Voltaire (1694 - 1778)
« Mon nom, je le commence, et vous finissez le vôtre ! »
De son vrai nom François Marie Arouet, Voltaire est le philosophe et l'écrivain le plus célèbre de l'époque de Louis XV. Fils de notaire, le futur philosophe effectue d'excellentes études classiques au collège de Clermont (aujourd'hui le lycée Louis-le-Grand), à Paris. Mais il abandonne ses études de droit pour le libertinage et l'écriture, mettant à profit son style littéraire et son insurpassable talent dans le persiflage. Une épigramme moquant les prétendues amours incestueuses du Régent lui vaut un premier séjour à la Bastille en 1717. En sortant, il adopte pour pseudonyme une anagramme approximative de son nom sous lequel il accèdera à l'immortalité. En 1726, au chevalier de Rohan-Chabot qui se moque de ce nouveau nom, Voltaire répond par les termes ci-dessus, ce qui lui vaut une bastonnade et un deuxième séjour à la Bastille...
« L'autre jour, au fond d'un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron ;
Que pensez-vous qu'il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva. »
Élu à l'Académie française avec l'appui de la marquise de Pompadour, reçu à Versailles et nommé historiographe du roi Louis XV, Voltaire devient l'homme le plus en vue d'Europe. On le surnomme le « roi Voltaire ». Dans ses combats contre les institutions françaises et la religion établie, il se heurte au parti dévot et à Jean Élie Fréron (1718-1776). Ce contradicteur, journaliste et écrivain, affiche des opinions modérées et au demeurant bien étayées, ce qui lui vaut la haine des «philosophes». À défaut de le contester, Voltaire choisit de le persifler, à preuve le quatrain ci-dessus, librement inspiré d'une épigramme de Démodocus, obscur poète satirique grec du Ve siècle av. J.-C. : Un Cappadocien, par un orvet rampant Fut mordu, mais son sang fit périr le serpent. Le bon d'Alembert, maître d'oeuvre de l'Encyclopédie, va plus loin. Il obtient du roi Louis XV la suspension de sa revue L'Année littéraire. Fréron, l'apprenant, a une attaque cardiaque qui le met hors d'état de poursuivre ses activités.
« Écrasez l'Infâme ! »
Ce leitmotiv revient sans cesse sous la plume de Voltaire, l'Infâme désignant la « superstition » catholique. Parfois, dans ses lettres, le philosophe se contente d'écrire : « Ecr. l'Inf. »
Dans une lettre à son amie Madame du Beffand, Voltaire se présente lui-même comme un «grand démolisseur». C'est un ennemi de la religion catholique et un pourfendeur de l'intolérance lorsque celle-ci est le fait de l'Église. Mais c'est aussi l'ami des despotes et du premier d'entre eux, Frédéric II, roi de Prusse. Ce dernier l'attire en 1750 dans sa résidence d'été de Sans-Souci, près de Berlin, pour se donner une image de « despote éclairé » (despote, certainement, éclairé, cela se discute !). Il se sert de l'écrivain pour faire passer auprès de l'opinion publique française sa politique d'agression. Frédéric II dira en substance de ses relations avec Voltaire : « J'ai pressé le citron et jeté l'écorce ».
Fâché avec Frédéric II et n'osant pas rentrer à Paris, Voltaire s'installe en 1755 aux Délices, une propriété proche de Genève, puis en 1760 dans le village voisin de Ferney, à deux pas de la frontière. C'est là qu'il reçoit la veuve de Jean Calas, un protestant condamné à mort et exécuté à Toulouse. Discernant dans l'affaire une grave injustice liée au fanatisme religieux, il va se mobiliser et entraîner toutes ses relations pour obtenir la réhabilitation du condamné.
« Il n'est permis qu'à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différentes »
Cette citation trop peu connue est tirée de l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, publié par Voltaire en 1756. C'est qu'il arrive à Voltaire et à ses amis de développer des théories vaguement racistes sur la base du « bon sens » et au nom d'une prétendue raison.
En croyant constater l'existence de « races entièrement différentes », ces philosophes prennent le contrepied du christianisme qui, depuis saint Paul, n'a de cesse de proclamer l'unité de la condition humaine. Ils rompent avec leurs prédécesseurs, généralement indifférents au concept de race. Ils annoncent aussi les théories scientistes du XIXe siècle qui, libérées du poids de la religion, assimilent les hommes à une espèce parmi d'autres.
« Je suis comme le public : j'aime mieux la paix que le Canada et je crois que la France peut être heureuse sans Québec »
Source : lettre au Premier ministre, le duc Étienne de Choiseul
Voltaire salue par ces termes quelque peu méprisants et mal avisés le sacrifice de la Nouvelle-France à l'occasion du traité de Paris en 1763.
« Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants »
Cette phrase tirée d'une lettre du 1er avril 1766 témoigne du mépris du libertin Voltaire pour les humbles. De même écrit-il en mars 1766 : « Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il soit instruit ». Dans une autre lettre, en 1769, il estime que lui sufisent « un joug, un aiguillon et du foin ». Auteur dramatique à succès, essayiste, romancier, pamphlétaire, historien (Le Siècle de Louis XIV, Histoire de Charles XII), Voltaire n'en reste pas moins très populaire auprès des élites et même du peuple. De Ferney, il revient mourir à Paris où il a encore la satisfaction de voir couronner son propre buste sur la scène du Théâtre Français.
Sir Winston Churchill (1874 - 1965)
« I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat... » (en anglais)
« Je n'ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur... » (traduction)
Ces mots saisissants sont extraits du discours de Churchill devant le Parlement britannique, le 13 mai 1940, trois jours après l'invasion de la France par Hitler et la nomination de l'orateur au poste de Premier ministre du Royaume Uni. Churchill, en fin connaisseur de l'Histoire, les a empruntés au révolutionnaire italien Giuseppe Garibaldi, qui les a prononcés pour la première fois à Rome, le 2 juillet 1849, devant ses Chemises rouges. Par son énergie et son talent oratoire, Churchill a déterminé les responsables et le peuple britanniques à lutter de toutes leurs forces contre le nazisme. -
Midas (vers 680 avant JC)
« Midas, le roi Midas, a des oreilles d'âne ! »
Ainsi murmuraient les roseaux sous l'effet du vent... selon une légende grecque. L'Histoire nous enseigne que le roi Midas, né vers 715, avait succédé à Gordias sur le trône de Phrygie, un petit royaume grec de la côte orientale de la mer Égée. Sa capitale était Gordium. Midas était fabuleusement riche en raison de l'or collecté dans le fleuve Pactole. Il usa de sa richesse pour étendre ses conquêtes en Anatolie orientale avec l'appui des cités grecques. Mais ses ennemis, les Cimmériens, eurent finalement raison de son royaume vers 676. Crésus, roi de Lydie, hérita bien plus tard des possessions de Midas et de sa fabuleuse richesse, avant d'être détrôné par Cyrus, roi des Perses. La mythologie préfère imaginer que Midas avait secouru Silène, le père nourricier de Dionysos (Bacchus pour les Latins). Pour le récompenser, le dieu lui offrit d'exaucer un vœu et Midas demanda le don de changer tout ce qu'il touchait en or... Sitôt dit, sitôt fait. Mais voilà que même la nourriture qu'il portait à la bouche se changea en or. Il supplia Dionysos de le débarrasser de ce don et le dieu lui suggéra de s'en débarrasser dans le Pactole. Ainsi explique-t-on la présence de paillettes d'or dans ses eaux (le mot pactole est synonyme de trésor, aujourd'hui dans notre langue ). Une autre fois, le roi surprit dans la montagne le dieu Apollon et le satyre Marsyas en train de comparer leurs talents musicaux. Prié d'arbitrer leur querelle, Midas commit la sottise d'afficher sa préférence pour la flûte double du satyre sur la lyre du dieu. Celui-ci, mauvais joueur, prit très mal la chose. Il se saisit de son rival, l'attacha et l'écorcha vif. D'autre part, il affubla Midas d'oreilles d'âne que le roi dut cacher sous un bonnet. Seul son barbier l'apprit. Il voulut se débarrasser de son secret en le confiant à l'eau d'un puits. Par malheur, l'eau tirée du puits renseigna les roseaux et ceux-ci murmurèrent la nouvelle à tous les vents.
Lao-Tseu (VIe siècle avant JC)
« O grand carré qui n'a pas d'angles,
Grand vase jamais achevé,
Grande voix qui ne forme pas de paroles,
Grande apparence sans formes ! »
Ce quatrain est attribué à un philosophe chinois du nom de Lao-Tseu. Il définit la doctrine taoïste, du mot Tao qui signifie voie en mandarin (la langue parlée en Chine du nord). Le taoïsme se fonde sur un ouvrage réputé, le «Livre de la voie et de la vertu». Il est largement diffusé dans l'aire de civilisation chinoise.
Le philosophe Lao-Tseu (Grand Maître), dont l'existence demeure incertaine, aurait été contemporain de Bouddha et Confucius.
Abraham Lincoln (1809 - 1865)
« You mean the Whites are intellectually superior of the Blacks, and therefore have the right to enslave them ? Take care - by this rule you are to be the slave of the first man you meet, with an intellect superior to your own ! » (en anglais)
« Voulez-vous dire que les Blancs sont intellectuellement supérieurs aux Noirs et ont donc le droit de les réduire à l'esclavage ? Prenez garde, cette règle fait de vous l'esclave du premier homme dont l'intellect est supérieur au vôtre ! » (traduction)
Fils de modestes pionniers du Kentucky, Abraham Lincoln exerce de nombreux métiers avant de se tourner vers le barreau, réussissant à se former sur le tas. Son éloquence sans artifice et son ardeur de puritain le jettent en politique et il est élu président des Etats-Unis en 1860, après une campagne qui ne laisse aucun doute sur son intention de mettre fin à l'esclavage dans le sud du pays. Il s'ensuivra la plus meurtrière des guerres qu'aient eu à soutenir les Etats-Unis au cours de leur Histoire. -
« You cannot strengthen the weak by weakening the strong. You cannot help the wage-earner by pulling down the wage-payer. You cannot help the poor by destroying the rich. You cannot help men permanently by doing for them what they could and should do for themselves. » (en anglais)
« On ne peut soutenir le faible en affaiblissant le fort ni venir en aide au salarié en pénalisant l'employeur, pas plus qu'au pauvre en éliminant le riche. On ne peut assister les gens indéfiniment en faisant à leur place ce qu'ils pourraient et devraient réaliser par eux-mêmes. » (traduction)
Comme la guerre de Sécession se termine par la capitulation des rebelles sudistes, Lincoln prépare une paix généreuse mais il est assassiné à Washington.
Il incarne depuis lors le mythe de l'Américain austère, fondamentaliste et autodidacte. La figure de l'Oncle Sam - un homme à barbiche coiffé d'un haut de forme, sec et sûr de son bon droit, n'est pas sans rappeler la silhouette du personnage. -
Tarpeia (vers 750 avant JC)
« Arx tarpeia Capitoli proxima » (en latin)
« La Roche tarpéienne est proche du Capitole » (traduction)
Selon la tradition, Tarpeia était vestale (prêtresse de Vesta vouée à la chasteté) à Rome vers 750 avant JC. Son père était chef de la garde du Capitole. Les jeunes Romains ayant enlevé les jeunes filles de leurs voisins, les Sabins, ces derniers décidèrent d'investir la ville et de reprendre ce qui leur appartenait. Le roi des Sabins, Tatius, convainquit Tarpeia de leur ouvrir les portes de l'enceinte. Pour prix de sa trahison, Tarpeia demanda aux guerriers «ce qu'ils portaient au bras gauche» en désignant leurs beaux bracelets d'or. Une fois les guerriers dans la place, Tarpeia réclama son dû. Les Sabins s'exécutèrent et... l'étouffèrent sous le poids des boucliers qu'ils portaient aussi au bras gauche !
La roche tarpéienne, à l'extrémité sud-ouest de la colline du Capitole, signale l'endroit où elle a été ensevelie. Elle a été depuis lors dédiée par les Romains à l'exécution des traîtres. Sa proximité du Capitole, haut lieu du pouvoir à Rome, rappelle à chacun que le châtiment suprême peut succéder aux plus grands honneurs. -
Berty Albrecht (1893 - 1943)
« La vie ne vaut pas cher, mourir n'est pas grave. Le tout, c'est de vivre conformément à l'honneur et à l'idéal qu'on se fait »
Extrait d'une lettre de Berty Albrecht à son mari, écrite en 1942, peu après son évasion. Berty (ou Bertie) Albrecht est née le 15 février 1893 à Marseille dans une famille protestante d'origine suisse du nom de Wild. Après des études d'infirmière, elle épouse un banquier hollandais et donne le jour à deux enfants.
Elle ne tarde pas à s'intéresser à la condition féminine et milite en faveur de la contraception, du droit à l'avortement et des aides à la maternité. Tout en travaillant comme assistante sociale dans une usine, elle s'occupe aussi des réfugiés de l'Allemagne nazie à la Ligue des Droits de l'Homme. Après l'invasion de la France et l'armistice de 1940, Berty Albrecht entre dans la Résistance et collabore avec Henri Frenay à la création du mouvement Combat. Elle est arrêtée deux fois par la police française aux ordres du gouvernement de Vichy mais arrive à s'échapper. De nouveau arrêtée le 28 mai 1943 par la Gestapo (la police allemande), elle meurt dans des circonstances inconnues trois jours plus tard dans la prison de Fresnes. Sa dépouille repose aujourd'hui dans la crypte du mont Valérien. -
Philippidès (490 avant JC)
« Nenikamen » (en grec)
« Nous avons gagné » (traduction)
Ce mot fut le seul qu'eut la force de prononcer le soldat Philippidès en arrivant sur l'Agora d'Athènes, le centre de la cité, au pied de l'Acropole.
Quelques heures plus tôt, la puissante armée perse avait débarqué dans la plaine de Marathon, à 35 km d'Athènes. Les envahisseurs étaient 100.000 selon la tradition, plus vraisemblablement 20.000. Ils ne trouvèrent en face d'eux que l'armée des citoyens d'Athènes, au nombre de 10.000. Les autres cités grecques avaient fait défection, à l'exception de Platées, en Béotie, qui avait envoyé un millier d'hommes.
Grâce à l'habileté du stratège Miltiade et à leur audace, les Athéniens et leurs alliés platéens surmontèrent leur faiblesse numérique. De façon quelque peu surprenante, ils chargèrent les Perses au pas de course et les obligèrent à rembarquer.
Le souvenir de Philippidès et de sa course mortelle de quatre heures a inspiré l'épreuve de marathon aux fondateurs des Jeux Olympiques modernes. La première édition de l'épreuve, aux Jeux d'Athènes de 1896, fut remportée par... un Grec, en près de 3 heures. La distance actuelle de l'épreuve (42km 195) fut fixée lors des Jeux de 1908 en Angleterre. -
Alexandre le Grand (356 av. J.-C. - 323 av. J.-C.)
« - J'accepterais si j'étais Alexandre
- Moi aussi,... si j'étais Parménion »
Après sa victoire à Issos sur le roi des Perses, Alexandre III, fils de Philippe II de Macédoine, reçoit de son ennemi des propositions de paix.
Son vieux général Parménion lui fait valoir l'avantage de la paix mais le succès donne des ailes au conquérant. Alexandre ne veut plus rien d'autre que l'élimination du puissant empire perse.
Il commence à prendre la mesure de son prodigieux destin. D'où cet étonnant dialogue entre le général et le Conquérant.
Comte d' Anteroche (1743)
« – Messieurs les Français, tirez les premiers
– A vous l'honneur ! »
Il existe de nombreuses versions de ce dialogue tenu au cours de la bataille de Fontenoy, dans le Hainaut belge, près de Tournai, le 11 mai 1745. Pendant la guerre de Succession d'Autriche, les Français, sous le commandement du maréchal Maurice de Saxe et en présence du roi Louis XV et du Dauphin (15 ans), rencontrent en ce lieu l'armée anglo-hollandaise commandée par le duc de Cumberland.
D'après le récit d'un témoin, le marquis de Valfons, les Anglais s'approchent à cent pas de la ligne française. Leurs officiers mettent le chapeau à la main et saluent les officiers des gardes françaises qui se découvrent à leur tour, dans une scène qui évoque irrésistiblement la « guerre en dentelles ». Ensuite, Charles Hay, capitaine des gardes anglaises, s'avance et, s'adressant au comte d'Anterroche, lieutenant des grenadiers : « Monsieur, faites tirer vos gens ». À quoi l'autre répond : « Non, Monsieur, nous ne commençons jamais ». Il s'agit d'une fausse politesse car le premier qui tire se trouve aussitôt démuni face à l'assaillant...
Après un dernier salut, les officiers rentrent dans leur rang et le feu anglais commence, meurtrier. C'est en définitive aux Français que reviendra la victoire, l'une des dernières en date de l'Ancien Régime. Occupant les Pays-Bas autrichiens (l'actuelle Belgique) puis Maastricht, dans les Provinces-Unies (les actuels Pays-Bas), les Français sont bientôt en mesure d'imposer le traité d'Aix-la-Chapelle.
Le soir de la bataille, comme le Dauphin manifeste une joie débordante à l'évocation des combats, son père l'admoneste avec une sagesse inaccoutumée : « Voyez tout le sang que coûte un triomphe. Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes. La vraie gloire, c'est de l'épargner ». En récompense de ses exploits à Fontenoy, le maréchal de Saxe reçoit quelques mois plus tard, en cadeau du roi, le domaine de Chambord.
Napoléon Bonaparte (1769 - 1821)
« C'est avec des hochets que l'on mène les hommes »
Premier Consul, Napoléon Bonaparte décide en 1802 d'établir un Ordre national de la Légion d'Honneur pour récompenser les mérites des citoyens.
Le 8 mai 1802, à un membre du Conseil d'État qui l'interpelle sur le bien-fondé d'une décoration qui viole les principes révolutionnaires d'égalité et invoque l'exemple des Romains, le Premier Consul rétorque : «On nous parle toujours des Romains! Il est assez singulier que, pour refuser les distinctions, on cite l'exemple du peuple chez lequel elles étaient le plus marquées. Est-ce là connaître l'histoire ? Les Romains avaient des patriciens, des chevaliers, des citoyens et des esclaves. Ils avaient pour chaque chose des costumes divers, des moeurs différentes. Ils décernaient en récompenses toutes sortes de distinctions, des noms qui rappelaient des services, des couronnes murales, le triomphe !... Je défie qu'on me montre une république ancienne et moderne dans laquelle il n'y ait pas eu de distinctions. On appelle cela des hochets ; Eh bien, c'est avec des hochets qu'on mène les hommes. L'on convient qu'il nous faut des institutions ; si l'on ne trouve pas celle-là bonne, qu'on en propose donc d'autres ! Je ne prétends pas qu'elle doive sauver la République ou l'État, mais elle y jouera son rôle»...
Archimède (287 avant JC - 212 avant JC)
« Donnez-moi un point d'appui... et je soulèverai le monde »
<p>Archimède, illustre ingénieur de l'Antiquité, est né à <a href="/citations/citations.php?nom=Denys+l'Ancien">Syracuse</a>, l'une des principales villes grecques de Sicile. Il se forme auprès d'Euclide, au <a href="/histoire/evenement.php?jour=-3230613#hellenisme">Musée d'Alexandrie</a>, et entretiendra toute sa vie des relations épistolaires avec plusieurs savants de l'école d'Alexandrie, dont Ératosthène, le premier savant qui ait réussi à mesurer la circonférence de la Terre. </p><p>De retour dans sa ville natale, Archimède entre au service du tyran élu, Hiéron II, son ami, voire son parent. C'est à Syracuse qu'il réalisera l'essentiel de ses découvertes - souvent fondamentales -. On lui attribue des progrès décisifs en arithmétique, géométrie (<i>lemme</i>), astronomie, optique, mécanique, hydraulique... C'est ainsi que la <i>«vis d'Archimède»</i> est encore employée comme pompe dans tout le sud méditerranéen. Son utilisation judicieuse du principe du levier est mise en valeur par l'aphorisme ci-dessus.</p>
Léonidas (480 av. J.-C.)
« Passant, va dire à Sparte que ses fils sont morts pour obéir à ses lois »
Cette inscription figure à l'entrée des Thermopyles. Ce défilé montagneux est situé au pied du mont Oeta et au bord de la mer Égée. Large d'à peine une quinzaine de mètres, il commande l'accès à l'Attique, la région d'Athènes. L'inscription est due au poète Simonide de Céos (556 à 467 av. J.-C.). Elle rappelle le sacrifice héroïque du Spartiate Léonidas et de ses hommes. Ils affrontèrent à cet endroit l'immense armée de Xerxès, le Grand Roi des Perses, qui avait projeté de conquérir la Grèce. À la fin août 480 av. J.-C., la coalition rassemblée par Xerxès et forte de plus de cent mille hommes se heurta à l'entrée du défilé à une avant-garde grecque de quelques milliers d'hommes seulement, sous le commandement de Léonidas. Elle lança en vain deux attaques sans pouvoir tirer parti de sa supériorité numérique en raison de l'étroitesse du défilé. D'après le récit d'Hérodote, « lorsque les Perses lancent leurs flèches, la nuée obscurcit le soleil. - Ainsi, on combattra à l'ombre ! », lance bravement le Spartiate Diénékès ! Les Spartiates, qui habitent une région appelée Laconie, ont la réputation d'être des « taiseux ». D'où le mot « laconisme » pour désigner en français cette façon de s'exprimer par des formules abruptes et concises. Toujours d'après le récit d'Hérodote, les Grecs furent finalement vaincus du fait de la « trahison » d'un habitant de la région qui guida les assaillants dans la montagne et leur permit d'encercler les Spartiates et leurs alliés. Son nom, Éphialtès, est devenu en grec moderne synonyme de traitre ! À vrai dire, Léonidas, qui connaissait le sentier, s'était contenté d'en confier la garde à un millier de Phocidiens, lesquels n'avaient rien pu faire quand dix mille « Immortels » (soldats d'élite perses) avaient fondu sur eux. Voyant qu'ils étaient cernés, beaucoup de Grecs choisirent de faire défection ou de se replier. Léonidas comprit quant à lui qu'il ne pourrait abandonner le champ de bataille sauf à être traqué dans sa fuite. Il choisit de rester sur place avec 300 hoplites de Sparte ainsi que de 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies (Béotie), afin de retenir les Perses et de leur faire face autant que faire se peut. En empêchant pendant plusieurs jours les Perses de franchir le défilé, Léonidas et ses guerriers offrirent un répit aux autres Grecs pour organiser leur défense et se préparer eux-mêmes à la guerre.

C'est ainsi que les Athéniens et leurs alliés purent triompher des Perses à Salamine, où leur flotte anéantit la flotte perse, et un an plus tard à Platées, où ils affrontèrent un corps d'armée perse resté sur place. Hérodote dit que deux Spartiates survécurent à la bataille des Thermopyles. Le premier se suicida de honte ! Le second mourut l'année suivante à la bataille de Platées.
Daniel (539 avant JC)
« Mené, Mené, Teqel et Parsîn »

Archimède (287 avant JC - 212 avant JC)
« Eurèka, Eurèka ! » (en grec)
« J'ai trouvé, j'ai trouvé ! » (traduction)
Le tyran Hiéron aurait demandé à Archimède de vérifier si une couronne d'or ne contenait pas aussi du cuivre. C'est en prenant son bain que le savant aurait eu la clé de l'énigme en découvrant la loi du déplacement des corps plongés dans un liquide et en en déduisant la possibilité de calculer la densité d'un corps (or, cuivre, alliage,...) d'après son poids apparent dans l'eau.
Selon la légende, tout heureux de sa découverte - et distrait comme tout savant qui se respecte -, il aurait alors sauté hors de sa baignoire et couru dans la rue, nu comme un ver, en criant : «Eurèka, Eurèka !».
En 215, la flotte romaine avait mis le blocus devant la ville sous le commandement du consul Claudius Marcellus. Le vieil Archimède contribue de façon spectaculaire à la défense de la cité en concevant des machines de bombardement, et des jeux de miroirs capables de concentrer la lumière du soleil sur les voiles ennemies et de les enflammer... Ses inventions permettent à la ville de résister trois ans.
Avant l'assaut final, Marcellus donne l'ordre exprès d'épargner le vieux savant (75 ans). Il a l'espoir de mettre son génie au service de la lutte contre le carthaginois Hannibal, mais un légionnaire borné n'en a cure et tue Archimède d'un coup d'épée.
Sir Winston Churchill (1874 - 1965)
« Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few » (en anglais)
« Jamais, dans l'histoire des guerres, un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre. » (traduction)
Par cette déclaration publique du 20 août 1940, le Premier ministre Winston Churchill exprime la reconnaissance des hommes libres à l'égard de la poignée de pilotes de la Royal Air Force : ils ont repoussé les attaques de la Luftwaffe allemande et préservé l'Angleterre d'une invasion qui eut été fatale à la liberté en Europe.
À la veille du débarquement de Normandie, Churchill a un entretien orageux avec le général de Gaulle, chef de la France libre. Il lui dit à cette occasion : «Sachez-le, général ! Chaque fois qu'il nous faudra choisir entre l'Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. Chaque fois qu'il me faudra choisir entre vous et Roosevelt, je choisirai Roosevelt».
Ce principe allait très longtemps guider les dirigeants britanniques de l'après-guerre. -
« The best argument against democracy is a five-minute conversation with the average voter » (en anglais)
« La meilleure critique de la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen » (traduction)
Le descendant des ducs de Marlborough témoigna toute sa vie d'une fidélité sans faille aux principes démocratiques... avec un humour très britannique, cela va de soi. Ne dit-on pas de lui, en référence à sa mère américaine, qu'il est «50% Américain et 100% Britannique». Sur un mode résigné, dans un discours aux Communes le 11 novembre 1947 (cité par Bruno Hongre) : «No one pretends that democracy is perfect or all wise. Indeed, il has been said that democracy is the worst form of government except for all those others that have been tried» «Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou sage. Il m'est arrivé d'entendre dire que c'est le pire des gouvernements à l'exception de tous ceux qui ont déjà été essayés». Personnalité d'exception, guerrier-né, écrivain prolixe (prix Nobel de littérature 1953), homme d'État imaginatif, Churchill nous a aussi légué de nombreux mots d'esprit. En voici une sélection plus ou moins avérée, établie par le service de presse des éditions Tallandier. Lady Astor : «Monsieur Churchill, si j'étais votre femme, je verserais du poison dans votre café...» Churchill : «Et moi, Madame, si j'étais votre mari, je le boirais !» Churchill : «On dit de moi que j'ai été le pire ministre des Finances que l'Angleterre ait jamais connu... et on a eu raison» (allusion à sa malvenue réévaluation de la livre en 1925). Une vieille lady choquée : «Monsieur Churchill, vous êtes ivre !» Churchill : «Et vous, Madame, vous êtes laide... Et moi, demain, je serai sobre !» En apprenant que le président Roosevelt avait dit de lui : «Churchill a cent idées par jour, dont quatre seulement sont bonnes... mais il ne sait jamais lesquelles !», le Premier ministre aurait rétorqué, non sans mauvaise foi : «Le président a tort de dire cela. Lui, il n'en a jamais». Un député en séance : «Je vois l'honorable Churchill hocher la tête pendant que je parle. Mais je lui ferai remarquer que je ne fais qu'exprimer mon opinion personnelle» Churchill : «Et moi, Monsieur, je ne fais que hocher ma tête personnelle». Au Parlement, en novembre 1937 : «J'ai cru comprendre que nous n'avions rien fait en matière de défense aérienne, par peur d'effrayer la population. Eh bien ! Il vaut beaucoup mieux être effrayé maintenant que tué plus tard !». Un député : «Monsieur Churchill serait-il en train de dormir pendant que je parle ?» Churchill : «Si seulement !» À son amie Violet Asquith, dans un rare accès de modestie : «Nous sommes tous des vers... Mais je crois que moi, je suis un ver luisant !». Aux Chequers, 2 novembre 1940, après avoir annoncé son intention de bombarder l'Italie : «Il faudra faire attention de ne pas bombarder le pape : il a des amis influents !» A lord Beaverbrook : «Le champagne est nécessaire en temps de défaite, et obligatoire en temps de victoire !». A l'auteur dramatique George Bernard Shaw, qui lui avait envoyé deux billets pour la première de sa prochaine pièce, accompagnés de ces simples mots : «Voici un billet pour vous, et pour un ami - si vous en avez un...», Churchill répond : «Ayant déjà contracté d'autres engagements, je regrette de ne pouvoir assister à la première de votre pièce. Merci de m'envoyer deux billets pour la représentation suivante - s'il y en a une...». Au sujet de Clement Attlee, son successeur au poste de Premier ministre : «Une voiture vide s'arrête devant Downing Street, et Clement Attlee en descend...». À Lord Mountbatten : «Les Romains m'ont volé mes meilleures... Et pour qu'on leur en reconnaisse la paternité, ils les ont écrites en latin !». Encore un mot (on ne prête qu'aux riches) : «Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées».Hérodote (484 av. J.-C. - 425 av. J.-C.)
« L'Égypte est un don du Nil »
Cette belle formule ouvre toutes les Histoires de l'Égypte pharaonique depuis... 2 500 ans. Comment mieux résumer ce qui fait l'essence du premier État de l'Histoire ? L'auteur est celui-là même dont nous avons emprunté le nom pour baptiser l'encyclopédie Herodote.net.
Hérodote est né à Halicarnasse, en Asie mineure, pendant les guerres médiques.
Grand voyageur et excellent observateur, il visite de nombreux pays méditerranéens et en rapporte des informations sur leur histoire, leur religion, leur gouvernement et leurs coutumes. On lui doit une grande partie de nos connaissances sur l'Égypte des pharaons.
Ainsi écrit-il dans la description de l'Égypte : « Il est évident pour tout homme, même non prévenu, qui voit ce pays, - j'entends tout homme intelligent -, que la partie de l'Égypte où abordent les vaisseaux des Grecs est une terre d'alluvions, un don du fleuve, de même que la région qui s'étend à trois jours de navigation en amont du lac, région dont mes informateurs ne m'ont rien dit de tel, mais qui a la même origine elle aussi » (note).
Hérodote a tiré de ses voyages un ouvrage en neuf volumes intitulé L'Enquête (en grec : Historia). De ce titre dérive notre mot Histoire. L'ouvrage porte bien son nom car il se présente non comme un récit magistral mais comme une véritable enquête sur les moeurs et le passé des peuples que le voyageur eut à connaître. Hérodote est à juste titre considéré comme le père de l'Histoire... et le précurseur du tourisme intelligent.
Périclès (495 avant JC - 429 avant JC)
« L'État démocratique doit s'appliquer à servir le plus grand nombre... »
L'historien Thucydide (vers 465 à 395 av. J.-C.), auteur de La guerre du Péloponnèse, a placé dans la bouche de Périclès une très belle et très complète définition de la démocratie : « L'État démocratique doit s'appliquer à servir le plus grand nombre ; procurer l'égalité de tous devant la loi ; faire découler la liberté des citoyens de la liberté publique. Il doit venir en aide à la faiblesse et appeler au premier rang le mérite. L'harmonieux équilibre entre l'intérêt de l'État et les intérêts des individus qui le composent assure l'essor politique, économique, intellectuel et artistique de la cité, en protégeant l'État contre l'égoïsme individuel et l'individu, grâce à la Constitution, contre l'arbitraire de l'État ».
Périclès a été élu, à 30 ans, à la fonction de stratège (une sorte de Premier ministre) par les Athéniens. Représentant du parti populaire (en dépit de la répugnance que lui inspire le peuple), il est ensuite réélu presque sans discontinuer à ce poste jusqu'à sa mort en 431 av. J.-C.. La démocratie athénienne atteint avec lui son apogée. Cette période sans équivalent dans son Histoire reste connue sous le nom de « siècle de Périclès ».
Marie-Antoinette (1755 - 1793)
« Mon Dieu, si nous avons commis des fautes, nous les avons certainement expiées aussi ! »
Propos qu'aurait tenus Marie Antoinette d'Autriche, ex-reine de France, au cours de ses derniers moments... On raconte aussi qu'en s'approchant de la guillotine, elle aurait marché sur le pied du bourreau et lui aurait dit, n'ayant jamais perdu sa bonne éducation : «Monsieur, je vous demande excuse, je ne l'ai pas fait exprès».
Fille de l'impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg, l'archiduchesse a été mariée en 1770 à l'héritier du trône de France.
L'union a vocation à consolider le rapprochement de la France et de l'Autriche. Mais ce «renversement des alliances» au profit de l'ancienne ennemie est très mal perçu par l'opinion française. Il suscite une hostilité immédiate à l'égard de la Dauphine Marie-Antoinette, bientôt surnommée avec mépris l'hostilité l'«Autrichienne».
L'«Affaire du collier», en 1785, met en évidence les fragilités du règne. On prête à la souveraine un penchant pour le comte Axel de Fersen, un beau Suédois qui s'emploie à organiser la fuite de la famille royale en juin 1791 (l'escapade est interrompue à Varennes).
Xénophon (430 av. J.-C. - 355 av. J.-C.)
« Il avait raison celui qui a dit que l'agriculture est la mère et la nourrice des autres arts »
Xénophon, élève de Socrate, est surtout connu pour avoir écrit le récit de L'Anabase, une épopée gréco-perse. La citation, ci-dessus, tirée de L'Economique, est à l'origine d'un courant de pensée ruraliste, méfiant à l'égard de l'industrie, encore très vivace (que l'on pense à Sully, Rousseau, Méline ou... Pétain).
Denys l'Ancien (431 avant JC - 367 avant JC)
« Oderint, dum metuant ! » (en latin)
« Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent ! » (traduction)
Cette formule est attribuée à Denys l'Ancien, qui gouvernait la cité de Syracuse (Sicile). Elle a été tellement galvaudée qu'il est hasardeux d'en certifier l'origine. L'écrivain romain Cicéron la mentionne dans De Officis LXXVIII.
Les Grecs avaient colonisé la Sicile au début du premier millénaire et certains d'entre eux, les Corinthiens, avaient fondé la cité de Syracuse vers 734 avant JC. La cité fit preuve d'une prodigieuse vitalité qui l'amena à fonder des colonies à son tour. Gélon lui donna l'ascendant sur les Carthaginois par sa victoire d'Himère en 480 avant JC.
