Abraham Lincoln (1809 - 1865)

Un Juste à la Maison Blanche

Si la postérité ne devait conserver du XIXe siècle que le souvenir d'un seul homme, il serait juste que ce soit celui-là. Lincoln n'eut jamais le souci d'embellir sa vie et ses actes. Les faits parlent d'eux-mêmes.

Élu le 8 novembre 1860, à 51 ans, c'est un avocat sans fortune qui entre à la Maison Blanche, plus jeune que tous les présidents qui l'ont précédé, le premier à être né à l'ouest des Appalaches, dans une cabane de rondins du Kentucky.

Il sera aussi le premier à être assassiné, et cette mort tragique dissipera toutes les haines qui s'étaient accumulées autour de sa personne, après quatre ans d'une épouvantable guerre civile que Lincoln avait conduite pour le compte de l'Union, avec énergie et détermination. Mais elle libèrera aussi la fureur vengeresse de tous les abolitionnistes radicaux que Lincoln, jusque-là, tenait en laisse et rendra d'autant plus lente et difficile la reconstruction du Sud...

James Day (University of South Carolina)
The Gettysburg Address

Tout comme les écoliers français apprennent par coeur des fables de La Fontaine, bon nombre de jeunes Américains apprennent au collège le discours que leur président Abraham Lincoln prononça sur le champ de bataille de Gettysburg le 19 novembre 1863, à l'occasion de la dédicace d'un cimetière en hommage aux victimes : The Gettysburg Address...

Une jeunesse éprouvante

Le 16e premier Président des États-Unis naît dans une cabane en rondins (« log-cabin »), au Kentucky, en 1809, dans un ménage de bûcherons illettrés. On le prénomme Abraham, comme son grand-père, un quaker de Virginie parti s'installer dans le Kentucky et tué par un Indien. Grand et vigoureux, il manie très tôt la hache.

Réplique de la maison natale d'Abraham Lincoln, à Hodgenville (Kentucky)Abraham est encore très jeune quand il voit mourir sa mère et son frère.

Il a oublié ses premières années et n'a voulu garder que le souvenir de sa jeunesse au nord-ouest de l'Ohio, un État libre (non-esclavagiste) où son père Thomas, illettré, ignorant du droit et mal avisé, tente en 1816 de rebâtir une ferme.

« C'est là que j'ai grandi », confiera plus tard le président. Son père se remarie en 1819 avec Sarah, une veuve de dix ans plus jeune et déjà mère de trois enfants.

Elle se révèlera une excellente mère de substitution pour Abraham et sa soeur.

Le jeune homme apprend tant bien que mal à lire et se prend de passion pour les livres, avide d'acquérir l'instruction qui a tant fait défaut à ses parents. Dans le même temps, il se révèle vigoureux bûcheron et, jusqu'à 22 ans, de toute sa haute taille (1,92 mètre), maniera la hache sans faillir. Il y a gagnera un surnom, The railsplitter (« le Fendeur de bûches »).

Il occupe les emplois les plus pénibles : magasinier, valet de ferme ou encore bûcheron. Malgré les difficultés et les malheurs familiaux, il satisfait son goût irrépressible pour l'étude et le droit. À 20 ans, il voyage pour la première fois. Sur un bateau à aubes, avec un ami, il descend le Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans, ce qui lui donne l'occasion de découvrir la triste réalité de l'esclavage.

Le jeune Abraham Lincoln fendeur de traverses (the railsplitter, peinture de 1860, Chicago History Museum)

Une vie de droiture

Un commerçant qu'il a aidé confie au jeune homme la gestion d'une épicerie à New Salem, dans l'Illinois. Adieu à la ferme familiale. En juillet 1831, Abraham découvre de nouveaux horizons.

Apprécié de son voisinage, il se porte à plusieurs reprises candidat à l'Assemblée de l'Illinois ; il se porte volontaire aussi dans le conflit du Faucon Noir, contre une bande d'Indiens sur le sentier de la guerre. Sans avoir pris part à un combat, il gagne en trois mois un brevet militaire et est élu capitaine de sa compagnie ! 

