Henri IV (1553 - 1610)

Le roi 6 fois converti

En montant sur le trône, Henri IV porte au pouvoir la maison de Bourbon, une branche cadette de la dynastie capétienne. Il compte parmi les grands rois de France, malgré un règne relativement court et troublé par une impitoyable guerre de religion. Lui-même y mettra un terme avec l'Édit de tolérance de Nantes.

Avec son ami Maximilien de Béthune, duc de Sully, il restaurera le royaume dans son intégrité et sa prospérité. Il sera finalement assassiné par le triste Ravaillac. Tous ces éléments alimenteront sa popularité, portée à son zénith au XIXe siècle par les partisans de la restauration monarchique.

Alban Dignat

Des racines pyrénéennes

La lignée d'Henri IV remonte jusqu'aux comtes de Foix qui se trouvèrent mêlés à la croisade contre les Albigeois, comptant même dans leur famille de célèbres religieux cathares comme Esclarmonde, la propre soeur du comte. Les comtes de Foix héritèrent plus tard de la vicomté de Béarn (capitales : Orthez et Pau).

Gaston Phébus, un ancêtre haut en couleur

Parmi les ancêtres les plus célèbres d'Henri IV figure Gaston III, qui se fit lui-même surnommer Phébus ( Fébus - soleil en langue d'oc). Il régna de 1343 à 1391 sur ses domaines pyrénéens. Mécène, Fébus eut à coeur de cultiver son image, en dissimulant les mauvais côtés de sa personnalité (ainsi a-t-il tué de sa main son propre fils !). Pour assurer sa notoriété, il écrivit lui-même le Grand Livre de la Chasse, reflet de la passion qui lui coûta la vie : il mourut à 61 ans d'une crise cardiaque au cours d'une chasse à l'ours dans les Pyrénées.

Henri II d'Albret, grand-père du Vert-Galant, hérite de sa mère Catherine le titre de roi de Navarre. Mais le roi Ferdinand II d'Aragon lui enlève en 1512 la partie méridionale de son royaume, la haute-Navarre et sa capitale Pampelune. Il se résigne à ne plus gouverner que le Béarn, la Basse-Navarre et le comté de Foix, en conservant le titre royal.

Comme il est l'ami du roi de France François 1er, celui-ci lui donne en mariage sa propre soeur Marguerite d'Angouême, veuve du duc d'Alençon. Elle anime à Nérac une cour brillante avec Clément Marot... Leur fille unique Jeanne d'Albret épouse en 1548 un prince du sang, Antoine de Bourbon, duc de Vendôme. Ainsi sont unies les deux dernières grandes familles féodales de France.

Une famille tiraillée

Antoine de Bourbon, en 1559, se fâche avec le roi Henri II auquel il reproche de n'avoir pas obtenu de l'Espagne, par le traité du Cateau-Cambrésis, la restitution du royaume de Navarre. Du coup, il passe brièvement à la Réforme en se convertissant au calvinisme.

Mais après la conjuration d'Amboise et la mort de son frère Louis de Condé, Antoine revient au catholicisme. À la mort de François II et à l'avènement de Charles IX, deuxième fils d'Henri II, il devient lieutenant général du royaume (en quelque sorte régent). Indécis et quelque peu falot, il meurt sans gloire lors du siège de Rouen, en 1562, au tout début des guerres de religion, d'un boulet d'arquebuse reçu alors qu'il s'était mis à l'écart pour satisfaire un besoin naturel.

Jeanne d'Albret vivait séparée de son mari Antoine de Bourbon depuis sa propre conversion au calvinisme, vers 1556. S'étant publiquement déclarée calviniste à la Noël 1560, elle se replie dans le Béarn, à Orthez et Pau, où elle anime avec fougue le clan réformé.

Le futur Henri IV, né au château de Pau le 13 décembre 1553, est mis en nourrice chez sa tante, au château de Corroaze, à 20 kilomètres de Pau, où il côtoie des enfants de la campagne, à commencer par ses frères de lait, les enfants de sa nourrice. Il reçoit ensuite une éducation de qualité qui fait de lui, au-delà des apparences, un fin lettré.

Né dans la foi catholique, il est converti au protestantisme à l'initiative de sa mère. Accueilli très jeune à la cour des Valois, il est contraint de s'en éloigner quelque temps après le massacre de Vassy en 1562 et se trouve ballotté entre la cour des Valois et celle de Navarre.