Alliée de Sparte pendant la guerre du Péloponnèse, Syracuse fut agressée par Athènes en 413 mais l'expédition tourna au désastre pour les assaillants. Affaiblis, les démocrates de Syracuse abandonnèrent la réalité du pouvoir à un «tyran», Denys l'Ancien. Celui-ci rétablit la grandeur de la cité, assura son hégémonie sur la Sicile et la Calabre (la Grande Grèce) et promut les constructions et les arts.
Comme l'un de ses serviteurs, Damoclès, n'en finissait pas de chanter ses louanges, Denys le fit habiller de façon royale et l'invita à un somptueux festin. Là-dessus, il lui demanda de lever les yeux et Damoclès vit avec effroi une lourde épée suspendue au-dessus de sa tête par un crin de cheval. Il mesura alors la fragilité du bonheur et de la gloire. C'est du moins ce que rapporte Cicéron. Pendant la deuxième guerre punique, Syracuse prit le parti de Carthage contre Rome. Remarquablement fortifiée, elle soutint un siège de trois ans au terme duquel elle perdit son indépendance et vit mourir l'illustre savant Archimède. -
Sun Tzu (Ve siècle avant JC)
« La vitesse est l'âme de la guerre »
Sun Tzu, officier chinois contemporain de Xénophon, a participé aux épopées guerrières qui caractérisèrent la période féodale connue sous le nom de Royaumes combattants («Zhanguo»), de 453 à 221 avant JC.
Son traité de stratégie intitulé «L'art de la guerre» met en avant pour la première fois les impératifs de logistique et de poursuite de l'efficacité aux dépens de l'idéal de chevalerie qui inspirait les guerriers jusque-là.
L'ouvrage rassemble des éléments de philosophie, de stratégie, de tactique et même d'espionnage. Il met en relief le rôle du hasard, l'importance de la ruse et de la surprise, les relations étroites entre la politique et la guerre et aussi le coût exorbitant des opérations militaires. Le caractère illusoire des solutions extrêmes ou précipitées aussi bien que l'ambiguïté des circonstances de la victoire sont des thèmes récurrents de l'auteur.
On s'accorde à penser que des contributions philosophiques sont venues s'intégrer à cette somme par la suite. Le traité a exercé une influence durable sur les stratèges chinois, coréens, japonais et Vietnamiens jusqu'à nos jours. Mao Zedong, fondateur de la République populaire de Chine, en a fait son profit et le monde des affaires en tire des leçons toujours actuelles.
La plus belle des victoires, selon Sun Tzu, est celle que l'on obtient avant même d'avoir dû combattre. -
Philippe II (382 avant JC - 336 avant JC)
« Aucune ville ne résiste à un mulet chargé d'or »
Cette formule est attribuée à Philippe II, roi de Macédoine et père d'Alexandre le Grand. On peut la rapprocher d'une sentence de l'orateur romain Cicéron, trois siècles plus tard : « Nihil tam munitum quod non expugnari pecunia possit » (Il n'est de forteresse qui ne se puisse conquérir en y mettant le prix, in De Verrem).
Monté sur le trône en 360, Philippe II a soumis les cités grecques situées au sud de son petit royaume en utilisant ses redoutables phalanges de fantassins et, plus volontiers encore, la ruse, la trahison et la corruption. -
Diogène le Cynique (410 avant JC - 323 avant JC)
« Je cherche un homme ! »
Réponse du philosophe Diogène le Cynique à un passant qui s'étonnait de le voir parcourir les rues d'Athènes une lanterne à la main en plein jour. Diogène professait le mépris des richesses et des conventions, la vie conforme à la nature, et cultivait la provocation. Pendant l'hiver il se contentait de s'abriter dans un tonneau. Platon le qualifiait de «Socrate en délire».
Voyant un jour un enfant boire à une fontaine dans le creux de sa main, Diogène s'écria : «Cet enfant m'apprend que je conserve encore le superflu» et il brisa son écuelle. Assistant à une leçon de Zénon d'Élée pour qui le mouvement n'existait pas, Diogène se leva et pour toute réponse se mit à marcher. Ce grand misanthrope se qualifiait pourtant, il y a plus de 2000 ans, de «citoyen du monde». -
« Si je n'étais Alexandre et si je pouvais choisir mon destin, je voudrais être Diogène. Je ferai tout pour répondre à tes vœux »
De passage à Corinthe au cours d'une campagne militaire, le roi de Macédoine, Alexandre III, avait tenu à rencontrer Diogène. Voyant le philosophe à demi-nu devant le tonneau qui lui servait d'abri, l'élève d'Aristote lui aurait fait la proposition ci-dessus. À quoi le philosophe aurait répondu négligemment : «Tu peux effectivement me faire un grand plaisir en t'écartant car tu me caches le soleil !» -
Pyrrhus (319 avant JC - 272 avant JC)
« Encore une victoire comme celle-ci et je suis perdu ! »
Réflexion amère du roi Pyrrhus après la bataille d'Héraclée en Lucanie (Italie), en 280 avant JC, d'où nous vient l'expression de «victoire à la Pyrrhus» pour désigner un vain succès.
Pyrrhus (de Pyrrhos, le Roux) naquit en Illyrie du roi d'Épire Eacidas, lui-même détrôné par Cassandre, fils d'Antipatros, un des généraux d'Alexandre le Grand. Ces derniers se déchiraient comme à la bataille d'Ipsos (301) où le parti de Pyrrhus fut vaincu par les alliés Séleucos, Ptolémée, Cassandre et Lysimaque. Le jeune prince fut déporté en Égypte où il s'attira les bonnes grâces du pharaon Ptolémée Ier Sôter qui lui accorda la main de sa fille et l'appui nécessaire pour reconquérir son royaume d'Épire (297). En 281, les Tarentais réclamèrent son appui contre Rome. Il s'embarqua avec 25.000 hommes et 20 éléphants et remporta les batailles d'Héraclée (280) et d'Ausculum (279), mais au prix de lourdes pertes. Passant en Sicile, il triompha des Carthaginois mais suscita des intrigues parmi les Grecs. Il quitta finalement la péninsule pour retourner en Grèce (274). Il reconquit encore l'Épire et la Macédoine, et rétablit Cléonymos sur le trône de Sparte. La mort l'attendait dans les rues d'Argos, où il fut tué par une tuile lancée d'un toit par une vieille femme. -
Paul de Tarse ( - 67)
« Il n'y a ni hommes ni femmes, ni Juifs ni Grecs, ni hommes libres ni esclaves, vous êtes tous un en Jésus-Christ. »
Saint Paul, deuxième fondateur du christianisme après le Christ, est à l'origine d'un message autant révolutionnaire que religieux en proclamant l'égalité de tous les êtres humains, indépendamment de leur sexe, de leur race, ou de leur statut social (le passage ci-dessus est extrait de sa lettre ou Épître aux Galates, un peuple celte d'Asie mineure). Deux mille ans après, ce message garde sa force subversive dans la majeure partie de la planète, y compris en beaucoup de régions officiellement chrétiennes.
Caton l'Ancien (234 avant JC - 149 avant JC)
« Delenda est Carthago » (en latin)
« Il faut détruire Carthage » (traduction)
"Delenda est Carthago" . Conclusion immuable des interventions de Caton l'Ancien au Sénat, sur quelque sujet que ce soit (selon Florus - Hist. rom. II,15). S'emploie aujourd'hui pour évoquer une idée fixe.
Marcus Porcius Cato, dit Caton l'Ancien ou le Censeur, participa à la deuxième Guerre punique contre Carthage et se lança dans le cursus honorum (questeur, édile, préteur, consul, censeur) non sans accumuler au passage une jolie fortune. Son attitude réactionnaire vis-à-vis des idées nouvelles et des habitudes venues de Grèce était légendaire. Elle l'opposa à la famille Scipion en pleine ascension et dont le raffinement oriental lui paraissait décadent. Caton s'attira aussi, par ses lois somptuaires, l'hostilité du parti des femmes qui exerçait à ses yeux une influence pernicieuse sur les affaires publiques. Inquiet de la renaissance de Carthage, il convainquit le Sénat d'en finir avec la ville punique mais ne vit pas le couronnement de ses efforts. Il se serait mis à apprendre le grec sur ses vieux jours. -
Pompée le Grand (106 avant JC - 48 avant JC)
« Mortuus non mordet ! » (en latin)
« Un mort ne mord pas ! » (traduction)
Injonction de Théodoros de Chios au roi Ptolémée à propos de Pompée le Grand, en 48 avant JC (in Plutarque, Vies des hommes illustres).
Vaincu par son rival César à Pharsale, il s'enfuit jusqu'à Alexandrie. Mais dans la capitale de l'Égypte, le jeune roi Ptolémée XII Philopator (13 ans) se laisse convaincre d'éliminer Pompée pour gagner les faveurs du nouvel homme fort de Rome. Son général, Achillas, se charge de l'affaire. Il monte à bord de la galère de Pompée avec deux anciens officiers romains et convainc le général vaincu de l'accompagner dans son embarcation. Là, il est froidement assassiné d'un coup d'épée dans le dos, sous les yeux de sa femme et de son fils.Cicéron (106 avant JC - 43 avant JC)
« - Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ?
- Quam diu etiam furor iste tuus nos eludet ?
- Quem ad finem sese effrenata iactabit audacia ?... » (en latin)
« - Mais enfin jusqu'où, Catilina, prétends-tu abuser de notre patience ?
- Jusques à quand auras-tu l'insolence de nous narguer ?
- Jusqu'à quelle extrémité l'audace effrénée dont tu fais preuve va-t-elle t'entraîner ? » (traduction)
Cicéron (Marcus Tullius Cicero), né en 106 avant JC dans le Latium, fait figure de modèle comme avocat, comme républicain, comme politicien visionnaire et surtout comme écrivain et orateur.
Issu d'une famille aisée de l'ordre équestre, il s'est formé à l'école des philosophes grecs avant de s'illustrer dans la profession d'avocat pendant la dictature de Sylla. Après la mort de Sylla, il entame une carrière politique qui lui vaudra d'entrer au Sénat. Questeur en Sicile, il est chargé par les habitants de dénoncer le pillage de leur province par le propréteur Verrès et s'acquitte brillamment de sa mission. Il nous en reste cinq discours, les Verrines.
Bien qu'il se soit tiré avantageusement d'une campagne militaire en Cilicie (52 ), Cicéron est surtout admiré pour sa réflexion philosophique, son sens littéraire et poétique, et aussi pour sa simplicité et sa candeur d'honnête homme. Son épouse Terentia lui a donné une fille dénommée Tullia. Celle-ci est morte prématurément en 45, le rendant inconsolable.
« Consuetudo quasi altera natura » (en latin)
« L'habitude est une seconde nature » (traduction)
La prose de Cicéron marque l'apogée de la culture latine... et continue de faire souffrir les jeunes latinisants. Citons, parmi bien des formules qui ne sont pas sans évoquer le Nouveau Testament et les philosophes de notre ère et qui sonnent souvent comme étonnamment actuelles :
« Consuetudo quasi altera natura » (L'habitude est une seconde nature) in de Finibus,
« Omnium rerum principia parva sunt » (En toute chose les commencements sont modestes) in de Finibus,
« Dum spiro, spero ! » (Tant que je respire, je garde espoir) (in Epistulæ ad Atticum),
« Mea mihi conscientia pluris est quam omnium sermo » (Ma conscience me parle davantage que tous les discours) in Epistulae ad Atticum,
« Nomina sunt odiosa » (Les noms sont détestables [en ce qu'ils nous induisent en erreur]) in pro Roscio Amerino,
« Utilius est autem absolvi innocentem quam nocentem causam non dicere » (Il est plus important que l'innocent soit acquitté que le coupable soit traîné en justice) in pro Roscio Amerino,
« Omen accipio ! » (Acceptons-en l'augure ! [pour autant qu'il soit bon]) in de Divinatione,
« Variatio delectat » (La variété séduit) in de Divinatione,
« Omnia mea mecum porto » (Tout ce que je possède, je le porte avec moi) in Paradoxa,
« Abiit, excessit, evasit, erupit ! » (Il est parti, a filé, s'est échappé, a disparu ! ) in Catilinam,
« Cum tacent, clamant ! » (Tout en restant cois, ils clament leur détresse !) in Catilinam,
« O tempora, o mores ! » (O temps, ô moeurs ! ) in Catilinam,
« Hannibal ante portas ! » (Hannibal est à nos portes ! ) in Philippicæ Orationes,
« Pacta sunt servanda » (Les traités sont faits pour être respectés ) in Philippicæ Orationes,
« Salus populi suprema lex esto ! » (Que le salut du peuple soit la loi suprême ! ) in de Legibus,
« Cedant arma togæ, concedat laurea linguæ ! » (Que les armes le cèdent à la toge, les lauriers (du vainqueur) à l'éloquence ! ) in de Consulatu suo,
« O fortunatam natam me consule Romam ! » (Rome est bien fortunée d'être née sous mon consulat !) in de Consulatu suo,
« Summum jus, summa injuria » (La loi portée à l'extrême peut être source d'extrême injustice) in de Officis,
« Suum cuique » (A chacun ce qui lui revient) in de Officis,
« Otium cum dignitate » (Le repos et la dignité [sont ce à quoi nous devons tendre]) in de Oratore,
« Ut sementem feceris, ita metes ! » (Ce que tu auras semé, tu le récolteras !) in de Oratore,
« Vivere est cogitare » (Vivre c'est penser) in Tusculanæ disputationes. -
Juvénal (60 - 130)
« Panem et circences ! » (en latin)
« Du pain et des jeux ! » (traduction)
Source : Decimus Iunius Iuuenalis (Satire X - extrait)
Juvénal, bon observateur de la société romaine, est évidemment sensible à l'un de ses traits les plus marquants : la passion de la plèbe pour les jeux du cirque. La plèbe désigne la grande masse des citoyens pauvres de la ville de Rome. Cette population oisive est prise en charge par l'État qui pourvoie gratuitement à ses plaisirs (jeux du cirque) et à ses besoins matériels (distributions de blé et d'argent). Depuis les réformes initiées par les Gracques, au IIe siècle avant JC, la plèbe n'a cessé de gagner en importance, jusqu'à représenter 600.000 personnes sur un total d'un million. Aucun empereur n'ose s'y opposer. Tous préfèrent se l'attacher par l'assistanat érigé en droit acquis, au risque de compromettre la survie de l'État. D'où les récriminations de Juvénal...

Jules César (100 avant JC - 44 avant JC)
« Caesaris mulier non fit suspecta ! » (en latin)
« La femme de César ne doit pas être soupçonnée ! » (traduction)
À l'aube de son ascension, en 62 avant JC, Caïus Julius, surnommé César, avait formulé la justification ci-dessus pour répudier sa femme, Pompeia, petite-fille du dictateur Sylla, si l'on en croit Plutarque (Vie des hommes illustres). Il ne voulait pas reconnaître qu'elle l'avait effectivement trompé, qui plus est avec un homme qu'il tenait à garder dans le cercle de ses fidèles !
Pendant la période des mystères de Bona Dea(la Bonne Déesse), il était de coutume que des fêtes strictement réservées aux femmes se déroulent dans la maison du grand Pontife (l'ordonnateur de la religion), qui n'était autre alors que César. Guidé par la curiosité, le jeune amant de Pompéia, Publius Claudius Pulcher, communément appelé Claude (ou Clodius), avait osé pénétrer dans la maison sous un déguisement de femme mais sa voix l'avait trahi. L'incident fit scandale et Cicéron lui-même dénonça le sacrilège. Seule Pompéia fit les frais de l'affaire... Son amant obtint l'acquittement, probablement par prévarication, en achetant les juges.
Clodius ne s'en tint pas quitte et poursuivit Cicéron de sa hargne. Plus tard, lorsqu'il eut été désigné tribun avec l'appui du triumvirat (César, Crassus et Pompée), il exila l'avocat en tirant prétexte de la conjuration de Catilina. Ce tribun décidément peu recommandable organisa un gang pour terroriser les bonnes gens et se remplir les poches.
Un groupe de réactionnaires (nous dirions des «skinheads») s'organisa sous la bannière de l'autre tribun, Milon, et les deux bandes donnèrent aux Romains le spectacle de leurs violents démêlés jusqu'à ce que Clodius soit tué dans l'une de ces échauffourées, en 52 avant JC. Dans l'atmosphère de terreur qui régnait à Rome, Cicéron n'eut pas le courage de défendre Milon, accusé de ce crime, mais la plaidoirie qu'il avait préparée, Pro Milone, a heureusement été conservée. -
Skanderbeg (1405 - 1468)
« Je ne vous ai pas apporté la Liberté ; je l'ai trouvée ici, parmi vous »
Georges Castriota (Gjergj Kastrioti en albanais) est un jeune prince albanais envoyé comme otage à la cour du sultan Mourad II, peu après que les Turcs aient occupé les Balkans. Le jeune homme devient le favori du sultan et s'illustre à la guerre sous le nom de Iskander bey, ou prince Alexandre, déformé en «Skanderbeg».
Suite à une défaite des Turcs face aux Hongrois de Jean Hunyade à Nis (Serbie actuelle), en 1443, Skanderbeg déserte l'armée ottomane avec 300 Albanais. Il occupe Kruja (ou Kroya), sa ville natale, principauté de son père, en Albanie centrale, et revient au christianisme de son enfance. Il hisse au sommet de la forteresse de Kruja un drapeau rouge avec un aigle noir à double tête, qui est aujourd'hui le drapeau de l'Albanie indépendante, et, le 28 novembre 1443, se fait proclamer souverain des Albanais. C'est à cette occasion qu'il prononce les mots ci-dessus.
Alphonse d'Aragon, roi de Naples, ainsi que le pape et la principauté de Venise lui apportent aide et argent. Le pape Paul II le surnomme «Athleta Christi». Skanderbeg meurt de maladie le 17 janvier 1468, à 65 ans.
Les Albanais tiennent encore tête pendant 12 ans aux Ottomans. Mais en 1480, le pays privé de son héros est occupé par les Turcs. Ces derniers arrivent même à débarquer sur l'autre rive de l'Adriatique, à Otrante, en Italie, sans pouvoir longtemps s'y maintenir.-
Jules César (100 avant JC - 44 avant JC)
« Caesarem vehis caesarisque fortunam » (en latin)
« Tu portes César et sa fortune [son destin] » (traduction)
Ayant franchi le Rubicon et chassé son rival Pompée d'Italie, César entreprend de poursuivre celui-ci en Grèce. Comme ses troupes sont restées en Italie, il tente de traverser incognito le détroit qui sépare Apollonia d'Illyrie (Durrès) de Brindes (Brindisi) pour aller les chercher. Mais le frêle bateau à douze rames sur lequel il a pris place est pris dans une tempête et le pilote donne l'ordre de revenir au port.
D'après l'historien Plutarque, César révèle alors son identité et adresse au pilote les mots ci-dessus, signifiant par là que la chance est avec lui et qu''il ne peut rien lui arriver !... Mais le pilote n'est pas rassuré pour autant et le bateau fait malgré tout route arrière. En Illyrie, finalement, César aura la chance d'être rejoint par ses troupes et son fidèle lieutenant Antoine. Il infligera alors à Pompée la défaite de Pharsale le 6 juin de l'an 48 avant JC. -
« Gallia est omnis divisa in partes tres... » (en latin)
« La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties... » (traduction)
Source : traduction française de Maurice Rat, Garnier-Frères, 1967
Le chef-d'œuvre littéraire de Jules César, DE BELLO GALLICO, COMMENTARIUS PRIMUS, connu en français sous le titre: Commentaires sur la Guerre des Gaules, débute par une définition inédite de l'Hexagone : « Gallia est omnis divisa in partes tres, quarum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur. Hi omnes lingua, institutis, legibus inter se differunt. Gallos ab Aquitanis Garumna flumen, a Belgis Matrona et Sequana dividit. Horum omnium fortissimi sunt Belgae, propterea quod a cultu atque humanitate provinciae longissime absunt, minimeque ad eos mercatores saepe commeant atque ea quae ad effeminandos animos pertinent important, proximique sunt Germanis, qui trans Rhenum incolunt, quibuscum continenter bellum gerunt » (version latine).
« La Gaule, dans son ensemble, est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui dans leur propre langue, se nomment Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. Tous ces peuples diffèrent entre eux par la langue, les coutumes, les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par le cours de la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les plus braves de tous ces peuples sont les Belges, parce qu'ils sont les plus éloignés de la civilisation et des mœurs raffinées de la Province, parce que les marchands vont très rarement chez eux et n'y importent pas ce qui est propre à amollir les cœurs, parce qu'ils sont les plus voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin et avec qui ils sont continuellement en guerre ».
Ces lignes sont essentielles à la compréhension de nos origines. Elles nous rappellent que les Gaulois, premiers habitants de l'actuelle France, tenaient leur nom des Romains. Et c'est Jules César lui-même qui a créé le mythe d'une « nation gauloise», ancêtre de la nation française.
Dans les faits, les habitants de l'Hexagone (la France actuelle) appartenaient pour la plupart à la mouvance celte, étendue sur une grande partie de l'Europe, du Bosphore à la Grande-Bretagne. De part et d'autre des Pyrénées habitaient des tribus similaires que, faute de mieux, on appelle Celtibères. Quant au Rhin, loin d'être une frontière, il était perpétuellement traversé par des tribus que l'on eut été en peine de qualifier de gauloises ou de germaines.
« Alea jacta est » (en latin)
« Les dés sont jetés » (traduction)
A l'instant de traverser le Rubicon avec son armée et de déclarer ainsi la guerre au Sénat de Rome, Jules César aurait dit en grec, la langue des élites romaines de l'époque : «Anerrifthô Kubos» (Que soit jeté le dé !). La traduction latine de cette formule nous a été léguée par l'historien Suétone : «Iacta esto alea», ou, selon l'opinion commune, «Alea jacta est».
L'historien, qui vécut plus d'un siècle après les événements, sous le règne de l'empereur Trajan, raconte que Jules César avait quitté la Gaule transalpine avec quelques troupes (300 cavaliers et 4.000 légionnaires). Il s'était rendu à Ravenne pour suivre au plus près ce qui se passait à Rome, là où s'affrontaient les tribuns de son parti et les sénateurs de celui de son rival, Pompée : «Donc, lorsqu'il eut appris que l'on avait passé outre à l'opposition et qu'ils avaient eux-mêmes quitté Rome, il fit aussitôt partir en avant quelques cohortes, secrètement, pour ne pas éveiller de soupçons, puis afin de donner le change, vint assister à un spectacle public, examina le plan d'une école de gladiateurs qu'il voulait faire construire, et dîna en nombreuse compagnie, suivant son habitude.
Ensuite, après le coucher du soleil, il fit atteler à un chariot les mulets d'une boulangerie voisine et partit dans le plus grand secret avec une faible escorte. Puis les lumières s'éteignirent, il perdit sa route et resta longtemps égaré, mais enfin, vers l'aube, il trouva un guide et parvint à son but à pied, par des sentiers tout à fait étroits. Ayant rejoint ses cohortes au bord du Rubicon, rivière qui marquait la limite de sa province, il s'arrêta un moment et, songeant à la portée de son entreprise, il dit en se tournant vers sa suite :"Maintenant, nous pouvons encore revenir en arrière, mais une fois que nous aurons franchi ce petit pont, tout devra être réglé par les armes." Comme il hésitait, il reçut un signe d'en haut. Un homme d'une taille et d'une beauté extraordinaires apparut soudain, assis tout près de là et jouant du chalumeau ; des bergers étant accourus pour l'entendre ainsi qu'une foule de soldats des postes voisins, et parmi eux également des trompettes, cet homme prit à l'un d'entre eux son instrument, s'élança vers la rivière et, sonnant la marche avec une puissance formidable, passa sur l'autre rive. Alors César dit : "Allons où nous appellent les signes des dieux et l'injustice de nos ennemis. Le sort en est jeté."...» (*). -
« Veni, vidi, vici ! » (en latin)
« Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu ! » (traduction)
Jules César ayant vaincu son rival Pompée à Pharsale se rua ensuite avec son armée en Asie mineure (la Turquie actuelle). À Zéla, en 47 av. J.-C., il bat Pharnace II, fils et successeur de Mithridate IV le Grand, roi du Pont (la région de l'actuel détroit du Bosphore), un roi qui donna du fil à retordre aux Romains. Après vingt-cinq ans de guerres, il avait enfin été vaincu par le même Pompée en 66 av. J.-C.
Commémorant sa victoire de Zéla par un défilé triomphal à Rome (son quatrième triomphe), César se fit précéder par un porteur qui présente une pancarte où sont écrits les trois mots : « Veni, Vidi, Vici » . Cette concision exprime le génie militaire et l'esprit de décision du général. Elle rappelle aussi aux Romains, dont beaucoup conservent de l'admiration pour Pompée, que son rival s'est montré meilleur stratège face aux armées du Pont...
« Tu quoque, fili » (en latin)
« Toi aussi, mon fils » (traduction)
Le 1er jour des ides de mars de l'an 709 de la fondation de Rome (15 mars de l'an 44 avant JC), Jules César est agressé par un groupe de sénateurs.
Parmi les conjurés figure Brutus, en qui César avait placé toute sa confiance. En le voyant, il lui lance en grec : « Kai su teknon » ce que les chroniqueurs latins ont traduit par un mot de dépit : «Tu quoque, mi fili» (Toi aussi, mon fils). Il pourrait s'agir au contraire d'une malédiction à l'adresse du traître au sens de : Qu'il t'arrive à toi aussi le même sort ! Là-dessus, César se recouvre de sa toge et meurt. -
Jésus-Christ (6 avant JC - 33)
« Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison »
Source : Évangile de Jésus-Christ selon Saint Marc (6, 1-6)
Au commencement de sa prédication, dans la province de Galilée où il a grandi, le Christ se heurte au scepticisme de ses auditeurs. Ces derniers voient en lui un voisin qu'ils ont côtoyé pendant de nombreuses années, d'où sa remarque acerbe, que l'on peut lire dans l'Évangile de Jésus-Christ selon Saint Marc (6, 1-6). Et l'évangéliste d'observer : «Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement, disaient : D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ?».
Notons que dans l'extrait ci-dessus, l'Évangile semble prêter à Jésus des frères et des sœurs, ce qui est admis par les protestants mais contesté par les catholiques. Le mot grec adelphos employé par les évangélistes pourrait en effet désigner aussi bien les frères que les cousins ou les proches du Christ.
Notons que la tradition catholique selon laquelle Marie, la mère du Christ, serait restée vierge et sans autre enfant est relativement récente. Notons aussi, pour en sourire, que les Galiléens désignent les frères du Christ par leur nom mais ne se soucient pas d'en faire autant pour ses sœurs...
Comme aujourd'hui encore, dans maints pays d'Orient, les femmes comptaient moins que les hommes.-
« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! »
Source : Évangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu (5,1-12)
Ce passage de l'Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu est connu comme le sermon des Béatitudes. Il figure au cœur de la prédication du Christ.
Le voici dans son intégralité :
Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
«Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés !
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés». -
« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Source : Évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc (20, 24-26)
Ce dialogue extrait de l'Évangile selon Saint Luc (20, 24-26) est essentiel à la compréhension des relations entre l'Église et la société civile. Il définit en effet en une phrase le principe de séparation du spirituel et du séculier, ou laïcité).
On peut aussi retenir cet autre passage de Saint Luc (12, 13-21) :
Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus : «Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.» Jésus lui répondit : «Qui m'a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ?» Jésus réitère la distinction entre la sphère spirituelle et la sphère terrestre lorsqu'il déclare au gouverneur romain Pilate : «Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes gardes auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais ma royauté, maintenant, n'est pas d'ici.» (Évangile selon Saint Jean, 18, 36).
La laïcité s'est mise en place peu à peu en Europe occidentale à mesure que se sont formés les États modernes. En France, le processus a débuté avec les premiers Capétiens et a abouti avec la loi de séparation des Églises et de l'État.
Paul de Tarse ( - 67)
« C'est lui [le Christ] qui nous a rendus capables d'être ministres d'une alliance nouvelle, non de la lettre, mais de l'Esprit ; car la lettre tue, mais l'Esprit donne la vie »
Source : 2e Épître aux Corinthiens, 3,6
Cette observation de Saint Paul est à l'origine d'une opposition devenue classique entre la lettre et l'esprit. Elle rappelle aux personnes en charge de faire appliquer une loi qu'il importe toujours d'en revenir à l'intention du législateur. Pour les chrétiens, l'observation de Saint Paul est d'une grande importance. Elle confère à ses apôtres, autrement dit à ses envoyés, la faculté de définir le dogme en conformité avec son enseignement. Les préceptes de la foi chrétienne n'ont pas été fixés une fois pour toutes par le Christ. Ils sont susceptibles d'interprétation par ses apôtres et leurs successeurs sous réserve de ne pas entrer en contradiction avec son enseignement. -
Vespasien (9 - 79)
« non olet » (en latin)
« Il ne sent pas » (traduction)
Cette réplique est de l'empereur Vespasien, qui avait la réputation d'être très économe. L'historien Suétone rapporte dans «Vies des douze Césars» que Titus, fils de Vespasien, reprochait à son père d'avoir établi un impôt sur les urines que les foulons employaient pour le dégraissage des vêtements. En guise de réponse, l'empereur lui mit sous le nez la première somme rapportée par cet impôt et lui demanda s'il était choqué par l'odeur. Vers 1834-1835, en souvenir de cette lointaine anecdote, les latrines publiques prirent à Paris le nom de... vespasiennes !
« Decet imperatorem stantem mori » (en latin)
« Il convient qu'un empereur meure debout. » (traduction)
C'est en se levant, à l'instant de mourir, que Vespasien prononça cette fière formule.
Titus (39 - 81)
« Berenicem invitus invitam Titus dimisit » (en latin)
« Malgré lui, malgré elle, Titus renvoya Bérénice » (traduction)
Cette citation de l'historien romain Suétone (in Tito, ch. 7) se rapporte à l'empereur Titus Flavius Sabinus Vespasianus, fils de Vespasien.
Il acheva la guerre de Judée qui nous est bien connue par la relation qu'en fit Flavius Josèphe. La Ville sainte fut ruinée et le deuxième Temple détruit en 70.
Titus ramena alors à Rome une princesse juive, Bérénice. Cette fatale beauté était la fille du roi Hérode Agrippa Ier et avait déjà atteint, semble-t-il, l'âge intéressant de 50 ans... Elle réveilla immédiatement les vieilles préventions des Romains contre les intrigantes.
En dépit de son pouvoir, l'empereur ne put venir à bout de l'opposition populaire et dut la congédier. De la citation de Suétone, Racine a tiré l'une des plus célèbres tragédies du répertoire français, «Bérénice». -
« Amici diem perdidi » (en latin)
« Mes amis, j'ai perdu ma journée » (traduction)
Titus, que l'on qualifiait d'«amour et délices du genre humain» aurait fait cette déclaration dans un moment de mélancholie pour souligner qu'il n'avait été d'aucun secours à personne ce jour-là (in Suétone, De vita Cæsarum, Titus divinus, 8). -
Juvénal (60 - 130)
« Quis custodiet ipsos custodes ? » (en latin)
« Qui gardera les gardiens ? » (traduction)
Au 1er siècle de notre ère, sous les successeurs d'Auguste, Rome voit se multiplier les nouveaux riches. La corruption des mœurs suscite la satire et le poète Juvénal se rend maître dans cet art mineur.
D'origine modeste, Decimus Junius Juvenalis vit à Rome au temps des empereurs Domitien et Hadrien. Il aurait été chassé de la cour dans sa jeunesse pour avoir tourné un favori du prince en ridicule. Son esprit critique impitoyable lui interdit durablement l'accès aux cercles établis qu'il poursuit de ses traits acérés.
L'entourage de l'empereur Domitien lui offre dès lors une cible de choix. Il écrit 16 Satires en vers de l'an 100 à sa mort, lesquelles fustigent sans pitié les mœurs dépravées de la bonne société et idéalisent par contraste la simplicité et la vertu des anciens Romains.
Juvénal dénonce ainsi le laxisme moral, le luxe et les excès des puissants, la coquetterie et les intrigues des femmes, la brutalité et l'injustice des grands. Ses vers sonnent juste et ont souvent pris valeur d'épigramme.
La formule ci-dessus fait référence à La République de Platon, société idéale fondée sur l'autorité. Juvénal signifie avec justesse qu'aucune société ne peut fonctionner en s'appuyant exclusivement sur la répression et que l'on ne peut faire fi d'un minimum de consensus civique.-
Constantin 1er (280 - 327)
« In hoc signo vinces » (en latin)
« Par ce signe tu vaincras » (traduction)
Le 28 octobre 312, Constantin, prétendant au titre d'empereur romain, bat son rival Maxence au Pont Milvius, sur le Tibre, à la sortie de Rome.
Une légende postérieure, transmise par Eusèbe de Césarée, assure qu'il aurait vu avant la bataille une Croix dans le ciel, avec les mots ci-dessus !
Le futur empereur aurait alors fait peindre ces mots sur les boucliers de ses soldats et sur son étendard, le labarum, en les surmontant du chrisme, un symbole désignant Jésus-Christ et constitué de la lettre X et du R grec.
L'avènement de Constantin, élevé dans le paganisme et mort dans le christianisme, marque la conversion officielle de Rome à la nouvelle religion.
La légende du pont Milvius sera plus tard adaptée par les pieux chroniqueurs du règne de Clovis à la bataille de Tolbiac.
Augustin (354 - 430)
« Tolle, lege, tolle, lege ! » (en latin)
« Prends et lis ! Prends et lis ! » (traduction)
Saint Augustin raconte dans ses Confessions qu'à l'âge de 32 ans, jeune homme doué pour la science et également pour la débauche, il était accablé de doutes dans le jardin de sa maison de Milan.
Il entendit alors les paroles ci-dessus, chantées par un enfant du jardin voisin. Jetant les yeux sur un livre que tenait ouvert son ami Alype, il lut une lettre de Saint Paul aux Romains : «Vivons honnêtement, comme en plein jour, sans goinfreries ni beuveries,... Comme on s'habille d'un nouvel habit, revêtons-nous du Christ et ne nous soucions pas ainsi de notre corps».
Cela décida de sa conversion. Il fut baptisé, quelques mois plus tard, par l'évêque de Milan, Ambroise. -
« À Rome, fais comme les Romains »
Augustin aurait un jour demandé à Ambroise si le repos hebdomadaire devait se célébrer le samedi comme à Milan ou le dimanche comme à Rome. Il s'attira cette réponse devenue proverbiale. Retenons enfin d'Augustin cette belle sentence extraite de son oeuvre : «La mesure de l'amour, c'est d'aimer sans mesure».....