En 1833, le jeune homme obtient le modeste poste de receveur des postes de New Salem grâce au « système des dépouilles » du président démocrate Andrew Jackson. C'est le tout début de son ascension sociale.

L'année suivante, il se met à l'étude du droit. Il s'établit à Springfield, une petite ville dynamique qui deviendra la capitale administrative de l'État d'Illinois, et y devient le modèle de l'avocat intègre et compatissant.

Ses clients l'appellent « honest Abe » (l'« honnête Abraham ») car il a payé jusqu'au dernier sou les dettes que lui a laissées son associé dans la ruine de son épicerie.

Plutôt laid de visage, très grand (1,92 mètre) et maigre, mais doté d'une voix envoûtante, Abraham Lincoln s'exprime avec des mots compréhensibles de tous et un raisonnement d'une très haute tenue.

Cela lui vaut d'être enfin élu le 4 août 1834 à l'Assemblée de l'Illinois dans les rangs des whigs (libéraux), un parti qui s'oppose au parti démocrate du président Andrew Jackson.

Mary Ann Todd, épouse Lincoln (13 décembre 1818, Lexington, Kentucky ;  16 juillet 1882, Springfield, Illinois)Il y croise le fer avec un compatriote du même âge, également juriste, le démocrate Stephen Arnold Douglas. Les deux hommes n'auront de cesse de s'affronter jusqu'à la Maison Blanche. 

Abraham, qui commence à se faire une situation, songe au mariage avec une jeune fille, Ann Rutledge, qu'il a rencontré à New Salem en 1831. Mais elle meurt de la typhoïde le 25 août 1835. Son fiancé s'en montre désespéré.

Quelques années plus tard, à Springfield, lors de soirées mondaines, il croise Mary Ann Todd, fille d'un riche commerçant, propriétaire d'esclaves qui plus est.

Mary est au demeurant belle et très cultivée. Les charmes de sa conversation va la rapprocher d'Abraham. Mais sa famille se montre hostile à leur mariage. Désespéré, Abraham rend sa liberté à la jeune fille sans pouvoir se résigner à la perdre. Après une pénible dépression, il peut enfin l'épouser le 4 novembre 1841.

La question de l'esclavage

Le 3 août 1846, Abraham est élu au Congrès fédéral de Washington.

Manifestant courageusement ses réticences à l'égard de la guerre contre le Mexique en 1847, qu'il juge immorale, il doit renoncer à se représenter devant ses électeurs, outrés par ses prises de position. Il retrouve sans regret son cabinet d'avocat.

Cependant, avec la fin de la guerre contre le Mexique et l'ouverture de nouveaux territoires à la colonisation, la question se pose de leur futur statut : autoriseront-ils ou non l'esclavage, que l'on désigne pudiquement comme l'« institution particulière » ? La publication en 1851-1852 du roman Uncle Tom's Cabin (La Case de l'Oncle Tom) relance le débat.

Trois courants principaux s'opposent sur cette question :

- Une bonne partie des électeurs du Sud (mais pas tous, loin de là) sont partisans du maintien de l'esclavage dans les États où il existe déjà et surtout de la possibilité de l'étendre aux nouveaux États qui se créent sur le front pionnier de l'ouest, la Frontière.

- À l'opposé, les abolitionnistes réclament la mise hors-la-loi de l'esclavage par une disposition fédérale, sans délai et sans exception. Mais les Sudistes, dont l'activité économique est étroitement liée à l'« institution particulière », ont prévenu que cette abolition, si elle venait à être décidée, les amènerait à faire sécession à quelque prix que ce soit !

- Entre les deux figurent ceux qui, comme Lincoln, jugent l'esclavage moralement intolérable mais constitutionnellement inattaquable. La Constitution de 1787 garantit en effet l'autonomie des différents États et ne permet pas à l'État fédéral d'intervenir sur la question de l'esclavage comme sur toute autre question relevant des relations entre les citoyens. Mettre en cause la Constitution reviendrait à briser le lien fédéral et donc les États-Unis eux-mêmes.

