27-29 juillet 1830

Les ordonnances de Juillet et la révolution des « Trois Glorieuses »

Le 26 juillet 1830, le « Moniteur », journal officiel du gouvernement français, publie cinq ordonnances du roi Charles X qui mettent en émoi l'opinion publique, c'est-à-dire les 60 000 bourgeois habilités à voter.

Il s'ensuit trois journées d'émeutes que les auteurs romantiques qualifieront de « Trois Glorieuses ». À leur terme, l'héritier des Bourbons devra abdiquer et, après le renoncement de son fils (Louis XIX) et de son petit-fils (Henri V), le trône reviendra à son cousin, le duc d'Orléans, « roi des Français » sous le nom de Louis-Philippe Ier. Il sera à son tour chassé par une Révolution, dix-huit ans plus tard.

Fabienne Manière
Les ordonnances dévoilées

Voici ci-après le texte intégral des ordonnances publiées par Le Moniteur du 26 juillet 1830. Elles font suite à une longue supplique du conseil des ministres et de son président le prince de Polignac, publiée en première page du journal (source : BNF, Retronews).

Royales maladresses

Charles X doit principalement sa chute à lui-même. Le 8 août 1829, il nomme aux Affaires étrangères un ami d'enfance résolu, fidèle mais tout à fait incompétent, le prince Jules de Polignac. En novembre, le prince accède à la présidence du Conseil des ministres.

Les 221 députés de l'opposition parlementaire ayant protesté par une adresse solennelle le 18 mars 1830, le roi dissout la Chambre. Contre toute attente, les nouvelles élections portent à 274 le nombre d'opposants.

Considérant abusivement que le pays est en péril, le roi se lance dans un premier temps à la... conquête d'Alger pour tenter de rehausser sa popularité. Puis il s'autorise à publier le 26 juillet les cinq ordonnances fatales comme la Charte constitutionnelle de 1814 lui en donne le droit lorsqu'il y va de « la sûreté de l'État ».

La première ordonnance suspend la liberté de la presse et rétablit la censure et l'autorisation préalable de publication. La deuxième dissout la Chambre qui vient d'être élue. La troisième réduit le corps électoral déjà très limité en ôtant la patente et l'impôt sur les portes et fenêtres du montant du cens électoral indispensable pour bénéficier du droit de vote ; cela revient à exclure les commerçants du corps électoral et à limiter celui-ci à une poignée de gros propriétaires fonciers. La quatrième convoque les électeurs pour le mois de septembre. La cinquième enfin nomme des fidèles aux plus hautes fonctions.

Dans les bureaux du « National », le jeune journaliste Adolphe Thiers rédige aussitôt une protestation solennelle. Derrière ces ordonnances qui contredisent les lois constitutionnelles et violent la Charte sur laquelle s'appuie le régime monarchique, il voit rien moins qu'un coup d'État : « Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé ».

Protestation des écrivains périodiques (La Gazette nationale)

Sous le titre Protestation des écrivains périodiques, le texte est cosigné par différents journalistes et publié le lendemain 27 juillet dans plusieurs journaux dont Le Constitutionnel, en violation de l'interdiction de paraître (source : BNF, Retronews).

Le roi est en fuite, vive le roi !

Paris, aussitôt, se soulève. Les commerçants ferment boutique cependant que les étudiants se rassemblent en cortège.

Polignac refuse d'abord avec une stupide obstination de retirer les ordonnances et le roi confie la répression du soulèvement au maréchal Auguste de Marmont, un soldat impopulaire pour avoir trahi Napoléon Ier, tout juste de retour d'Alger.

Au prix de 200 tués chez les soldats et près d'un millier chez les insurgés, ces derniers l'emportent malgré tout...

Charles X, s'étant résolu trop tard à retirer les ordonnances, doit prendre la route de l'exil. Elle le mènera en Autriche, à Gorica (aujourd'hui en Slovénie) ; c'est là qu'il décédera et sera inhumé.

