Philippe Auguste (1165 - 1223)

L'inventeur de la nation française

Philippe est sacré à Reims dans sa quatorzième année, le 1er novembre 1179, du vivant de son père Louis VII le Jeune. L'année suivante, le 28 avril 1180, il est marié à Isabelle de Hainaut, qui lui apporte en dot l'Artois, Arras et Saint-Omer. Comme son père meurt le 18 septembre suivant, le voilà désormais seul à régner sur la France sous le nom de Philippe II.

Malgré ses déboires matrimoniaux avec Isambour de Danemark, sa deuxième épouse, malgré aussi sa fragilité nerveuse, il va se révéler un grand souverain par son oeuvre administrative et ses conquêtes, qui lui vaudront de quadrupler le domaine royal et le feront parfois surnommer le Conquérant... Mais rien à voir avec le nom de Philippe Auguste qui lui est resté ; celui-ci lui vient, croit-on, de ce qu'il est né un mois d'août.

Philippe Auguste est le premier roi à signer ses actes Rex Francia (« Roi de France ») au lieu de Rex Francorum (« Roi des Francs »).

André Larané

Sacre du futur roi Philippe Auguste à Reims, le 1er novembre 1179 (chroniques de France, XIVe siècle, BNF)

Un roi conquérant

Philippe Auguste combat avec succès les rois d'Angleterre, Henri II Plantagenêt et ses fils Richard Coeur de Lion et Jean sans Terre, qui, par leurs possessions continentales (Normandie, Anjou, Aquitaine...), menacent très directement son autorité.

Tandis qu'il manipule contre le vieux roi Henri II ses propres fils, voilà que l'on apprend la victoire du sultan Saladin sur les Francs à Hattîn. Le 3 octobre 1187, Jérusalem tombe entre ses mains. C'est la stupeur en Occident. Les Francs de Palestine, sur le point d'être rejetés à la mer, appellent à l'aide les rois d'Occident.

Philippe Auguste convient alors d'une trêve avec les Plantagenêt et, sans se hâter, s'embarque pour la Terre sainte de même que le nouveau roi d'Angleterre Richard Ier.

Philippe Auguste et Richard 1er se querellent à Messine (chroniques de France, XIVe siècle, BNF)

Mais le coeur n'y est pas. Les deux rois se querellent dès l'embarquement à Messine, en Sicile, et leurs dissensions se font de plus en plus vives. La malchance est au rendez-vous : le plus puissant des croisés, l'empereur d'Allemagne Frédéric Barberousse, n'atteint pas le terme de son voyage. Il se noie en Asie mineure.

N'en pouvant plus, Philippe Auguste s'en retourne chez lui sitôt après la prise de la citadelle d'Acre. De retour en France, il profite de la longue absence de Richard Coeur de Lion pour enlever le Vexin et une partie de la Normandie aux Anglais. Quand Richard regagne à son tour ses terres, la guerre reprend entre les deux rivaux.

Un garde pour les sceaux

Dans une clairière de Fréteval, près de Blois, en 1194, les hommes de Richard surprennent le campement du roi Philippe. Les Français se débandent en abandonnant leurs affaires, y compris les archives qui suivent le roi dans tous ses déplacements. Pour éviter le renouvellement de la mésaventure, Philippe Auguste décide de conserver ses sceaux et documents officiels à Paris, sous la surveillance d'un... « garde des Sceaux ». C'est encore ainsi qu'est officiellement désigné en France le ministre de la Justice.

À la mort de Richard, Philippe se réconcilie provisoirement avec son frère et successeur, le roi Jean sans Terre, par le traité du Goulet, le 22 mai 1200. Dès le lendemain est célébré le mariage entre le fils du roi Philippe Auguste et la nièce de Jean sans Terre, Blanche de Castille. Mais très vite, les hostilités reprennent. Les Français reprennent Château-Gaillard et la Normandie de sorte que le Plantagenêt ne possède bientôt plus sur le Continent que le Poitou, l'Aquitaine, le Béarn et le Comminges.

Philippe Auguste, fort de ses succès, en vient à songer à un débarquement en Angleterre. Il a la bénédiction du pape Innocent III, irrité par les mauvaises manières de Jean sans Terre à l'égard de l'archevêque de Cantorbéry Étienne Langdon. Le pape jette l'interdit sur l'Angleterre et autorise Philippe Auguste à s'emparer du royaume. Pour l'en dissuader, Jean sans Terre n'a d'autre choix que de se proclamer vassal du Saint-Siège.