Clovis (466 - 511)
« Depone colla, Sigamber » (en latin)
« Dépose tes colliers, Sicambre » (traduction)
Ces mots auraient été prononcés par l'évêque de Reims, Rémi, à l'instant de baptiser Clovis, roi des Francs
L'évêque signifiait de la sorte que le fier Sicambre (autre nom donné aux Francs) devait renoncer aux amulettes des païens. La formule est fréquemment exposée comme suit : «Courbe la tête, o fier Sicambre; adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré». -
« Souviens-toi du vase de Soissons »
Selon le chroniqueur Grégoire de Tours, un soldat franc avait reçu à Soissons un vase de culte qui faisait partie du butin consécutif au pillage de Reims. Mais Clovis, qui désirait faire plaisir à l'influent évêque de la ville, Rémi, lui avait demandé de le restituer. De dépit, le soldat avait frappé de sa francisque le vase qui s'en trouva cabossé. Clovis avait ravalé sa rage et récupéré le vase. Mais plus tard, le 1er mars 487, Clovis reconnaît le soldat lors d'une revue d'armes. Il lui reproche sa tenue négligée et jette ses armes à terre. Le soldat se baisse pour les ramasser. Clovis, alors, lève sa hache et frappe l'homme en prononçant la phrase ci-dessus.....
Grégoire Ier le Grand (540 - 604)
« Quand on veut arriver au sommet d'une montagne, on monte pas à pas, on ne s'élève pas par bonds. »
Cette sage formule est extraite des instructions du pape Grégoire Ier le Grand au moine Augustin. Celui-ci avait reçu du pape mission d'évangéliser les païens d'Angleterre, les Angles.
Dans ses instructions, le pape insiste sur la nécessité de respecter les coutumes locales et de faire confiance au temps pour amener les païens au christianisme :
« Dites à ces missionnaires que j'ai longuement réfléchi à leur travail chez les Anglais », écrit-il. « Il leur faut se garder de détruire les temples de ce peuple ; qu'on détruise seulement les idoles qui s'y trouvent ; qu'on asperge ces temples d'eau bénite, qu'on y mette, à la place des idoles, des autels et des reliques des saints. Il est nécessaire que ces temples bien bâtis passent du culte des idoles à celui du vrai Dieu, mais pour cela, il est inutile de choquer le peuple.
Quand les Anglo-Saxons verront que leurs temples restent debout, ils se rendront naturellement dans ces lieux qui leur sont habituels, pour adorer le vrai Dieu. Et puisqu'ils ont coutume d'immoler des boeufs en sacrifice aux divinités, il faut faire servir cette coutume à quelque solennité chrétienne : par exemple, aux jours dédiés aux martyrs, qu'ils immolent leurs dieux en l'honneur des saints. En effet, dites bien à Augustin qu'il me semble absolument impossible de changer d'un coup les esprits. Après tout, quand on veut arriver au sommet d'une montagne, on monte pas à pas, on ne s'élève pas par bonds ».
Augustin allait s'acquitter avec brio de sa tâche en baptisant le roi du Kent et en devenant lui-même le premier archevêque de Cantorbéry (*).
Raoul Glaber (985 - 1045)
« C'était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, ait revêtu de toutes parts une blanche robe d'église »
Source : traduction française de Georges Duby
L'auteur de ce texte est un Bourguignon connu sous le nom de Raoul Glaber (ou Rodulfus le Glabre ou le Chauve). Moine à 12 ans, d'une inconduite notoire, il va d'abbaye en abbaye jusqu'à la prestigieuse abbaye de Cluny, dans les années 1030-1040 (l'abbé en est Odilon, qui sera plus tard canonisé).
Doté d'un réel talent littéraire mais crédule et peu rigoureux, il écrit en latin, la langue universelle du Moyen Âge, une somme en cinq volumes intitulée Histoires qui retrace l'évolution de la chrétienté de l'an 900 à l'an 1044.
On peut y lire :
«La même année, la millième après la Passion du Seigneur, le troisième jour des calendes de juillet, un vendredi vingt-huitième jour de la lune, se produisit une éclipse ou obscurcissement du soleil, qui dura depuis la sixième heure de ce jour jusqu'à la huitième et fut vraiment terrible. Le soleil prit la couleur du saphir, et il portait à sa partie supérieure l'image de la lune à son premier quartier. Les hommes, en se regardant entre eux, se voyaient pâles comme des morts...».
Sur la foi de ce passage et de quelques autres plus tardifs, les écrivains romantiques du XIXe siècle ont créé le mythe de la «Grande Peur de l'An Mil». Ils ont imaginé l'An Mil émaillé de calamités diverses et les chrétiens de cette époque dans l'attente de la fin du monde... Il est vrai que les rares clercs instruits de l'époque, tel Raoul Glaber, pouvaient trouver des motifs de crainte dans l'interprétation du chapitre XX de l'Apocalypse de Saint Jean (l'un des textes du Nouveau Testament) où il est dit que le diable serait lâché sur le monde mille années après la venue du Christ. Pour désigner cette peur fondée sur un chiffre rond : la millième année suivant la mort du Christ, autrement dit l'an 1033 selon le comput traditionnel, on a même inventé vers 1840 un mot nouveau : le millénarisme (de Millenium, qui désigne une très longue période de temps, pas forcément de 1000 ans).
Aujourd'hui, à la suite de Georges Duby (L'An Mil, Julliard, 1967), les historiens ont fait litière de ce mythe. La très grande majorité des Européens d'il y a mille ans étaient illettrés et n'avaient aucune connaissance de la chronologie ni de la datation. La plupart se représentaient l'époque du Christ comme très proche de la leur et rien ne permet de croire qu'ils aient pu craindre la fin du monde.
A posteriori, l'An Mil nous apparaît comme une période de renouveau. Au tréfonds d'une société misérable, comme des graines sous la neige, des forces spirituelles sont en train de germer et vont s'épanouir sous la forme d'une grande et belle civilisation, la nôtre. L'historien Georges Duby parle très justement de «printemps du monde» pour qualifier cette époque.
Raoul Glaber lui-même a eu conscience de ce renouveau, à preuve le passage ci-après de ses Histoires qui témoigne de façon poétique de l'essor religieux aux alentours de l'An Mil, tandis que l'art roman émerge et que s'épanouit la foi chrétienne :
«Comme approchait la troisième année qui suivit l'An Mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, rénover les basiliques des églises ; bien que la plupart, fort bien construites, n'en eussent nul besoin, une émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celle des autres. C'était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, ait revêtu de toutes parts une blanche robe d'église».
Hugues Capet (941 - 996)
« – Qui t'a fait comte ?
– Qui t'a fait roi ? »
Ce brutal dialogue, probablement imaginaire, aurait été tenu vers 990 entre Hugues Capet, nouvellement élu roi des Francs sous le nom de Hugues Ier, et l'un de ses vassaux récalcitrants, Adalbert de Périgord, qui refusait de lever le siège de Tours. Il témoigne à tout le moins de la fragilité de la dynastie capétienne à ses débuts. -
Pierre Orseolo II (1000)
« Desponsamus te, mare nostrum, in signum veri perpetuique domini ! » (en latin)
« Nous t'épousons, notre mer, en signe de véritable et perpétuelle souveraineté » (traduction)
Chaque année, le jour de l'Ascension, le doge de la Sérénissime République de Venise montait cérémonieusement à bord d'une superbe galère sculptée et dorée, le Bucentaure, escorté d'une myriade de gondoles et de barques richement décorées. Arrivé au large du Lido, il jetait à la mer un anneau béni en or, symbolisant les épousailles de l'État vénitien avec une mer lui devant soumission. Dans le même temps, les cloches de la ville sonnaient à toute volée.
Cette tradition remonterait à l'Ascension de l'an Mil, jour du départ de Pierre Orseolo II pour des conquêtes en Istrie et en Dalmatie. Une tradition complémentaire se réfère à la victoire navale de 1117 sur les galères de Frédéric Barberousse. Allié de Venise, le pape Alexandre III, flagorneur, aurait alors surrenchéri : «Que la mer vous soit soumise comme l'épouse l'est à l'époux».

De fait, la République de Venise régna sur la mer Adriatique et bien au-delà, jusqu'en Crète, de 811 à 1797, date à laquelle elle fut dissoute et annexée à l'Autriche par le traité de Campoformio.
Cité vouée au commerce, Venise a été tout le temps gouvernée par un Grand Conseil composé des patriciens représentant les plus riches familles. Il revenait à ceux-ci d'élire le doge (du latin dux, qui signifie chef). Plus haut magistrat de la République, le doge était élu à vie mais ses pouvoirs étaient sévèrements encadrés. -
Louis VI le Gros (1087 - 1131)
« On ne prend pas le roi aux échecs ! »
Fière parole prêtée à Louis VI le Gros lors de la bataille de Brémule, le 20 août 1119, contre les Anglo-Normands du roi Henri Ier, successeur de Guillaume le Conquérant. Dédaignant les conseils de prudence du seigneur de Montmorency qui allait, lui, être fait prisonnier, «Louis VI, poussé par la chevalerie du Vexin et n'écoutant que son courage, se jeta sur les Anglais, comme toujours à corps perdu» (A. Luchaire). Au plus fort du combat, le roi se tira de justesse d'un mauvais pas en lançant le cri ci-dessus, avant de fendre le crâne de l'archer qui croyait le tenir... Il abandonna tout de même sa bannière puis son destrier avant de se réfugier aux Andelys.
Henri II Plantagenêt (1133 - 1199)
« Will no one rid me of this turbulent priest ? » (en anglais)
« N'y aura-t'il donc personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ? » (traduction)
Exclamation du roi Henri II Plantagenêt, excédé par l'archevêque de Cantorbéry Thomas Becket, son ancien ami. De retour d'un long exil sur le Continent, le prélat n'a pas hésité à excommunier des évêques qui ont accepté de céder au roi une partie de leurs prérogatives. Confrontés à la colère du monarque, quatre chevaliers ne se le font pas dire deux fois et vont assassiner l'archevêque dans la cathédrale de Cantorbéry. -
Richard 1er Coeur de Lion (1157 - 1199)
« Qu'elle est belle, ma fille d'un an ! »
Exclamation du roi Richard Ier Plantagenêt (fils du précédent) en 1197 en découvrant l'état d'avancement de la forteresse de Château-Gaillard, dominant les méandres de la Seine.
140 ans plus tôt, le duc Guillaume de Normandie s'était emparé de la couronne d'Angleterre. Ses descendants régnaient toujours sur la Normandie. De surcroît, Aliénor d'Aquitaine, répudiée par Louis VII, avait traversé la Manche avec sa dot. Son troisième fils Richard - le préféré - partit pour la Terre sainte en 1190. Il y gagna le surnom de Coeur de Lion par son panache, puis revint en France guerroyer contre Philippe II Auguste pour la possession de la Normandie.
Profitant en 1196 de la trêve imposée par le pape, Richard fit surgir de terre une place destinée à garder la Basse-Seine contre les menées de son rival. L'oeuvre est remarquable par sa perfection et son unité, d'autant qu'elle a été achevée en deux ans... Elle formait le pivot d'un système défensif appuyé sur les bastions des Andelys et pouvu de chaînes qui fermaient l'accès de la Seine.
Arnaud Amaury (1160 - 1225)
« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »
Selon le moine allemand Césaire de Heisterbach, qui a fait le récit du siège de Béziers lors de la croisade contre les Albigeois, le légat Arnaud-Amalric aurait répondu aux guerriers venus lui demander comment distinguer les hérétiques des autres habitants par un mot resté fameux : «Tuez-les tous et Dieu reconnaîtra les siens !». Mais il s'agit d'un mot apocryphe...
D'après l'historien Jacques Berlioz, auteur de Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens (Loubatières, 1996), il semblerait que Béziers, en 1209, avait 7.000 habitants, ce qui n'était pas négligeable ; quelques centaines d'entre eux auraient été massacrés à l'issue du siège ou auraient péri dans l'incendie de l'église Sainte-Madeleine et du quartier environnant. La ville elle-même aurait très vite retrouvé sa prospérité, dans la loyauté aux Capétiens.
Pierre Coning (1302)
« Schild en vriend ! » (en flamand)
« Bouclier et ami ! » (traduction)
Cette formule qui se rapproche de l'anglais «friend and foe ! » devait décider du sort de tous ceux que l'on rencontrait à l'aube du 18 mai 1302 dans les ruelles de Bruges. Il était en effet impossible à qui n'était pas natif des Flandres de prononcer correctement cette expression. La populace, à l'appel de Pierre Coning (ou Pieter de Coninck), un tisserand jaloux des libertés flamandes, put ainsi démasquer les Français de la garnison et les assassiner.
Leur mouvement d'humeur, connu comme les «Matines de Bruges», fut suivi de la «bataille des éperons d'or» (11 juillet 1302), remportée par les mêmes sur la fleur de la chevalerie française dont les éperons allèrent orner N-D de Courtrai. Malgré cinq siècles d'efforts, les Français ne purent jamais regagner le terrain perdu dans les Flandres.
Les Flandres étaient alors la plus riche province d'Europe au nord des Alpes en raison de l'industrie de ses tisseurs et de l'activité de ses négociants. Gand était aussi étendue que Paris et allait bientôt abriter la première bourse aux valeurs de l'histoire. -
Édouard III (1312 - 1377)
« Honni soit qui mal y pense ! »
Devise de l'ordre de la Jarretière fondé en 1348 par Édouard III Plantagenêt, roi d'Angleterre et petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France.
Selon la chronique, la comtesse Jeanne de Salisbury avait perdu sa jarretière au cours d'un bal à Calais. Le roi se serait baissé pour ramasser celle-ci en défiant les railleurs par cette courtoise injonction. Il fit alors du ruban bleu l'insigne et de l'aphorisme la devise du «Most Noble Order of the Garter».
Cet ordre a compté des empereurs et de nombreux rois parmi ses membres.
En 1337, Édouard avait pris le titre de roi de France alors que les juristes de Philippe VI de Valois invoquaient une prétendue «loi salique» pour l'écarter. Il appuya ses prétentions de moyens décisifs et remporta la bataille de Crécy qui vit les chevaliers français vaincus par les archers ennemis (1346).
Édouard conquit Calais après un long siège en 1347, exigeant la remise des clés par six bourgeois la corde au cou. Seules les prières de la reine Philippa de Hainault permirent d'épargner les malheureux. En 1356, le fils aîné du roi, Édouard, plus connu sous le nom de Prince Noir, écrasa à nouveau la chevalerie française à Poitiers et fit prisonnier le roi Jean II le Bon...
Philippe VI de Valois (1293 - 1350)
« Qui m'aime me suive »
A peine a-t-il été sacré à Reims que le roi Philippe VI de Valois part en guerre contre les bourgeois de Bruges, insurgés contre leur seigneur, le comte de Flandre Louis de Nevers. Il demande aux barons qui lui ont offert la couronne de l'assister dans cette première campagne. Comme ils se montrent quelque peu réticents, le connétable Gautier de Châtillon leur lance : «Qui a bon coeur trouve toujours bon temps pour la bataille». Et le roi d'ajouter une formule appelée à une grande fortune : «Qui m'aime me suive». Les milices flamandes sont écrasées le 23 août 1328 au Mont Cassel, près de Lille. -
« Ouvrez, ouvrez, châtelain, c'est l'infortuné roi de France ! »
Supplique du roi Philippe VI dont l'ost (l'armée) vient d'être écrasée à Crécy-en-Ponthieu, le 26 août 1346. Une autre version, tirée comme la première des Chroniques de Jean Froissart, indique : «Ouvrez, ouvrez, châtelain, c'est la fortune [destin] de la France !»Au cours de la bataille, les archers anglais et les coutiliers gallois, qui combattent à pied, ont triomphé de la fleur de la chevalerie française embarrassée par ses armures et ses caparaçons. Les arbalétriers génois, alliés des Français, se sont laissé surprendre par la pluie qui a mouillé les cordes de leurs armes. Les pertes françaises sont énormes : roi de Bohême, comtes d'Alençon, de Flandre, ducs de Lorraine, de Savoie, etc. Philippe en réchappe et arrive de nuit au château de la Broye où il demande l'asile en piteux équipage, seulement accompagné d'une quarantaine de compagnons. L'année suivante, Édouard III Plantagenêt prend Calais et en 1356, son fils Édouard, dit le Prince Noir, écrase l'armée de Jean II le Bon à Poitiers. -
Jean de Beaumanoir (1351)
« Bois ton sang, Beaumanoir ! Et la soif te passera »
Cette apostrophe fut lancée par Geoffroy du Bois à son capitaine, le Breton Jean de Beaumanoir, au cours du mémorable Combat des Trente....
Philippe le Hardi (1342 - 1404)
« Père, gardez-vous à droite, père, gardez-vous à gauche ! »
La chronique souligne le dévouement du jeune fils du roi de France Jean II le Bon lors de la bataille que celui-ci livra aux Anglais à Poitiers, le 19 septembre 1356. Lorsqu'il vit qu'il était perdu, le roi ordonna à ses trois fils aînés, le dauphin Charles, Louis duc d'Anjou et Jean duc de Berry, de prendre la fuite. Le roi voulait ainsi protéger sa descendance et donc sa succession.
Le plus jeune, Philippe, âgé de 14 ans, resta seul auprès de son père pour le soutenir jusqu'au bout, non par les armes, mais par les paroles ci-dessus. Le roi le récompensa plus tard en lui donnant en apanage le duché de Bourgogne, dont la première dynastie s'était éteinte sans postérité.
Si Jean le Bon avait eu le sens de l'État, il aurait annexé le duché au domaine royal comme le droit féodal l'y autorisait et sa dynastie aurait ainsi évité bien des tourments...
Le nouveau duc de Bourgogne fut connu sous le nom de Philippe II le Hardi en souvenir de ses exploits à Poitiers. Par son mariage avec l'héritière du comté de Flandre, il ajouta ce riche domaine à ses possessions. Les mariages de sa fille et de son fils Jean permirent à la famille d'ajouter également à ses possessions le comté de Hainaut-Hollande, soit le reste de la Belgique et des Pays-Bas actuels. Jean sans Peur, ainsi surnommé en raison de son comportement à la bataille de Nicopolis, lorsqu'il succède en 1404 à son père, apparaît comme le seigneur le plus puissant de France. Pendant la folie du roi Charles VI, il entre en conflit avec les autres barons du royaume. C'est le début de la querelle des Armagnacs et des Bourguignons qui va mettre à rude épreuve la monarchie française. Jean sans Peur est assassiné en 1419. Son fils Philippe III le Bon, conscient de la menace que fait peser l'Angleterre, se réconcilie enfin avec son cousin, le roi de France Charles VII, par le traité d'Arras.
Mécène précurseur de la Renaissance, bien conseillé par le chancelier Nicolas Rolin, il porte le duché de Bourgogne à son apogée. Son fils Charles le Téméraire lui succède en 1467. Il ne tarde pas à se heurter au roi Louis XI, fils et successeur de Charles VII, et connaît une mort pitoyable sous les murs de Nancy le 5 janvier 1477. Le duché de Bourgogne est sans façon annexé à la France par Louis XI mais ses autres possessions, en particulier la Flandre et le Hainaut-Hollande (les Pays-Bas), servent de dot à Marie, sa fille unique, lors de son mariage avec Maximilien de Habsbourg, fils de l'empereur d'Allemagne Frédéric III en août 1477. C'en est fini du fabuleux apanage de Philippe le Hardi...
John Ball (1381)
« When Adam delved and Eve span,
Who was then a gentleman ? » (en anglais)
« Quand Adam bêchait et Ève filait
Qui était le gentilhomme ? » (traduction)
Propos séditieux tenus par un poète et prêcheur anglais, John Ball, ô combien en avance sur son temps. Ils seront à l'origine d'un soulèvement paysan pendant l'été 1381, dans le Kent, dans le Sussex et dans d'autres régions d'Angleterre.
Miguel de Cervantès (1547 - 1616)
« Cada uno es como Dios le hizo, y aun peor muchas veces » (en espagnol)
« Chacun de nous est comme Dieu l'a fait, et bien souvent pire. » (traduction)
L'adage ci-dessus figure dans le roman Don Quichotte de la Manche (II, 4). Il témoigne de l'esprit grinçant et désabusé de son auteur, Miguel de Cervantès Saavedra.
Réduit en esclavage en Afrique du Nord, engagé comme soldat à la bataille navale de Lépante (1571) où il perd un bras.... Cervantès a mené une vie des plus aventureuses avant de publier Don quichotte à 57 ans !
L'écrivain relègue le roman de chevalerie et la poésie courtoise aux oubliettes pour promouvoir le roman centré sur le monde réel et ses questions existentielles.
Le castillan lui doit une bonne part du prestige qu'il a conservé jusqu'à ce jour. -
Jeanne d'Arc (1412 - 1431)
« Tout ce que j'ai fait est par commandement de Dieu ! »
Source : minutes du procès en hérésie, audience du 27 février 1430
La bergère de Domrémy avait réussi à gagner Chinon où le roi Charles VII était dévoré d'incertitude sur sa destinée. Munie de son étendard, elle fit lever le siège d'Orléans le 8 mai 1429 avant d'emmener le roi à Reims où il fut sacré le 10 juillet. Elle déclara à propos de son étendard : «Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur !» Jeanne fut capturée le 23 mai 1430 et vendue aux Anglais de Henri VI. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, mit sur pied un tribunal civil pour briser sa réputation déjà établie et la convaincre de sorcellerie. Interrogée sur son état de grâce, elle répondit : «Si je n'y suis, Dieu m'y mette, si j'y suis, Dieu m'y tienne !» Le 21 mai 1431, la jeune fille se résigna à signer un aveu de parjure qu'elle ne tarda pas à rétracter. Convaincue de relapse, elle fut brûlée vive sur la Place du vieux-marché à Rouen le 30 mai 1431. Un des juges, pris de remords, confia : «Je voudrais que mon âme fut où je crois qu'est l'âme de cette fille !» Un procès en réhabilitation eut lieu en 1456. La Pucelle fut canonisée en 1920 et n'a pas fini d'entretenir la controverse.
Jacques Coeur (1395 - 1456)
« A vaillans [cuers], riens impossible »
Cette devise est celle de la seigneurie de Saint-Fargeau. Elle a été adoptée par le célèbre marchand de Bourges Jacques Coeur lorsqu'il a été anobli par le roi Charles VII en 1440 en raison des immenses services rendus à la monarchie. Elle est devenue un adage sous la forme moderne : «À coeur vaillant, rien d'impossible».
Philippe de Commynes (1445 - 1511)
« La fin justifie les moyens »
Philippe van den Clyte, seigneur de Commynes, sert le duc de Bourgogne Charles le Téméraire en qualité de chambellan avant de prendre le parti de son rival, le roi de France Louis XI.
Ayant sauvé la mise du roi lors de l'entrevue de Péronne, il en est récompensé par le titre de sénéchal de Poitou et quantité de richesses.
Après une brève disgrâce sous la régence d'Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, il sert encore Charles VIII et se retire sur ses terres à Argenton (département des Deux-Sèvres), où il écrit ses Mémoires, qui constituent une source irremplaçable d'informations sur les règnes de Louis XI et Charles VIII. De ces Mémoires en forme de traité de morale politique est extraite la formule ci-dessus appelée à devenir un proverbe. Elle illustre une morale politique proche de celle de Machiavel.
Maximilien 1er de Habsbourg (1459 - 1519)
« Bella gerant alii, tu felix Austria, nube,
Nam quae Mars aliis, dat tibi regna Venus » (en latin)
« Que les autres fassent la guerre, toi, heureuse Autriche, contracte des mariages,
Car les royaumes que Mars donne aux autres, c'est Vénus qui te les assure. » (traduction)
On doit cette jolie formule à l'entourage de Maximilien de Habsbourg.
Louis XII (1462 - 1515)
« Qui s'y frotte s'y pique »
Devise des ducs d'Orléans qui avaient adopté le porc-épic comme emblème. Le roi Louis XII, fils du poète Charles d'Orléans, conserva ces insignes quand il succéda en 1498 à son neveu Charles VIII, mort sans héritier, et épousa la jeune reine devenue veuve Anne de Bretagne... et sa dot (le duché de Bretagne). -
« Le roi de France ne venge pas les injures du duc d'Orléans »
Louis XII, à peine installé sur le trône de France, adresse au duc de la Trémoille ces belles et dignes paroles, en homme d'État qui place le service de la France au-dessus de ses rancunes personnelles. Il a pourtant de solides motifs de lui en vouloir ! Pendant la «guerre folle» que Louis, alors duc d'Orléans, a menée à la tête des féodaux contre la régente Anne de Beaujeu, le duc de la Trémoille l'a en effet combattu et fait prisonnier le 28 juillet 1488, à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier.
François Rabelais (1494 - 1553)
« ... nos loix sont comme toille d' airaignées : or sà ! les petits mouscherons et petits papillons y sont prins, or sà ! les gros taons les rompent, or sà ! et passent à travers, or sà ! »
De mauvais esprits pourraient croire que cette citation fait suite à quelques affaires qui ont défrayé la chronique judiciaire en France (Crédit Lyonnais, Elf, Péchiney,...). On la doit au plus jovial des médecins et des moines, François Rabelais : Le Cinquiesme Livre, chapitre XII : «Comment par Gripeminault fut proposé un énygme». Né près de Chinon, Rabelais se fait moine après de longues études puis se forme à la médecine, un art dans lequel il excellera. Protégé de quelques grands personnages du royaume, il voyage deçà delà et publie sur le tard, à 40 ans, sous un pseudonyme, l'histoire du géant Gargantua. Vendu à la foire de Lyon, ce roman populaire recueille d'emblée un très vif succès et fait de son auteur le premier grand écrivain de langue française. -
« Fays ce que voudras »
Cette devise plaisante caractérisait selon Rabelais l'éducation humaniste pratiquée par l'abbaye de Thélème, en totale opposition avec l'éducation qui avait cours dans les monastères de son époque. L'abaye idéale de Thélème est citée dans le roman de Gargantua. -
François 1er (1494 - 1547)
« De toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur, et la vie qui est sauve »
Ces mots délicats sont extraits de la lettre du roi François 1er à sa mère, Louise de Savoie, après qu'il eut été battu en Italie et fait prisonnier par le connétable de Bourbon à Pavie, au sud de Milan, le 24 février 1525. -
« Souvent femme varie; bien fol est qui s'y fie »
Cet aphorisme aurait été gravé sur une vitre du château de Chambord par le roi François 1er, sans doute à la suite d'une déception sentimentale. Il est conforme à l'esprit de ce roi de la Renaissance, qui avait le goût de plaire et s'entourait de poètes galants.
Jacques de La Palice (1470 - 1525)
« Un quart d'heure avant sa mort, il était encore en vie »
La bataille de Pavie fut fatale au maréchal Jacques de Chabannes, seigneur de La Palice. Le soir de la bataille, ses soldats chantèrent en guise d'hommage un couplet naïf signifiant qu'il s'était battu avec la dernière énergie : «Un quart d'heure avant sa mort, il faisait encore envie». Mais ce vers somme toute banal aurait été transformé en : «Un quart d'heure avant sa mort, il était encore en vie». De là vient le mot «lapalissade», qu'inventa Edmond de Goncourt, au XIXe siècle, pour désigner une vérité évidente. Héros des guerres d'Italie, ayant combattu à Ravenne, Marignan, La Bicoque,... La Palice fut l'un des plus grands hommes de guerre de son temps avant de devenir un nom commun.
Nicolas Machiavel (1469 - 1527)
« Divide ut imperes ! » (en latin)
« Divise pour régner ! » (traduction)
Formule de Nicolas Machiavel (Niccolo Machiavelli en italien).
Né sous le règne de Laurent le Magnifique, Niccolo Machiavelli voit les Français de Charles VIII entrer à Florence et Savonarole étriller la cité (1494-98).
Secrétaire de chancellerie, il participe à des missions diplomatiques délicates auprès des puissances du moment, en particulier de César Borgia, fils du pape Alexandre VI, puis du nouveau pape Jules II. Il convainc Louis XII de France de ne pas secourir Ferrare assiégée par le pape en 1510. En 1512, les Médicis, qui ont repris le contrôle de Florence, le tiennent à l'écart.
Retiré à San Casciano, il compose de nombreux ouvrages (L'art de la guerre, Histoires florentines, la Mandragore,...).
Le plus connu de ses livres, Il Principe (Le Prince, 1513), est un court essai dédié à Laurent de Médicis, duc d'Urbino, dans lequel l'auteur expose l'art et la manière de gouverner en jouant habilement des sentiments populaires. Il donne en exemple César Borgia, fils naturel du pape Alexandre VI, qui gouverna dans les années précédentes les États pontificaux en faisant preuve d'une absence totale de scrupules.
On a présenté Machiavel comme un cynique dépourvu d'idéal et tiré de son nom un adjectif commun : machiavélique, alors que cet homme politique était seulement soucieux du bien public mais sans illusion sur les vertus des hommes. De son chef-d'oeuvre, retenons cette sentence : «Car la force est juste quand elle est nécessaire», mais aussi «Divise pour régner !» (en latin : «Divide ut imperes !»), et pour finir : «Si tu peux tuer ton ennemi, fais-le, sinon fais-t'en un ami».
Cuauhtémoc (1496 - 1525)
« Et moi, suis-je sur un lit de roses ? »
Mexique, 1520-1521. Après la mort tragique de son oncle, l'empereur Moctezuma II, et celle de son successeur, victime de la variole, Cuauhtémoc anime la résistance du peuple aztèque face aux Espagnols conduits par Hernan Cortés (en français Fernand Cortez). Il est capturé lors de la chute de sa capitale, Tenochtitlan, le 13 août 1521. Les Espagnols le livrent aux bourreaux, ainsi que le cacique (chef) de Tacuba, en vue de lui faire avouer l'endroit où serait caché le trésor de son oncle.
Comme son compagnon d'infortune est torturé sur le gril avec lui et sur le point d'avouer, Cuauhtémoc lui aurait répondu selon l'historien espagnol Gomara, chapelain de Cortés : «Esto yo en algun deleite o bano ?», ce que Montaigne a plus tard traduit par : «Et moy, suis-je dans un bain ?» (Essais, III, 6) et que la chronique a «enjolivé» sous la forme ci-dessus.
Ayant résisté à six heures de souffrance, Cuauhtémoc est maintenu en prison par Cortès, comme garantie de la soumission aztèque. Mais le 28 février 1525, il est exécuté dans sa cellule pendant que le chef espagnol est en expédition en Amérique centrale.
Sir Thomas More (1498 - 1535)
« Ayez l'obligeance de me donner la main pour monter, car pour descendre, je me débrouillerai bien tout seul »
Prière de Sir Thomas More au bourreau chargé de le décapiter sur l'échafaud le 6 juillet 1535. Sa tête allait ensuite être exposée pendant un mois sur le pont de Londres (London Bridge, le seul pont dont disposait la ville à l'époque). Thomas More avait été nommé chancelier du royaume d'Angleterre par Henri VIII en 1529, bien qu'il eût désapprouvé la répudiation de la reine Catherine d'Aragon. Les rapports du nouveau chancelier avec le roi se dégradèrent lorsque celui-ci signa, en 1534, l'Acte de Suprématie par lequel il rompait avec le catholicisme. Sir Thomas en tint pour la foi catholique ce qui lui valut d'être condamné à mort pour trahison. Homme de conviction et brillant humaniste, More a gagné l'immortalité avec son ouvrage majeur, L'Utopie, où il décrit un État de «nulle part» (c'est le sens du néologisme utopie) où règnent la tolérance et la paix civile. -
Brennus (390 avant JC)
« Vae victis ! » (en latin)
« Malheur aux vaincus ! » (traduction)
Tite-Live, un historien contemporain d'Auguste et Jésus-Christ, raconte dans sa volumineuse Histoire de Rome la guerre que livra quatre siècles plus tôt sa ville aux Gaulois du nord de la péninsule italienne (la Gaule cisalpine). La jeune république de Rome se remet avec peine d'une guerre de dix ans contre sa voisine, la cité étrusque de Véiès. Le général Camille (Marcus Furius Camillus), qui s'est emparé de Véiès en 396 avant JC, est accusé d'avoir détourné une partie du butin et choisit de s'exiler. C'est ce moment-là que choisit une troupe de Gaulois de la tribu des Sénons pour assaillir Rome. À leur tête un chef du nom de Brennus. En 390 avant JC, après avoir écrasé l'armée romaine sur les bords de l'Allia, un affluent du Tibre, ils pénètrent dans la ville, la pillent et l'incendient. Les Romains doivent se replier sur la forteresse du Capitole. Des Gaulois tentent d'en escalader les murailles pendant la nuit mais les défenseurs sont prévenus à temps par les oies sacrées du temple de Junon, qu'ils ont eu la décence d'épargner malgré la disette ! Au bout de sept mois de siège, si l'on en croit l'historien Tite-Live, les Romains rendent les armes et acceptent le tribut que leur impose Brennus, à savoir mille livres d'or. Au moment de la pesée, comme des Romains se permettent de mettre en doute la régularité de l'opération, Brennus jette sa lourde épée sur le plateau des poids et lance : «Vae victis !». Les Romains ne pipent mot mais quelque temps plus tard, ils rappellent Camille et lui octroient le titre de dictateur. Le général fait rendre gorge aux Gaulois. Camille, qui réorganisa l'infanterie romaine en légions (4000 à 5000 hommes) subdivisées en manipules (compagnies) et centuries (sections), a mérité d'être surnommé le «deuxième fondateur de Rome» (après Romulus).
Michel de L'Hospital (1505 - 1573)
« Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes, ne changeons le nom de chrétiens ! »
Le chancelier de France Michel de L'Hospital prononce ce mémorable Discours de tolérance devant les états généraux d'Orléans, le 13 décembre 1560, dans le vain espoir de rapprocher les Français, prêts à se déchirer au nom de la religion.
Fils d'un médecin du connétable de Bourbon, Michel de L'Hospital reçoit une formation d'humaniste en Italie. En 1550, il devient chancelier particulier de Marguerite de Valois, soeur du roi Henri II. Il use de son influence pour protéger les poètes de la Pléiade, tel Ronsard. La régente Catherine de Médicis le remarque et, en avril 1560, lui octroie la charge de chancelier de France (ministre de la justice et Premier ministre).