Pendant l'accalmie qui suit la première guerre de religion, l'enfant, âgé d'une dizaine d'années, entreprend un grand voyage à travers le royaume avec toute la cour et ses cousins, dont le roi Charles IX. Pendant neuf cents jours, la cour se déplace de ville en ville. Une opération de relations publiques sans précédent, voulue par la régente Catherine de Médicis, très instructive au demeurant pour les princes, en particulier le futur Henri IV.

Avec le traité de Saint-Germain qui conclut en 1570 une troisième guerre de religion, la régente tente une réconciliation entre protestants et catholiques. Elle décide de marier sa plus jeune fille, Marguerite (dite Margot), à son cousin Henri, désormais roi de Navarre (il porte alors le nom d'Henri III de Navarre et deviendra plus tard roi de France sous le nom d'Henri IV). Les deux époux ont 19 ans. Mais les noces se terminent dans le sang. C'est le massacre de la Saint Barthélemy.

Henri, qui a perdu sa mère, morte en juin, dix ans après son père, est retenu à la cour et converti de force au catholicisme. Soigneusement épargné par les massacreurs, il se jette à corps perdu dans les frivolités.

Séduisant, lettré, ardent avec les dames comme avec son épouse Margot à laquelle le lie une amicale complicité, empreinte de tolérance réciproque, il n'en est pas moins profondément perturbé : la plupart de ses compagnons d'armes sont morts par sa faute, après qu'il les eus convaincus d'accepter la paix et de se rendre à ses noces.

Cinq ans plus tard, le 3 février 1576, après qu'Henri III fut monté sur le trône, Henri de Navarre réussit à s'enfuir en compagnie de son ami Agrippa d'Aubigné.

Par habileté tactique, il conserve de bonnes relations avec la cour jusqu'à obtenir du roi de France le gouvernement de la Guyenne (la province dont Bordeaux est la capitale), à la paix de Beaulieu-lès-Loches (6 mai 1576). Là-dessus, enfin, il repasse au calvinisme, la religion de sa mère et de sa soeur Catherine de Bourbon. Sa trahison lui interdira à jamais d'entrer dans Bordeaux, farouchement catholique.

Le roi de Navarre devient le chef des réformés et prend la tête de l'Union calviniste, qui rassemble les villes à majorité protestante du Midi du royaume. Dans le même temps, en réaction, les villes catholiques du Nord constituent des Ligues catholiques et font allégeance au duc Henri de Guise, dit le Balafré, comme feu son père François.

Henri de Navarre bénéficie des conseils de Philippe de Duplessis-Mornay, auquel son aura intellectuelle vaut le surnom de « Pape des huguenots » et qui a échappé à la Saint-Barthélemy en se cachant à Villarceaux. Sur sa recommandation, le roi de Navarre s'entoure tant de catholiques que de protestants. C'est ainsi que Michel Eyquem, seigneur de Montaigne, bon catholique devant l'Éternel, devient son confident tout en conservant de bonnes relations avec la cour des Valois. Peu après, en 1581, le roi de Navarre est rejoint par le maréchal de Matignon, également catholique, qui va l'assister dans le gouvernement de la Guyenne.

Batailles pour un trône

On entre dans ce qu'il est convenu d'appeler la sixième guerre de religion (il y en aura huit jusqu'à la paix définitive). Elle se clôt par une première « paix de pacification », signée à Bergerac le 17 septembre 1577, et la dissolution des ligues catholiques ainsi que de l'Union calviniste. Cette paix est mal appliquée et les hostilités reprennent brièvement en 1580 à l'initiative de Marguerite de Valois. C'est la « guerre des Amoureux » !

Coup de tonnerre en 1584 : la mort de François, duc d'Alençon et plus jeune fils de Catherine de Médicis, fait d'Henri de Navarre l'héritier légitime du roi Henri III, celui-ci n'ayant pas d'enfant. Le duc d'Épernon, l'un des mignons du roi de France, se rend à Pau pour tenter de le convaincre de se convertir une nouvelle fois mais le Béarnais s'y refuse car ce nouveau revirement opportuniste le déconsidèrerait auprès de tous.

Les anciens ligueurs catholiques, révulsés par l'éventualité d'un roi protestant, constituent une Sainte Ligue nouvelle, autrement plus dure que la précédente et qui n'hésite pas à remettre en cause la légitimité des Valois.