Dans la capitale, on revit dans l'exaltation les souvenirs de la grande Révolution, celle de 89 et 93. On reconstitue une garde nationale et, par acclamations, l'on en confie le commandement à celui qui la commandait déjà en 1789, le toujours populaire et libéral marquis de La Fayette (73 ans !). Certains le voient déjà Président de la République (comme George Washington).

Mais à force d'intrigues, une poignée de conservateurs, dont le vieux Talleyrand, le jeune Thiers et le banquier Laffitte, écartent les républicains. Dans la nuit du 29 au 30 juillet, ils font afficher sur les murs de Paris une proclamation anonyme : « La République nous exposerait à d'affreuses divisions : elle nous brouillerait avec l'Europe ». Ils espèrent réitérer en France la « Glorieuse Révolution » qui a permis aux Anglais, en 1688, par le changement de monarque, d'installer une monarchie parlementaire durable.

C'est ainsi qu'ils en appellent au duc Philippe d'Orléans. Le 31 juillet, il reçoit d'une commission municipale le titre de lieutenant général du royaume. Il s'agit qu'il assure la régence au nom de l'héritier légitime, Henri d'Artois, duc de Bordeaux. C'est le fils posthume du duc de Berry, aîné de Charles X, celui que les romantiques ont qualifié d'« enfant du miracle » (10 ans). Philippe d'Orléans ayant accepté la requête, La Fayette mène l'heureux élu au balcon de l'Hôtel de ville et le présente à la foule des Parisiens comme la « meilleure des républiques ».

Le 2 août, Charles X, qui s'est réfugié au château de Rambouillet, consent à abdiquer en faveur de son petit-fils. Il doit encore convaincre son fils cadet Louis-Antoine (55 ans), officiellement Dauphin de France, d'en faire autant. Il s'écoule une vingtaine de minutes avant que celui-ci consente à abdiquer de ses droits au profit de son neveu. Il restera dans l'Histoire, sous le nom de Louis XIX, comme le roi de France au règne le plus court ! 

Le lendemain, les Chambres, ignorant le décret de dissolution les concernant, se réunissent comme si de rien n'était. Elles constatent le trône vacant et révisent la Charte de 1814 en vue d'attribuer le trône au nouveau roi, Henri V. Mais le duc d'Orléans voit son ambition grandir à mesure que passent les jours. Il s'avise que le roi est jeune et de santé fragile, avec une mère au tempérament fantasque, et que lui-même est le plus populaire de tous les rejetons de la famille royale. Il convainc ses partisans de lui attribuer la couronne en personne.

C'est ainsi que le 7 août 1830, au terme de cet « été des quatre rois » (Camille Pascal), les Chambres adoptent un nouveau texte constitutionnel par lequel elles décernent au duc d'Orléans le titre de « roi des Français » sous le nom de Louis-Philippe Ier.

Deux jours plus tard, en guise de sacre, le roi prête serment sur la Charte au Palais-Bourbon. De cette trahison familiale va résulter une solide inimitié entre les royalistes « légitimistes », partisans du duc de Bordeaux, et les « orléanistes ».

La Liberté guidant le Peuple

Dès 1831, Eugène Delacroix (1798-1863) a tiré un chef-d'oeuvre romantique de la Révolution de 1830 avec cette peinture allégorique : La Liberté guidant le Peuple (1831, musée du Louvre). L'allégorie de la Liberté, sous la forme d'une femme du peuple, entraîne derrière elle toutes les classes sociales, de l'étudiant au gamin des rues. Plus tard, Victor Hugo s'inspirera de cette toile dans son roman Les Misérables...

La Liberté guidant le Peuple (Eugène Delacroix, 1831, musée du Louvre, Paris)

Des Journées de Juillet 1830, surnommées les « Trois Glorieuses », Paris conserve aussi pour souvenir une colonne érigée au milieu de la place de la Bastille. Surmontée d'un génie ailé, cette « colonne de Juillet » porte les noms de toutes les victimes de l'insurrection.

Publié ou mis à jour le : 2020-02-18 17:57:06

 
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