Michel de L'Hospital se présente comme le chef des Politiques. Ce «parti» regroupe des catholiques et protestants modérés qui plaident pour la conciliation au nom de l'intérêt supérieur de l'État.Par l'édit de Romorantin, il réussit à éviter que l'Inquisition (tribunal ecclésiastique) ne soit introduite en France en vue de poursuivre les supposés hérétiques. Il obtient aussi que quelques droits soient accordés aux protestants. Mais ses mesures de tolérancen'ont d'autre effet que d'échauffer les esprits. Le massacre de Wassy (ou Vassy), deux ans plus tard, consacre son échec.
Dans les années qui suivent, le chancelier n'en poursuit pas moins la réorganisation administrative du royaume. Mais en mai 1568, au plus fort des guerres de religion, découragé, il renonce à la garde des sceaux (le ministère de la justice) et s'établit dans sa propriété de Vignay, sur la paroisse de Champmotteux.
Bien qu'il ne soit pas protestant, son existence est menacée au moment du massacre de la Saint-Barthélemy par une bande de farouches émeutiers qui tentent de prendre d'assaut son château, mais il est sauvé grâce à l'intervention d'une troupe envoyée par la reine-mère Catherine de Médicis. Brisé par ces événements, il se retire dans le château de Bélesbat, à Boutigny-sur-Essonne, non loin de Vignay.
Le 1er février 1573, sentant venir sa fin, il signe l'acte de démission de sa charge de chancelier de France. Il meurt le 13 mars de la même année en rappelant dans son testament que la tolérance est la première vertu qui doit être pratiquée entre les hommes.
Ambroise Paré (1509 - 1590)
« Je le soignai, Dieu le guérit ! [une autre façon de dire : Que Dieu le guérisse !] »
Cette formule est attribuée à Ambroise Paré, un chirurgien de renommée universelle et d'une pieuse humilité. Elle rappelle celle que prononçaient les rois capétiens le jour de leur sacre, lorsqu'ils touchaient les scrofuleux (la scrofule est une forme particulière de tuberculose) : «Le roi te touche, Dieu te guérit !» [Que Dieu te guérisse !]. Ce rite était destiné à témoigner de la bienveillance de Dieu envers la dynastie royale.
Ambroise Paré a montré toute sa vie une grande âpreté au travail comme l'atteste sa devise : «Labor improbus omnia vincit» (Un travail acharné vient à bout de tout).
Il a étudié la chirurgie auprès d'un maître chirurgien-barbier, selon les habitudes de l'époque, puis approfondi ses connaissances à l'Hôtel-Dieu de Paris, avant de se faire engager dans l'armée d'Italie. Il est ensuite devenu chirurgien des rois Henri II, François II et Charles IX, enfin d'Henri III. Il a publié de nombreux ouvrages en français, dont la Méthode de traicter les playes faictes par hacquebutes et aultres bastons à feu, et préconisé le premier la ligature des artères avant de pratiquer l'amputation. Certaines de ses prothèses ont été utilisées jusqu'à l'époque contemporaine. -
Guillaume le Taciturne (1533 - 1584)
« Il n'est point besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer »
Cet aphorisme appartient à Guillaume d'Orange-Nassau, dit le Taciturne, héros de l'indépendance des Provinces-Unies (les Pays-Bas actuels).
Nommé gouverneur (stathouder) de Hollande par le roi Philippe II de Habsbourg en 1559, il prit fait et cause pour ses sujets révoltés et se convertit au calvinisme, devenu la principale confession des Pays-Bas. Par la Pacification de Gand, le 8 novembre 1576, il tenta d'unir contre les Espagnols les dix-sept provinces des Pays-Bas mais ne put éviter la scission des provinces du sud (la future Belgique). Ayant malgré tout assuré l'indépendance des Provinces-Unies, il fut assassiné par Balthazar Gérard, un fanatique catholique à la solde du roi d'Espagne Philippe II.
Prince allemand, Guillaume hérita de la principauté d'Orange, une ville du sud de la France. De là sont venus le nom de la dynastie royale des Pays-Bas et la couleur de l'équipe de foot-ball néerlandaise !
Bartolomeo de Las Casas (1474 - 1566)
« Les lois, les règles naturelles et les droits des hommes sont communs à toutes les nations, chrétiennes et gentilles, et quels que soient leur secte, loi, état, couleur et condition, sans aucune différence. »
Cette citation de Bartolomeo de Las Casas mérite tout notre intérêt. Pour la première fois, un homme - un prélat espagnol de la Renaissance - pose le principe de l'universalité des droits de l'homme, dans le droit fil de l'enseignement de saint Paul.
Henri III (1551 - 1589)
« Mon Dieu, qu'il est grand ! Il paraît même plus grand mort que vivant ! »
Réflexion prêtée au roi de France Henri III, devant le cadavre de son ennemi, le duc Henri de Guise, qu'il a fait assassiner.
Troisième fils du roi Henri II et de Catherine de Médicis, Henri III est le dernier roi de France de la dynastie des Valois, une branche cadette des Capétiens. Sous le règne de son frère Charles IX, il porte le titre de duc d'Anjou et se fait appeler Monsieur. Il s'illustre dans les premières guerres de religion puis se fait élire roi de Pologne en 1573 grâce aux intrigues de sa mère.
Mais, dès l'année suivante, la mort de son frère le ramène en France et il prend alors le titre de roi de France et de Pologne (bien que les Polonais aient choisi un autre roi).
Sans enfant mâle pour lui succéder, il accepte pour successeur éventuel son cousin Henri, roi de Navarre et protestant. Cela lui vaut la haine de la Ligue catholique et de son chef, le duc Henri de Guise, dit le Balafré. Obligé de fuir sa capitale, il feint de se réconcilier avec la Ligue et appelle le duc à ses côtés au château de Blois. C'est là, dans sa propre chambre, qu'il le fait assassiner le 23 décembre 1588.
Henri III sera lui-même poignardé l'année suivante, de même que le sera son successeur Henri IV et que le fut le père de sa victime, François de Guise. -
Henri IV (1553 - 1610)
« Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire ! »
Ces mots quelque peu grandiloquents auraient été prononcés par le roi de France Henri IV au cours de la bataille d'Ivry. Ce jour-là, le 14 mars 1590, le roi affronte victorieusement une armée catholique guidée par le duc de Mayenne, de la famille des Guise, lesquels ne veulent à aucun prix pour la France d'un roi protestant.
Avant la bataille, le truculent Béarnais aurait ainsi harangué ses troupes : «Mes compagnons, Dieu est pour nous ! Voici ses ennemis et les nôtres ! Voici votre roi (...). Si vous perdez vos enseignes, cornettes ou guidons, ne perdez point de vue mon panache, vous le trouverez toujours au chemin de l'honneur et de la victoire...»
Ce casque à panache, orné de grandes plumes, ainsi que d'une améthyste et de perles, allait effectivement conduire le roi à la victoire et le faire entrer dans la légende... Mais la chronique ne dit pas qu'il fut blanc. Au XIXe siècle, les hagiographes feront le rapprochement entre ce panache et l'écharpe blanche dont s'étaient dotés Henri de Navarre et ses compagnons protestants à la bataille de Coutras.
La légende veut que ce soit la «Grande Corisande», Diane d'Andoins, maîtresse du roi de Navarre, qui ait suggéré à celui-ci ce signe de reconnaissance. Le blanc, sans doute choisi pour s'opposer au rouge, couleur des troupes espagnoles et catholiques, ou par référence à une forme de pureté évangélique, va ainsi devenir la couleur du clan protestant, puis, quand Henri montera sur le trône, l'une des couleurs de référence de la monarchie française !
« Paris vaut bien une messe »
Le roi protestant Henri de Navarre devient, sous le nom d'Henri IV, l'héritier légitime du trône de France après l'assassinat de son cousin, le roi Henri III en 1589. Mais la majorité catholique du royaume s'oppose les armes à la main à son intronisation et il comprend qu'aussi nombreuses que soient ses victoires, elles ne lui permettront jamais de se rallier le peuple s'il continue de s'en distinguer par la religion.
Sur les conseils de son ami Sully, lui-même protestant, il décide de se convertir à la religion dominante. C'est ainsi que le 25 juillet 1593, Henri abjure le protestantisme et demande à devenir catholique devant la basilique de Saint-Denis.
L'Histoire résume son choix par la formule ci-dessus, un tantinet cynique. On la prête tantôt à Henri, tantôt à Sully, mais elle est plus vraisemblablement apocryphe (le maréchal Pétain, républicain agnostique, a tenu une réflexion similaire beaucoup plus tard).
L'année suivante, Henri peut enfin se faire sacrer roi à Chartres (la ville traditionnelle du sacre, Reims, étant aux mains des Ligueurs catholiques). Quelques semaines plus tard, il rentre triomphalement à Paris, sa capitale. -
Sully (1560 - 1641)
« Les labourage et pastourage sont les deux mamelles dont la France est alimentée et les vraies mines et trésors du Pérou »
Compagnon d'enfance du futur Henri IV, Maximilien de Béthune met ses talents à son service sans jamais renoncer à sa foi protestante. Gestionnaire rigoureux, il redresse avec brio les finances du royaume, ruiné par les guerres de religion, au point que le budget retrouve l'équilibre dès 1604. En 1606, il devient duc de Sully et pair de France après le rachat du château de Sully-sur-Loire et des terres environnantes. C'est désormais sous ce nom qu'il restera dans la postérité.
Attaché aux traditions agricoles et dédaigneux de l'industrie, Sully encourage les recherches menées par Olivier de Serres. Ce dernier est connu pour avoir publié en 1600 le premier ouvrage d'agronomie scientifique : Théâtre d'agriculture et mesnage des champs.
Les convictions de Sully sont condensées dans la phrase ci-dessus, qui a été abondamment exploitée à la fin du XIXe siècle pour justifier le retard industriel du pays. On pourrait multiplier les citations de penseurs et dirigeants français qui, à l'image de Sully, ont exalté le côté rural de leur pays : «L'industrie ne fait qu'affaiblir la moralité nationale. Il faut que la France soit agricole» (Talleyrand), «La terre, elle, ne ment pas» (Pétain). Notons que le Maréchal Pétain prit prétexte en 1941 du tricentenaire de la mort du ministre pour légitimer sa propre politique de retour à la terre. -
Galilée (1564 - 1642)
« Eppur si muove ! » (en italien)
« Et pourtant, elle tourne ! » (traduction)
Ces mots de dépit auraient été lâchés entre ses dents par l'astronome Galileo Galilei (69 ans) après qu'il eut rétracté ses thèses sur la rotation de la Terre devant la Sacrée Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle, le 12 avril 1633, dans le couvent Santa Maria de Rome...
Urbain VIII (1568 - 1644)
« Quod non fecerunt Barbari, fecerunt Barberini » (en latin)
« Ce que les Barbares n'ont pas fait, les Barberini l'ont fait » (traduction)
Élu pape en août 1623 sous le nom d'Urbain VIII, Maffeo Barberini clôt la période austère de la Contre-Réforme catholique.
Issu d'une vieille famille florentine, ce pape est un mécène très ouvert aux idées artistiques et intellectuelles de son temps. Ainsi a-t-il été l'ami de Galilée.
Il dote la Ville éternelle d'un nouveau palais destiné à représenter dignement sa famille et porte à son apogée le style baroque.
Il achève aussi la basilique Saint-Pierre. Pour façonner le baldaquin monumental de Saint-Pierre, il fait enlever les plaques de bronze qui recouvrent le porche du Panthéon, seul monument de la Rome antique resté à peu près intact. Cela lui vaut de la rumeur publique («Pasquino») la cinglante formule ci-dessus.
On a paraphrasé cette formule à Athènes, quand Lord Elgin enleva les marbres du Parthénon pour les transférer à Londres : « Quod non fecerunt Gothi, hoc fecerunt Scoti » (Ce que les Goths n'ont pas fait, les Écossais l'ont fait, graffiti de 1813).
Charles Ier Stuart (1600 - 1649)
« Remember ! » (en anglais)
« Souvenez-vous ! » (traduction)
Charles Ier Stuart monte sur les trônes d'Angleterre et d'Écosse en 1625 dans un grand élan populaire. Fort épris de la reine, Henriette de France, fille d'Henri IV, et désireux de gouverner sans partage, il s'appuie sur quelques Grands et prétend se passer du Parlement.
Après l'assassinat de son favori, le duc de Buckingham (1628), il gouverne avec l'appui de Lord Stafford jusqu'en 1640. L'irrédentisme écossais oblige finalement le roi à convoquer le Parlement où Cromwell, chef des Puritains, exerce une grande influence.
Lord Stafford est condamné pour haute trahison et exécuté au désespoir du roi. Chassé de Londres, celui-ci lève alors une armée de fidèles et tente d'imposer son pouvoir par la force. Cromwell, à la tête de son armée de « Têtes rondes », s'assure de sa personne et le fait condamner, puis décapiter devant le palais de Whitehall le 9 février 1649 (30 janvier selon le calendrier grégorien).
À un témoin qui tâte le tranchant, le roi aurait dit : « Ne gâtez pas la hache, elle pourrait me faire plus mal ! », puis à l'évêque Juxon, en lui tendant son médaillon de Saint Georges : « Remember ! ». Cette parole d'interprétation hasardeuse s'est transmise comme une relique.
Olivier Cromwell (1599 - 1658)
« No one rises so high as he who knows not whither he is going. » (en anglais)
« Nul n'atteint si haut que celui qui ignore jusqu'où il va. » (traduction)
Source : Mémoires du cardinal de Retz
Lord-Protecteur du Commonwealth d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande après la défaite du roi Charles 1er, Cromwell gouverna sans partage le pays, faisant preuve de pragmatisme dans ses choix politiques. Il réprima avec une extrême violence les séditions irlandaise et écossaise.
« Put your trust in God, my boys, and keep your powder dry ! » (en anglais)
« Mettez votre confiance en Dieu, mes enfants, et gardez votre poudre au sec ! » (traduction)
Oliver Cromwell aurait lancé ce conseil à ses troupes à l'instant de traverser un cours d'eau, à la veille de la bataille de Dunbar. Au cours de celle-ci, le 3 septembre 1650, il vainquit une première fois les Ecossais qui avaient pris contre lui le parti de Charles II, fils du roi décapité. La harangue du Lord-protecteur figure depuis cette époque dans les hymnes orangistes. A la mort de Cromwell, le 3 septembre 1658, son fils Richard le remplaça comme Lord-protecteur mais ne montra pas les mêmes capacités et Charles II put rentrer d'exil et restaurer la monarchie sous les acclamations le 25 mai 1660. Oliver Cromwell avait lui-même déclaré : «Ne vous laissez pas prendre aux acclamations, car lorsqu'il s'agira de pendre l'un ou l'autre d'entre nous, les mêmes drôles seront encore là !». -
Vaugelas (1585 - 1650)
« Je m'en vais ou je m'en vas, car l'un et l'autre se dit - ou se disent ! »
C'est par ces mots que l'éminent grammairien Vaugelas aurait fait ses adieux au monde ici-bas. Ce mot d'esprit est aussi attribué à son disciple, le père jésuite Dominique Bouhours (1628-1702), un puriste auquel les grands écrivains de son temps confiaient la correction de leurs pièces.
René Descartes (1596 - 1650)
« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée... »
Le 8 juin 1637 paraît à La Haye (Provinces-Unies) un opuscule en français intitulé Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences. Cet ouvrage de René Descartes marque la naissance de la philosophie moderne. Le Discours commence par la citation de tête, devenue proverbiale, où le bon sens doit être compris comme la faculté de penser et raisonner clairement... sous réserve de procéder avec méthode. Voici la citation intégrale : «Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s'en éloignent». -
« Cogito ergo sum » (en latin)
« Je pense, donc je suis. » (traduction)
Avec Descartes et le Discours de la Méthode, l'argument d'autorité cède la place au doute et à la méthode. Mais celle-ci est rendue possible par la certitude que chacun possède la capacité de penser le vrai. En d'autres termes, on ne peut avoir la capacité de douter de toutes choses de façon constructive que si l'on ne doute pas de sa propre capacité à douter ! Ce que Descartes exprime dans la quatrième partie du Discours de la Méthode en une formule célébrissime : «Je pense, donc je suis» (souvent transcrite en latin : Cogito ergo sum). -
Henri de Turenne (1611 - 1675)
« Tu trembles, carcasse ? Tu tremblerais bien davantage si tu savais où je te mènerai tout à l'heure. »
Cette formule pleine de panache est attribuée à Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, l'un des plus grands chefs de guerre qu'ait eu la France. Sa bravoure, son aptitude au commandement et son sens de la stratégie lui valurent de recevoir en 1643, à 32 ans, la dignité de Maréchal de France puis en 1660, celle, très rare, de maréchal général.
Il est tué d'un boulet de canon lors d'un nouvel engagement à Sasbach (ou Salzbach) le 27 juillet 1675. Le comte Montecuccoli, qui commande les troupes autrichiennes, se serait alors écrié : «Il est mort aujourd'hui un homme qui faisait honneur à l'homme!».
Louis XIV (1638 - 1715)
« Ultima ratio regnum » (en )
« Le dernier argument des rois » (traduction)
Cette inscription latine était gravée sur les bouches de canon du Roi-soleil, Louis XIV, en concurrence avec d'autres devises comme la célèbre - et obscure - «Nec pluribus impar» (pas inégal à plusieurs). Introduite avec le symbole du soleil à l'occasion des grandes fêtes du carrousel des Tuileries, les 5 et 6 juin 1662, elle voulait traduire la place à part du roi de France parmi tous les souverains régnants.
Le règne de Louis XIV, le plus long de l'Histoire de France (1643-1715), marque à bien des égards l'apogée du pays. Le roi ne voit pas de limites à ses ambitions qui sont celles de la France. Il entreprend des guerres contre tous ses voisins (sauf la Suisse) : Angleterre, Pays-Bas, princes allemands, Savoie et princes italiens, Espagne, Autriche, Prusse, Barbaresques. Malgré des revers notables, l'ennemi ne réussira pas à pénétrer dans le «pré carré»remarquablement fortifié par Vauban.
« Messieurs, voici le roi d'Espagne ! »
À son lever, le 16 novembre 1700, le Roi-Soleil, âgé de 62 ans, présente de la sorte son petit-fils Philippe d'Anjou (17 ans) aux courtisans et aux diplomates massés dans la Galerie des glaces du château de Versailles : «Messieurs, voici le roi d'Espagne ! La naissance l'appelait à cette couronne, le feu roi aussi par son testament ; toute la nation l'a souhaité et me l'a demandé instamment, ce que je leur ai accordé avec plaisir, c'était l'ordre du Ciel».
Puis, se tournant vers son petit-fils, le duc d'Anjou : «Soyez bon Espagnol, c'est présentement votre premier devoir ; mais souvenez-vous que vous êtes né Français, pour entretenir l'union entre les deux nations ; c'est le moyen de les rendre heureuses et de conserver la paix en Europe».
Le jeune prince a été désigné pour le trône d'Espagne aux termes du testament du vieux roi Charles II qui a hésité longtemps entre l'archiduc Charles de Habsbourg, son cousin germain, et le jeune Bourbon issu d'une dynastie hostile depuis deux siècles.
Le Mercure Galant, dans sa relation de l'épisode, attribue à Rios la fameuse phrase: «Quelle joie Sire ! Il n'y a plus de Pyrénées !»
Marie, marquise de Sévigné (1626 - 1696)
« Racine passera comme le café ! »
Cette prédiction hasardeuse est faussement attribuée à Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné. De notoriété publique, l'illustre épistolière n'appréciait guère son contemporain, le poète Jean Racine, et sans doute ne goûtait-elle pas davantage le café, boisson originaire du Yémen et introduite à la même époque à Paris.
Notons que la marquise avait eu le goût plus sûr en ce qui concerne le chocolat, découvert au Mexique par Christophe Colomb et introduit en France par Anne d'Autriche, la mère du roi Louis XIV. Il se consommait sous la forme d'une boisson épaisse (comme aujourd'hui encore en Espagne) : «J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat ; j'en ai pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper, et j'en ai pris hier pour me nourrir, afin de jeûner jusqu'à ce soir. Il m'a fait tous les effets que je voulais, voilà de quoi je le trouve plaisant, c'est qu'il agit selon l'intention», écrit-elle à son propos.
La marquise de Sévigné fut veuve en 1651, à l'âge de 25 ans ! Elle semble avoir mené ensuite une vie très convenable malgré les insinuations de son propre cousin Roger de Rabutin, dit Bussy-Rabutin, dans son Histoire amoureuse des Gaules. Sa fille épousa le comte de Grignan, que la charge de lieutenant-général retenait en Provence. La marquise y fit de longs séjours très agréables et, dans l'intervalle, de 1671 à 1696, écrivit à sa fille quelques 1500 lettres qui relatent par le menu les événements du royaume et les rumeurs de la cour dans un style vif et élégant. L'auteur disait «laisser trotter sa plume la bride sur le cou».
Jean Bart (1650 - 1702)
« Veuillez donc laisser sa pipe à Monsieur Bart ! »
Lors d'une audience à Versailles vers 1697, Louis XIV entend une bousculade dans l'antichambre - c'est le corsaire Jean Bart buriné par les embruns, avec sa pipe et ses bottes. Le roi magnanime s'approche et lance l'injonction ci-dessus...
Henri IV (1553 - 1610)
« Je ferai qu’il n’y aura point de laboureur en mon Royaume qui n’ait moyen d’avoir une poule dans son pot. »
Le roi de France Henri IV, assassiné au terme d'un règne épique et rude, s'est acquis une immense popularité posthume. Ainsi lui prête-t-on le vœu que les paysans de son royaume puissent s'offrir régulièrement une poule au pot, en témoignage de la paix et de la prospérité retrouvées.
Cette belle légende remonte à L’Histoire d’Henri le Grand, une biographie rédigée en 1661 par Hardouin de Perefixe, archevêque de Paris, pour l'édification de son illustre élève, le jeune roi Louis XIV, petit-fils d'Henri IV !
La poule au pot est évoquée par le prélat lors d'une conversation au jeu de paume entre Henri IV et le duc de Savoie :
Le Duc lui dit qu’il ne pouvait assez admirer la beauté et l’opulence de la France, et demanda à sa Majesté ce qu’elle lui valait de revenu. Ce Prince généreux et prompt en ses réparties lui répondit, «Elle me vaut ce que je veux».
Le Duc trouvant cette réponse vague, le voulut presser de lui dire ce que la France lui valait. Le Roi répliqua, «Oui, ce que je veux, parce qu’ayant le cœur de mon peuple, j’en aurai ce que je voudrai, et si Dieu me donne encore de la vie, je ferai qu’il n’y aura point de laboureur en mon Royaume qui n’ait moyen d’avoir une poule dans son pot»...
Par cette anecdote, le précepteur de Louis XIV suggère à son élève de bien traiter son peuple et en particulier ses laboureurs, autrement dit les plus aisés des paysans, assez riches pour posséder un attelage ou un cheval.
Hardouin de Péréfixe est à l'origine de quelques autres «légendes dorées» autour du futur Henri IV, comme celle selon laquelle le grand-père Henri II de Navarre aurait frotté les lèvres du nouveau-né avec une gousse d'ail et les aurait humecté avec du vin de Jurançon, lors de sa naissance au château de Pau, le 13 décembre 1553.
Sébastien Vauban (1633 - 1707)
« II faut donc se résoudre à faire la course comme un moyen le plus aisé, le moins cher, le moins hasardeux et le moins à charge de l'État, d'autant même que les pertes n'en retomberont pas sur le roi qui ne hasardera rien; à quoi il faut ajouter qu'elle enrichira le royaume, fera quantité de bons officiers au roi et réduira dans peu de temps ses ennemis à faire la paix »
Ingénieur et militaire d'une activité débordante et d'une imagination hors du commun, Sébastien Le Prestre de Vauban a convaincu le roi de développer la « guerre de course » pour combattre sur les mers les Anglais et les Hollandais.
Couverts par une commission de l'Amiral de France, des armateurs acquièrent le droit de commettre des actes de piraterie contre les puissances ennemies de la France. Ils ont l'obligation de partager leur butin selon des règles imposées : 1/5e pour le roi, 1/10e pour l'Amiral de France, 2/3 pour l'armateur et le reste pour l'équipage. Les marins qui s'adonnent à la guerre de course sont appelés « corsaires » : René Duguay-Trouin, Jean Bart, plus tard Robert Robert Surcouf...
Sur terre, Vauban conçoit de nouvelles méthodes d'attaque dont tirent profit les armées du Roi-Soleil Louis XIV. Il dresse surtout, autour de la France, une ceinture de forteresses capables de résister à l'artillerie (Landau, Neuf-Brisach,...). Pour les corsaires, il fortifie habilement les ports de Dunkerque et Saint-Malo, qui deviennent comme des canons pointés vers l'ennemi (l'Angleterre et les Provinces-Unies).
Ému par la misère du peuple, Vauban publie à la fin de sa vie un Projet d'une dixme royale. Le livre est aussitôt interdit et vaut une mise à l'écart au vieux maréchal, coupable de proposer un impôt universel.
Marie Leszczynska (1703 - 1768)
« Eh quoi, toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher ! »
Fille de Stanislas Leszczynski, roi déchu de Pologne et duc de Lorraine, la princesse Marie a été élevée avec soin. Outre le polonais, elle maîtrise le français, l'allemand et le latin. Le rejet inopiné de l'alliance espagnole lui vaut d'être fiancée à Louis XV malgré son absence de fortune...
Le mariage est célébré le 4 septembre 1725. Louis XV, bel adolescent de 15 ans, épris de chasse et timide, se montre sincèrement amoureux de sa jolie épouse, de sept ans plus âgée, et dès le 14 août 1727, Marie accouche de deux jumelles.
Louis XV reste pleinement fidèle à sa femme pendant sept ans... ce qui constitue une prouesse, considérant le milieu délétère de la Cour à cette époque. Il lui conserve de l'amour jusqu'à la naissance de leur dixième et dernier enfant, dans la dixième année de leur mariage... Mais la reine, dont la santé a été mise à mal par son dernier accouchement, doit temporairement se refuser à son époux sans oser lui avouer ses raisons. Louis XV s'offusque de ce refus et dès lors s'éloigne d'elle.
La reine, épuisée par dix grossesses et lassée par les assiduités de son époux, s'accommode sans mal de cette séparation de fait... même si elle ne s'est jamais permise l'exclamation apocryphe ci-dessus ! Sept de ses enfants survécurent à leur naissance. Sur sept filles, quatre restèrent célibataires. Pour leur aménager des appartements, le roi a dû faire abattre dans son palais de Versailles un fameux escalier dit «des ambassadeurs».
Dès 1732, le cardinal de Fleury a réussi à attacher le souverain à une première maîtresse, Louise-Julie de Nesles, comtesse de Mailly. Plus tard se succèderont maintes favorites, en particulier la marquise de Pompadour, qui soutint le parti des «philosophes» et le ministère Choiseul, et la Du Barry, qui fit tomber le même Choiseul.
Flora McDonald (1750)
« The conflict is past and our name is no more,
There is nothing but sorrow for Scotland and me ! » (en anglais)
« La guerre est perdue et c'en est fini de nous,
Il reste le chagrin pour l'Écosse et pour moi ! » (traduction)
Source : ballade de Flora McDonald
Lorsque Jacques II Stuart (1633-1701) eut gâché ses chances de régner sur l'Angleterre par son intransigeance religieuse, il fut déposé par son gendre Guillaume d'Orange en 1688 et se réfugia à la cour de Louis XIV.
Son fils Jacques François Édouard, dit le « Vieux Prétendant », ou le « Chevalier de Saint-Georges » (1688-1766) fit plusieurs tentatives pour s'appuyer sur le parti jacobite d'Écosse et reconquérir le trône d'Angleterre. Quant à son petit-fils Charles Édouard, dit le « Jeune Prétendant », ou « Bonnie Prince Charlie » (1720-1788), il se montra prince galant et courageux.
Il débarqua en Écosse en 1745 pour réclamer son trône. Mais après une percée inespérée vers Londres, il fut écrasé à la bataille de Culloden Moor le 16 avril 1746. Réfugié sur une île des Hébrides intérieures, il implora l'aide de la famille McDonald, installée sur l'île. C'est ainsi que la jeune Flora McDonald (24 ans) l'aida à s'exfiltrer d'Écosse afin d'échapper aux troupes anglaises. La jeune femme émigra plus tard en Caroline du nord avec son époux.
Comme Marie Stuart, Bonnie a inspiré toute une littérature et des complaintes qui chantent l'Écosse et sa détresse.
Marquise de Pompadour (1721 - 1764)
« Après nous le déluge ! »
Voyant le roi déconfit après la défaite de ses armées contre les Prussiens, à Rossbach (5 novembre 1757), la marquise de Pompadour, qui était en train de se faire portraiturer par La Tour, le réconforta en ces termes : «Il ne faut point s'affliger : vous tomberiez malade. Après nous, le déluge !»
Thomas Paine (1737 - 1809)
« Of more worth is one honest man to society and in the sight of God, than all the crowned ruffians that every lived » (en anglais)
« Un seul honnête homme est plus précieux à la société et au regard de Dieu que tous les bandits couronnés qui ont jamais existé » (traduction)
Source : Common Sense
Le 10 janvier 1776, l'écrivain Thomas Paine publie un pamphlet, Common Sense, où il appelle ses concitoyens des Treize Colonies anglaises d'Amérique du nord à s'unir dans une grande nation libérée des servitudes et de la monarchie.
L'ouvrage se vend à 100.000 exemplaires. Un succès fabuleux, prémonitoire de la Déclaration d'indépendance du 4 juillet suivant.
Fervent républicain, comme l'atteste la citation ci-dessus, Thomas Paine rentre en Angleterre après l'indépendance des États-Unis puis gagne la France où il s'enthousiasme pour la Révolution.
Élu à la Convention, il vote en faveur d'un asile en Angleterre pour Louis XVI. Cette mansuétude lui vaudra d'être emprisonné pendant la Terreur. Revenu de ses illusions, il regagne l'Amérique en 1802.
Paul de Tarse ( - 67)
« s'il me manque l'amour,
je ne suis rien. »
Source : 1ère Épître aux Corinthiens, 13, 2 (Traduction Oeucuménique de la Bible)
Cette épître de Saint Paul est l'un des plus beaux textes du christianisme. La voici dans son intégralité :
L'amour fraternel
Quand je parlerais en langues, celle des hommes et celle des anges,
s'il me manque l'amour,
je suis un métal qui résonne, une cymbale retentissante.
Quand j'aurais le don de prophétie, la connaissance de tous les
mystères et de toute la science,
quand j'aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes,
s'il me manque l'amour,
je ne suis rien.
Quand je distribuerais tous me biens aux affamés,
quand je livrerais mon corps aux flammes,
s'il me manque l'amour,
je n'y gagne rien.
L'amour prend patience, l'amour rend service,
il ne jalouse pas, il ne se plastronne pas, il ne s'enfle pas d'orgueil,
il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt,
il ne s'irrite pas, il n'entretient pas de rancune,
il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité.
Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.
L'amour ne disparaît jamais.
Les prophéties? Elles seront abolies.
Les langues? Elles prendront fin.
La connaissance? Elle sera abolie.
Car notre connaissance est limitée et limitée notre prophétie.
Mais quand viendra la perfection, ce qui est limité sera aboli.
Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant,
je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant.
Devenu homme, j'ai mis fin à ce qui était propre à l'enfant.
À présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse,
mais alors, ce sera face à face.
À présent, ma connaissance est limitée,
alors, je connaîtrai comme je suis connu.
Maintenant donc ces trois-là demeurent,
la foi, l'espérance et l'amour,
mais l'amour est le plus grand.
Marie-Adélaïde de Savoie (1685 - 1712)
« Princesse aujourd'hui, rien demain, et dans deux jours oubliée... »
Murmure de Marie-Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, épouse de l'héritier du trône de France, petit-fils de Louis XIV, le Roi-Soleil. La dauphine répondait sur son lit de mort aux exhortations du cardinal de Noaïlles qui l'assurait que toute la France priait pour elle. Mariée à 12 ans au fils aîné du prince Louis dit le Grand Dauphin et de Marie de Bavière, la jeune Savoyarde s'en est venue vivre à Versailles. Destiné à apaiser les relations tumultueuses des Maisons de France et de Savoie depuis deux siècles, le mariage se révéla bientôt une rencontre heureuse de caractères faits pour s'accorder. De fait, la jeune duchesse séduit des personnages aussi désabusés que Saint-Simon. Elle joue la comédie avec le Petit Dauphin dans le théâtre de Madame de Maintenon, qu'elle appelle affectueusement ma tante, et illumine la cour peuplée de personnages vieillis, sous la surveillance sévère de la favorite piquée de dévotion. Mais voilà qu'arrive le temps des malheurs. Le Grand Dauphin meurt le 14 avril 1711, faisant du duc de Bourgogne le dauphin en titre. L'hiver suivant, une épidémie de rougeole frappe la cour et emporte la duchesse Marie-Adélaïde de Bourgogne, bientôt suivie de son époux.
Les médecins s'activent désormais au chevet des princes héritiers, tous deux prénommés Louis, ducs de Bretagne et d'Anjou, prodiguant force saignées... Mais le dauphin Louis meurt à son tour. Son frère, le duc d'Anjou, devient à tout juste deux ans l'héritier en titre de son arrière-grand-père, le vieux Roi-Soleil ! Grâce aux bons soins de sa gouvernante, qui l'arrache aux soins de la faculté et l'amène à Vincennes, loin des miasmes de la cour, il pourra régner sous le nom de Louis XV.
Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778)
« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins »
Source : extrait de Émile ou de l'éducation, Livre premier
Rival indissociable de Voltaire, auquel il fait face pour l'éternité dans la crypte du Panthéon, Jean-Jacques Rousseau est le philosophe le mieux inspiré et le plus profond d'une génération qui n'en manquait pas.
C'est aussi un être ultrasensible, véritable écorché vif, par ailleurs égoïste et insupportable à ses proches. Il n'empêche que ses écrits restent d'une brûlante actualité, qu'il s'agisse de politique ou de psychologie.
Ainsi de la citation ci-dessus dans laquelle pourraient se reconnaître un grand nombre de nos contemporains... et sans doute Rousseau lui-même.