Abraham Lincoln en 1858 (photographie réalisée par Abraham Byers, Beardstown, Illinois)Lincoln en est conscient. Il exclut de forcer les États esclavagistes et place tout son espoir dans une progressive déliquescence de l'esclavage, de plus en plus réprouvé dans tout l'Occident et jusque dans les États cotonniers du Sud. Pour cela, il importe au premier chef qu'il ne s'étende pas à de nouveaux États, auquel cas il gagnerait à l'Ouest ce qu'il perdrait au Sud !

Justement, le 30 mai 1854, le bill Kansas-Nebraska du sénateur démocrate Stephen Douglas autorise les électeurs de ces territoires, en voie de devenir de nouveaux États, à choisir leur futur statut d'État libre ou esclavagiste. La décision contrevient au « compromis du Missouri » qui avait établi en 1820 que les nouveaux États seraient obligatoirement libres au nord de la Mason & Dixon Line et esclavagistes au sud.

Sous le coup de l'indignation, Lincoln, devenu un avocat de renom, délaisse son cabinet et retourne à la politique. Il combat avec vigueur Stephen Douglas. Le débat fait rage au sein même de son parti, le parti whig. Il s'ensuit une scission et la naissance, à Philadelphie, le 14 juin 1856, d'un nouveau parti, le parti républicain, partisan de contenir l'esclavagisme.

À l'élection présidentielle de novembre 1856, il présente la candidature de John C. Fremont. Celui-ci est honorablement défait avec 1,3 million de voix contre 1,8 million pour le vainqueur, le candidat démocrate James Buchanan. Le candidat whig est marginalisé. C'est le début du bipartisme actuel.

Le 6 mars 1857, l'arrêt Dred Scott v. Sandford de la Cour suprême autorise la poursuite des esclaves en fuite jusque dans les États libres. C'est une manière de contester la citoyenneté des esclaves. Immédiatement contestée, elle va donner du grain à moudre aux républicains.

Celui-ci, devenu le chef de file des républicains dans l'Illinois, se présente sans succès au Sénat contre son adversaire de toujours, le démocrate Douglas, l'auteur du bill Kansas-Nebraska. Mais il impose à son adversaire une série de débats contradictoires à travers l'Illinois qui vont passionner le pays, fragiliser Douglas et asseoir sa propre réputation.

Par une interpellation habile qui met le doigt sur les contradictions de la jurisprudence (« Malgré l'arrêt Dred Scott, un État ou un territoire peut-il interdire l'esclavage ? »), il grille son adversaire auprès des Sudistes (s'il est en effet possible de poursuivre un esclave jusque dans les États qui interdisent l'esclavage, on fragilise l'autonomie des États et, donc, le droit des États cotonniers à maintenir envers et contre tout l'esclavage).

Pour l'élection présidentielle de 1860, les démocrates se divisent sur la question de l'esclavage : les partisans du droit des États à choisir leur régime accordent leur confiance à Stephen Douglas, cependant que les esclavagistes durs, dans le Sud, préfèrent un autre candidat, moins prestigieux mais plus engagé dans la défense de l'esclavage, le vice-président en exercice John Breckinridge.

Les républicains choisissent Lincoln qui s'est fait connaître dans tout le pays par son discours inspiré sur la « maison divisée », devant la convention républicaine de Springfield (Ohio) le 16 juin 1858. Comme à son habitude, il a noté des formules au gré de l'inspiration, sur des papiers conservés dans son chapeau, avant de les rassembler en un texte cohérent qu'il a mémorisé avant de le restituer avec éloquence à l'auditoire.

