Louis XIV (1638 - 1715)

Le Roi-Soleil et la France à son apogée

La monarchie française atteint son apogée sous le long règne de Louis XIV.

Fils de Louis XIII et Anne d'Autriche, le roi succède à son père sur le trône de France le 14 mai 1643, à l'âge de... quatre ans. Pendant 18 ans, il se forme consciencieusement à son métier de roi, à l'ombre de sa mère, régente, et sous le vigilant tutorat du cardinal Mazarin, son « principal ministre » ou Premier ministre.

Alban Dignat

La prise de pouvoir de Louis XIV

La régence débute sous de bons auspices avec la victoire du duc d'Enghien sur les Espagnols à Rocroi, le 19 mai 1643. Mais, très vite, les choses se gâtent avec la Fronde des parlementaires et des nobles.

L'autorité royale est restaurée grâce au « principal ministre », le cardinal Jules Mazarin. Dans la foulée, le jeune roi est sacré comme il se doit, à Reims, le 7 juin 1654. Il n'a encore que quinze ans et laisse à Mazarin et Turenne le soin de parfaire son éducation politique et militaire.

Le traité des Pyrénées, chef d'oeuvre diplomatique de Mazarin, met un terme en 1659 à la guerre avec l'Espagne et se solde par le mariage du roi avec sa cousine, l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV d'Espagne.

Le dévoué ministre, sur son lit de mort, le 9 mars 1661, à Vincennes, recommande au jeune roi Louis XIV, son filleul, d'employer les ministres au mieux de leurs capacités. Trois se détachent du lot : « Fouquet, habile à trouver du crédit, Le Tellier, restaurateur de l'armée, et Hugues de Lionne, diplomate de la meilleure école » (François Bluche, Louis XIV, Fayard, 1986). Le cardinal recommande aussi au souverain de prendre Jean-Baptiste Colbert (43 ans) comme nouveau Premier ministre et, sans attendre, le fait nommer intendant des finances.

Mais Louis XIV, alors âgé de 22 ans, décide d'assumer désormais en personne la direction du gouvernement. Dès le lendemain, il réunit le Haut Conseil. « Monsieur, » dit-il en s'adressant au chancelier (le ministre de la justice), « je vous ai fait assembler avec mes ministres et secrétaires d'État pour vous dire que, jusqu'à présent, j'ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu M. le Cardinal ; il est temps que je les gouverne moi-même. Vous m'aiderez de vos conseils quand je vous les demanderai... »

Pour affirmer d'emblée son autorité, le souverain fait arrêter Nicolas Fouquet, le trop puissant et trop arrogant surintendant général des Finances.

Le souverain gouverne avec l'assistance d'un contrôleur général des Finances (c'est Colbert à partir du 12 décembre 1665 et jusqu'à sa mort, le 6 septembre 1683) et de quatre Secrétaires d'État.

Composée de vingt-deux départements et employant environ deux mille personnes, la Maison du roi regroupe les officiers qui servent le souverain. Tous sont des commensaux, autrement dit bénéficient du privilège féodal d'être nourris par le souverain.

Les Parlements sont tenus d'enregistrer les actes royaux sans remontrance. La police de Paris est confiée à un lieutenant général de police (La Reynie à partir de 1667).

Apogée de la France

L'arrivée aux affaires du jeune roi, en 1661, est marquée par une terrible famine, dite « famine de l'avènement » ! (1 à 1,5 million de morts). Le royaume n'en jouira pas moins d'une relative prospérité et de l'absence de famines pendant les trois premières décennies du règne.

C'est qu'à la différence de ses prédécesseurs, Louis XIV ne rechigne pas à intervenir sur l'activité économique. Son ministre Colbert organise en particulier des importations de farines pour remédier aux disettes.

Louis XIV, dès le début de son règne, se montre soucieux de grandir le prestige de la monarchie pour éviter le retour des guerres civiles et les séditions nobiliaires. Lui-même s'identifie au soleil, pas moins, car comme celui-ci il veut être l'astre qui éclaire et réchauffe le monde qui l'entoure !

C'est ainsi qu'il reste connu dans l'Histoire sous le surnom de Roi-Soleil. Ce surnom dû à... ses talents de danseur est au demeurant mérité car Louis XIV a porté la France à son apogée et fait d'elle pour plus d'un siècle la principale puissance du continent européen, voire du monde.