« O Homme, de quelque Contrée que tu sois, quelles que soient tes opinions, écoute; voici ton histoire telle que j'ai cru la lire, non dans les Livres de tes semblables qui sont menteurs, mais dans la Nature qui ne ment jamais »
Cette belle exhortation figure dans l'introduction du célèbre discours de Dijon sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1753).
On y découve le thème de la Nature rédemptrice et pure. Le penseur Emmanuel Berl s'en inspirera en 1940 quand il soufflera au maréchal Philippe Pétain la célèbre formule : «La terre, elle, ne ment pas».
« Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi »
Source : Les Confessions
Dans la dernière partie de sa vie, rejeté par les autres philosophes et persécuté (du moins le croit-il), Jean-Jacques Rousseau opère un repli sur lui-même et entreprend de se raconter dans les Confessions.
Jeanne Du Barry (1743 - 1793)
« Encore un moment, monsieur le bourreau, un petit moment »
On prête ce mot à la comtesse Jeanne du Barry, à l'instant de mettre sa tête sous le tranchant de la guillotine, le 8 décembre 1793.
Née à Vaucouleurs (Lorraine) des amours d'une couturière, Anne Bécu, et d'un jeune moine déluré, Jeanne reçoit une éducation soignée chez les soeurs, à Paris, avant de devenir modiste... puis d'être présentée à la cour de Versailles. Dernière maîtresse officielle du roi Louis XV, elle est après sa mort reléguée dans sa propriété de Louveciennes.
Ayant dédaigné d'émigrer au commencement de la Révolution, la comtesse du Barry se rend toutefois à Londres à plusieurs reprises au motif d'y récupérer ses bijoux qui auraient été volés.
Elle est arrêtée pendant la Terreur, le 22 septembre 1793, sous l'inculpation d'intelligence avec l'ennemi, et guillotinée le 8 décembre suivant, sur l'actuelle place de la Concorde, à Paris, après avoir dénoncé plusieurs personnes dans le vain espoir de sauver sa (jolie) tête.
Benjamin Franklin (1706 - 1790)
« Remember that time is money » (en anglais)
« Rappelez-vous que le temps, c'est de l'argent » (traduction)
De tous les Pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, Benjamin Franklin est sans doute le plus original et le plus attachant.
Auteur d'une célèbre Autobiographie publiée en 1771, il a laissé un grand nombre d'aphorismes souvent pleins d'humour, comme celui ci-dessus.
Citons aussi:
«In this world nothing can be said to be certain, except death and taxes !»
«On ne saurait rien tenir pour certain dans ce bas monde, hormis la mort et les impôts !»
«Keep your eyes wide open before marriage, and half shut afterwards.»
«Ayez les yeux bien ouverts avant le mariage, et à demi-fermés ensuite»
Et encore :
«If you would not be forgotten as soon as you are dead and rotten, either write things worth the reading, or do things worth the writing.»
«Si vous ne voulez pas qu'on vous oublie le jour où vous serez mort et pourri, écrivez des choses qui valent la peine d'être lues, ou faites des choses qui valent la peine d'être écrites.»
«Tout homme a deux pays, le sien et la France» :
Ce délicat compliment au pays de Voltaire et des cathédrales est supposé faire écho à l'excellent accueil que réserva la cour de Versailles à Benjamin Franklin, ambassadeur extraordinaire des Américains. D'aucuns l'attribuent aussi à Thomas Jefferson, autre visiteur illustre de la France d'Ancien Régime. Dans les faits, il s'agit d'une formule apocryphe d'Henri de Bornier (La fille de Roland, 1875).
Louis XVI (1754 - 1793)
« C'est légal parce que je le veux »
Par cette formule maladroite, Louis XVI exprime la nature du pouvoir dans la France d'autrefois. Elle rappelle la formule qu'inscrivaient ses prédécesseurs au bas de leurs édits et lois : « Car ainsi nous plaît-il être fait » (Charles VI, 1368-1422) ; « Car ainsi le voulons et nous plaist être fait » (Louis XI, 1423-1463) , « Car tel est notre bon plaisir » (François 1er, 1494-1547)...
En montant sur le trône de France à 20 ans, Louis XVI doit faire face à une crise profonde des institutions, bientôt aggravée par une crise financière. L'une de ses premières décisions, hélas, consiste à restaurer les Parlements que son prédécesseur avait eu la sagesse de démanteler. Ces institutions relancent aussitôt la contestation contre le régime tout en prenant la défense des privilèges.
Le roi renvoie son contrôleur général des finances, Turgot, coupable d'avoir tenté d'introduire plus de justice dans la fiscalité. Les successeurs de Turgot, Necker et Calonne, ne réussissent pas mieux à réformer les finances et les institutions. Le Trésor public souffre d'un dramatique endettement en dépit de la prospérité générale du royaume.
Charles de Calonne comprend que la situation appelle des mesures radicales et convoque à cet effet une Assemblée des notables. Comme de bien entendu, celle-ci, composée de privilégiés, bloque tous les projets de réformes du ministre, lequel, découragé, démissionne en avril 1787. Son successeur, l'archevêque de Toulouse Loménie de Brienne, renvoie l'assemblée des notables le 25 mai 1787.
Retour à la case départ. Dans l'obligation de combler au plus vite le déficit des finances, le roi convoque le Parlement de Paris en vue d'enregistrer un édit établissant un emprunt de 420 millions de livres (la monnaie de l'époque). Les parlementaires, joignant leur voix à celle des aristocrates, réclament la convocation des états généraux, espérant abaisser ainsi le pouvoir royal... au seul profit des privilégiés. Comme les discussions s'éternisent, le roi transforme la séance du 19 novembre 1787 en lit de justice. Cette procédure exceptionnelle lui permet d'imposer l'enregistrement de l'édit. Louis XVI déclare d'une voix faible : « Je trouve qu'il est nécessaire d'établir les emprunts portés dans mon édit ». À quoi son propre cousin, le duc d'Orléans, répond en violation du protocole : « Sire, je regarde cet enregistrement comme illégal ». Et Louis XVI de répondre d'une voix encore plus faible : « C'est légal parce que je le veux ». Malgré cet acte d'autorité, le roi se résoudra l'année suivante à convoquer les états généraux. Ce sera le début de la Révolution française...
Jules Destrées (1863 - 1936)
« En Belgique, il y a des Wallons et des Flamands. Sire, il n'y a pas de Belges. »
Source : Lettre au roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre
Le 15 août 1912, Jules Destrées, député et futur ministre belge, publie une lettre ouverte au roi des Belges Albert 1er dans laquelle il plaide pour la scission du pays. Il apparaît comme un précurseur du nationalisme flamand, plus actif que jamais un siècle plus tard. Il écrit : «Laissez-moi vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité. Vous régnez sur deux peuples. En Belgique, il y a des Wallons et des Flamands. Sire, il n'y a pas de Belges. J'entends par là que la Belgique est un État politique assez artificiellement composé, mais qu'il n'est pas une nationalité. La fusion des Wallons et des Flamands n'est pas possible».
Anne Robert Turgot (1727 - 1781)
« Il faut, Sire, vous armer contre votre bonté, de votre bonté même, considérer d'où vous vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans »
C'est par cet avertissement que l'économiste accueillit sa nomination au poste de contrôleur général des finances, le 24 août 1774. Le roi Louis XVI ne l'écouta hélas pas longtemps et le renvoya deux ans plus tard sous la pression des privilégiés. La veille de son renvoi, Turgot écrivit au roi avec son franc-parler habituel : «N'oubliez jamais, Sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles 1er sur un billot».
Claude-Nicolas Ledoux (1736 - 1806)
« Le mur murant Paris rend Paris murmurant »
Source : complainte parisienne
Architecte inspiré et ingénieur des eaux et forêts, Claude-Nicolas Ledoux est remarqué par la comtesse du Barry qui lui confie la construction de son pavillon de musique de Louveciennes. Plus tard, sous le règne de Louis XVI, il érige les salines royales d'Arc-et-Senans, en Franche-Comté, une cité ouvrière idéalisée, d'un caractère révolutionnaire. En 1785, il reçoit commande des 55 pavillons d'octroi du mur d'enceinte des «fermiers généraux». Ces installations sont destinées au prélèvement de taxes sur toutes les marchandises entrant dans la capitale et à ce titre, elles donnent lieu à de vives protestations de la population, dont certaines très spirituelles comme le montre la citation ci-dessus. Ledoux ne peut mener l'entreprise à son terme mais nous pouvons encore admirer deux de ses pavillons parisiens, sur la place Denfert-Rochereau et la place Stalingrad. L'octroi perdura dans la capitale jusqu'à la veille de la Grande Guerre de 14-18.
George Washington (1732 - 1799)
« It is better to offer no excuse than a bad one » (en anglais)
« Mieux vaut ne pas donner d'excuse que d'en offrir une mauvaise » (traduction)
Cette sentence morale est extraite d'une lettre de George Washington à sa nièce Harriet Washington (30 octobre 1791).
Le premier président des États-Unis est né dans une bonne famille de planteurs de Virginie le 22 février 1732. Il passe sa jeunesse sur les rives du Potomac, aux environs de la ville aujourd'hui éponyme. La mort précoce de son demi-frère le porte à la tête du domaine aujourd'hui fameux de Mount Vernon.
George Washington s'illustre dans les rangs de l'armée anglaise en combattant les Français pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763)... puis à la tête des troupes de colons insurgées contre les Anglais et alliées aux Français (1775-1783) !
Immensément populaire auprès de ses concitoyens, il est porté à la présidence de la Convention de Philadelphie, en charge de donner une Constitution à la jeune fédération.
En 1789, il est élu président de ladite fédération contre son rival John Adams.
En 1797, après deux mandats de quatre ans, George Washington se retire de la vie politique.
Dans son discours d'adieu, il met en garde ses concitoyens contre la tentation d'une alliance privilégiée avec quiconque. C'est déjà une ébauche de la future «doctrine de Monroe». En 1798, l'imminence d'hostilités avec la France du Directoire l'amène à assumer à nouveau le commandement suprême des armées. Le danger écarté, il revient sur ses terres...
« I cannot tell a lie » (en anglais)
« Je ne peux pas mentir » (traduction)
George Washington s'éteint dans sa belle propriété de Mount Vernon (Virginie) le 14 décembre 1799. Héros de la guerre d'Indépendance américaine et premier Président des État-Unis, il est aussitôt élevé au rang d'un mythe national. Le prédicateur Mason Locke Weems publie en 1800 une biographie quelque peu enjolivée, Life and memorable actions of George Washington, qui est depuis lors enseignée aux écoliers américains. Ceux-ci se régalent d'anecdotes fantaisistes comme celle d'un cerisier qu'aurait abattu à la hache George Washington dans le jardin familial. Et au père qui réclamait de connaître le coupable, le jeune garçon se serait dénoncé en disant : «I cannot tell a lie» (Je ne peux pas mentir).
Antoine-Laurent de Lavoisier (1743 - 1794)
« Rien ne se crée, ni dans les opérations de l'art ni dans celles de la nature, et l'on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une quantité de matière avant et après l'opération; que la qualité et la quantité des principes sont les mêmes et qu'il n'y a que des changements »
À la fois chimiste et financier, Antoine-Laurent de Lavoisier est élu à 25 ans à l'Académie des sciences ! Sollicité sur un problème d'éclairage à Paris, il montre expérimentalement que la combustion de l'hydrogène ne se solde pas par une disparition de matière mais par la formation de nouvelles substances par addition avec l'air. Ses recherches, rassemblées dans un volumineux Traité élémentaire de chimie, publié en 1789, sont à l'origine de la chimie moderne. Elles tournent autour du principe ci-dessus, que l'on résume usuellement par l'aphorisme : «Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme». La fonction parallèle de fermier général qu'exerce Lavoisier n'est peut-être pas étrangère à la découverte de ce principe... La collecte des impôts amène en effet le savant à pratiquer la comptabilité double : on totalise dans une colonne les recettes, dans une autre les dépenses et l'on veille à ce que les deux totaux soient identiques... même résultat qu'en chimie !
« La République n'a pas besoin de savants »
Comme fermier général et privilégié de l'Ancien Régime, le chimiste Antoine-Laurent de Lavoisier eût à pâtir de la Révolution. Il est emprisonné le 24 novembre 1793, sous la Terreur, en dépit des services rendus à la République. Le tribunal révolutionnaire l'ayant condamné à la guillotine, le savant demande un sursis de quinze jours pour terminer une expérience. Si l'on en croit une relation tardive de l'abbé Grégoire, il s'attire cette réplique du vice-président du tribunal, un certain Coffinhal : Nous n'avons pas besoin de chimistes». La postérité, pour souligner la malfaisance de la Convention, retient la formule : La République n'a pas besoin de savants !»... La scène et la formule paraissent peu vraisemblables quand l'on sait la vigueur avec laquelle le gouvernement révolutionnaire mobilisait les scientifiques au service de la guerre contre l'envahisseur. Lavoisier est guillotiné le 8 mai 1794 sur la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde) ainsi que ses 27 collègues de la ferme générale.
Mirabeau (1749 - 1791)
« Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et que l'on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes »
Ainsi aurait répondu Gabriel-Honoré Riquetti, comte de Mirabeau et député du tiers état, au marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies du roi Louis XVI, le 23 juin 1789, selon une légende colportée par le manuel d'histoire de Malet (édition 1912). Trois jours plus tôt, les députés du tiers état et quelques députés du clergé s'étaient constitués en Assemblée nationale en vue de donner une Constitution au pays, au grand mécontentement du roi.
À sa requête, le grand maître des cérémonies se rend à l'Assemblée. Il demande au président Bailly que les députés des états généraux continuent de siéger séparément, selon les trois ordres traditionnels : noblesse, clergé et tiers état. Le président répond qu'il ne peut «séparer l'Assemblée qu'elle n'eût délibéré librement sur ce sujet». Dreux-Brézé se retire et rend compte de cette réponse au roi. Après la mort de Mirabeau (2 avril 1791), la société des Jacobins va magnifier l'incident en commandant au sculpteur Houdon un buste du tribun sur lequel est gravée la célèbre harangue : «Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté nationale et que nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes». L'historien Malet la retouchera en des termes encore plus héroïques.
« Quand je secoue ma terrible hure, il n'y a personne qui osât m'interrompre »
Corrompu et jouisseur, le visage enlaidi par la vérole, Mirabeau n'en jouit pas moins d'une très grande popularité due à son talent d'orateur. «Quand je secoue ma terrible hure, il n'y a personne qui osât m'interrompre», dit-il, comparant sa tête à celle d'un sanglier. Il n'a pas de scrupule à mettre son talent d'orateur, sa popularité et son intelligence politique au service du roi après la séance fameuse du Jeu de Paume... en se gardant bien de le faire savoir au peuple à ses collègues députés qui lui font confiance. Il écrit à Louis XVI le 10 mai 1790 : «Je promets au roi loyauté, zèle, activité, énergie et un courage dont peut-être on est loin d'avoir une idée». Il lui suggère d'organiser un parti à sa dévotion au sein de l'Assemblée, voire de corrompre certains adversaires. Dans la pire des éventualités, il envisage un coup de force, le roi s'éloignant de Paris et y revenant avec des troupes pour dissoudre l'Assemblée. Mais Mirabeau meurt trop tôt pour mener ses projets à leur terme. S'illusionnant sur son honnêteté, l'Assemblée lui décerne, trois jours après sa mort, le 5 avril 1791, l'honneur d'être inhumé en l'église Sainte Geneviève, transformée pour l'occasion en Panthéon des gloires nationales. Il en sera exclu le 21 septembre 1794, après qu'auront été découvertes les preuves de sa duplicité.
Pierre Dupont de Nemours (1739 - 1817)
« Périssent les colonies, plutôt qu'un principe »
Brillant économiste, Pierre Samuel Dupont de Nemours compose avec François Quesnay le traité La Physiocratie (1768), d'où le nom de physiocrates donné aux économistes du siècle des « Lumières ». L'un d'eux, Turgot, devient ministre du roi Louis XVI et Dupont entre à son service.
Il est ensuite élu député de Nemours aux états généraux, combat la création des assignats et surtout, fidèle à ses idées, se mobilise (en vain) en faveur de l'abolition de l'esclavage. Le 15 mai 1791, le débat fait rage à ce propos à l'Assemblée nationale. Les représentants des colonies menacent de faire sécession si l'on abroge l'esclavage.
« On nous menace du ressentiment de ces nobles d'outre-mer... Ils se consoleront comme se sont consolés les nobles français qui avaient un peu de sens. Si toutefois cette sécession devait avoir lieu, il vaudrait mieux sacrifier la colonie plutôt qu'un principe », répond Dupont de Nemours.
Finalement, l'Assemblée se contente d'accorder le droit de vote à certains hommes de couleur libres. Resté fidèle au roi, Dupont de Nemours se cache pendant la Terreur. En 1815, il s'établit aux États-Unis, dans le Delaware. C'est là que son fils Éleuthère Irénée fonde une poudrerie. Elle est devenue aujourd'hui, sous le nom de Du Pont, la première entreprise chimique du monde !
Henri Grégoire (1750 - 1831)
« Les rois sont dans l'ordre moral ce que sont les monstres dans l'ordre physique [...]. L'histoire des rois est le martyrologe des peuples »
L'abbé Grégoire adressa cette grandiloquente formule à l'Assemblée de la Convention, le 21 septembre 1792, jour de son ouverture et de la fondation officielle de la première République française.
Henri Grégoire est le fils d'un paysan lorrain. Ayant montré des dispositions pour les études, il est éduqué au collège jésuite de Nancy, ordonné prêtre en 1776 et nommé curé à Embermesnil, en Lorraine. Très ouvert aux idées généreuses des «Lumières», il publie en 1788 un Essai sur la régénération physique, morale et politique des juifs qui est distingué par l'Académie de Metz.
Député du clergé aux états généraux en 1789, l'abbé demande et obtient la réunion des trois ordres. Il vote la Constitution civile du clergé (1790) puis l'égalité des droits civils pour les juifs (1791).
Devenu évêque assermenté de Blois, il siège à la Convention, dans les rangs de la Montagne (la gauche révolutionnaire).
Son action réformatrice ne faiblit pas. C'est ainsi qu'il fait voter l'abolition de l'esclavage (1794) et se penche sur les patois et dialectes en vue d'établir la suprématie définitive du français, défini comme langue de la liberté et de la démocratie. Grégoire contribue également à la fondation de l'Institut et du Conservatoire des Arts et Métiers.
On lui doit l'invention du mot vandalisme, en référence à des Barbares qui saccagèrent Rome en 455. Il emploie ce mot dans un rapport adressé à la Convention le 11 janvier 1794 où il dénonce les destructions intempestives de monuments et d'oeuvres d'art par les armées républicaines. Avec lui émerge donc le concept de protection du patrimoine.
Absent lors du procès de Louis XVI en 1793, Grégoire se prononce pour sa condamnation tout en réclamant l'abolition de la peine capitale.
Après la chute de Robespierre, il devient membre du Conseil des Cinq-Cents (1795-1798) puis du Corps législatif (1800), enfin sénateur (1802). Il se range dans l'opposition libérale sous l'Empire et sous la Restauration. À sa mort, il est interdit de sépulture chrétienne en raison de ses engagements passés !
Maximilien de Robespierre (1758 - 1794)
« Personne n'aime les missionnaires armés. »
Maximilien de Robespierre, ancien député de la Constituante et président du Club révolutionnaire des Jacobins, déclare à la tribune de celui-ci, le 2 janvier 1792 : « La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa Constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis. Avant que les effets de notre Révolution se fassent sentir chez les nations étrangères, il faut qu'elle soit consolidée ».
Au même moment, à l'Assemblée législative, de plus en plus de députés songent à une guerre qui consoliderait la monarchie constitutionnelle et diffuserait au-delà des frontières les idées généreuses de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
Il faudra plus de vingt ans de guerres et environ deux millions de morts avant que les révolutionnaires ne mesurent leur erreur et que ne se vérifient les avertissements prophétiques de Robespierre.
Gustave Courbet (1819 - 1877)
« Quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi : celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime si ce n'est le régime de la liberté. »
Source : lettre ouverte de Gustave Courbet (Le Siècle, 1870)
La lettre ci-dessus a été publié par le peintre Gustave Courbet pour exprimer son refus de recevoir la Légion d'Honneur. Né en Franche-Comté, il étudie à l'académie de Besançon avant de gagner Paris où il se forme en autodidacte. Il sera distingué après des années de galère par quelques amateurs éclairés comme le marchand Wisselingh. Lié à la bohème parisienne (Baudelaire, Millet, Daumier, Proudhon), Courbet peint de manière conventionnelle mais défie la critique par le choix de sujets réalistes (Enterrement à Ornan), voire scandaleux (Filles de Loth, L'Origine du Monde). Bourgeois voltairien et anticlérical, convaincu de son génie («Je peins comme un Dieu», dit-il), il se veut socialiste et participe à la Commune de Paris comme président d'une Commission pour la protection des beaux-arts. Plus tard accusé d'avoir fait détruire la colonne Vendôme, symbole de guerre et de conquêtes, il est condamné à rembourser les frais de restauration. Il finit ses jours en Suisse en 1877 (sans avoir payé ladite amende).
Maximilien de Robespierre (1758 - 1794)
« La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu... »
Le 5 février 1794 (17 pluviôse An II), Robespierre monte à la tribune de la Convention en vue d'obtenir la mise hors la loi de Danton, coupable de mollesse dans la défense des acquis de la Révolution. Il prononce alors ces mots terribles : «Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier, qu'une conséquence du principe général de la démocratie, appliqué aux plus pressans besoins de la patrie. On a dit que la terreur était le ressort du gouvernement despotique. Le vôtre ressemble-t-il donc au despotisme ? Oui, comme le glaive qui brille dans les mains des héros de la liberté, ressemble à celui dont les satellites de la tyrannie sont armés...» Robespierre parvient à faire guillotiner son rival le 5 avril 1794. Dès lors tout-puissant, il entraîne dès lors la France dans la Grande Terreur («Je suis inflexible pour les oppresseurs parce que je suis compatissant pour les opprimés», se justifie-t-il). Mais au bout de quatre mois, les députés de la Convention, lassés par ses excès, le décrètent d'arrestation et le font à son tour guillotiner.
Louis Antoine Saint-Just (1767 - 1794)
« Le bonheur est une idée neuve en Europe »
L'auteur de cette maxime est un jeune homme beau autant que cruel, tard venu à la Révolution. Fils d'un capitaine bourguignon, Louis Antoine de Saint-Justétudie et écrit des vers quand la Bastille est prise. S'enthousiasmant pour la Révolution et pour Robespierre, il doit attendre la Convention pour être élu député de l'Aisne. Il lui reste alors moins de deux ans à vivre... Il fait voter la loi des suspects qui permet d'arrêter ceux qui «n'ayant rien fait contre la Liberté, n'ont rien fait pour elle». Il proclame froidement : «Ce qui constitue une République, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé». Le 3 mars 1794 (13 ventôse An II selon le calendrier révolutionnaire), il monte à la tribune de l'Assemblée et propose au nom du Comité de Salut Public un décret en vue de recenser les indigents et de leur attribuer les biens enlevés aux contre-révolutionnaires. Il fait valoir que cette mesure constituera une excellent propagande à l'étranger. C'est ainsi qu'il lance aux députés de la Convention : «On trompe les peuples de l'Europe sur ce qui se passe chez nous. On travestit vos discussions. On ne travestit point les lois fortes; elles pénètrent tout à coup les pays étrangers comme l'éclair inextinguible. Que l'Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux, ni un oppresseur sur le territoire français ; que cet exemple fructifie sur la terre ; qu'il y propage l'amour des vertus et le bonheur ! le bonheur est une idée neuve en Europe»... (*).
Olympe de Gouges (1748 - 1793)
« La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune »
Extrait de l'article 10 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, publiée en 1791 par Olympe de Gouges... avec une dédicace à la reine Marie-Antoinette.
Née en mai 1748 dans un ménage modeste de Montauban sous le nom de Marie Gouzes, la future Pasionaria de la Révolution française, précurseur du féminisme, est libérée du mariage par un veuvage précoce.
Montée à Paris, elle fréquente divers amants dont l'écrivain François Sébastien Mercier, auteur du Tableau de Paris, et se manifeste dès 1788 par des écrits révolutionnaires (Remarques patriotiques) comme par sa dénonciation de l'esclavage.
Sous la Convention, elle milite au club des Jacobins, dénonçant la peine de mort, revendiquant le droit de vote sans distinction de sexe,... Proche des Girondins, elle s'oppose aux Montagnards et à leur chef, Robespierre, ce qui lui vaut d'être condamnée à l'échafaud le 3 novembre 1793. «Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort !» lance-t-elle avant de mourir.
Mme Roland (1754 - 1793)
« Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
Apostrophe de Mme Roland, le 18 brumaire an III (8 novembre 1793), au moment de monter sur l'échafaud, lequel était situé en face d'une statue de la Liberté, sur la place de la Révolution (ci-devant place Louis XV, future place de la Concorde), à Paris.
Ce cri fait écho aux Montagnards, ou députés de la « Montagne », qui proclament à qui veut les entendre : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! ».
Dès 1791, les Montagnards s'opposent aux Girondins - ou Brissotins -. Il s'agit de plusieurs députés originaires du département de la Gironde. Parmi eux, Brissot, Guadet, Buzot, Condorcet, Pétion, Pache, Louvet, Barbaroux ainsi que Roland de la Platière et son épouse, Manon Philipon, femme de grande culture et de caractère, lectrice passionnée de Plutarque, qui tenait un salon à la mode sous l'Ancien Régime, rue Guénégaud.
Manon Philipon a épousé l'inspecteur des poudres Roland de la Platière en 1780. Sous la Révolution, elle devient l'égérie de son groupe et acquiert une influence notable dans le gouvernement girondin où elle obtient pour son mari les fonctions de ministre de l'Intérieur. Ce gouvernement est à l'origine de la déclaration de guerre à l'Autriche en 1792.
Le 10 juin 1792, comme le roi refuse de sanctionner les décrets portant sur le bannissement des prêtres réfractaires et la formation près de Paris d'un camp de 200 000 fédérés, Mme Roland adresse au roi, sous la signature de son mari, une lettre comminatoire « à peine polie ». Le roi réplique en renvoyant Roland et ses deux collègues, les ministres Servan et Clavière. C'est la fin du gouvernement girondin et le retour des feuillants (monarchistes modérés) au pouvoir.
Après la chute de la monarchie (10 août 1792), les Girondins doivent faire face à l'hostilité des Montagnards de la Convention et de la Commune de Paris. Ils sont arrêtés le 2 juin 1793 et guillotinés six mois plus tard, à l'exception de Jean-Marie Roland qui réussit à s'échapper... mais se donne la mort en apprenant l'exécution de sa femme.
Celle-ci, qui s'était laissée arrêter le 2 juin 1793, avait été libérée le 24 juin puis à nouveau incarcérée le jour même. Dans l'attente de son jugement, elle rédige à la Conciergerie des Mémoires qui demeurent un témoignage de première main sur la Gironde.
Henri de la Rochejaquelein (1772 - 1794)
« Allons chercher l'ennemi : si je recule, tuez-moi ; si j'avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi »
Ainsi répondit le jeune comte Henri de la Rochejaquelein (20 ans) aux paysans vendéens qui vinrent le supplier de se mettre à leur tête pour combattre l'hydre révolutionnaire.
Ce sous-lieutenant de cavalerie issu d'une famille de haute noblesse s'était retiré en sa terre de Clisson après la chute de la royauté (10 août 1792). L'insurrection vendéenne allait l'entraîner dans des aventures aussi héroïques que brèves.
Jean Nicolas Stofflet (1751 - 1796)
« Dans une guerre civile, il n'y a pas d'honneur et pas de victoire »
Ce commentaire désabusé et lucide de Jean Nicolas Stofflet fait écho à celui d'un écrivain romain qui constata, au vu des guerres civiles entre César et Pompée, qu'une guerre civile ne laissait que des vaincus et jamais de vainqueur. Stofflet est garde-chasse des Colbert à Maulévrier quand éclate la Révolution française. Viennent les réquisitions forcées et les persécutions contre les prêtres catholiques. La Vendée se soulève et lui-même devient major général dans l'armée royaliste formée par les insurgés. Il donne sa pleine mesure après la mort de La Rochejaquelein, devenant le seul général des insurgés en Anjou. Il doit lutter contre les «colonnes infernales» de Turreau et reprend les armes en janvier 1796 après la paix imposée par Hoche. Il est capturé et fusillé à Angers le 26 février 1796.
Marie-Antoinette (1755 - 1793)
« S'ils ne mangent pas de pain, qu'ils mangent de la brioche ! »
Cette exclamation cynique ou au mieux naïve a été prêtée à la reine Marie-Antoinette par la rumeur populaire à la suite des émeutes du 5 octobre 1789. Des Parisiennes s'étaient ce jour-là rendues à Versailles pour manifester au roi leur mécontentement face à la crise politique et à l'enchérissement des denrées. Curieusement, l'expression prêtée à Marie-Antoinette nous vient de Jean-Jacques Rousseau, mort une décennie plus tôt, qui écrit dans ses Confessions : «Je me rappelai le pis-aller d'une grande princesse à qui l'on disait que les paysans n'avaient pas de pain, et qui répondit : Qu'ils mangent de la brioche !».
« J'en appelle à toutes les mères... ! »
Après la sanglante prise des Tuileries, le 10 août 1792, les souverains français sont déchus et jetés en prison. Louis XVI est exécuté le 21 janvier. Vient le tour de la «veuve Capet».
Lors de son procès, la reine doit affronter d'infâmes accusations d'inceste sur la personne de son fils, présentées par le substitut du procureur général, le polémiste et jacobin Jacques Hébert.
Extrait de l'audience du 15 octobre 1793 :
Après la déposition d'Hébert, le président Hermann interpelle l'accusée : «Qu'avez-vous à répondre à la déposition du témoin ?» D'une voix tremblante, elle répond : «Je n'ai aucune connaissance des faits dont parle Hébert».
Hébert reprend la parole et accuse la reine et Madame Elisabeth d'avoir traité l'enfant en roi en lui donnant en toutes occasions la préséance. Marie-Antoinette se tourne vers Hébert et demande : «L'avez-vous vu ?»
Hébert : «Je ne l'ai point vu, mais la Municipalité le certifiera», puis il coupe court à l'aparté et, changeant de sujet, il se lance sur une autre affaire.
Un juré dont on n'a pas le nom se lève et demande : «Citoyen-Président, je vous invite à vouloir bien faire observer à l'accusée qu'elle n'a pas répondu sur le fait dont a parlé le citoyen Hébert à l'égard de ce qui s'est passé entre elle et son fils». Le président répète la question et la reine se lève - «vivement émue» affirme le procès verbal - : «Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à une pareille inculpation faite à une mère». Elle se tourne vers la foule : «J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici».
Deux témoins, les frères Humbert, rapportent qu'un courant passe dans la foule, même les tricoteuses se sentent remuées. L'audience est suspendue quelques minutes et la reine, se penchant vers son avocat Chauveau-Lagarde, lui demande à voix basse : «N'ai-je pas mis trop de dignité dans ma réponse ?»
- Madame, soyez vous-même et vous serez toujours bien ; mais pourquoi cette question ?
- C'est que j'ai entendu une femme du peuple dire à sa voisine : vois-tu comme elle est fière !...
Johann Wolfgang Goethe (1749 - 1832)
« Von hier und heute geht eine neue Epoche der Weltgeschichte aus und Ihr könnt sagen, Ihr seid dabei gewesen ! » (en allemand)
« De ce lieu, de ce jour commence une ère nouvelle de l'histoire du monde, et vous pourrez dire : j'étais là ! » (traduction)
Source : Campagne in Frankreich 1792, publié en 1822
Comme il suivait l'armée du duc de Brunswick aux côtés de son protecteur, le grand-duc de Saxe-Weimar, Goethe a pu assister en direct à la canonnade de Valmy. Si l'on en croit son récit, publié 30 ans après (!), l'illustre poète en aurait de suite perçu la portée politique... Il est permis de douter de sa prescience, si génial soit-il.
Jean-Baptiste Jourdan (1762 - 1833)
« Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie »
Source : article premier de la loi Jourdan
Les rois «absolus» en avaient rêvé, les républicains l'ont fait. Le 5 septembre 1798, à l'assemblée des Cinq-Cents, le député Jean-Baptiste Jourdan fait voter une loi qui institue la conscription et le service militaire obligatoire. Pour la première fois dans l'histoire de l'Europe, un gouvernement s'attribue le droit d'enrôler quiconque dans ses armées. Le métier militaire, précédemment récompensé par un salaire ou une solde (d'où le mot soldat), devient une servitude. Disposant de masses humaines presque illimitées, les généraux multiplient les offensives sans égard pour le sang versé, ce que ne manquera pas de dénoncer le colonel Charles de Gaulle, ardent défenseur de l'armée de métier. C'est seulement deux siècles après la loi Jourdan que la France renoncera à la conscription obligatoire.
Horatio Nelson (1758 - 1805)
« England confides that every man will do his duty ! » (en anglais)
« L'Angleterre attend de chacun qu'il fasse son devoir ! » (traduction)
Message codé transmis à l'aide de pavillons le matin de la bataille de Trafalgar, le 21 octobre 1805, aux 27 navires de son escadre par l'amiral Horatio Nelson...
William Pitt the Younger (1759 - 1805)
« Oh, my country, how I leave my country ! » (en anglais)
« Oh ma patrie, dans quel état vais-je te laisser ! » (traduction)
Mots d'adieu de William Pitt, dit le Jeune ou le Second, sur son lit de mort le 23 janvier 1806.
Deuxième fils de William Pitt, comte de Chatham, qui a dirigé la politique anglaise pendant la guerre de Sept ans, il est élu à la Chambre des Communes en 1781 et fait aussitôt une forte impression par son éloquence. Le roi Georges III dont il a attiré l'attention lui offre à 24 ans le poste de Premier ministre.
En 1793, l'assemblée de la Convention, au nom de la France révolutionnaire, déclare la guerre à l'Angleterre. Pitt se fait dès lors l'âme de la première puis de la seconde coalition européenne contre la France. Il n'hésite pas à suspendre l'Habeas Corpus, introduire la censure et lever de nouveaux impôts, ce qui le rend fort impopulaire. L'insurrection irlandaise l'amène à faire adopter l'Acte d'Union de Grande-Bretagne et d'Irlande en 1801.