Extrait : « Nous sommes maintenant largement entrés dans la cinquième année d'une politique engagée avec le but avoué et la promesse assurée de mettre fin à l'agitation sur l'esclavage. Avec la mise en oeuvre de cette politique, cette agitation non seulement n'a pas cessé mais augmenté constamment. À mon avis, elle ne cessera pas tant qu'une crise n'aura pas été atteinte et surmontée. Une maison divisée contre elle-même ne peut se maintenir. Je crois que ce régime ne pourra pas durer indéfiniment ainsi, mi-esclavagiste, mi-libre. Je n'espère pas la dissolution de l'Union, je n'espère pas la chute de la maison, mais j'espère la fin de la division... »

Grâce à la division des adversaires, Lincoln est élu le 6 novembre 1860 avec seulement 40% des voix, soit le pourcentage le plus faible de l'histoire américaine, avec un électorat qui plus est très majoritairement concentré dans le Nord ! Président à 51 ans, il est plus jeune que tous ceux qui l'ont précédé. C'est aussi le premier président né à l'ouest des Appalaches.

Une admiratrice avisée

Le 19 octobre 1860, peu avant le grand jour, Lincoln reçoit une lettre d'une admiratrice de onze ans, Grace Bedell, qui l'encourage à se laisser pousser la barbe : « Vous seriez beaucoup plus beau, car votre visage est si maigre ! » Ainsi fera-t-il et c'est ce visage que retiendra la postérité.

La guerre du droit et de l'unité

La Caroline du Sud décide dès le 20 décembre de faire sécession. Elle est imitée par dix autres États qui veulent préserver l'esclavage et plus encore leur civilisation agraire et aristocratique que menace l'affairisme des industriels du Nord.

Abraham Lincoln veut plus que tout préserver l'unité du pays.

Dans son discours d'investiture, le 4 mars 1861, il propose au Sud de conserver l'esclavage sous certaines conditions. Il tient à rappeler qu'il est attaché au maintien de la Fédération plus encore qu'à l'abolition de l'esclavage et assure les Sudistes qu'ils pourront maintenir l'esclavage là où il est déjà autorisé. 

Thaddeus Stevens (4 avril 1792 – 11 août 1868)Sur cette question, il fait même figure de modéré et doit subir les critiques des abolitionnistes radicaux, nombreux au Nord, tel le vieux représentant de la Pennsylvanie Thaddeus Stevens. Mais les Sudistes ne sont pas disposés à lui faire confiance et rejettent son ouverture.

La guerre de Sécession entre le Nord et le Sud (Civil War en anglais) devient dès lors quasiment inévitable. Dès le début, désireux d'éviter que le conflit ne s'enlise, le président Lincoln prend des mesures énergiques sans attendre le vote du Congrès.

Le 15 avril 1861, il entame le blocus des ports sudistes et mobilise les 75.000 miliciens des États-Unis. Il promeut aussi des généraux enclins à l'offensive, tels George McClellan, Ulysses S. Grant et William Sherman. Il suspend l'habeas corpus (l'obligation de présenter tout prévenu devant un juge) et ne craint pas de faire emprisonner des milliers de suspects sans jugement. 

Une première série de défaites dissuade Lincoln de se prononcer officiellement sur l'avenir de l'esclavage car une déclaration prématurée pourrait être perçue comme un acte de désespoir et se révéler contre-productive. L'occasion se présente enfin avec la victoire nordiste d'Antietam. Lincoln se rend sur place et presse le général McClelland de poursuivre les Sudistes du général Lee. Cinq jours plus tard, le 22 septembre 1862, il proclame avec solennité que l'Union abolit l'esclavage, du moins dans les États qui persisteront dans la rébellion le 1er janvier suivant.

À l'élection présidentielle de novembre 1864, le président Lincoln est réélu sans difficulté face au général  McClelland. Les deux adversaires se disputent sur le point de négocier avec les rebelles du Sud ou de poursuivre la guerre jusqu'à la victoire totale comme l'entend Lincoln.  

Ce dernier consacre toute son énergie à la poursuite de la guerre et à la restauration de l'unité nationale avec son ami, le fidèle Secrétaire d'État William H. Seward.

