuileries. Deux siècles plus tard, Napoléon III complètera l'ensemble avec une aile symétrique le long de l'actuelle rue de Rivoli.

Après ce hors-d'oeuvre, Henri IV fait construire à l'extrémité de l'île de la Cité le Pont Neuf, premier pont de pierre de la capitale, premier aussi à ne pas être bordé de maisons et boutiques en bois, ce qui permet à chacun de jouir de la vue sur le fleuve.

Le Pont-Neuf, avec la statue d'Henri IV et, à droite, la pompe de la Samaritaine,vus du quai de la Mégisserie, par Jean-Baptiste Raguenet (1777), musée Carnavalet

À l'entrée nord du pont est érigé un bâtiment avec une grosse pompe et une statue de la Samaritaine qui donnera plus tard son nom au grand magasin voisin. À l'endroit où le pont chevauche l'île de la Cité, le roi fait ériger sa propre statue. C'est là aussi une première !

Enfin, il ouvre dans le Marais la première place de Paris. Sous le nom de place Royale, elle sera achevée et lotie sous le règne de son fils Louis XIII. Elle est aujourd'hui connue sous son nom révolutionnaire. C'est la place des Vosges.

La Place Royale, vers 1660. Passage du carrosse du roi, anonyme, Paris, musée Carnavalet. L'agrandissement montre la place des Vosges de nos jours.

Les transformations de Paris d'après le plan Mérian (1615)

Ce célèbre plan de Paris, dit plan Mérian, représente la capitale française en 1615, peu après la mort du roi Henri IV. Il montre l'amorce de la transformation de la cité médiévale en une cité classique. Les numéros renvoient vers les lieux remarquables évoqués plus loin.

Noter au nord (à gauche du plan) le bras mort de la Seine qui sera comblé sous le règne de Louis XIII et occupé par l'« enceinte des Fossés Jaunes », laquelle sera rasée par Louis XIV et remplacée par les Grands Boulevards actuels.

NB : le Nord est à gauche et l'Est (ou Orient) en haut du plan, selon une norme en vigueur jusqu'au XVIIIe siècle [de là nous vient le mot orienter, tourner vers l'orient].

Le plan  de Paris en 1615 (plan Mérian)

1 : le palais des Tuileries, construit par Catherine de Médicis (fin XVIe siècle),
2 : l'ancienne forteresse du Louvre, sur l'enceinte de Philippe Auguste (fin du XIIe siècle) et la première aile de la cour carrée (Pierre Lescot, 1546),
3 : l'enceinte de Charles V (fin du XIVe siècle),
4 : la Bastille de Charles V (fin du XIVe siècle),
5 : la tour du Temple (XIIIe siècle),
6 : la grande galerie du bord de l'eau, construite par Henri IV,
7 : l'hôpital des Quinze-Vingts, construit pour les aveugles par Saint Louis au retour de la croisade (XIIIe siècle), depuis lors réimplanté près de la Bastille,
8 : le Pont-Neuf et la statue d'Henri IV, face à la place Dauphine,
9 : la place Royale (aujourd'hui place des Vosges), construite par Henri IV,
10 : l'hôtel de ville, construit par François Miron, sous le règne d'Henri IV,
11 : la cathédrale Notre-Dame, sur l'île de la Cité (XIIe-XIIIe siècle),
12 : l'ilôt des lapins, sur le point d'être loti sous le nom d'île Saint-Louis,
13 : l'église Sainte-Geneviève (XIIe siècle), dans l'enceinte de Philippe Auguste, et l'église saint-Étienne du Mont en cours de construction (près de l'actuel Panthéon), au coeur du Quartier Latin,
14 : l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés,
15 : le donjon de Vincennes, construit par Charles V (XIVe siècle).

Paris, ville de l'idéal classique

Après l'assassinat du roi, la reine Marie de Médicis assume la régence. Délaissant la rive droite, elle fait ériger pour elle-même un palais à la place de l'hôtel du duc de Luxembourg. Ce palais du Luxembourg, qui abrite aujourd'hui le Sénat, est construit par l'architecte Salomon de Brosse dans un style qui annonce déjà le classicisme. 

L'Hôtel de Sully, construit dans le Marais (1625) par l'architecte Jacques Androuet du Cerceau, DRL'aristocratie n'en continue pas moins de priser le quartier du Marais, d'autant que celui-ci s'agrémente de la belle place Royale. Les hôtels particuliers « entre cour et jardin », tel l'hôtel de Sully, du nom de son plus célèbre occupant, accueillent les « précieuses » et deviennent les lieux privilégiés de la conversation de salon. Là s'ébauchent la grande littérature et la philosophie du Grand Siècle.