Le roi a soin de se maîtriser et de se montrer poli envers ses sujets. Il jeta sa canne par une fenêtre du château de Versailles, un jour où il donnait audience au duc de Lauzun, « pour ne pas avoir à en frapper un gentilhomme ».

Habile politique, le Roi-Soleil attire la haute noblesse à la Cour, auprès de lui et sous sa surveillance, en lui accordant des pensions, en la flattant et en la divertissant. Mais moins d'un cinquième des nobles du royaume peuvent vivre à Versailles, les autres n'en ayant pas les moyens.

Les nobles et leurs familles (au total environ 200 000 personnes, soit 1% de la population) profitent néanmoins des privilèges fiscaux accordés par le roi, tout comme la bourgeoisie.

Louis XIV, en contrepartie, monnaie chèrement les charges publiques ou « offices ». Louis II Phélypeaux de Pontchartrain, dit le « chancelier de Pontchartrain », contrôleur général des finances de 1689 à 1699, lui glisse un jour avec malice : « Chaque fois que Votre Majesté crée un office, Dieu crée un sot pour l'acheter ! ».

Par calcul mais aussi par goût, le roi se montre grand mécène, multipliant les fêtes et entretenant les artistes et les écrivains. Le 21 octobre 1680, il fonde la Comédie-Française. Ne croyons pas pour autant qu'il dépense sans compter. « Ce qu'il y a de plus beau, d'un prix médiocre, est ce que j'aimerais le mieux », dit-il.

Le 6 mai 1682, il quitte sa résidence habituelle de Saint-Germain-en-Laye et s'installe avec toute sa Cour à Versailles, un palais plus somptueux que tout ce qu'on avait connu jusque-là, voué aux plaisirs des courtisans mais aussi à l'édification du peuple. Celui-ci a libre accès aux jardins et même à la fameuse Galerie des Glaces et en tire un sentiment d'orgueil national.

La Cour fait la fierté des élites françaises et l'admiration des diplomates. Elle bénéficie du rayonnement intellectuel des plus grands écrivains du temps (Molière, Boileau, Racine...) sous la houlette de femmes d'esprit telles la marquise de Montespan, maîtresse du roi dans les années 1670, et Madame de Sévigné.

La volonté de puissance de Louis XIV s'étend à la religion. Le 19 mars 1682, l'assemblée du haut clergé, sous la houlette de Bossuet, vote la Déclaration des quatre articles, qui ne reconnaît au pape qu'une autorité spirituelle. C'est le triomphe du gallicanisme en religion. Mais il n'est que provisoire car le roi devra désavouer cette déclaration onze ans plus tard sous la pression du Saint-Siège.

Le roi poursuit la politique coloniale ambitieuse de Richelieu et le 9 avril 1682, Robert Cavelier de la Salle prend possession en son nom de la région du Mississippi qu'il baptise Louisiane en son nom.

Le 30 juillet 1683 meurt la reine Marie-Thérèse, discrète dans la mort comme elle le fut dans la vie à l'ombre des nombreuses favorites royales. Apprenant sa mort, le roi aurait alors eu ce mot : « Voilà le premier chagrin qu'elle me cause ».

Le convoi funèraire de la reine Marie-Thérèse gagne la nécropole de Saint-Denis (1683), collection privée d'Elizabeth II

Après que la plus célèbre de ses favorites, la marquise de Montespan, se soit discréditée en faisant appel à la magie pour retenir le roi, celui-ci décide de se ranger. Il épouse en secret, à une date incertaine, la gouvernante de ses bâtards, Françoise d'Aubigné, marquise de Maintenon. Pédagogue, elle fonde à Saint-Cyr, derrière Versailles, une école pour les jeunes filles pauvres de la noblesse. Pacifique, elle déplore le goût du roi pour la guerre ; austère, elle le détourne des fêtes. Mais sa piété, profonde, ne va sans doute pas jusqu'à intervenir dans la plus fatale décision du règne...

Le 18 octobre 1685, le roi signe à Fontainebleau la révocation de l'édit de Nantes d'Henri IV. Une seule religion est désormais autorisée en France. Plusieurs centaines de milliers de protestants s'enfuient, appauvrissant le royaume et enrichissant ses ennemis. La même année est promulgué le premier texte législatif sur les relations entre maîtres et esclaves dans les colonies à sucre d'outre-mer. À défaut de pouvoir empêcher l'esclavage dans ces possessions instables et lointaines, le gouvernement souhaite en prévenir les abus les plus manifestes avec ce texte plus tard surnommé « Code Noir ».