Le conflit franco-anglais débouche en 1214 sur une coalition internationale, la première du genre. Elle réunit le roi d'Angleterre Jean sans Terre, les comtes de Flandre et de Boulogne, le duc de Brabant ainsi que l'empereur d'Allemagne Otto IV. La bataille décisive a lieu à Bouvines, le dimanche 27 juillet 1214. Elle se solde par une victoire éclatante de la chevalerie française alliée aux milices communales. Le comte de Flandre est capturé cependant que l'empereur s'enfuit. On a coutume de dater de cette victoire la naissance d'un sentiment national français. Philippe Auguste peut dès lors proclamer avec orgueil : « Le roi est empereur en son royaume »

L'année suivante, les barons anglais, qui n'en peuvent plus de Jean sans Terre, le déposent et proposent la couronne d'Angleterre à Louis, fils et héritier de Philippe Auguste.

Le prince débarque en Angleterre en mai 1216 mais Jean sans Terre a le bon goût de mourir sur ces entrefaites, le 19 octobre 1216. Son fils et héritier légitime relève la couronne sous le nom d'Henri III et tout rentre dans l'ordre. Louis se fait battre en mai 1217 à Lincoln par les troupes royales et se retire, non sans avoir négocié une forte indemnité par le traité de Kingston. Notons que c'est le seul débarquement armé qui ait eu lieu en Angleterre depuis Guillaume le Conquérant.

Sous le règne de Philippe Auguste a lieu aussi la croisade contre les Albigeois. Elle est déclenchée en 1208 suite au meurtre du légat du pape Innocent III par un écuyer du comte de Toulouse, sur une route du Languedoc.

Philippe Auguste se garde d'intervenir directement dans l'expédition, soit qu'il est trop occupé par ses guerres avec les Plantagenêt et leurs alliés, soit qu'il ne veut pas salir la dynastie dans une guerre contre des chrétiens appelés à devenir ses sujets. Il laisse aux petits seigneurs du bassin parisien, tel Simon de Montfort, le soin de faire la sale besogne. Mais il reviendra à son fils Louis VIII le Lion et à son petit-fils d'en terminer avec celle-ci.

La France des premiers rois capétiens

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Pendant les deux premiers siècles, les Capétiens n'ont d'autorité que sur un petit territoire s'étendant de Paris à Orléans. Le reste du royaume demeure à la merci de seigneurs rebelles et turbulents. Les rois, de concert avec le clergé, n'ont de cesse de réduire la violence endémique...

Un roi administrateur

Le roi crée un corps de fonctionnaires salariés : les baillis (au nord) et sénéchaux (dans le Midi), pour rendre la justice et remplacer ou surveiller les prévôts, traditionnels régisseurs des domaines royaux, coupables de nombreux abus.

Il multiplie les rentrées d'impôts, notamment en vendant des chartes de franchises et en émancipant les serfs contre espèces. Si beaucoup de villes obtiennent leur autonomie, en particulier sur les terres des vassaux, ce n'est pas le cas de Paris, qui reste sous la tutelle d'un prévôt royal, lequel siège au Châtelet et exerce les fonctions de police. Le prévôt des marchands, représentant élu des corporations, n'a qu'une autorité très limitée.

Le roi ne manque pas d'embellir sa capitale Paris et l'entoure d'une première ligne de fortifications, l'« enceinte Philippe Auguste » dont il reste quelques vestiges dans le quartier du Marais. Il fonde aussi l'Université de Paris.

L'amour ne se commande pas

Isabelle de Hainaut, qui a donné le jour au futur roi Louis VIII le 5 septembre 1187, meurt en couches le 15 mars 1190, à vingt ans. Philippe Auguste, encore jeune, attend trois ans pour se remarier. À l'imitation de son grand-père, il veut éviter un conflit avec l'Église sur une éventuelle consanguinité et, pour cela, va chercher une épouse au Danemark.

Le 14 août 1193, il épouse donc à Amiens la princesse Isambour (ou Ingeburge) de Danemark. Là se produit un événement encore inexpliqué : pris d'un subit dégoût, le roi répudie sa jeune épouse dès le lendemain des noces ! Peut-être a-t-il les « aiguillettes nouées » du fait d'une maladie contractée en Terre sainte ?... Toujours est-il qu'il fait aussitôt annuler le mariage pour un motif de complaisance et se remarie le 1er juin 1196 avec Agnès de Méranie, fille de Berthold V, simple duc de Méran (Tyrol).

Le pape Innocent III, qui a comme le roi du caractère à revendre, prend très mal la chose. Il excommunie Philippe et, en 1198, frappe même le royaume d'interdit, autrement dit de l'arrêt de tout sacrement pour les sujets du roi. Le roi, qui n'a pas le choix, feint de se soumettre. Il se sépare d'Agnès en septembre 1200 et restitue à sa malheureuse épouse danoise le titre de reine sans pour autant la remettre dans son lit.

Publié ou mis à jour le : 2019-06-11 18:47:09

 
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