9 janvier 1934

L'affaire Stavisky

Le 9 janvier 1934, les Français apprennent la mort par balle de l'escroc Alexandre Stavisky, dit le « Beau Sacha » (48 ans). Ils apprennent par la même occasion qu'il a compromis des élus dans ses combines financières. C'est le début d'une violente campagne antiparlementaire qui va mettre en péril la République...

André Larané

Deux portraits d'AlexandreStavisky (Police_Magazine, 14 janvier 1934) : à gauche, photo anthropométrique conforme à son aspect habituel, à droite, aspect échevelé et moustachu qui lui ressemble moins  (20 novembre 1886, Ukraine ; 8 janvier 1934, Chamonix)

Une mort suspecte

La police l'a retrouvé la veille, agonisant au pied d'un lit, dans un chalet de Chamonix. Il meurt quelques heures plus tard à l'hôpital.

La mort de Stavisky, d'après le rapport de police, est consécutive à un suicide mais l'opinion publique soupçonne aussitôt des hommes politiques de l'avoir fait assassiner pour l'empêcher de dénoncer ses complices... L'hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné écrit : « Stavisky s'est suicidé d'une balle tirée à trois mètres. Ce que c'est que d'avoir le bras long » !

Le plus probable est que la police, ayant repéré la planque de l'escroc, l'a poussé au suicide en multipliant les allées et venues autour du chalet. Ensuite, elle ne s'est pas hâtée de le conduire à l'hôpital.

Notons que la traque policière a été conduite par l'inspecteur Pierre Bonny (34 ans). Ce policier a été plus tard recruté par la Gestapo allemande et fusillé pour collaboration en 1945 (NB : il s'était aussi occupé six ans plus tôt de l'affaire Seznec, fait divers sujet à polémique).

Un escroc aux relations haut placées

Né le 20 novembre 1886 en Ukraine dans une famille juive, naturalisé français en 1910, Alexandre Stavisky s'associe à... son grand-père pour commettre une première escroquerie au théâtre des Folies Marigny, à Paris. Mais il doit rendre des comptes à la justice et son père, un dentiste d'une parfaite honnêteté, se suicide de désespoir.

En 1926, il est incarcéré pour dix-huit mois à la prison de la Santé, à Paris, pour une affaire de détournement de bijoux. Il se promet de ne plus se faire prendre... et tiendra parole.

En 1931, l'escroc réussit son plus beau coup en persuadant Garat, le député-maire de Bayonne, d'ouvrir une « caisse de crédit municipal » et d'en confier la gestion à un comparse, un certain Tissier.

Stavisky dépose au mont-de-piété des bijoux (volés, faux ou surévalués par un expert complice). En contrepartie, comme tous les déposants, il reçoit des bons qu'il échange contre de l'argent auprès d'institutions financières confiantes en la signature de la caisse de crédit municipal.

Mais il fait en sorte que le montant figurant sur la souche des bons soit inférieur à la somme qui lui a été livrée. Il présente les souches au mont-de-piété, récupère les bijoux... et conserve la différence entre l'argent reçu et l'argent restitué. Il ne lui reste plus qu'à recommencer... Stavisky va ainsi détourner 239 millions de francs de bons avec d'autant plus de facilité qu'il peut se prévaloir d'une lettre de recommandation d'un ministre !

Devenu richissime, « Monsieur Alexandre » se pavane dans les salons du tout-Paris au bras de sa femme Arlette, un ex-mannequin de Chanel. Il est encore poursuivi en justice pour diverses affaires mais son réseau de relations lui permet d'obtenir que sa comparution soit dix-neuf fois reportée.

On révèlera après sa mort que ces reports lui furent accordés par le procureur de la République de Paris, un nommé Pressard qui n'était autre que le beau-frère du président du Conseil (le chef du gouvernement) Camille Chautemps.

Les meilleures choses ont une fin, hélas... Le 2 juillet 1933, quatre bons négociables ne peuvent être honorés par le crédit municipal de Bayonne, à court de liquidités. L'affaire des « bons de Bayonne » éclate au grand jour avec l'arrestation en décembre 1933 du directeur du Crédit municipal et du député-maire de la ville. Un autre député et deux directeurs de journaux subventionnés par Stavisky seront également arrêtés. En fuite, l'escroc sera retrouvé à Chamonix quelques semaines plus tard.

Ce scandale est relativement peu de chose comparé à celui de Panama ou à ceux de la fin du XXe siècle (écoutes téléphoniques, Crédit Lyonnais, Elf...). Il ne met en cause ni un président de la République, ni même un quelconque ministre mais seulement une demi-douzaine de politiciens de second rang qui se sont compromis avec Stavisky dans le trafic d'influence.

Son retentissement n'en est pas moins immense et va faire vaciller la République...

Défilé de Croix de Feu (ligue d'anciens combattants), à Paris au début des années 1930

Désenchantement

Il faut dire que dans les années 1930, après les « Années Folles » qui ont suivi l'hécatombe de 1914-1918, la France est affectée par une crise à la fois économique et politique. Elle compte pas moins de 340.000 chômeurs, conséquence de la crise mondiale déclenchée par le krach boursier de Wall Street en 1929. Les discours bellicistes de Hitler, au pouvoir en Allemagne depuis l'année précédente, aggravent les inquiétudes de chacun.

La mort de Stavisky met à jour les rancoeurs vis-à-vis des nouveaux riches au luxe flamboyant. Les xénophobes s'en prennent à une politique de naturalisation trop laxiste (comme Stavisky). L'Action française royaliste, les ligues populistes de droite et les communistes dénoncent à l'envi la décadence de la IIIe République. Les premiers donnent volontiers en exemple le régime fasciste de Mussolini, les seconds le régime communiste de Staline.

Tous conspuent la démocratie parlementaire et les « Deux cents familles » capitalistes qui gouvernent la Banque de France.

Manifestation de la gauche à Paris le 21 février 1934L'indignation populaire entraîne la chute du gouvernement radical-socialiste.

Édouard Daladier remplace Camille Chautemps à la présidence du Conseil. Il destitue aussitôt le préfet de police Chiappe, suspect de sympathie avec les ligues de droite.

C'est l'indignation à droite comme à gauche où chacun soupçonne le gouvernement de vouloir étouffer les suites du scandale Stavisky.

Une grande manifestation va tourner à la tragédie le 6 février 1934.

Publié ou mis à jour le : 2020-02-18 19:19:25

 
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