Outre la révocation de l'édit de tolérance, sous la pression de l'opinion et en vertu d'une mauvaise information, Louis XIV peut se reprocher d'avoir trop cédé à sa passion de la guerre. Il s'en est suivi la formation d'une armée professionnelle, avec l'apparition des uniformes et des grades administratifs (450 000 hommes, dont 20 000 officiers militaires, en 1690) mais aussi une aggravation de la pression fiscale sur le peuple et en particulier sur la paysannerie, car il fallait payer les soldes et l'armement de ces troupes qui ne pouvaient se satisfaire du pillage des terres occupées.

L'Europe à la mort de Louis XIV

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Sous le règne de Louis XIV, la France est le royaume le plus important et le plus stable d'Europe, face à une Angleterre prospère mais bien moins peuplée et qui sort d'éprouvantes guerres civiles. L'Espagne, sclérosée, est sur le déclin cependant que l'Allemagne et l'Italie, divisées en de multiples principautés, n'ont pas d'existence politique...

Un (trop) long règne

Si le XVIIe siècle français a pu être qualifié de Grand Siècle,  il le doit à Louis XIV mais peut-être plus encore aux gouvernants qui l'ont précédé : Mazarin, Richelieu et son propre père Louis XIII. 

C'est en effet bien avant la prise de pouvoir de Louis XIV (1661) que se mettent en place les instruments de son pouvoir, sont lancées les premières conquêtes coloniales, est établie la suprématie de la France sur le continent et s'épanouissent les plus grands esprits du siècle, de Corneille à Molière, de Descartes à Pascal, de La Tour à Poussin... 

Le Grand Siècle décline peu après l'installation de la Cour à Versailles (1682), après la mort de la reine Marie-Thérèse. Les fêtes se raréfient à Versailles autour du roi vieillissant et malade. À part le palais en marbre rose du Trianon, érigé en 1687 à l'extrémité du parc de Versailles, on ne compte plus guère de réalisations remarquables...  

Si l'on en croit l'historien Emmanuel Leroy-Ladurie, bien connu pour ses études historiques sur le climat, la situation économique du royaume se dégrade à la fin du règne moins à cause des guerres qu'à cause de la météorologie. Hivers glaciaux et étés pourris débouchent sur des pénuries récurrentes de céréales.

La crise culmine avec les grandes famines de 1693 et 1709, qui provoquent respectivement un million et 600 000 victimes sur un total d'environ vingt millions de Français.

Le Roi-Soleil s'éteint à Versailles le 1er septembre 1715 à près de 77 ans, après le plus long règne de l'histoire humaine. Il laisse la couronne à son arrière-petit-fils, Louis XV (5 ans). Dès le lendemain, son neveu le duc Philippe d'Orléans obtient la régence. Malgré guerres, famines et épidémies, la France n'en apparaît pas moins, à la mort du monarque, comme le royaume le plus peuplé, le plus puissant et le plus prospère d'Europe, avec une vingtaine de millions d'habitants et une population en progression.

La « ceinture de fer » de Vauban la protège durablement contre les risques d'invasion. Par ses possessions coloniales et sa flotte, elle est présente aussi dans toutes les parties du monde. Enfin, par ses productions architecturales et littéraires ainsi que le mode de vie de son aristocratie, elle séduit toutes les élites européennes. Si, au XVIIIe siècle, l'Europe pense et s'exprime en français, c'est clairement à Louis XIV que cela est dû.

Le plus long règne

Le roi Louis XIV peut se targuer d'avoir régné plus longtemps qu'aucun autre souverain de l'Histoire universelle : 72 ans, du 14 mai 1643 au 1er septembre 1715. Seul le pharaon Ramsès II (1304 à 1238 av. J.-C.) pourrait rivaliser avec lui. Notons que Louis XIV (1638-1715) est contemporain de deux autres souverains majeurs, l'empereur chinois Kangxi (1654-1722) et l'empereur moghol des Indes Aurengzeb (1618-1707). De ces souverains, il se rapproche par la longueur de son règne et le prestige de son nom.


Publié ou mis à jour le : 2020-02-17 08:41:54

 
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