Après un intermède, il est rappelé au gouvernement en 1804 et forme la troisième coalition qui amène le succès de Trafalgar. Las, les victoires de Napoléon en Autriche ne sont pas étrangères à la disparition prématurée du Premier ministre. Découragé et épuisé par le travail... et son goût pour le porto, il s'éteint dans le sentiment douloureux d'avoir peut-être échoué, alors même que sa ténacité a rendu inévitable à terme la défaite de son ennemi juré, Napoléon 1er.
D'une honnêteté scrupuleuse, Pitt mort ruiné. Après sa mort, la chambre doit lever 40.000 livres pour apurer ses dettes...
Napoléon Bonaparte (1769 - 1821)
« Soldats, songez que du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! »
Cette célèbre harangue, qui figure dans les Mémoires du général Gourgaud, publiées en 1823, n'a jamais été prononcée par le général Bonaparte lors de la bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798. Elle fait partie de la légende épique que le grand homme a tissée autour de lui-même. Le futur empereur s'est très tôt illustré par son art de la propagande et sa capacité à transformer le plomb en or. Ainsi de la campagne d'Égypte, désastreuse à tous points de vue, dont il a su magnifier le souvenir dans l'opinion de ses contemporains et même des historiens.
« Viens, petite créole, te coucher dans le lit de tes maîtres ! »
Le 19 février 1802, soit à peine trois mois après le coup d'État du 18 Brumaire, le Premier Consul Napoléon Bonaparte et ses collègues, les consuls Cambacérès et Lebrun, quittent le palais du Luxembourg pour celui des Tuileries.
L'ancien palais des rois, à l'abandon depuis la chute de la monarchie, dix ans plus tôt, a été remis en état et débarrassé de souillures et graffitis révolutionnaires pour abriter la nouvelle cour consulaire. C'est un signe parmi d'autres de ce que la Révolution est finie.
Les propos ci-dessus, sans doute apocryphes, sont prêtés au Premier Consul Napoléon Bonaparte faisant à sa femme Joséphine les honneurs de la chambre à coucher du palais royal.
Bonaparte, qui avait eu quelques rares expériences amoureuses dans sa jeunesse, avait rencontré Joséphine en venant lui restituer le sabre de son défunt époux, le général-vicomte de Beauharnais, qui s'était distingué à l'Armée du Rhin en 1793, puis avait été guillotiné sous la Terreur. Il était tombé éperdument amoureux de cette femme née à la Martinique, plus âgée que lui de six ans et il l'épousa en 1796.
Joséphine, qui avait eu des relations amoureuses avec Barras, l'un des Directeurs, s'en servit pour faire obtenir un commandement à son jeune mari. En 1809, son union restant stérile, Napoléon se résigna à divorcer de Joséphine et à «épouser un ventre» en la personne de la petite-nièce de Marie-Antoinette, Marie-Louise de Habsbourg, laquelle donna naissance au roi de Rome, puis duc de Reichstadt, considéré comme Napoléon II.
« Soldats, je suis content de vous. Je vous ramènerai en France. Là, vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie et il vous suffira de dire : j'étais à la bataille d'Austerlitz pour que l'on vous réponde : voilà un brave ! »
Napoléon Bonaparte, devenu empereur sous le nom de Napoléon 1er, s'offrit une magnifique victoire sur les Autrichiens et les Russes pour le premier anniversaire de son sacre, le 2 décembre 1805, à Austerlitz. 50 drapeaux enlevés à l'ennemi allèrent orner la voûte de l'église Saint-Louis des Invalides. Le bronze des 180 canons ennemis fut par ailleurs employé pour fondre la colonne Vendôme, à Paris.
« Une nuit de Paris réparera tout ça ! »
Ce mot brutal et cynique a été attribué à l'empereur Napoléon 1er, au soir de la bataille qu'il livra contre les Russes à Eylau, en Prusse orientale, le 8 février 1807. Rendue particulièrement meurtrière par une violente tempête de neige, cette bataille fit plus de 13 000 morts dans la Grande Armée et obligea l'empereur des Français à différer la poursuite de son offensive.
L'exclamation ci-dessus n'en est pas moins apocryphe et elle aurait d'ailleurs été déjà attribuée à Henri IV deux siècles plus tôt ! Elle est par ailleurs extravagante : dans la France entière du temps de Napoléon, le nombre total des naissances de garçons en une journée était inférieur au total des pertes d'Eylau.
Les 1 à 2 millions de morts qu'ont coûtées à la France les guerres de la Révolution et de l'Empire n'ont jamais été compensées mais ont accéléré le déclin démographique du pays. Pour être juste, précisons que l'empereur, bien qu'il ne fût pas d'un naturel tendre, prit conscience à Eylau du coût humain de la guerre. « Ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n'est pas la belle partie de la guerre ; l'on souffre et l'âme est oppressée de voir tant de victimes », écrit-il à Joséphine.
Toussaint Louverture (1743 - 1803)
« En me renversant, on n'a abattu à Saint-Domingue que le tronc de l'arbre de la liberté, mais il repoussera car ses racines sont profondes et nombreuses »
Ainsi parla François Toussaint Louverture, héros de la guerre de libération des esclaves à Saint-Domingue (Haïti), à l'instant de monter sur le navire Le Héros qui allait l'emmener en France avec sa famille.
François Toussaint Louverture avait combattu les Français puis, lorsqu'ils avaient enfin consenti à abolir l'esclavage, il s'était allié à eux pour repousser les Anglais et les Espagnols qui menaçaient d'envahir la colonie antillaise.
Le Premier Consul Napoléon Bonaparte avait rétabli l'esclavage et envoyé une armée pour soumettre les esclaves. Toussaint Louverture fut capturé par traîtrise et mourut de froid le 7 avril 1803 au fort de Joux, dans le Jura. Mais ses lieutenants n'en réussirent pas moins à vaincre le corps expéditionnaire français.
Antoine-Guillaume Delmas (1768 - 1813)
« Belle capucinade ! Il n'y manque que le million d'hommes qui s'est fait tuer pour abolir ce que vous rétablissez ! »
Ces mots furent adressés par le général Delmas au Premier Consul, Napoléon Bonaparte, après le Te Deum à Notre-Dame de Paris en l'honneur du Concordat (Pâques 1802). Antoine-Guillaume Delmas avait eu une carrière d'engagé lors de la levée en masse (1791). Promu dans le rang lors des campagnes de Belgique et d'Allemagne, il était resté jacobin dans l'âme. L'instauration du Consulat et les mesures de restauration prises par Bonaparte n'allèrent pas sans grincements de dents chez les républicains de la première heure comme lui. Bonaparte crut nécessaire de leur donner des gages en faisant enlever puis sommairement exécuter le duc d'Enghien. Delmas n'en fut pas moins rayé des cadres et exilé à Porrentruy, dans le Jura bernois. Lors de la campagne d'Allemagne de 1813, il reprit du service en même temps que Lazare Carnot et fut mortellement blessé lors de la bataille de Leipzig - dite «la bataille des nations» (16-19 octobre 1813, où la Russie, la Prusse, la Suède et l'Autriche coalisées firent face à la Grande Armée de Napoléon, laquelle dut supporter la défection des troupes saxonnes en pleine action.
Lætizia Buonaparte (1750 - 1836)
« Pourvou qu'ça doure ! »
Maria Lætizia Ramolino était issue d'une famille de notables d'Ajaccio, fief séculaire de la résistance aux Génois. Elle épousa à 14 ans Charles Marie de Buonaparte (1746-1785) dont la famille de nobliaux lombards s'était exilée en Corse au XVIe siècle. Le mari soutint Paoli dans sa lutte contre l'occupant gênois puis français avant de finir par composer avec le gouverneur-comte de Marbeuf. Lætizia contribua à cette lutte avec toute sa farouche détermination de matrone corse. Devenue veuve à 35 ans, elle éleva ses enfants avec énergie et conserva dès lors sur eux, y compris Napoléon, une grande autorité. Sous l'Empire, elle mena une vie modeste et retirée avec le titre de Madame Mère. La famille Bonaparte demeurait très patriarcale sous la protection exagérément bienveillante de l'empereur. Lætizia observait cette fortune soudaine avec dédain. Elle refusa d'assister au sacre à Notre-Dame, même si le tableau de David l'a représentée. Raillée pour son esprit d'économie, elle déclara un jour : «J'ai sept ou huit souverains qui me retomberont un jour sur les bras !». Après la Restauration, elle se retira discrètement à Rome.
Pie VII (1740 - 1823)
« Commediante ! Tragediante ! »
Cette apostrophe est prêtée au pape Pie VII par Alfred de Vigny dans son recueil de nouvelles publié en 1835 : Servitude et grandeur militaires. Selon le poète, le pape aurait lancé ces mots à Bonaparte à Fontainebleau, le 25 novembre 1804, quelques jours avant le sacre impérial. Le moine bénédictin Barnabé Chiaramonti, proche de sa famille et réputé pour sa douceur et sa bonté, avait été élu pape le 14 mars 1800 à Venise sous le nom de Pie VII, à 59 ans...
Le récit de Vigny est assurément plein d'emphase autant que d'imagination :
« Commediante ! »
Bonaparte sauta de sa chaise et bondit comme un léopard blessé. Une vraie colère le prit ; une de ses colères jaunes. (...)
La bombe éclata tout à coup.
- « Comédien ! Moi ! Ah ! je vous donnerai des comédies à vous faire tous pleurer
comme des femmes et des enfants. - Comédien ! - Ah ! vous n’y êtes pas, si vous
croyez qu’on puisse avec moi faire du sang-froid insolent ! (...)
Il se tut. Je n’osais pas respirer. J’avançai la tête, n’entendant plus sa voix tonnante, pour voir si le pauvre vieillard était mort d’effroi. Le même calme dans l’at111
titude, le même calme sur le visage. Il leva une seconde fois les yeux au ciel, et
après avoir jeté un profond soupir, il sourit avec amertume et dit :
« Tragediante ! »
Robert Surcouf (1773 - 1827)
« - Au fond, ce qui nous distingue, nous autres Britanniques, de vous autres Français, c'est que nous nous battons pour l'honneur et vous pour l'argent,
- Hé oui, chacun se bat pour ce qui lui manque »
Ce dialogue aurait été tenu entre un capitaine de vaisseau britannique et son prisonnier, Robert Surcouf, dernier des grands corsaires français.
Né à Saint-Malo le 12 décembre 1773 dans une famille de marins, Surcouf navigue dès l'âge de 13 ans et pratique la traite négrière sur les rivages de Madagascar.
En 1795, vers la fin de la Révolution, il s'engage en 1795 dans la guerre de course contre les Anglais dans l'océan Indien, selon les principes mis en place par Vauban un siècle plus tôt. Il s'honore de maints exploits comme de s'emparer de six navires d'un coup dans le golfe du Bengale.
Fait chevalier de la Légion d'Honneur par Napoléon 1er en 1804, il poursuit ses activités de corsaire et d'armateur jusqu'à la chute de l'Empire et se retire dans sa ville natale nanti d'une coquette fortune,... preuve que l'on peut aussi se battre pour ce que l'on possède déjà.
Denis Decrès (1761 - 1820)
« Votre majesté a toujours des coups de pied au c.. plein la bouche ! »
Réplique de l'amiral duc de Crès [ou Decrès] à l'empereur Napoléon 1er vers 1805 au cours d'une discussion animée. Il semble que l'autre se calma aussitôt. Le personnage est une des rares figures maritimes de premier plan sous l'Empire et Napoléon lui avait confié le ministère de la marine et des colonies. Contre-amiral commandant la Diane en 1798, il avait réussi à échapper à l'estocade de Nelson en rade d'Abou-Kir et à sauver son navire. Ce loup de mer avait le sang chaud et s'était épris de la belle Pauline Bonaparte, jeune veuve éplorée du malheureux général Leclerc, mort à Haïti. Napoléon, qui avait d'autres vues pour sa sur, lui laissa épouser Marie-Rose Clary, nièce de Marie-Anne, épouse de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, et de Désirée Clary, ancien béguin de l'empereur et future reine de Suède, par son mariage avec le maréchal Bernadotte.
Ferdinand III de Naples (1751 - 1825)
« Habillez-les de rouge, habillez-les de vert, ils f... le camp quand-même ! »
Réflexion du roi Ferdinand en 1806 à propos de sa garde. Troisième fils de Charles III d'Espagne, l'infant devient en 1759 roi de Sicile sous le nom de Ferdinand III et roi de Naples sous celui de Ferdinand IV. S'étant aventuré dans la première coalition contre la Convention, il doit signer la paix en 1796 après les succès français en Italie du Nord. L'occupation de Malte et les manœuvres de Nelson, amant de l'ambassadrice d'Angleterre, la charmante Emma Hamilton, l'entraînent dans la deuxième coalition en 1798 mais il est renversé par le général français Championnet en janvier 1799 et doit se réfugier en Sicile. Rétabli sur le trône en juin 1799 par la révolution san-fédiste, il se lance une nouvelle fois contre Napoléon en 1806, ce qui lui vaut d'être déposé au profit de Joseph Bonaparte, puis du maréchal Joachim Murat. À la Restauration, en 1815, Ferdinand fait juger et exécuter Murat. Il prend alors le nom de Ferdinand Ier des Deux-Siciles et rétablit la monarchie de droit divin.
Charles Joseph de Ligne (1735 - 1814)
« Le congrès ne marche pas, il danse »
Né à Bruxelles, le prince Charles Joseph de Ligne est l'héritier d'une vieille famille des Pays-Bas autrichiens, et comme tel, appelé naturellement à une carrière militaire au service de l'empereur Joseph II de Habsbourg.
Il est ambassadeur d'Autriche auprès de Catherine II et accompagne la cour lors de la mémorable descente du Dniepr organisée par le prince Potemkine en 1787, avec la participation de l'ambassadeur de France, Louis-Philippe, comte de Ségur, qui était devenu son ami.
Bien que promu feld-maréchal en 1808, ses faits d'armes sont restés plutôt modestes dans l'ombre de l'archiduc Charles, mais il est passé à la postérité pour ses Mémoires publiées sous l'Empire, vers 1810. De ces mémoires, on peut retenir une jolie formule : « Il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre ». Son style élégant, sa verve d'Ancien régime et ses observations pertinentes restent étonnamment modernes. Il voit disparaître le XVIIIe siècle et l'usage du français dans la bonne société avec le même amertume que Stefan Zweig la Belle époque un siècle plus tard. Européen avant l'heure, il se définit comme « Autrichien en France, Français en Autriche, l'un ou l'autre en Russie ». On le surnomme « le prince rose » (en allemand : « der rosarote Prinz ») en raison de son goût pour cette couleur.
Le prince de Ligne assiste au Congrès de Vienne, qui refait l'Europe après la chute de Napoléon Ier. Dans une lettre de 1814, il en donne l'aimable définition ci-dessus. Lui-même s'amuse avec ardeur dans la tradition aristocratique du XVIIIe siècle, multipliant les rendez-vous galants jusqu'au milieu de la nuit. Mais le vieillard meurt pendant le Congrès non sans se dire heureux de fournir au Congrès le spectable supplémentaire des funérailles d'un feld-maréchal chevalier de la Toison d'Or ! Talleyrand se fendit d'une épitaphe bien dans sa manière : « Et le Congrès l'enterra sans cesser de danser ».
Maréchale Lefebvre (1753 - 1835)
« Dis-y donc que c'est la femme au maréchal Lefebvre et la celle à Lannes »
Annonce de la maréchale Lefebvre au majordome de l'impératrice Joséphine vers 1810. Les railleurs répandirent l'anecdote en parlant de «la selle à l'âne». Fille d'un bûcheron alsacien, née le 2 février 1753 à Ruffach, Catherine Hubscher se rend à Paris où elle devient blanchisseuse dans une compagnie de gardes françaises. Un caporal-chef, Franz-Joseph Lefebvre, originaire de la même ville et de deux ans plus jeune, la remarque. Il l'épouse en 1783 après avoir obtenu le grade de sergent. Catherine va connaître douze grossesses dont il ne lui restera qu'un garçon survivant. Pendant la Révolution, Lefebvre obtient de l'avancement grâce à sa conduite lors des batailles de Fleurus et de Stockach. Lors du coup d'État du 18 brumaire, il est général de division et commande la garde du Conseil des Cinq-cents. Il prend alors le parti de Bonaparte. Élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1804, il s'illustre peu après à la prise de la forteresse prussienne de Dantzig le 24 mai 1807. Napoléon, qui décide en mars 1806 de constituer une noblesse d'Empire fondée sur le mérite, fait de Lefebvre le duc de Dantzig. En honorant ainsi le couple d'origine plébéienne, l'empereur veut couper court aux critiques des révolutionnaires comme des courtisans. À la duchesse de Lusignan qui s'indigne de l'octroi du titre de duchesse à la maréchale Lefebvre, il lui lance : «Il m'a plu d'élever le titre de duchesse jusqu'à la maréchale Lefebvre». Le maréchal duc de Dantzig reste sans artifice, parlant de ses soldats comme de «ses enfants». Sa femme n'oublie rien non plus de ses origines comme en témoigne l'apostrophe de «la selle à l'âne». Mais son sens de la répartie et sa franchise abrupte lui valent la haine de Talleyrand, que naissance et éducation opposent à la lavandière de Ruffach, ainsi que la jalousie des courtisans. Comme une dame réputée pour ses infidélités conjugales lui demande si elle n'oublie pas parfois qu'elle est duchesse, elle répond finement : «Oh, bien souvent ! Mais je n'oublie jamais que je suis la femme de Lefebvre». L'empereur la complimente un soir qu'il la voit parée de ses diamants : - Comme vous êtes belle, madame la duchesse ! - Oh, sire, comme votre Majesté est grande ! répond-elle avec malice, faisant allusion à la petite taille de Napoléon. Après la chute de l'Empire, tandis que Lefebvre, qui mourra en 1820, manoeuvre pour obtenir le titre de pair de France, sa femme refuse avec panache de remettre les pieds aux Tuileries, résidence du roi Louis XVIII après avoir été celle de Napoléon 1er. «J'y allais quand nous y étions chez nous ; maintenant, j'y serais chez eux», explique-t-elle. Un demi-siècle après sa mort, deux auteurs dramatiques, Émile Moreau et Victorien Sardou, ranimeront le souvenir de la maréchale dans une pièce intitulée «Madame Sans-Gêne»,... d'après le surnom d'une autre lavandière de l'Empire, Thérèse Figueur. Un film avec Arletty dans le rôle-titre sera tiré de la pièce en 1941.
Michel Ney (1769 - 1815)
« Soldats, droit au cœur ! »
Michel Ney, héros de la bataille de Borodino et de la traversée de la Bérézina, était fils d'un tonnelier de Sarrelouis, une cité fondée par Louis XIV et fortifiée par Vauban.
Engagé volontaire en 1788, d'un naturel très simple, il gagna le surnom de «Brave des Braves» et devint général en 1796.
Il s'illustra à Hohenlinden sous les ordres de Moreau avant de devenir maréchal lors de la grande promotion de mai 1804. Il fut fait duc d'Elchingen après la campagne d'Allemagne (1805) et prince de la Moskowa après celle de Russie (1812) où son courage et sa détermination avaient fait merveille.
Fort de ses états de service pendant la campagne de France, il s'enhardit à proposer l'abdication à Napoléon réfugié au château de Fontainebleau (18-20 avril 1814).
Après le débarquement de Golfe-Juan, il promit à Louis XVIII, qui l'avait nommé pair de France, de «ramener l'usurpateur dans une cage de fer». Mais il se laissa emporter par l'émotion à Auxerre le 18 mars 1815 et tomba dans les bras de l'empereur. À ses excuses, Napoléon répondit : Vous n'avez pas besoin d'excuses. Votre excuse, comme la mienne, est dans les événements, qui ont été plus forts que les hommes».
Il fit de son mieux à Waterloo sans parvenir à sauver la journée
ni à trouver la mort. Lors de la deuxième Restauration, il fut traduit devant la Chambre des Pairs pour trahison. Comme sa ville natale venait d'être cédée à la Prusse, il pouvait utiliser une esquive juridique pour échapper à sa condamnation. Mais il rejeta cette idée : Je suis né Français, je veux mourir Français !»
Le maréchal refusa donc de se dérober et devant le peloton d'exécution, près de l'Observatoire de Paris, le 7 décembre 1815, il eut même le cran de commander : Soldats, droit au cur !»
Une statue a été élevée par Rude sur le lieu de son exécution. Michel Ney fut le seul maréchal d'Empire exécuté à la Restauration.
Pierre Cambronne (1770 - 1842)
« La garde meurt et ne se rend pas »
Le « mot de Cambronne » (Merde ) est le modèle du faux mot historique devenu plus vrai que nature grâce à l'imagination d'un génie littéraire (note).
Rappelons les faits. Pierre Cambronne, général major de la Garde impériale, accompagne Napoléon Ier dans son exil de l'île d'Elbe et retrouve son commandement lors des Cent Jours. Sur le champ de bataille de Waterloo, le 18 juin 1815, son bataillon résiste honorablement aux Anglais. Lui-même, blessé d'une balle au front, est laissé pour mort sur le terrain.
Six jours après, le Journal général de la France raconte que les Anglais ayant envoyé un émissaire à Cambronne pour l'inviter à se rendre, le général a répondu à ce message par ces mots : « La garde meurt et ne se rend pas ». Et le journaliste de conclure : La garde impériale et le général n'existent plus.
Mais voilà que Cambronne, remis de sa blessure et libéré par les Anglais, ayant même épousé une Anglaise, découvre le mot qu'on lui prête. Il nie l'avoir jamais prononcé. Et trois ans plus tard, le Journal des débats d'expliquer que le mot a été inventé par un journaliste un peu trop dithyrambique. Il n'empêche que le « mot de Cambronne » fait son chemin dans les mémoires jusqu'à déformer celles-ci... Le 2 février 1843, le maréchal Soult, justifiant son passé, déclare devant les députés : « J'étais à Waterloo, j'étais à côté de Cambronne quand il dit : La garde meurt et ne se rend pas » !...
Près de vingt ans plus tard, nouveau rebondissement. Dans son exil de Guernesey, Victor Hugo met la dernière main à son roman fleuve Les Misérables dans lequel il fait le récit de la bataille de Waterloo. Évoquant l'héroïsme de la garde impériale, le mot prêté à Cambronne lui vient à l'esprit mais lui paraît trop long et selon son génie habituel, il le réduit à un bref juron :
« Ces combattants (...) purent entendre dans l'ombre crépusculaire qu'on chargeait les pièces, les mèches allumées pareilles à des yeux de tigre dans la nuit firent un cercle autour de leurs têtes, tous les boute-feu des batteries anglaises s'approchèrent des canons, et alors, ému, tenant la minute suprême suspendue au-dessus de ces hommes, un général anglais, Colville selon les uns, Maitland selon les autres, leur cria : Braves Français, rendez-vous ! Cambronne répondit : Merde ! » (Les Misérables, deuxième partie, livre Ier, chapitre XIV).
Dans la foulée, enhardi par son audace (c'est la première fois que le mot figure dans la littérature française), Victor Hugo se fend d'un magnifique chapitre à la gloire de Cambronne... Le brave général n'en a cure. Après s'être rallié au roi Louis XVIII, il a poursuivi une honorable carrière militaire comme gouverneur de Lille, avec le titre de vicomte, avant de prendre sa retraite à Nantes où il est mort 20 ans plus tard, en 1842.
Maurice Thorez (1900 - 1964)
« Un peuple qui n'a plus d'enfants, c'est un peuple condamné, et nous, communistes, qui avons non seulement la conviction, mais la certitude, que la classe ouvrière conduira un jour le pays vers de nouvelles et radieuses destinées, vers le bonheur, vers la liberté et la paix, nous voulons une classe ouvrière, un peuple nombreux et fort. »
Fils d'un mineur de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) et mineur lui-même, Maurice Thorez participe à la fondation du parti communiste au congrès de Tours (Noël 1920). Le discours ci-dessus (2 septembre 1936) témoigne de l'espérance messianique que soulève le mouvement communiste malgré la réalité sanglante de la dictature de Staline. Il témoigne aussi de la prise de conscience par la classe dirigeante française des menaces de la dénatalité. Les contemporains sont convaincus que la population française pourrait chuter à 30 millions d'habitants avant la fin du XXe siècle... Cette sombre prophétie sera infirmée par le sursaut consécutif à la Résistance et à la Libération.
Charles de Talleyrand (1754 - 1838)
« Ils n'ont rien appris, ni rien oublié ! »
On prête cette formule à Talleyrand. Elle concerne les émigrés royalistes qui rentrèrent en France après la chute de Napolélon 1er, en 1814. Aigris, ils n'avaient d'autre objectif que de rétablir l'ordre ancien, comme si rien ne s'était passé de 1789 à 1814. Dans les faits, il semblerait que la formule précitée provienne d'une lettre adressée par un émigré de Londres, en 1796, à l'écrivain Mallet du Pan : «Vous nous parlez souvent de la folie de Vérone [le lieu de refuge de l'héritier du trône, futur Louis XVIII]. Hélas ! mon cher ami, cette folie est générale et incurable. Combien vous vous trompez en croyant qu'il y a un peu de raison dans la cour du frère [le futur Charles X, réfugié à Londres] ! Nous voyons tout cela de près et nous gémissons : personne n'a su ni rien oublier, ni rien apprendre».
Louis XVIII (1755 - 1824)
« Allons, finissons-en, Charles attend »
On prête ce mot au vieux roi Louis XVIII dans les derniers jours de sa vie.
Après une jeunesse insouciante à la cour de Versailles, le frère cadet de Louis XVI a vécu sous la Révolution et l'Empire unelongue errance à travers l'Europe. Il revient à Paris dans les fourgons des Alliés à la chute de Napoléon 1er et restaure la dynastie des Bourbons en essayant tant bien que mal de réconcilier la France de la Révolution et celle de l'Ancien Régime.
Doté d'un solide embonpoint, le roi doit progressivement se résigner à l'immobilité et, devenu impotent, se baptise lui-même le «Roi-fauteuil».
Dans les derniers mois de sa vie, incapable de tenir une plume et souffrant dans tout son corps, il tient néanmoins à exercer jusqu'au dernier souffle les prérogatives de sa charge, maintenant à l'excès le respect de l'étiquette de cour.
Résigné et usé par la douleur, il lance un jour à l'un de ses médecins la réflexion ci-dessus, en référence à son frère et héritier, appelé à recueillir la couronne sous le nom de Charles X.
Louis XVIII meurt le 16 septembre 1824 d'une gangrène infectieuse des deux pieds.
Horace (-65 - 8)
« Graecia capta ferum victorem cepit » (en latin)
« La Grèce a soumis son vainqueur » (traduction)
Ce mot du poète latin Horace traduit l'influence de la culture grecque sur la haute société romaine. Les Romains découvrent cette culture dès le IIIe siècle av. J.-C. en conquérant le sud de la péninsule italienne que l'on appelle aussi « Grande-Grèce ». Avec la conquête de Corinthe en 146 av. J.-C. et la soumission de l'ensemble de la Grèce puis de l'Asie mineure, c'est un éblouissement !
Forts de leur statut de vainqueurs, les héritiers des austères familles patriciennes de Rome s'emparent des richesses de l'Orient : oeuvres d'art mais aussi artistes, poètes, lettrés,... Eux-mêmes mettent un point d'honneur à rivaliser avec les Athéniens en matière poétique, littéraire, artistique ou encore sportive (les Romains participent volontiers aux Jeux Olympiques). Les poètes latins, tels Plaute, Térence, Virgile ou Ovide, copient la manière de leurs homologues grecs... tout en conservant l'usage du latin. Les patriciens romains n'ont pas ces scrupules.
Des gens comme Jules César ou son petit-neveu Octavien (le futur Auguste) sont éduqués en grec par des précepteurs grecs et parlent cette langue plus volontiers que le latin.
En matière religieuse, le panthéon romain s'aligne sur son homologue et les poètes établissant des parallèles entre les différents dieux. Au Zeus grec correspond le Jupiter romain,... L'administration de l'empire est elle-même marquée par cette double culture : de la péninsule ibérique jusqu'à l'Illyrie (actuelle Croatie) prévaut le latin ; au-delà et en Afrique, le grec. Cette césure culturelle va devenir politique à l'époque chrétienne avec le partage de l'empire entre Orient et Occident.
Charles de Talleyrand (1754 - 1838)
« Sire, la Russie a un peuple barbare et un prince civilisé. La France a un peuple civilisé et un prince barbare »
Napoléon Ier a convié au congrès d'Erfurt, du 27 septembre au 14 octobre 1808, les princes allemands et le tsar Alexandre Ier (32 ans).
Talleyrand (54 ans), arrivé à Erfurt un jour avant l'Empereur des Français, accueille le tsar par ces mots : « Sire, que venez-vous faire ici ? C'est à vous de sauver l'Europe, et vous n'y parviendrez qu'en tenant tête à Napoléon. Le peuple français est civilisé, son souverain ne l'est pas ; le souverain de Russie est civilisé, son peuple ne l'est pas ; c'est donc au souverain de la Russie d'être l'allié du peuple français » (d'après des confidences de Talleyrand à Metternich, rapportées par celui-ci dans ses Mémoires).
Napoléon Ier (39 ans) a réuni le congrès en vue de resserrer son alliance avec la Russie. Il veut éviter que se forme une cinquième coalition contre la France et prendre le temps de remettre à la raison les Espagnols qui se sont insurgés. Par une convention secrète en date du 12 octobre, il fait d'importantes concessions au tsar et lui demande en contrepartie de s'engager à ses côtés contre l'Autriche si celle-ci reprend la guerre. Talleyrand, qui a le titre de vice-grand Électeur mais n'est plus ministre des Relations Extérieures, acquiert la conviction que Napoléon Ier se perd et perd la France en brisant l'équilibre européen. Sa décision est dès lors prise de trahir son maître... et d'empocher au passage de consistants pots-de-vin. C'est l'explication de son adresse ci-dessus au tsar. En secret, il lui montre combien est précaire la situation de Napoléon et le convainc de lui tenir tête et de ménager l'Autriche.
François de Chateaubriand (1768 - 1848)
« Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. »
Après Waterloo et la chute de Napoléon 1er, l'héritier des Bourbons, le roi Louis XVIII, revient à petite vitesse de son exil temporaire à Gand. Le 6 juillet 1815, à Saint-Denis, il se résigne à recevoir Talleyrand, ex-évêque d'Autun, corrompu et jouisseur, - bien que boîteux -, qui s'est rendu indispensable à tous les régimes par ses talents de diplomate et a su défendre la France au Congrès de Vienne. Le roi reçoit par la même occasion Joseph Fouché, ex-oratorien, qui a voté la mort de son frère Louis XVI. Ministre de la police dès le Consulat, il a tissé un réseau d'agents dans tout le pays et dans tous les camps, ce qui le rend, lui aussi, indispensable à tout gouvernement désireux de tranquillité publique. Le vicomte François de Chateaubriand, illustre écrivain, attend dans l'antichambre d'être reçu par le roi quand il a l'amère surprise de voir ces deux figures de la Révolution le précéder dans le cabinet de Louis XVIII. Voilà comment il décrit la scène dans ses Mémoires d'Outre-Tombe : «Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime. M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du Roi et disparaît». Lui-même souffre de n'être pas reconnu à sa vraie valeur... Le poète a introduit le romantisme en France avant de participer au renouveau religieux en publiant à la veille du Concordat le Génie du christianisme. Plus tard, il s'est rallié sans surprise à la Restauration monarchique (le «retour des lys»). Devenu ministre des Affaires étrangères de Louis XVIII puis ambassadeur, il entraîne la France dans une aventure guerrière malheureuse et contribue par ses diatribes à l'échec de la monarchie constitutionnelle. Preuve qu'un serviteur zélé peut davantage nuire que de fieffés coquins dès lors que ceux-ci, tels Talleyrand et Fouché, sont guidés par leur intérêt.
Jean-Baptiste Say (1767 - 1832)
« Les vraies colonies d'un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. »
Cette sentence figure dans le Cours complet d'économie politique, un ouvrage publié en 1830 où l'on peut lire :
«Les vraies colonies d'un peuple commerçant, ce sont les peuples indépendants de toutes les parties du monde. Tout peuple commerçant doit désirer qu'ils soient tous indépendants pour devenir plus industrieux et plus riches, car plus ils seront nombreux et productifs, plus ils présenteront d'occasions et de facilités pour les échanges. Les peuples deviennent alors pour nous des amis utiles et qui ne nous obligent pas de leur accorder des monopoles onéreux, ni d'entretenir à grands frais des administrations, une marine et des établissements militaires aux bornes du monde. Un temps viendra où on sera honteux de tant de sottise et où les colonies n'auront plus d'autres défenseurs que ceux à qui elles offrent des places lucratives à donner et à recevoir, le tout aux dépens du peuple.»
Ce texte prémonitoire conserve toute son actualité dans la France du XXIe siècle qui peine à sortir de l'ère coloniale. Son auteur, Jean-Baptiste Say, né à Lyon le 5 janvier 1767, est l'un des plus grands économistes français.
A la veille de la Révolution, la lecture de l'ouvrage majeur d'Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776) décide de sa vocation. Dans ses premiers écrits, il clarifie et enrichit la pensée de l'économiste écossais tout en tirant les premiers enseignements de la révolution industrielle naissante.
JB Say fait un bref passage au Tribunat, sous le Consulat, et publie en 1803 son ouvrage majeur : Traité d'économie politique ou Simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses. Démissionnant du Tribunat pour conserver sa liberté de penser, l'économiste fonde une filature dans le Nord, ce qui lui vaut la fortune, et finit sa carrière au Collège de France. Il meurt le 15 novembre 1832 à Paris.
JB Say affiche sa confiance dans la capacité de l'économie industrielle à surmonter les crises. Il est à l'origine d'une loi qui porte son nom et est parfois dite «loi des débouchés», selon laquelle les produits s'échangent contre des produits, la monnaie ne jouant qu'un rôle d'intermédiaire neutre.
Cette vision libérale et optimiste, qui réprouve toute intervention de l'État, a été plus tard violemment critiquée par des économistes comme John Maynard Keynes.