William Henry Seward (16 mai 1801, Orange, New York - 10 octobre 1872, Auburn)

Comme Douglas et beaucoup d'autres hommes politiques qui eurent à le combattre, Seward s'est laissé séduire par Lincoln, homme affable qui ne garde pas rancune des injures et des moqueries qui lui sont adressées et pardonne aisément à ses adversaires. Ces derniers, y compris les plus grands, lui manifestent une loyauté sans faille dès lors qu'il les a battus sur les tribunes et dans les urnes.

Le président laisse le Congrès poursuivre l'oeuvre législative. C'est ainsi qu'est lancée la construction d'un chemin de fer transcontinental (il sera inauguré en 1869) et voté le Homestead Act qui favorise l'installation  de colons dans l'Ouest en leur vendant les terres à un prix très modeste.

Après quatre longues années de combats impitoyables et meurtriers, préfiguration des guerres mondiales du XXe siècle, la guerre civile se termine le 9 avril 1865 avec la reddition du général sudiste Robert E. Lee, excellent officier, resté fidèle à la Virginie, son État de naissance, bien qu'opposé par principe à l'esclavage...

Apothéose

Lincoln songe activement à la Reconstruction, autrement dit au retour des vaincus dans le giron national. Soucieux de rétablir au plus vite la concorde, il suggère que les États rebelles retrouvent leur place de plein droit dans l'Union dès lors que 10% seulement de leurs électeurs en auront émis le désir. Les républicains radicaux du Congrès penchent pour un minimum de 50% afin de s'assurer que les Sudistes ne freineront pas l'émancipation des Noirs...

Quelques jours après la reddition des rebelles, le 14 avril 1865, le 16e président américain, épuisé, manifeste le désir d'un moment de détente. Il se rend avec sa femme au Ford's Theatre de Washington. Là l'attend son assassin... John Wilkes Booth se glisse dans la loge du président et le tue d'un coup de pistolet dans la nuque. Le lendemain, 15 avril 1865, le monde pleure en apprenant la mort d''Abraham Lincoln.

L'ancien président est inhumé au cimetière d'Oak Ridge (Springfield, Illinois) le 4 mai au terme de grandioses funérailles. Sa fin tragique a pour effet de ressouder les Américains entre eux et de faire oublier les innombrables haines qui se concentraient sur sa personne. L'action de Lincoln trouve un aboutissement posthume avec le vote du XIIIe amendement à la Constitution des États-Unis, le 18 décembre 1865, qui abolit l'esclavage. Le texte avait été voté par la Chambre des représentants dès le 31 janvier 1865.

Mais son charisme va faire défaut à son successeur, le vice-président Andrew Johnson, incapable de freiner l'appétit de vengeance des radicaux nordistes sur les vaincus. Les États de l'ancienne Confédération sudiste vont dés lors entrer pour plus d'un siècle dans une situation de relative pauvreté et de tensions ethniques et sociales.

Mauvais sort

Notons une vie familiale tissée de noir plus que de rose. Lincoln lutta toute sa vie contre un naturel mélancolique et porté à la tristesse en usant de son art de conteur. Dans les soirées, il n'avait pas son pareil pour raconter des histoires drôles et salaces et étaitle premier à en rire ! Sa femme Mary était comme lui de tempérament mélancolique et lunatique. Elle était aussi sujette à de brusques accès de colère. Mais elle savait recevoir et possédait de l'ambition pour deux. Très tôt, elle a perçu le potentiel de son mari et s'est s'attachée à le faire fructifier. Quand Abraham, informé de sa victoire aux présidentielles de 1860, rentra chez lui et aperçut son épouse, il lui lanca : « Mary, Mary, nous sommes élus ! » C'est avec Mary, avide de grandes soirées et de belles toilettes, que fut employée pour la première fois l'expression de « First Lady ».