L'ultime guerre de religion, dite « guerre des trois Henri », met au prises Henri de Guise, Henri de Navarre et le roi Henri III. Cette guerre se mène surtout au sud de la Loire. Elle est faite non plus de batailles rangées mais de coups de main, une tactique dans laquelle excelle Henri de Navarre. Il est vrai qu'il n'a guère d'autre choix compte tenu de l'infériorité numérique du camp protestant. Mais, pour finir, il remporte une belle bataille dans les règles en s'emparant de Coutras, une citadelle fortifiée près de Libourne, le 20 octobre 1587.

La bataille occasionne la mort du duc de Joyeuse, favori et mignon du roi. Fin politique, Henri célèbre les funérailles des défunts des deux camps à Libourne, le lendemain, et renvoie à Henri III la dépouille de son ami avec un mot de contrition.

Vers la réconciliation

Henri III commence à accepter l'éventualité de léguer le trône à l'héritier légitime, son cousin Henri de Navarre, chef des calvinistes ! Cela lui vaut d'être chassé de Paris le 12 mai 1588 par les fanatiques catholiques.

Feignant de se réconcilier avec le duc Henri de Guise, le roi l'invite aux états généraux de Blois et le fait assassiner le 23 décembre 1588. Il se résout enfin à rencontrer Henri de Navarre le 30 avril 1589 près de Plessiz-lès-Tours. Mais il est poignardé à son tour par le moine Jacques Clément le 1er août 1589, à Saint-Cloud, aux portes de Paris.

Sur son lit de mort, Henri III fait jurer à ses nobles de reconnaître Henri de Navarre pour nouveau roi. Ils s'exécutent mais n'en pensent pas moins. Une fois leur roi mort, beaucoup rejoignent la Ligue. Cette dernière se donne pour nouveau souverain le cardinal Charles de Bourbon (68 ans), frère d'Antoine de Bourbon et oncle d'Henri de Navarre, qui prend le nom de Charles X.

Henri de Navarre, devenu Henri IV, doit désormais combattre seul les ligueurs dirigés par le duc de Mayenne et activement soutenus par le roi Philippe II d'Espagne. Lui-même a le soutien des Anglais. Il défait ses ennemis à Arques, près de Dieppe, le 21 septembre 1589. Puis il livre la bataille de la dernière chance à Ivry, près de Chartres, le 14 mars 1590, face à des troupes trois fois plus nombreuses. C'est un succès (« ralliez-vous à mon panache blanc »). Reste à le concrétiser...

Le roi poursuit le siège de Paris. Une tentative d'intrusion échoue lors de la « journée des Farines », en janvier 1591, les assiégeants s'étant fait passer pour des meuniers venant ravitailler la capitale ! Les péripéties traînent en longueur et la lassitude gagne les catholiques, au demeurant inquiets de l'intervention espagnole... Henri IV a des raisons de désespérer : n'est-il pas roi sans couronne, soldat sans argent, mari sans femme ?

Sur le conseil de son fidèle compagnon, Maximilien de Béthune (lui-même protestant déterminé !), il abjure en grande pompe la foi calviniste à Saint-Denis, le 25 juillet 1593, et revient au catholicisme. Le sacre tant attendu est organisé l'année suivante (à Chartres et non à Reims comme à l'accoutumée, cette ville étant encore aux mains des Ligueurs). Le duc de Mayenne fait enfin sa soumission après sa défaite à Fontaine-Française le 5 juin 1595.

Six fois converti

Le nouveau roi se sera au total converti six fois... Baptisé dans la foi catholique le 6 mars 1554, il est élevé dans la foi réformée (protestante) par sa mère Jeanne d'Albret à partir de 1560, redevient catholique en 1562 sous l'influence de son père mais revient à la Réforme dès la mort de celui-ci le 17 novembre 1562.

Dix ans plus tard, dans le mois qui suit le massacre de la Saint-Barthélemy, il abjure sous la contrainte le calvinisme. Mais en février 1576, s'étant enfui de la Cour, il y revient et prend la tête du parti protestant. Il reviendra au catholicisme pour raison d'État en 1593 et se montrera dès lors bon catholique, tolérant à l'égard de ses anciens condisciples...