Bastien Sébastiani (1772 - 1851)
« L'ordre règne à Varsovie »
Dans la nuit du 29 novembre 1830, à Varsovie, militaires et intellectuels polonais s'insurgent contre la tutelle russe, qui remonte au Congrès de Vienne de 1815. Ils appellent en vain les gouvernements occidentaux à leur aide. Le tsar Nicolas Ier réoccupe la capitale polonaise le 8 septembre 1831 et mène une répression brutale.
À Paris, le 16 septembre 1831, le ministre de la Guerre, le général Bastien Sébastiani, est interrogé sur la situation à Varsovie par les députés de la Chambre. Il transmet ensuite au journal gouvernemental Le Moniteur un communiqué sur le débat de la Chambre en ces termes : «Le gouvernement a communiqué tous les renseignements qui lui étaient parvenus sur les événements de la Pologne (...). Au moment où l'on écrivait, la tranquillité régnait à Varsovie (Mouvements divers)».
L'opposition se déchaîne contre le maladroit ministre et fait ses choux gras de la formule publiée en légende d'une lithographie dans le journal La Caricature : «L'ordre règne à Varsovie». C'est cette formule qui est restée dans les mémoires bien qu'elle n'ait jamais été prononcée...
Le comte Bastien Sébastiani n'est pas au bout de ses malheurs. Il sera honoré dans ses vieux jours du titre de maréchal de France eu égard à ses exploits dans les armées de Napoléon Ier. Mais il aura aussi la douleur de perdre sa fille unique, la duchesse de Choiseul-Praslin, dans des circonstances cruelles.
Daniel-François Auber (1782 - 1871)
« Amour sacré de la patrie, rends-nous l'audace et la fierté »
Pacifique auteur de théâtre lyrique d'origine normande, Auber n'imaginait pas qu'une de ses uvres serait à l'origine de la naissance de la Belgique. Le soir du 25 août 1830, le théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, donne une représentation de «La Muette de Portici». Cet opéra raconte un soulèvement des Napolitains contre l'oppresseur. Le public, enthousiaste, reprend le refrain ci-dessus et la tension devient telle que des émeutes se produisent à la sortie du théâtre. De façon similaire, un peu plus tard, la bourgeoisie libérale italienne se mobilisera en faveur de l'unité nationale à l'écoute des opéras de Giuseppe Verdi. Comment ne pas être nostalgique de cette époque où les révolutions se faisaient en chansons et en frac de soirée ?...
Alphonse de Lamartine (1790 - 1869)
« Plaignons les victimes et marchons [sous-entendu : continuons d'aller de l'avant] ! »
Paroles prononcées par Alphonse de Lamartine à la tribune de l'Assemblée législative, à Paris, au lendemain de la catastrophe ferroviaire de Meudon (8 mai 1842). Ce drame, le premier de l'histoire du chemin de fer, survient sur la ligne Paris-Versailles et fait 55 morts. Il se produit dans un train qui ramenait des Parisiens venus passer la journée à Versailles pour le spectacle des grandes eaux. Les dix-huit voitures en bois déraillent et prennent feu. Les voyageurs succombent sans pouvoir sortir des compartiments, fermés à clé de l'extérieur selon l'usage de l'époque.
Parmi les victimes figurent le navigateur Dumont d'Urville, découvreur de la terre Adélie, ainsi que sa femme et son fils. Ce premier accident de l'Histoire du rail n'ébranle en aucune façon la confiance des contemporains dans le progrès technique. Chacun croit qu'il a beaucoup plus à y gagner qu'à y perdre. Lamartine, poète romantique et homme politique, se fait le porte-parole de cette confiance dans le progrès, héritée de la «philosophie des Lumières». Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?...
« ... Le drapeau rouge n'a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 1791 et 1793, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie »
Le 26 février 1848, à Paris, deux jours après l'abdication du roi Louis-Philippe Ier et la proclamation de la IIe République, la foule s'agite encore autour de l'Hôtel de ville où délibère le gouvernement provisoire. Un jeune médecin de la Garde nationale lance par une fenêtre deux pièces de velours rouge enlevées à des canapés et des manifestants s'en font des drapeaux avec des manches à balai. Quelques-uns entrent dans une pièce où délibèrent trois membres du gouvernement, Lamartine, Marie et Garnier-Pagès. Ils exigent que le drapeau tricolore de la monarchie de Juillet (nom donné au règne de Louis-Philippe) soit abandonné au profit du drapeau rouge de la révolution (lointain héritier de la bannière royale de Saint-Denis !).
Lamartine monte alors sur une chaise et les harangue ainsi : « Citoyens, vous pouvez faire violence au gouvernement (...). Si vous êtes assez mal inspirés pour imposer une république de partis et un pavillon de terreur, le gouvernement est aussi décidé que moi-même à mourir plutôt qu'à se déshonorer en vous obéissant. Quant à moi, jamais ma main ne signera ce décret. Je repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang et vous devriez le répudier plus que moi : car le drapeau rouge, que vous-mêmes rapportez, n'a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple en 1791 et 1793, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ».
André Malraux (1901 - 1976)
« L'esclave dit toujours oui »
André Malraux lance cette formule le 2 septembre 1973, sur le plateau des Glières, en Haute-Savoie, à l'occasion d'un discours à la gloire des malheureux résistants qui furent massacrés en ce lieu en mars 1944 par la Milice et les soldats. Extrait : «Le mot non, fermement opposé à la force, possède une puissance mystérieuse qui vient du fond des siècles. Toutes les plus hautes figures spirituelles de l'humanité ont dit non à César. Prométhée règne sur la tragédie et sur notre mémoire pour avoir dit non aux dieux. La Résistance n'échappait à l'éparpillement qu'en gravitant autour du non du 18 juin. Les ombres inconnues qui se bousculaient aux Glières dans une nuit de jugement dernier n'étaient rien de plus que les hommes du non, mais ce non du maquisard obscur, collé à la terre pour sa première nuit de mort, suffit à faire de ce pauvre gars le compagnon de Jeanne et d'Antigone... L'esclave dit toujours oui.»
Sir Charles Napier (1782 - 1853)
« Peccavi » (en latin)
« J'ai péché » (traduction)
Cette formule latine se traduit en anglais par «I have sinned», qui se prononce comme «I have Sindh» , c'est-à-dire «J'ai pris le contrôle du Sindh», une région des Indes septentrionales, aujourd'hui au Pakistan. C'est par ce seul mot qu'en avril 1843, Sir Charles Napier, commandant en chef de l'armée des Indes britanniques, informa le gouverneur Ellenborough de la conquête de la région après sa victoire d'Hyderabad sur les Balouchtes. Le magazine Punch en tira une caricature restée célèbre dans le monde anglo-saxon. Parmi les commentaires suscités par cette formule, citons : «If this was a piece of rascally, it was a noble piece of rascally !» (si c'était là une saillie inopportune, c'était tout de même une noble saillie). Un peu plus tard, il arriva que le général reçut une délégation de notables hindous qui insistaient pour maintenir leur tradition du sati (sacrifice rituel de l'épouse par crémation lors des funérailles du mari). «Vous avez votre coutume, et nous avons la nôtre,» leur dit-il. «Celle-ci consiste à pendre haut et court ceux qui se sont rendus coupables d'assassinat. Je vous propose donc de faire désormais élever un échafaud à côté de vos bûchers. Vous ferez brûler la veuve, et aussitôt après nous pendrons les coupables.» Le jeune Napier avait commencé sa carrière, sous les ordres de Sir Arthur Wellesley, duc de Wellington, en Espagne, où il avait été blessé et fait prisonnier par les Français. Il fut chargé de missions en Amérique, en Afrique et en Chine. L'homme a laissé le souvenir de courage, d'indépendance et même d'ouverture d'esprit dans une époque qui n'avait guère d'égards pour l'homme du rang, le soldat indigène et les populations colonisées.
Henri Lacordaire (1802 - 1861)
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »
Source : 45e conférence de Notre-Dame
Religieux dominicain, avocat de formation puis prêtre, Henri Lacordaire tente de concilier le christianisme et le libéralisme politique. Ses conférences de Notre-Dame ont un vif retentissement chez les jeunes gens de l'école romantique. Élu député de gauche à l'Assemblée constituante en 1848, Lacordaire démissionne après les émeutes ouvrières de mai et juin 1848.
François Guizot (1787 - 1874)
« Enrichissez-vous ! »
La postérité a retenu de François Guizot, ministre principal de Louis-Philippe Ier la formule ci-dessus en laquelle elle a voulu voir un éloge de l'avidité et une illustration des moeurs bourgeoises du temps de Louis-Philippe, moeurs représentées avec brio dans l'oeuvre du romancier Honoré de Balzac.
Mais est-il besoin de recommander à quiconque de s'enrichir ? À part quelques rares ascètes, tous les hommes ont cette préoccupation en tête...
Les partisans de François Guizot ont, après sa mort, prétendu qu'il aurait en réalité lancé à ses électeurs de Saint-Pierre-sur-Dives, dans le Calvados, à l'occasion d'une campagne électorale ou de comices agricoles entre 1842 et 1846, les mots suivants : « Enrichissez-vous par le travail, par l'épargne et la probité ».
Voilà qui est plus original. Cette formule traduit en creux l'attitude de la bourgeoisie du XIXe siècle vis-à-vis de la richesse. Celle-ci ne doit en aucune façon résulter de la spéculation, du vol ou de quelconques trafics (comme sous le règne des Bourbons). Elle doit être exclusivement la récompense d'un effort. En encensant le travail et l'épargne, par opposition à l'oisiveté et à la tricherie, le protestant François Guizot aurait donné raison à Max Weber. Le sociologue allemand a montré en 1920, dans un essai célèbre, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, que le capitalisme a pu naître et se développer en s'appuyant sur les vertus individuelles prônées par Luther et les protestants.
Le problème est que François Guizot n'a jamais prononcé cette formule-là. Il n'a même jamais lancé publiquement le fameux « Enrichissez-vous ! ». Son biographe Gabriel de Broglie n'en a retrouvé aucune trace dans les archives.
Les deux mots célèbres seraient en fait extraits d'une déclamation devant la Chambre des députés, le 1er mars 1843, lors d'un débat sur les fonds secrets : « Messieurs, il ne faut pas faire d'anachronisme ; ce qu'il y a de plus dangereux en fait de gouvernement, ce sont les anachronismes. Il y a eu un temps, temps glorieux parmi nous, où la conquête des droits sociaux et politiques a été la grande affaire de la nation... Cette affaire-là est faite, la conquête est accomplie, passons à d'autres. Vous voulez avancer à votre tour, vous voulez faire des choses que n'aient pas faites vos pères. Vous avez raison ; ne poursuivez donc plus, pour le moment, la conquête des droits politiques ; vous la tenez d'eux, c'est leur héritage. À présent, usez de ces droits ; fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, éclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France : voilà les vraies innovations » (Gabriel de Broglie, Guizot, page 334, Perrin, 2003).
Hector Berlioz (1803 - 1869)
« La France, au point de vue musical, n'est qu'un pays de crétins et de gredins ; il faudrait être diablement chauvin pour ne pas le reconnaître »
Source : lettre à Joseph d'Ortigue, 15 mars 1848
Cette citation témoigne avec cruauté du peu d'estime que le célèbre compositeur avait du sens musical de ses compatriotes (cité par Philippe Walter, L'Histoire, N°281, novembre 2003, page 22).
Tertullien (vers 160 - vers 230)
« De jour en jour, le monde devient mieux cultivé et plus riche... Partout des maisons, partout des populations, partout des communes, partout la vie. Quel meilleur témoignage de l'accroissement du genre humain ?
Nous sommes à charge du monde. Les éléments nous suffisent à peine, les nécessités deviennent plus puissantes. De toutes les bouches sort la même plainte : la nature va nous manquer »
Source : Apologétique
La citation ci-dessus est empruntée à un grand théologien chrétien, né à Carthage aux beaux temps de l'empire romain, sous le règne de Marc-Aurèle. Mais elle pourrait aussi bien venir d'un écologiste contemporain !...
Tertullien, converti au christianisme vers 193, est avant tout un grand théologien. L'Église lui doit la notion de Trinité (Dieu : trois personnes en une seule). Tertullien est aussi à l'origine d'une forte formule : «On ne naît pas chrétien, on le devient».
Alexis de Tocqueville (1805 - 1859)
« Les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les conditions ne soient pas égales; mais il dépend d'elles que l'égalité les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la barbarie, à la prospérité ou aux misères »
Cette citation est empruntée à l'oeuvre magistrale d'Alexis de Tocqueville : De la démocratie en Amérique. Elle témoigne de l'acuité politique de celui que certains s'autorisent à considérer comme le plus grand penseur politique français.
Prophète de la démocratie comme du totalitarisme, Tocqueville a aussi entrevu en janvier 1848 la montée des revendications sociales et ouvrières. « Regardez ce qui se passe au sein de ces classes ouvrières, qui, aujourd'hui, je le reconnais, sont tranquilles... ; mais ne voyez-vous pas que leurs passions, de politiques, sont devenues sociales ? » lance-t-il à ses collègues députés en janvier 1848 quelques mois avant les émeutes ouvrières qui discréditeront la IIe République.
Sa lecture est toujours d'actualité (et d'un abord agréable), qu'il s'agisse de De la démocratie en Amérique, de L'Ancien Régime et la Révolution ou de ses Souvenirs.
« Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques »
Source : De la démocratie en Amérique II, I, v
Dans son analyse de la démocratie et des périls qui la menacent, l'historien et sociologue Alexis de Tocqueville accorde une grande place à l'excès d'individualisme comme à l'incrédulité religieuse. À défaut de citer en entier son chef-d'oeuvre De la démocratie en Amérique, relevons l'observation ci-après, dans le tome II, paru en 1840 ; elle fait écho à des interrogations très actuelles : « Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles, des théories scientifiques. L'Évangile ne parle, au contraire, que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n'enseigne rien et n'oblige à rien croire. Cela seul, entre mille autres raisons, suffit pour montrer que la première de ces deux religions ne saurait dominer longtemps dans des temps de lumières et de démocratie, tandis que la seconde est destinée à régner dans ces siècles comme dans tous les autres ».
Victor Hugo (1802 - 1885)
« Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne ! »
Victor Hugo,
génie universel aux multiples talents, reflète mieux que quiconque l'évolution de la bourgeoisie française au XIXe siècle.
Jeune royaliste, il publie un essai, Le dernier jour d'un condamné (1829) en faveur de l'abolition de la peine de mort qu'un ministre, François Guizot,
échoue de peu à faire voter. Sous le règne du « roi-bourgeois » Louis-Philippe Ier, le chef de l'école romantique se
mue en notable et pair de France. Il devient républicain sous la IIe République (1848) et en appelle à la création des États-Unis d'Europe quand
le continent entre en ébullition. C'est ainsi qu'il prononce les fières paroles ci-dessus dans son discours d'ouverture au Congrès de la paix,
à Paris, le 21 août 1849. Il renouvelle ses exhortations dans un discours prononcée à Anvers le 1er août 1852 :
« Amis, la persécution et la douleur c'est aujourd'hui ; les États-Unis d'Europe, les Peuples-Frères c'est demain »...
Et il écrit dans une préface au Paris guide publié pour l'Exposition universelle de 1867 : « Au vingtième siècle,
il y aura une nation extraordinaire... Elle sera illustre, riche, puissante, pacifique, cordiale au reste de l'humanité. Elle aura la gravité douce d'une amie...
elle aura quelque peine à faire la différence entre un général d'armée et un boucher... Elle s'appellera l'Europe et aux siècles suivants,
plus transfigurée encore, l'Humanité ». Visionnaire, Hugo ?...
« Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là »
Source : Les Châtiments
Après l'échec de la IIe République et le coup d'État du prince Louis-Napoléon Bonaparte, en 1851, Victor Hugo s'exile volontairement à Bruxelles puis dans les îles anglo-normandes. Il s'affiche alors en opposant irréductible et publie un recueil poétique au titre virulent : Les Châtiments. Le dernier vers du poème Ultima verba est on ne peut plus explicite : «Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là». Pour rabaisser l'empereur, le poète ne craint pas de sublimer dans La Légende des Siècles (1859) le souvenir de son oncle, Napoléon 1er, fossoyeur de la Révolution et conquérant insatiable. Il se montre néanmoins en harmonie avec l'esprit social du Second Empire en publiant Les Misérables (1862), l'une des plus belles fresques romanesques qui soient. Quand la défaite de Sedan ouvre la voie à la IIIe République (1870), le vieux poète devient le chantre de celle-ci.
« Dans notre législation, la femme ne possède pas, elle n'este pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n'est pas. Il y a des citoyens, il n'y a pas de citoyennes. C'est là un état violent, il faut qu'il cesse »
Ces lignes témoignent comme beaucoup d'autres de l'extraordinaire capacité de Victor Hugoà exprimer et parfois anticiper les aspirations les plus élevées de son temps. Elles sont extraites d'une lettre adressée à une association féministe, par laquelle le poète s'excuse de ne pouvoir répondre à une invitation à leur assemblée générale.
« Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la »
Dès 1849, au Congrès de la Paix, Victor Hugo engage les Européens à « apporter la civilisation » au reste du monde (note). Il renouvelle son exhortation trente ans plus tard en plaidant pour la colonisation de l'Afrique, à l'unisson de la gauche républicaine.
C'est ainsi que le 18 mai 1879, il préside un banquet de 120 personnes pour commémorer l'abolition de l'esclavage. À sa droite se tiennent Victor Schoelcher, rédacteur du décret d'abolition de 1848, et Emmanuel Arago, fils du savant qui l'a signé en qualité de ministre de la Marine. À sa gauche Adolphe Crémieux et Jules Simon.
Le vieux poète conclut son discours par ces mots :
« Refaire une Afrique nouvelle, rendre l'Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra.
Allez, Peuples ! emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui ? à personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité.
Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette terre, dégagée des prêtres et des princes, l'Esprit divin s'affirme par la paix et l'Esprit humain par la liberté » (le discours a été reproduit dans son intégralité dans le journal Le Rappel du 20 mai 1879).
Napoléon III (1808 - 1873)
« L'empire, c'est la paix »
Fils de Louis Bonaparte, frère de Napoléon 1er, et de Hortense de Bauharnais, Louis-Napoléon Bonaparte a grandi en Thurgovie (Suisse orientale) et tenté un pronunciamento à Strasbourg le 30 octobre 1836 en vue de restaurer l'Empire de son oncle. Arrêté, il est interné au fort de Ham, en Picardie, d'où il réussit à s'évader.
Il est élu le 10 décembre 1848 premier président de la République française. Empêché par la Constitution de la IIe République de se représenter, il commet le 2 décembre 1851 un coup d'État qui lui donne tous les pouvoirs pour dix ans.
Il ne lui reste plus qu'à préparer l'opinion à une restauration de l'Empire. C'est ce qu'il fait au cours de plusieurs tournées en province... Mais les chancelleries, qui ont accueilli avec faveur le coup d'État, craignent que le Prince-Président, en prenant le titre d'empereur, n'ait la tentation de renouer avec la politique de conquêtes de son oncle.
En vue de rassurer chacun, Louis-Napoléon déclare lors d'un voyage à Bordeaux, à la chambre de commerce, le 9 octobre 1852 : «Certaines personnes disent : L'empire, c'est la guerre. Moi, je dis : L'empire, c'est la paix. Des conquêtes, oui : les conquêtes de la conciliation, de la religion et de la morale».
Après bien des hésitations, Louis-Napoléon instaure officiellement l'Empire le 2 décembre 1852 et prend pour nom de règne Napoléon III. Il sera détrôné pour une guerre de trop...
Aristide Boucicaut (1810 - 1877)
« Chez Boucicaut, on livre à domicile aussi loin qu'un cheval peut aller dans Paris »
Aristide Boucicaut était le fils d'un chapelier de l'Orne. Il commença à vendre des laines et cretonnes puis se rendit à Paris où il fut commis «Au Petit Saint Thomas». Il fit connaissance d'une jeune crémière du nom de Marguerite Guérin qu'il épousa et associa dès lors à toutes ses affaires.
Reprenant une petite enseigne de la rue du Bac, «Le Bon Marché», il la développa en appliquant des idées révolutionnaires (produits en exposition, prix affichés et non négociés, etc). Ce fut le premier des Grands Magasins parisiens, témoignages de l'incroyable essor économique et industriel de la France sous le Second Empire.
Boucicaut posa en 1869 la première pierre d'une «cathédrale du commerce pour un peuple de clients» selon le mot d'Émile Zola. Dans Au bonheur des dames, le romancier met en scène ce théâtre de la consommation, en contrepoint à la vie obscure des serveuses et modistes du temps.
Boucicaut fut aussi le promoteur d'idées et de réalisations sociales très en avance sur son temps. Son personnel l'avait d'ailleurs surnommé «Le Juste». Il est le fondateur d'un hôpital parisien qui porte son nom (aujourd'hui fermé).
Pierre Joseph Proudhon (1809 - 1865)
« La propriété, c'est le vol ! »
Cet aphorisme est tiré d'un mémoire de Pierre Joseph Proudhon : Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit et du gouvernement (1840). En première page de cette publication, la première d'une longue série, le philosophe écrit : «Si j'avais à répondre à la question suivante : Qu'est-ce que l'esclavage ? et que d'un seul mot je répondisse : c'est l'assassinat, ma pensée serait d'abord comprise (...). Pourquoi donc à cette autre demande : Qu'est-ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : c'est le vol ! sans avoir la certitude de n'être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la première transformée ?».
« Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science, ni la vertu »
On peut lire dans Idée générale de la révolution au XIXe siècle (1848), un ouvrage du théoricien socialiste et révolutionnaire Pierre Joseph Proudhon : «Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est sous prétexte d'utilité publique et au nom de l'intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !» Après l'avènement de la IIe République française en février 1848, la Proudhon est élu député. Mais la rue se soulève en juin contre le gouvernement et celui-ci riposte avec brutalité. A la tribune de l'Assemblée, Proudhon prend la défense des révoltés, ce qui lui vaut un blâme. En décembre 1848, le prince Louis-Napoléon Bonaparte étant élu président de la République, Proudhon s'élève contre lui. Il paie son opposition par la prison et de l'exil en Belgique.
Karl Marx (1818 - 1883)
« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Cette formule figure en exergue du Manifeste du parti communiste, un opuscule publié en 1848 par le philosophe Karl Marx et son riche ami Friedrich Engels.
Karl Marx a consacré le reste de sa vie à développer la thèse présentée dans ledit Manifeste. Selon cette thèse, l'Histoire serait jusqu'à ce jour fondée sur la lutte des classes : esclaves contre maîtres, serfs contre seigneurs, ouvriers contre patrons; heureusement, les ouvriers doivent mettre un terme à cette fatalité grâce à leur révolte sous l'égide des communistes.
Marx a publié peu avant sa mort son œuvre majeure en trois épais volumes, Das Kapital. Cette œuvre touffue a été autant commentée que peu lue. C'est ainsi que Louis Althusser, auteur de Lire le Capital, affirme dans son autobiographie posthume (L'Avenir dure longtemps, 1992) n'en avoir lu que le Livre I... mais sans doute s'agit-il d'une provocation !
« Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, la cupidité (Eigennutz). Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son dieu ? L'argent »
Adepte du scientisme athée, en vogue à son époque, Karl Marx a participé à la diffusion de l'antisémitisme moderne dans sa version de gauche (*), en dénonçant dans la bourgeoisie juive le fer de lance du «cosmopolitisme». Ce petit-fils de rabbin a ainsi publié en 1843 un opuscule assez méconnu (et pour cause), la Question juive, où l'on peut lire les lignes ci-dessus.
Maréchal de Mac-Mahon (1808 - 1893)
« J'y suis, j'y reste ! »
Le général Maurice de Mac-Mahon s'était acquis la gloire pendant la guerre de Crimée, en emportant après un combat acharné la tour Malakoff, qui défendait la citadelle de Sébastopol. Le général Pélissier, commmandant du corps expéditionnaire français, ayant appris que la position était minée, lui avait enjoint à cinq reprises de renoncer mais le général n'avait pas craint de lui désobéir et avait remporté la mise.
Plus tard, ayant gagné son bâton de maréchal, Mac-Mahon fut fait prisonnier avec son armée et son empereur à Sedan. Après la chute du Second Empire, il fut désigné le 24 mars 1873 par l'Assemblée nationale pour succéder à Adolphe Thiers comme président de la République. En novembre 1873, lors d'un débat à l'Assemblée en vue de prolonger son mandat, un député rappela l'épisode de Malakoff en ces termes : « Faites aujourd'hui pour la France ce que Mac-Mahon, il y a seize ans, fit pour l'armée. C'était à Malakoff ; le premier, il entre dans la citadelle, elle est minée, elle va l'ensevelir sous ses ruines, n'importe ! Il se jette sur le télégraphe et il écrit à son chef cette parole sublime dans sa simplicité : J'y suis, j'y reste ! » Ainsi naît une (belle) légende.
Légitimiste, royaliste et conservateur, le président Mac-Mahon était aussi d'une insondable naiveté. On cite volontiers son exclamation devant une inondation dans la vallée de la Garonne :
Émile Ollivier (1825 - 1913)
« Nous l'acceptons le cœur léger... »
Fils d'un député marseillais de la Seconde République, Émile Ollivier est lui-même élu au Corps législatif en 1857, sous le Second Empire, dans le « groupe des Cinq », qui désigne les députés républicains de l'assemblée.
Émile Ollivier est le rapporteur de la loi qui abolit le délit de coalition et instaure le droit de grève (25 mai 1864). Il se rallie peu après au principe d'un empire parlementaire et devient le chef du « tiers parti ». Cela lui vaut d'être appelé à la tête du gouvernement par Napoléon III le 2 janvier 1870.
Six mois plus tard, il peut affirmer avec sérénité à la tribune de l'assemblée : « À aucune époque, le maintien de la paix n'a été plus assuré qu'aujourd'hui ! De quelque côté que l'on tourne les yeux, on ne découvre aucune question qui puisse révéler le danger » Malheureuse prédiction.
Une dépêche d'Ems habilement caviardée par Bismarck met le feu aux poudres. Le 15 juillet 1870, obligé de justifier devant les députés la prochaine déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, Émile Ollivier s'embrouille : « Oui, de ce jour commence pour les ministres, mes collègues, et pour moi, une grande responsabilité... Nous l'acceptons le cœur léger... » Sous les huées, l'orateur tente de se reprendre : « Oui, d'un cœur léger... Je veux dire d'un cœur que le remords n'alourdit pas, d'un cœur confiant... » Mais rien n'y fait et le mot désormais lui collera à la peau. Obligé de démissionner le 9 août 1870 suite aux premiers échecs militaires, il ne reviendra plus à la politique.
Henri Rochefort (1830 - 1913)
« La France contient, dit l'Almanach impérial, trente-six millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement »
Ce trait d'humour a été publié le 30 mai 1868 dans le premier numéro de La Lanterne, un hebdomadaire d'opposition fondé par le journaliste et pamphlétaire Henri Rochefort, de son vrai nom Victor Henri de Rochefort-Luçay.
Rejeton d'une famille de marquis ruinée par la Révolution, il fait ses débuts au Figaro, un hebdomadaire puis quotidien fondé en 1854 par Jean Hippolyte Cartier de Villemessant. Il en est exclu en raison de la violence de ses articles à l'égard du gouvernement impérial de Napoléon III.
Profitant de la libéralisation du régime et de la loi de la presse de 1868 qui supprime l'autorisation préalable de paraître, il fonde donc La Lanterne. Le premier numéro est un succès. Il est tiré à 50 000 exemplaires.
Otto von Bismarck (1815 - 1898)
« Ich habe Langweile. Die grossen Sachen sind fertig. Das Deutsche Reich ist gebildet » (en allemand)
« J'en ai assez. Les grandes affaires sont terminées. L'Empire allemand est désormais sur pied » (traduction)
Sitôt nommé chancelier (ministre-président du gouvernement prussien), le comte Otto von Bismarck n'a d'autre ambition que d'achever l'unité de l'Allemagne autour de la Prusse. En 1866, il engage un conflit avec l'Autriche en vue de mettre celle-ci hors jeu. La guerre se termine par la victoire spectaculaire de la Prusse à Sadowa et permet à Bismarck de constituer aussitôt une Confédération de l'Allemagne du Nord, bien évidemment sans l'Autriche.
En 1870, c'est l'affrontement avec l'Empire français qui se solde aussi par une écrasante victoire et la proclamation, le 18 janvier 1871, de l'Empire Allemand (le IIe Reich) dans la Galerie des glaces du château de Versailles.
Bismarck, surnommé le «Chancelier de Fer», peut savourer son triomphe lors de sa signature du traité de Francfort avec la France et c'est à cette occasion qu'il prononce les mots en tête de cet article.
Néanmoins, il n'en reste pas là et va mener une politique audacieuse à l'intérieur (premier système national de sécurité sociale, séparation de l'église et de l'état, soutien à l'industrie lourde et au commerce) et conservatrice à l'extérieur (alliances successives avec l'Autriche, la Russie, l'Italie).
Mais le nouvel empereur Guillaume II le renvoie en 1888 sur ses terres méditer sur l'ingratitude des souverains...
De sa région natale, il disait vers 1880 avec humour : «Si la fin du monde devait s'annoncer, il y aurait grand intérêt à se réfugier en Poméranie antérieure, car tout y arrive avec cinquante ans de retard !» Mais le Prussien cultivait aussi de solides préjugés à l'égard de ses compatriotes méridionaux : «Les Bavarois sont l'intermédiaire entre l'Autrichien et l'homme», lui est-il arrivé de dire.
« Macht geht über Recht » (en allemand)
« La force prime le droit » (traduction)
Otto Edouard Léopold, comte puis prince de Bismarck-Schönhausen, duc de Lauenbourg, est issu d'une famille de junkers, la classe des hobereaux prussiens conservateurs, militaristes et dévoués à leur souverain. Il se destine à vivre de ses modestes rentes sur la terre familiale lorsque son élection au Parlement ou Landtag de Prusse, dans les années 1840 le fait remarquer pour son attitude inflexible vis-à-vis des idées dites «révolutionnaires».
Nommé ambassadeur à la Diète fédérale de Francfort de 1852 à 1858, puis ambassadeur à Saint-Pétersbourg et enfin à Paris, il est appelé à Berlin le 23 septembre 1862 par le roi Guillaume 1er qui le nomme ministre-président, autrement dit Premier ministre. Il va dès lors exercer son autorité sans mélange sur la politique prussienne puis allemande.
Avec une froide détermination, Bismarck brave l'opposition libérale de l'assemblée législative du Landtag. Le budget et les crédits militaires, régulièrement rejetés par les députés, sont rétablis par ordonnance royale.
Bismarck justifie sa fermeté en expliquant que la Constitution ayant partagé le pouvoir législatif entre le roi et les Chambres et ne prévoyant aucune solution en cas de désaccord, on devait d'abord chercher un compromis. Mais, «si le compromis est rendu inutile parce qu'un des pouvoirs veut imposer ses solutions avec un absolutisme doctrinaire, alors... au lieu de compromis arrivent les conflits qui deviennent des questions de force. Celui qui a la force en main va de l'avant dans son sens» Cette déclaration est aussitôt condensée par un député dans la célèbre formule ci-dessus (*).
Louis Trochu (1815 - 1896)
« Trochu, participe passé du verbe trop choir »
Ce mot de potache est de Victor Hugo. Le poète fait allusion aux échecs à répétition du général Trochu, président du gouvernement de la défense nationale et gouverneur militaire de Paris, pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et le siège de la capitale. Le 5 janvier 1871, le général publiait un ordre du jour présomptueux : «Le gouverneur de Paris ne capitulera pas » Mais une ultime tentative de percer les lignes prussiennes à Buzenval allait échouer lamentablement le 20 janvier et entraîner sa mise à l'écart. Une semaine plus tard était signé l'armistice.
Henry Morton Stanley (1841 - 1904)
« Dr. Livingstone, I presume ? » (en )
« Vous êtes sans doute le Dr Livingstone ? » (traduction)
Apostrophe laconique de Henry Morton Stanley à l'adresse de David Livinstone, le 10 novembre 1871, à Ujiji, un petit village de la rive orientale du lac Tanganyika. Le missionnaire David Livingstone (1813-1873), qui explorait l'Afrique orientale, n'avait pas rencontré d'Européen depuis plus de cinq ans et passait pour disparu... quand il fut retrouvé par Stanley, de son vrai nom John Rowlands.
Henri, comte de Chambord (1820 - 1883)
« Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV »
Petit-fils du roi Charles X et héritier légitime de la dynastie des Bourbons, le comte de Chambord est pressenti en 1871, après la chute de Napoléon III, par le parti légitimiste, majoritaire dans les campagnes françaises, pour monter sur le trône et restaurer la monarchie. Mais cet homme grandi dans les aigreurs de l'exil, imbu de son rang et ignorant des réalités nationales, exprime son refus d'accéder au trône si la France ne veut pas de son côté adopter le drapeau blanc en remplacement du drapeau tricolore bleu-blanc-rouge. Le 6 juillet 1871, il publie un manifeste catégorique : «Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François 1er et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale... Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe... Français ! Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV». Ses exigences ruinent les espoirs des légitimistes en une prochaine restauration de la monarchie.
Nicolas Ier Romanov (1796 - 1855)
« La Turquie est l'homme malade de l'Europe »
Tout à son rêve de chasser les Turcs de Constantinople, le tsar Nicolas Ier propose à la Grande-Bretagne un partage qui mettrait sous l’égide de l’empire russe les principautés roumaines, la Serbie, la Bulgarie et les Détroits, l’Égypte étant placée dans la sphère de l’Angleterre. Mais il veut un arrangement entre toutes les puissances occidentales avant que ne s'effondre l'empire ottoman.
« Nous avons sur les bras un homme malade, très malade, déclare-t-il à l'ambassadeur britannique Hamilton Seymour en janvier 1853, à l'occasion d'une réception à Saint-Pétersbourg. Ce serait un grand malheur s'il devait nous échapper avant que les dispositions nécessaires soient prises ».
Les chroniqueurs vont condenser le propos en une formule : « La Turquie est l'homme malade de l'Europe ». L'année suivante, en mars 1854, va éclater la guerre de Crimée et c'est en définitive la Russie qui va en payer le prix.
Victoria (1819 - 1901)
« Never complain, never explain ! » (en anglais)
« Pas de jérémiades, pas d'excuses ! » (traduction)
Paroles de la reine Victoria d'Angleterre à son fils, le Prince de Galles, alors âgé d'une dizaine d'années. Le futur Édouard VII (1841-1910) ne partageait pas le goût de ses parents pour l'austérité. Sa bonhomie et sa joie de vivre allaient plus tard illuminer les cercles parisiens de la Belle Epoque.