Dans l'esprit de ce siècle épris de science et de littérature, on ouvre le Jardin des Plantes et l'Observatoire. Richelieu fait embellir la Sorbonne et se fait inhumer dans sa chapelle. Mazarin lègue une fortune pour la construction d'un Collège des Quatre-Nations qui abritera plus tard l'Institut de France. Louis Le Vau en est l'architecte. C'est à lui que revient aussi l'achèvement de la colonnade du Louvre en pur style classique, autrement dit antique.

La reine Anne d'Autriche fait ériger l'église du Val-de-Grâce au pied de la montagne Sainte-Geneviève en remerciement pour la naissance du futur Louis XIV. C'est la seule église de style baroque dans la capitale.

Église du Val de Grâce, XVIIe siècle, Ministère de la Défense. L'agrandissement montre l'église du Val de Grâce aujourd'hui.

Le Roi-Soleil fait pour sa part construire l'Hôtel des I'Invalides pour ses vétérans et blessés de guerre. On peut penser que leur sort est meilleur ou moins pire que celui des mendiants et des femmes enfermées dans l'hôpital de la Salpêtrière. 

La porte Saint-Denis, Paris, DRSous le règne de Louis XIV, la place des Victoires et la place Louis-le-Grand s’inscrivent dans les nouveaux quartiers Richelieu et Saint-Honoré. Le roi fait aménager aussi le jardin des Tuileries, dans le prolongement du palais, ainsi que la place du Carrousel.

Considérant à juste titre que la capitale n'a plus à craindre d'envahisseurs, il fait raser l'enceinte fortifiée érigée par son père Louis XIII sur le bras mort de la Seine, au nord de la ville. Il aménage à son emplacement de Grands Boulevards qui ne tarderont pas à offrir un lieu de promenade et de convivialité autour de leurs cafés et de leurs théâtres. Il y ajoute deux superbes arcs de triomphe à la manière antique et tout à la gloire du Roi-Soleil, la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin.

Au XVIIIe siècle, sous le règne de son arrière-petit-fils et successeur Louis XV, l'extension de la capitale se fait vers l'ouest, sur les deux rives de la Seine (faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré, Chaussée d'Antin).

C'est l'apothéose avec une floraison de monuments classiques.

La place Louis XV est aménagée pour accueillir la statue du roi à partir de 1754. Elle deviendra la place de la Révolution et accueillera la guillotine en 1792 avant de devenir l'actuelle place de la Concorde. Elle est bordée au nord par deux hôtels symétriques : le Garde-Meuble, actuel Hôtel de la Marine, et l'Hôtel Crillon. 

Alexandre-Jean Noël, Vue de la place Louis XV, vers 1775. L'agrandissement montre la place Louis XV, désormais place de la Concorde, aujourd'hui.

Sur la montagne Sainte-Geneviève, Soufflot érige l'église Sainte-Geneviève, un temple plus lourd que grâcieux dont on fera plus tard le Panthéon.

Malgré tout, certains quartiers, surpeuplés, demeurent insalubres et dangereux ; une partie de la population reste misérable. L'hygiène s'améliore peu à peu, avec la multiplication des fontaines, la réfection des égouts et l'ouverture de nouveaux jardins au public. Le pavage des rues, commencé sommairement au Moyen Âge, se développe avant d'être généralisé sous le règne de Louis-Philippe. Les voies sont pourvues d'écriteaux aux carrefours à partir de 1728 ; le numérotage des maisons est entrepris en 1775. Des trottoirs font leur apparition mais la circulation se révèle encore très malaisée en raison de l’étroitesse des rues - pas plus de trois mètres -, de leur non-alignement ainsi que du grand nombre de charrettes, de voitures à cheval, de chaises à porteur, puis plus tard de fiacres et d’omnibus.

Le dernier acte de l'Ancien Régime est l'aménagement du Palais-Royal par le duc d'Orléans, le futur Philippe-Égalité. Cette belle résidence en style classique avait été construite par le cardinal de Richelieu en 1628 pour son usage. Faisant face au Louvre, elle lui permettait de garder le contact avec le roi Louis XIII. Le Palais-Cardinal fut cédé au roi en 1636.

Les jardins du Palais-Royal, Paris, 1830, dessin de Pierre Courvoisier, musée Carnavalet.

Devenu Palais-Royal, il fut offert par Louis XIV à son frère Philippe d'Orléans. L'arrière-petit-fils de celui-ci décida donc d'en lotir les jardins avec le concours de l'architecte Victor Louis. Il fit ériger tout autour des immeubles d'habitation ceinturés d'une plaisante galerie ouverte au public et plus spécialement aux jeunes gens en goguette et aux beautés peu farouches.

C'est avec l'une d'elles que, selon ses propres dires, le jeune Napoléon Bonaparte perdit son pucelage. Plus sérieusement, c'est aussi dans ce jardin et sous cette galerie que le journaliste Camille Desmoulins harangua la foule en juillet 1789 avec pour conséquence la prise de la Bastille et la Révolution !


Publié ou mis à jour le : 2020-02-16 11:58:08

 
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