Remise en ordre

En 1598, Henri IV impose enfin son autorité avec l'édit de Nantes (30 avril) et la soumission contre espèces sonnantes et trébuchantes des derniers seigneurs réfractaires à son autorité. Le 2 mai 1598, la paix de Vervins met un terme à la présence espagnole au grand soulagement du roi comme de tous ses sujets. Elle confirme la teneur du traité du Cateau-Cambrésis, signé un demi-siècle plus tôt.

Aussitôt après, le 17 janvier 1601, par le traité de Lyon avec le duc de Savoie, Henri IV agrandit le royaume de quelques belles seigneuries entre Rhin et Saône (Bresse, Bugey, Valromey, pays de Gex).

Ainsi le souverain met-il sur pied un système d'alliances destiné à contenir la pression des Habsbourg d'Autriche et d'Espagne. Cette politique sera poursuivie avec constance par ses descendants jusqu'à la guerre de Sept Ans (1756-1763). Sous son règne commence par ailleurs la colonisation du Canada qui sera elle aussi poursuivie pendant un siècle et demi.

Henri IV et son ministre et ami Maximilien de Béthune, futur duc de Sully, s'appliquent sans attendre à remettre en ordre le pays et à restaurer ses finances. Ainsi Henri IV se marie-t-il avec Marie de Médicis, fille du grand-duc de Toscane, avec une belle dot à la clé !

Le roi met au pas les grands féodaux. Le duc de Biron, qui a fidèlement servi Henri III puis Henri IV et a été couvert d'honneurs par ce dernier, est néanmoins décapité à la Bastille le 31 juillet 1602 pour avoir comploté avec l'étranger. Sa mort traduit l'évolution vers l'absolutisme, un régime conforme aux théories politiques exprimées par le juriste Jean Bodin, dans Les six Livres de la République (1576).

Soucieux de restaurer le système éducatif, Henri IV rappelle en 1603 les jésuites. Chefs de file de la Contre-Réforme catholique, ceux-ci avaient été expulsés en janvier 1595 car on leur reprochait de mieux servir le pape que le roi. Peu susceptible, Henri IV les autorise à ouvrir à nouveau leurs établissements, par exemple le collège de Clermont, actuel lycée Louis-le-Grand, à Paris.

Henri IV et le père Coton

En 1603, le pape confie à un jésuite, le père Pierre Coton, le soin de parfaire l'éducation religieuse du roi. Comme il arrive souvent au Béarnais de jurer en grommelant : « Jarnidieu ! » (« Je renie Dieu ! »), son confesseur lui suggère de dire plutôt : « Jarnicoton ! » (« Je renie Coton ! »). L'interjection aura un tel succès qu'elle va se diffuser à la Cour et même au-delà

Maximilien de Béthune instaure la paulette en 1604 sur la suggestion du conseiller Paulet pour se concilier la bourgeoisie et faire rentrer de l'argent frais dans les caisses de l'État : en échange de cette taxe aux funestes conséquences, les officiers (fonctionnaires et magistrats) obtiennent le droit de léguer leur charge (et les revenus qui l'accompagnent).

Dès 1604, du fait de la sage et habile gestion du surintendant des finances, le budget de l'État redevient excédentaire. Maximilien de Béthune mérite dès lors de recevoir les titres de duc de Sully et pair de France. Désireux de consolider les finances du royaume, le ministre encourage toutes les activités de production qui peuvent se substituer aux importations. Il y voit la clé de la prospérité nationale selon les théories mercantilistes qui commencent à émerger.

Attaché aux traditions agricoles et dédaigneux de l'industrie, il soutient en particulier les recherches menées par Olivier de Serres, auteur en 1600 du premier ouvrage d'agronomie scientifique : Théâtre d'agriculture et mesnage des champs. On lui prête la formule : « Les labourage et pastourage [pâturage] sont les deux mamelles dont la France est alimentée et les vraies mines et trésors du Pérou ». Son ami le roi, en accord avec lui, aurait un jour émis le voeu que les laboureurs du pays puissent s'offrir la poule au pot !...

Le roi ne s'en tient pas à la restauration intérieure. Passionné par les explorations, il relance la colonisation du Nouveau Monde, délaissée depuis un demi-siècle par les Français, guerres obligent. C'est ainsi que Samuel de Champlain va fonder Québec en 1608.

Henri IV est assassiné, dans les conditions que l'on sait, le 14 mai 1610, au lendemain du sacre de la reine Marie de Médicis !... Celle-ci devient illico régente.


Publié ou mis à jour le : 2019-11-24 20:02:19

 
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