Hélas, des quatre garçons du ménage, seul l'aîné, Robert, atteignit l'âge adulte. Sacrifiant en janvier 1865 aux supplications de sa femme, Lincoln fit une entorse à son honnêteté légendaire en obtenant pour lui une planque à l'état-major du général Grant afin de lui épargner le risque de se faire tuer sur le front. Le couple avait déjà perdu deux de ses quatre garçons et Tad, le dernier qu'il leur restait avec Robert, était de santé fragile. Il allait mourir peu de temps après son père, à 18 ans. Quant à Mary, dont la santé mentale avait été très tôt altérée par les drames familiaux, elle dut être internée à la demande de son propre fils une dizaine d'années après la mort de son mari.

Bibliographie

Je recommande l'excellente biographie illustrée de l'historien Bernard Vincent : Lincoln, l'homme qui sauva les États-Unis (420 pages, 22€,L'Archipel, février 2009). Les éditions Flammarion ont par ailleurs réédité la traduction d'une biographie par Stephen B. Oates : Lincoln (600 pages, 26 €, janvier 2009). À noter aussi la petite biographie illustrée de Louis de Villefosse : Lincoln (Seuil). Hélas, la première édition date de 1965 et il n'est pas sûr que le livre soit encore disponible.

O Captain ! My Captain !

La mort tragique du président Abraham Lincoln a inspiré à Walt Whitman un poème célèbre, O Captain ! My Captain ! Le film Le cercle des poètes disparus, avec Robin Williams dans le rôle principal, en a transmis l'écho à toute la planète.

O Captain ! My Captain !

O Captain ! My Captain ! our fearful trip is done,
The ship has weather'd every rack, the prize we sought is won,
The port is near, the bells I hear, the people all exulting,
While follow eyes the steady keel, the vessel grim and daring;
But O heart! heart! heart !
O the bleeding drops of red,
Where on the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

O Captain ! my Captain ! rise up and hear the bells ;
Rise up-for you the flag is flung-for you the bugle trills,
For you bouquets and ribbon'd wreaths- for you the shores a-crowding,
For you they call, the swaying mass, the eager faces turning;
Here Captain! dear father !
The arm beneath your head !
It is some dream that on the deck,
You've fallen cold and dead.

My Captain does not answer, his lips are pale and still,
My father does not feel my arm, he has no pulse nor will,
The ship is anchor'd safe and sound, its voyage closed and done,
From fearful trip the victor ship comes in with object won ;

Exult O shores, and ring O bells !
But I with mournful tread,
Walk the deck my Captain lies,
Fallen cold and dead.

Traduction du poème, d'après l'édition définitive du recueil Feuilles d'herbe, par Léon Bazalgette; 2 vol. Mercure de France (1922) :

Ô Capitaine ! Mon Capitaine !

Ô Capitaine ! mon Capitaine ! fini notre effrayant voyage,
Le bateau a tous écueils franchis, le prix que nous quêtions est gagné,
Proche est le port, j'entends les cloches, tout le monde qui exulte,
En suivant des yeux la ferme carène, l'audacieux et farouche navire ;

Mais ô coeur ! coeur ! coeur !
Oh ! les gouttes rouges qui lentement tombent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Etendu mort et glacé.

Ô Capitaine ! mon Capitaine ! lève-toi et entends les cloches !
Lève-toi - c'est pour toi le drapeau hissé - pour toi le clairon vibrant,
Pour toi bouquets et couronnes enrubannés - pour toi les rives noires de monde,
Toi qu'appelle leur masse mouvante aux faces ardentes tournées vers toi ;

Tiens, Capitaine ! père chéri !
Je passe mon bras sous ta tête !
C'est quelque rêve que sur le pont,
Tu es étendu mort et glacé.

Mon Capitaine ne répond pas, pâles et immobiles sont ses lèvres,
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a ni pulsation ni vouloir,
Le bateau sain et sauf est à l'ancre, sa traversée conclue et finie,
De l'effrayant voyage le bateau rentre vainqueur, but gagné ;

Ô rives, Exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d'un pas accablé,
Je foule le pont où gît mon Capitaine,
Étendu mort et glacé.


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Grand corps malade
Publié ou mis à jour le : 2019-11-25 00:09:43

 
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