Heinrich Schliemann (1822 - 1890)
« Seriez-vous assez aimable pour découvrir une jeune fille aux cheveux noirs, jolie et pauvre mais assez instruite pour trouver de l'intérêt à lire Homère ? »
Lettre de l'archéologue Heinrich Schliemann, futur découvreur de Troie et Mycènes, à Mgr Theokletos Bimpos, archevêque de Mantinée et Kynouria (Attique) début 1869.
Thomas Alva Edison (1847 - 1931)
« What good is a newborn baby ? » (en anglais)
« À quoi sert un bébé ? » (traduction)
C'est la réponse qu'aurait faite le célèbre inventeur (ou peut-être Benjamin Franklin, un autre inventeur aussi célèbre) à quelqu'un qui lui demandait à quoi pouvaient servir ses travaux. Belle formule pleine d'humilité. Elle exprime la similitude entre le don de la vie et la création intellectuelle ou artistique. Dans tous les cas, le fruit de la création échappe à ses géniteurs et suit sa propre voie, généralement imprévisible.
Léon Gambetta (1838 - 1882)
« Il n'y a pas de question sociale »
Ce mot de Léon Gambetta, républicain de gauche au verbe tonitruant, a été prononcé en 1871, peu après l'écrasement sanglant de la Commune par les républicains portés au pouvoir par la défaite de Sedan. Il est vrai que la IIIe République ne s'est guère préoccupée des questions sociales et de la condition ouvrière de sa naissance, en 1871, à l'avènement du Front Populaire, en 1936.
« Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C'est par l'expansion, par le rayonnement dans la vie du dehors, par la place qu'on prend dans la vie générale de l'humanité que les nations persistent et qu'elles durent ; si cette vie s'arrêtait, c'en serait fait de la France »
Républicain de gauche et laïc, Léon Gambetta a été aussi l'un des pionniers des conquêtes coloniales ainsi que l'atteste ce discours prononcé à Angers le 7 avril 1872 (*).
« Et je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant du cléricalisme ce qu'en disait un jour mon ami Peyrat : Le cléricalisme ? voilà l'ennemi ! »
Cette formule, qui fait référence à un discours d'Alphonse Peyrat (1863), a été prononcée par Léon Gambetta, député du Bas-Rhin, à la Chambre des députés le 4 mai 1877. Elle répond à une pression de l'épiscopat français en faveur d'une restitution de Rome au Saint-Siège (En 1870, le royaume d'Italie s'était emparé de la Ville éternelle et en avait fait sa capitale). De sa naissance, en 1870, à 1905 (loi de séparation des Églises et de l'État) et au-delà, la IIIe République n'a pas eu de plus grande obsession que de réduire l'autorité spirituelle du clergé catholique.
« Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre »
Cette invite comminatoire a été adressée publiquement à Lille par Léon Gambetta au président de la République, le maréchal Marie de Mac-Mahon, au terme de la crise institutionnelle ouverte le 16 mai 1877. Ce jour-là, le président avait renvoyé le président du Conseil, Jules Simon, puis il avait dissous la Chambre des députés. La nouvelle majorité législative ayant récusé le ministère choisi par le président de la République, celui-ci n'avait eu d'autre choix que de s'incliner en décembre 1877 puis de démissionner le 30 janvier 1879. Après lui, aucun président de la IIIe République n'osa plus dissoudre la Chambre des députés.
Ernest Renan (1823 - 1892)
« Je suis le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine »
Ernest Renan, issu d'une famille traditionnelle de Bretagne, perd la foi en suivant les cours du séminaire de Saint-Sulpice, à Paris. Poursuivant des études de philosophie et de lettres, il élabore un système de pensée positiviste qu'il expose dans L'avenir de la science (1848) et dans son Histoire générale et système comparé des langues sémitiques (1855). C'est de ce dernier ouvrage qu'est extraite la citation ci-dessus.
Elle témoigne de la personnalité complexe et ambigüe du philosophe, ainsi que le souligne l'historien Pierre Birnbaum, rappelant que « Renan a donc été adepte des théories raciales avant de devenir la gloire de la République. La tradition républicaine a préféré oublier cet aspect de son oeuvre tandis que la droite nationaliste, fermant pudiquement les yeux devant le Renan rationaliste, se réclame du seul Renan raciste et s'en souvient encore explicitement à l'époque de Barrès comme durant Vichy. » (La France imaginée, page 144, Gallimard Folio/Histoire, 2003).
« L'oubli, et je dirai même l'erreur historique sont un facteur essentiel de la création d'une nation, et c'est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger... »
Source : conférence prononcée le 11 mars 1882 à la Sorbonne, à Paris
Affecté par la défaite de 1870, Ernest Renan se rallie en 1877 à la IIIe République dont il devient avec Victor Hugo l'une des gloires tutélaires. Il se fait le chantre d'une France idéale et quelque peu irréelle, débarrassée de ses doutes et de ses conflits.
Il dénonce la vision qui a cours en Allemagne d'une nation fondée sur les liens du sang et de la langue. Lui-même présente la nation comme un «plébiscite de tous les jours» fondé sur le «culte des ancêtres», «la possession en commun d'un riche legs de souvenirs» et «la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis». Les Français de son époque pouvaient se reconnaître dans cette définition.
Encensé par la gauche républicaine et laïque, Renan participe par son oeuvre intellectuelle à la poussée nationaliste qui a conduit l'Europe à la tragédie de la Grande Guerre de 1914-1918. Ernest Renan publie sur la fin de sa vie des réflexions sur sa jeunesse (Souvenirs d'enfance et de jeunesse, 1883).
Sa personnalité originale combine une sensibilité de poète avec une rigueur de positiviste et un humour de philosophe.
Jules Ferry (1832 - 1893)
« Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures »
Au début des années 1880, comme président du Conseil, Jules Ferry se fait le promoteur de l'expansion coloniale de la France... Le 28 juillet 1885, redevenu simple député, il défend dans les termes ci-dessus à la Chambre une demande de crédit du gouvernement pour une expédition à Madagascar.
Son discours, qui nous paraît aujourd'hui surprenant, est représentatif de la pensée progressiste de l'époque. Il n'y a guère pour le contredire que les droites libérale, royaliste et nationaliste ainsi que quelques électrons libres comme le chef du parti radical (extrême-gauche) Georges Clemenceau, qui réplique avec brio le 31 juillet 1885 au discours ci-dessus (note).
Joseph Chamberlain (1836 - 1914)
« Je crois que la race britannique est la plus grande des races impériales que le monde ait connues »
Joseph Chamberlain, ministre des colonies du Royaume-Uni, déclare devant les Communes, en 1895 : «En premier lieu je crois en l'Empire britannique, et en second lieu je crois en la race britannique. Je crois que la race britannique est la plus grande des races impériales que le monde ait connues. Je dis cela non comme une vaine vantardise, mais comme une chose prouvée à l'évidence par les succès que nous avons remporté en administrant les vastes possessions reliées à ces petites îles, et je crois donc qu'il n'existe pas de limite à son avenir». A cette époque-là, il est vrai, tout sourie à la reine Victoria et aux responsables de l'Empire britannique. Celui-ci pèse dans le monde autant que les États-Unis aujourd'hui, d'un point de vue économique, politique et également démographique (environ 1 homme sur 20 est alors britannique, de même qu'aujourd'hui, 1 homme sur 20 est américain). Pourtant, déjà à l'horizon pointent les orages du XXe siècle : soulèvement des Boers d'Afrique du sud, concurrence militaire et économique de l'Allemagne... Le déclin est proche.
Jean-Baptiste Marchand (1863 - 1934)
« En matière militaire, la supériorité ne se démontre que par la bataille ! »
Cette martiale lapalissade aurait été adressée par le chef de bataillon Jean-Baptiste Marchand au général-lord Kitchener le 19 septembre 1898, sur les bords du Nil, à Fachoda. La petite troupe française commandée par Marchand avait eu la désagréable surprise d'être rejointe la veille en ce lieu reculé du Soudan par l'armée anglo-égyptienne. Après quelques semaines de flottement et la menace d'une guerre entre l'Angleterre et la France, l'ordre arriva de rendre le fort aux Anglo-Égyptiens. Ulcéré, Marchand, élevé au grade de commandant, dut céder la place en janvier 1897 et continuer sa route vers l'Abyssinie où le Roi des Rois lui fit un accueil impérial, pour rejoindre l'Océan Indien...
Pierre de Coubertin (1863 - 1937)
« L'essentiel n'est pas de gagner mais de participer »
Cette fameuse phrase a été formulée par l'évêque de Pennsylvanie, à l'ouverture des Jeux Olympiques de Londres en 1908 : « L'important dans ces olympiades, c'est moins d'y gagner que d'y prendre part ».
Le baron Pierre de Coubertin, qui avait fondé en 1894 les Jeux Olympiques modernes, commenta peu après cette formule, au cours d'un dîner de gala et, pour cette raison, elle lui est couramment attribuée. Le baron a lui-même écrit dès 1892 : « La première caractéristique essentielle de l'Olympisme, c'est d'être une religion. En ciselant son corps par l'exercice comme le fait le sculpteur d'une statue, l'athlète moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau ». Pierre de Coubertin a consacré toute sa vie aux Jeux Olympiques. Il a lui-même conçu dans les années 1920 le drapeau officiel de l'olympisme avec cinq anneaux entrelacés représentant les continents et dont les couleurs correspondent à toutes les couleurs qui figurent sur les drapeaux nationaux.
Rudyard Kipling (1865 - 1936)
« Take up the White Man's burden » (en anglais)
« Assumez le fardeau de l'homme blanc » (traduction)
Voici le plus célèbre poème de l'écrivain Rudyard Kipling (prix Nobel 1907) ; il est paru en février 1899, dans McLure's Magazine, à un moment critique où l'expansion coloniale de l'Occident touchait à sa fin :
« Take up the White Man's burden
The savage wars of peace
Fill full the mouth of Famine,
And bid the sickness cease »
« Assumez le fardeau de l'homme blanc
Les sauvages guerres de la paix
Nourrissez la bouche de la famine
Et faites que cesse la misère » (traduction française)
La pensée de l'écrivain traduit l'esprit de son temps, tel qu'il s'exprimait dans l'action de Jules Ferry ou de Joseph Chamberlain. Indéniablement raciste, elle n'est pas dépourvue de générosité, tant s'en faut, et le poème ci-dessus pourrait parfaitement être repris par les militants tiers-mondistes d'aujourd'hui, les médecins sans frontières, les organisations non-gouvernementales... Il n'y aurait besoin que de changer le mot « blanc » par « riche » ou « développé ».
« If any question why we died, Tell them, because our fathers lied » (en anglais)
« Si on vous demande pourquoi nous sommes morts, dites-leur que c'est parce que nos pères ont menti » (traduction)
Né à Bombay (Inde) le 30 décembre 1865, Joseph Rudyard Kipling acquiert la célébrité avec des romans destinés à la jeunesse : The Jungle Book (Le livre de la Jungle, 1895) et Captains Courageous (Capitaines courageux, 1897).
Poète agnostique, Kipling est représentatif d'une époque qui se détourne de Dieu et place ses espoirs dans le progrès scientifique et le retour à la Nature.
C'est ainsi qu'il exalte le surhomme dans son plus célèbre poème : If - (Si, 1910). Ce poème s'achève par le vers : you'll be a Man, my son ! (Tu seras un Homme, mon fils !). Cette philosophie orgueilleuse trouve un tragique aboutissement dans la Grande Guerre (1914-1918).
Le fils aîné de Kipling, John, s'engage volontairement bien que myope pour ne pas décevoir son illustre père. Il est tué dès le premier assaut. C'est en songeant à lui que le poète, amer, écrit la citation ci-dessus, extraite de Common Form (1919).
Émile Zola (1840 - 1902)
« Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude pour le XXe siècle qui va venir »
Cette triste prémonition a été formulée par Émile Zola au temps de l'Affaire Dreyfus.
« J'accuse »
Ce titre du journal L'Aurore du 13 janvier 1898 a relancé l'Affaire Dreyfus, provoquée par l'injuste condamnation en 1895 d'un officier de confession israélite, sous l'accusation d'espionnage. L'auteur de l'article, le romancier Émile Zola, passe en justice sous l'accusation de diffamation et s'exile en Angleterre pour échapper à la prison. Dans l'épreuve, sa popularité monte au zénith et il reçoit le soutien de nombreux dreyfusards, écrivains, artistes, hommes politiques (Georges Clemenceau,...). Leur combat marque l'entrée des «intellectuels» en politique. C'est le début d'une tradition d'engagement qui marquera le XXe siècle et ne sera pas exempte de faux-pas éthiques (approbation des procès staliniens dans les années 1930).
William Randolph Hearst (1863 - 1951)
« - There is no war. Request to be recalled.
- Please remain. You furnish the pictures, I'll furnish the war » (en anglais)
« - Il n'y a pas de guerre. Je demande à être rappelé.
- Restez. Fournissez les dessins, je vous fournis la guerre » (traduction)
Fils d'un riche sénateur, le magnat de la presse William Randolph Hearst est né à San Francisco mais c'est à New York, sur la côte Est des États-Unis, qu'il bâtit sa fortune en achetant en 1895 le New York Journal et en portant son tirage de 30 000 exemplaires à 400 000 au début de 1898 grâce à des méthodes musclées.
En 1897, une rébellion se développe sur l'île voisine de Cuba, l'une des dernières colonies de l'Espagne. La presse américaine prend fait et cause pour les rebelles mais son lectorat ne manifeste guère d'intérêt pour le conflit. Les journalistes non plus d'ailleurs.
Début 1898, le dessinateur du New York Journal Frederick Remington écrit de La Havane à son patron le message ci-dessus. À quoi Hearst répond par le câble célèbre :
Georges Gapone (1870 - 1906)
« Il n'y a plus de Dieu ni de tsar ! »
Ainsi s'exclama le pope révolutionnaire lorsque l'armée tsariste mitrailla une foule pacifique de 100.000 manifestants qui désiraient remettre une requête au tsar Nicolas II dans son Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg. Ce dimanche sanglant du 22 janvier 1905 marqua le début de la première révolution russe.
René Viviani (1863 - 1925)
« Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance. Lorsqu'un misérable, fatigué du poids du jour, ployait les genoux, nous l'avons relevé, nous lui avons dit que derrière les nuages il n'y avait que des chimères. Ensemble, et d'un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières qu'on ne rallumera plus ! Voilà notre oeuvre, notre oeuvre révolutionnaire. »
Ces propos dithyrambiques ont été prononcés à la Chambre des Députés le 8 novembre 1906 par le parlementaire socialiste René Viviani.
Ils font référence à la loi de séparation des Églises et de l'État (9 décembre 1905) et à la politique anticléricale de ses amis, notamment l'ancien président du Conseil (le chef du gouvernement) Émile Combes.
René Viviani, qui se félicitait de ce qu'il croyait être la défaite définitive du sentiment religieux, ne savait pas que celui-ci allait être concurrencé par le culte de la Nation et la foi aveugle en la Révolution.
Il s'attira d'ailleurs cette réponse du député Paul Lerolle : « Ces étoiles que vous vous vantez d’avoir éteintes, êtes-vous sûr en les détruisant de ne pas augmenter le nombre des malheureux auxquels vous retirez la consolation et l’espérance ? »
Viviani lui-même, devenu président du Conseil en juin 1914, suite à la victoire des gauches aux élections législatives, allait entraîner la France dans la boucherie de la Grande Guerre.
Les révolutions qui allaient s'ensuivre (bolchévisme, nazisme, franc-maçonnerie mexicaine,...) allaient entraîner plusieurs dizaines de millions de chrétiens et de juifs dans la mort en raison de leur foi ou simplement de leur appartenance religieuse. Ces morts, qui ont fait du XXe siècle le siècle des Martyrs, sont le signe que les étoiles dont parlait René Viviani ne se sont jamais éteintes.
Charles Péguy (1873 - 1914)
« En temps de guerre, il n'y a qu'une politique et c'est la politique de la Convention Nationale. Mais il ne faut pas se dissimuler que la politique de la Convention Nationale, c'est Jaurès dans une charrette et un roulement de tambour pour couvrir cette grande voix »
Poète lyrique, catholique fervent et socialiste convaincu, défenseur d'Alfred Dreyfus, Charles Péguy fut aussi un nationaliste guerrier comme beaucoup de républicains de la Belle Epoque. Ses écrits ci-dessus, qui datent de 1913, témoignent de l'exaltation qui allait conduire l'Europe à la guerre suicidaire de 1914-1918. Le leader socialiste Jean Jaurès est assassiné pour cause de pacifisme le 31 juillet 1914 à la veille de l'entrée en guerre de la France... Charles Péguy tombe quelques semaines plus tard au champ d'honneur.
Georges Clemenceau (1841 - 1929)
« Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c'est tout un. Politique intérieure, je fais la guerre; politique extérieure, je fais toujours la guerre »
Cette formule lancée à la Chambre des députés le 8 mars 1918 par le président du Conseil Georges Clemenceau résume bien la farouche détermination du «Tigre» dans les dernières années de la Grande Guerre.
« Races supérieures ? Races inférieures, c’est bientôt dit ! Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand... »

Sir Herbert Asquith (1852 - 1928)
« We had better wait and see » (en anglais)
« Nous ferions mieux d'attendre et voir » (traduction)
Chef du parti libéral (whig) et Premier ministre du Royaume-Uni au début de la Grande Guerre, Herbert Asquith se montra d'une modération inappropriée à la conduite des opérations militaires et dut céder la place à David Lloyd George en décembre 1916. Il n'en fut pas moins anobli après la Guerre et devint lord Herbert Asquith, 1er comte d'Oxford. La célèbre expression «wait and see», représentative de la méthode Asquith, a été prononcée en 1910 dans le cadre d'un débat sur une loi de finances.
Sir Edward Grey (1862 - 1933)
« The lamps are going out all over Europe... We shall not see them lit again in our lifetime » (en anglais)
« Les lampes s'éteignent dans toute l'Europe... Nous ne les reverrons pas s'allumer de notre vivant » (traduction)
Ministre britannique des Affaires étrangères dans le gouvernement Asquith, à la veille de la première guerre mondiale, Edward Grey témoigne d'une grande lucidité face à la montée des menaces sur le continent. Après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, il s'efforce de calmer le jeu, ce qui donne à l'empereur d'Allemagne l'impression que le Royaume-Uni n'est pas disposé à le combattre et l'encourage dans ses menées bellicistes.
Bethmann-Hollweg (1856 - 1921)
« Fetzen Papier » (en allemand)
« Chiffon de papier » (traduction)
Ainsi Theobald von Bethmann-Hollweg, chancelier allemand, qualifia-t-il en 1914 le traité garantissant la neutralité de la Belgique. Cette neutralité avait été garantie par la Prusse lors du protocole de Londres du 20 janvier 1831, confirmé par le traité de Londres de 1839. Or, l'Allemagne, héritière de la Prusse, l'avait violée en envahissant le territoire belge le 3 août 1914. Dès le lendemain, à Berlin, l'ambassadeur britannique fait part au chancelier de l'entrée en guerre de son pays suite à cette violation du traité. Bethmann-Hollweg accuse le coup. Il avait incité l'empereur allemand à déclarer la guerre à la Russie et à la France, les 1er et 3 août, car il était convaincu que l'Angleterre resterait quoi qu'il advienne à l'écart d'un conflit continental. Le chancelier répond à l'ambassadeur non sans dépit : «A cause d'un mot seulement : neutralité, chose qui a été si souvent violée pendant des guerres, et pour un chiffon de papier, l'Angleterre va combattre contre une nation qui est sa parente, et qui ne lui demande rien d'autre que de l'amitié !»
Raymond Poincaré (1860 - 1934)
« La mobilisation n'est pas la guerre ! »
Déclaration aventurée de Raymond Poincaré (54 ans) lors de la mobilisation générale décrétée le 1er août 1914 par solidarité avec l'Empire russe.
Tandis que, dans tout le pays, le tocsin prévient la population de cette mobilisation, le Président de la République française, élu l'année précédente, déclare dans un Appel à la nation française : «La mobilisation n'est pas la guerre. Dans les circonstances présentes, elle apparaît, au contraire, comme le meilleur moyen d'assurer la paix dans l'honneur»!
Le 4 août 1914, alors que la guerre est devenue effective, le président adresse aux parlementaires un message avec ces mots : «Dans la guerre qui s'engage, la France (...) sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l'ennemi l'Union sacrée...» L'Union sacrée ! L'expression va faire florès.
Une fois les hostilités engagées, le président échoue par son manque de charisme et sa raideur à stimuler les énergies. Il renonce à visiter le front et, à l'heure de vérité, en 1917, se résout à appeler son vieil adversaire politique, Georges Clemenceau, à la tête du gouvernement (la présidence du Conseil).
En octobre 1918, il s'oppose à lui en plaidant pour la poursuite des combats jusqu'à l'effondrement complet des troupes allemandes. Dans une lettre à Clemenceau, qui préfère un armistice immédiat, il lui demande de ne pas laisser «couper le jarret à nos troupes». Clemenceau met sa démission dans la balance et l'oblige à retirer sa lettre.
Charles E. Stanton (1859 - 1933)
« La Fayette, we're here ! » (en anglais)
« La Fayette, nous voici ! » (traduction)
Après beaucoup d'hésitations, les États-Unis ont déclaré la guerre à l'Allemagne le 6 avril 1917, se rangeant aux côtés des Alliés dans la Grande Guerre inaugurée trois ans plus tôt. Des volontaires américains n'ont pas attendu la déclaration de guerre de leur gouvernement pour s'engager comme volontaires aux côtés des Alliés français et anglais. C'est ainsi qu'en 1915, 7 pilotes ont constitué une escadrille baptisée... La Fayette en souvenir du jeune héros français qui s'engagea aux côtés des Insurgents dans la guerre d'Indépendance des futurs États-Unis. En souvenir du héros des deux Mondes, surnom du marquis de La Fayette, et pour célébrer l'amitié franco-américaine, quelques soldats américains se rendent au cimetière de Picpus, à Paris, le 4 juillet 1917, jour de leur fête d'Indépendance. Ils sont conduits par le général John Pershing (1860-1948), qui commande le corps expéditionnaire envoyé en Europe. Devant la tombe de La Fayette, ce dernier prononce un discours convenu : «Il est frappant de constater que l'entrée des troupes américaines dans cette guerre nous permet justement de rendre hommage au grand patriote qui partit de France pour nous aider à conquérir notre liberté...». Là-dessus s'approche le lieutenant-colonel Charles E. Stanton, entouré de jeunes recrues. Et c'est alors qu'il prononce les quatre mots percutants ci-dessus, qui seuls resteront dans l'Histoire (jusqu'à être attribués parfois au général Pershing) : «La Fayette, we're here !».
Philippe Pétain (1856 - 1951)
« Courage !... On les aura ! »
Conclusion de l'ordre du jour du 10 avril 1916, signé Pétain.Le maréchal allemand von Falkenhayn a massé autour de Verdun des forces d'artillerie et d'assaut considérables sans éveiller l'attention de l'état-major français. L'attaque commence le 21 février 1916 au fort de Douaumont. Elle est contenue par le général Pétain, qui commande la IIe armée française. Professeur à l'École de Guerre avant le conflit, Philippe Pétain a déjà 58 ans en 1914. Il est tenu en suspicion par l'état-major en raison de sa prédilection pour la défensive et la guerre de positions. Déterminé et économe du sang de ses soldats («Le feu tue !» a-t-il coutume de dire), il va se rattraper à Verdun et gagner une immense popularité. Vingt ans plus tard, l'État français présidé par le même Pétain promulgue une série de lois discriminatoires vis-à-vis des citoyens israélites. L'écrivain Tristan Bernard (1866-1947) quitte alors Paris pour la zone libre en grommelant : Les Allemands, on disait - On les aura, on les aura ! - Eh bien, ça y est, on les a !».
« Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas... »
Le 25 juin 1940, quelques jours après l'armistice qui clôt l'invasion française, Philippe Pétain, porté à la tête du gouvernement français, précise dans un discours radiodiffusé son analyse des causes de la défaite et appelle les Français au redressement national (sous occupation étrangère !) :
«Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c'est une portion de France qui meurt. Une jachère de nouveau emblavée, c'est une portion de France qui renaît. N'espérez pas trop de l'État qui ne peut donner que ce qu'il reçoit. Comptez pour le présent sur vous-mêmes et, pour l'avenir, sur les enfants que vous aurez élevés dans le sentiment du devoir.
Nous avons à restaurer la France. Montrez-la au monde qui l'observe, à l'adversaire qui l'occupe, dans tout son calme, tout son labeur et toute sa dignité. Notre défaite est venue de nos relâchements. L'esprit de jouissance détruit ce que l'esprit de sacrifice a édifié. C'est à un redressement intellectuel et moral que, d'abord, je vous convie».
Fils de cultivateurs du nord, Pétain cultive la nostalgie rousseauiste d'une France rurale et dans ce discours inspiré par l'intellectuel Emmanuel Berl, annonce un retour à la terre quelque peu anachronique. Des écrivains comme Jean Giono vont relayer cette nostalgie de la France rurale.
« Je tiens les promesses, même celles des autres lorsque ces promesses sont fondées sur la justice »
Philippe Pétain s'est hissé au-dessus de sa condition grâce à la IIIe République naissante. Républicain, laïc et agnostique, voire anticlérical, il reste fidèle à ses origines populaires y compris lorsqu'il devient chef de l'État français sous l'Occupation. Il est d'ailleurs rejoint à Vichy, siège de son gouvernement, par des socialistes pacifistes au premier rang desquels Pierre Laval et René Belin. Ancien dirigeant de la CGT (Confédération Générale du Travail), René Belin fut nommé secrétaire d'État au Travail dans le gouvernement de Vichy. À ce titre, il instaure la Fête du Travail et met au point l'actuel système de retraite par répartition. C'est en présentant cette réforme à la radio, le samedi 15 mars 1941, que le Maréchal prononce la célèbre phrase ci-dessus.
« Une bonne messe n'a jamais fait de mal à personne »
Sous l'Occupation, le Maréchal s'oblige à assister régulièrement aux offices religieux, où des enfants l'accueillent en chantant : «Maréchal, nous voilà !». C'est ainsi que lui échappe la formule ci-dessus (*). Bien qu'ayant perdu la foi de son enfance, Pétain, du temps qu'il était officier, se refusait à entrer dans les querelles anticléricales. Comme un membre du cabinet du ministre de la Guerre André lui demandait de dénoncer les officiers assidus à la messe, Pétain lui avait répondu avec ironie : «Me tenant toujours au premier rang des fidèles, je n'ai pas pour habitude de me retourner durant la messe».
Guillaume II (1859 - 1941)
« Ich habe es nicht gewollt » (en allemand)
« Je n'ai pas voulu cela » (traduction)
Épigramme sur la grille de la cheminée du château du Haut-Koenigsbourg, en Haute-Alsace. L'empereur d'Allemagne aurait laissé ce regret lors de sa dernière visite en avril 1918, alors que l'entrée en guerre des États-Unis (2 avril 1917) et leur engagement croissant rendaient inévitable un échec des empires centraux. Le rôle personnel du Kaiser dans la déclaration de guerre est diversement apprécié. Il avait congédié Bismarck et engagé une politique expansionniste, soutenue par une marine de guerre menaçante pour l'Amirauté britannique. En juillet 1914, après l'attentat de Sarajevo, le chancelier Bethmann-Hollweg joua un rôle modérateur auprès de l'empereur. Au contraire, le comte Berchtold, ministre des affaires étrangères à Vienne, y vit l'occasion d'en finir avec la Serbie. Guillaume II télégraphia à l'empereur d'Autriche-Hongrie François-Joseph que «l'Allemagne se tiendrait en toutes circonstances aux côtés de l'Autriche-Hongrie». L'Autriche déclara la guerre à la Serbie le 28 juillet, l'Allemagne à la Russie le 1er, puis à la France le 3 août 1914.
Talaat Pacha (1872 - 1921)
« Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l'âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici »
Mehmed Talaat Pacha est un employé des Postes devenu militant actif des Jeunes-Turcs et leader de ce mouvement réformateur et nationaliste.
En 1913, devenu ministre de l'Intérieur du gouvernement ottoman, il constitue un parti unique et hégémonique, le Comité Union et Progrès (CUP) à la tête duquel il entreprend de forger une Turquie homogène avec deux autres leaders Jeunes-Turcs, Enver Pacha et Cemal Pacha.
Le 24 avril 1915, mettant à profit le désordre international consécutif à la Grande Guerre, il donne le coup d'envoi du génocide des Arméniens dans l'empire turc. Le télégramme ci-dessus, envoyé à la préfecture d'Alep en 1916, illustre on ne peut mieux ses intentions.
En 1917, Talaat Pacha sera nommé Vizir (Premier ministre) mais il devra s'enfuir à la fin de la guerre et se réfugier à Berlin. C'est là qu'il sera assassiné le 15 mars 1921, en punition de ses crimes passés, par un jeune Arménien, Soghomon Tehlirian, lequel sera jugé et acquitté.
À Rome et en Géorgie, Djemal Pacha et Saïd Halim Pacha seront aussi exécutés par de jeunes Arméniens réunis dans le cadre d'une opération punitive, Némésis.
C'est à l'occasion du procès berlinois de Tehlirian qu'un jeune étudiant en droit polonais, Raphael Lemkin , comprit qu'on se trouvait face à un vide juridique pour sanctionner de tels crimes commis contre un peuple. Confronté à l'extermination des juifs et se remémorant le cas arménien, Lemkin allait élaborer vingt ans plus tard la notion de génocide.
Hubert Lyautey (1854 - 1934)
« Les Africains ne sont pas inférieurs, ils sont autres »
Cet écrit du maréchal Lyautey remonte aux années 1920 (*). Lyautey se signale par une conception des relations entre l'Europe et le reste du monde fondée sur le respect des identités. Cette conception est restée marginale en France et en Europe. Elle contredit celle de Jules Ferry, Rudyard Kipling, Léon Blum ou des actuels penseurs de la gauche morale qui, chacun à leur manière, cultivent la conviction que les riches Occidentaux doivent «aider» les peuples «sous-développés» (alias inférieurs) à suivre leurs propres traces.
Dolores Ibárruri (1895 - 1989)
« ¡ No pasarán ! » (en espagnol)
« Ils ne passeront pas ! » (traduction)
Cette reprise du slogan lancé par le général Philippe Pétain pendant l'offensive allemande sur Verdun, en 1916 (« Ils ne passeront pas ! ») conclut le discours enflammé prononcé par Dolores Ibarruri, députée communiste, sur les ondes de Radio-Madrid, le 19 juillet 1936, deux jours après qu'au Maroc espagnol, des généraux ont soulevé une partie de l'armée contre le gouvernement républicain.
Née en Biscaye dans une famille de mineurs, elle-même mariée et mère de six enfants, Dolores Ibarruri milite très tôt dans le parti communiste espagnol dont elle devient une figure populaire. Repérée par Staline, elle est élue députée des Asturies aux élections de février 1936, à la veille de la guerre civile.
Son engagement révolutionnaire et sa tenue noire et sévère lui valent un surnom d'inspiration religieuse, la Pasionaria. Les militants communistes rapprochent son image de celle de la Vierge Marie.
Lorsqu'après une guerre atroce de trois ans, les troupes de Franco entrent à Madrid, elles sont accueillies au cri de « ¡ Han pasado ! » (Ils sont passés). De son côté, la Pasionaria se réfugie à Moscou avec sa famille... et son jeune amant, un certain Francisco Anton. Son mari, gênant, est expédié dans une usine de Rostov.
Joseph Staline (1879 - 1953)
« Le pape ? Combien de divisions ? »
En mai 1935, Pierre Laval se rend à Moscou pour convaincre Staline, le dictateur de l'URSS, du bien-fondé d'une alliance entre la France et l'URSS pour prévenir la menace que fait peser l'arrivée de Hitler à la tête de l'Allemagne.
Staline et son ministre des Affaires étrangères, Molotov, interrogent leur interlocuteur sur l'importance des effectifs de l'armée française sur le front occidental : combien de divisions la France possède-t-elle ? Quelle est la durée du service militaire ? ...
Ces questions ayant été élucidées, Laval demande à son tour : «Ne pourriez-vous faire quelque chose, en Russie, en faveur de la religion et des catholiques ? Cela m'aiderait tellement auprès du pape !»
«Oh ! oh ! fit Staline, le pape ! De combien de divisions dispose-t-il, lui ? » (d'après les Mémoires de Winston Churchill).
Adolf Hitler (1889 - 1945)
« Je vais à nouveau être prophète aujourd'hui : si la juiverie financière internationale, hors d'Europe et en Europe, devait réussir à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, il en résulterait, non pas la bolchevisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l'anéantissement de la race juive en Europe »
Hitler lance ce terrible avertissement le 30 janvier 1939, devant le Reichstag (Parlement allemand), à l'occasion du sixième anniversaire de sa prise de pouvoir. Pour la première fois, à cette occasion, le dictateur nazi exprime ouvertement son intention d'exterminer les Juifs. Auparavant, ses partisans s'en étaient tenus à l'égard des juifs allemands à des pogroms, des brimades, des violences localisées et des spoliations. Devant l'imminence d'un conflit généralisé, le dictateur avertit la communauté juive d'Europe et des États-Unis des terribles représailles auxquelles pourraient s'exposer les Juifs au cas où ils feraient obstacle à son projet politique. Obsédé par la défaite allemande de 1918, qu'il attribue à un complot de la «juiverie internationale», Hitler se promet qu'en cas de récidive, il prendrait les devants pour lui éviter de nuire à nouveau. Il tiendra hélas parole en décidant de l'extermination des juifs d'Europe.
« Notre force tient à notre rapidité et notre brutalité. Gengis Khan a condamné à mort des millions de femmes et d'enfants, en toute conscience et d'un coeur léger. L'histoire ne se souvient que du grand fondateur d'État. Je me moque de ce que dit la faible civilisation ouest-européenne à mon propos. J'ai donné un ordre - et je fusillerai quiconque formulera une seule critique : l'objectif de la guerre ne sera pas d'atteindre une ligne donnée mais d'anéantir physiquement l'adversaire. C'est pourquoi j'ai disposé - pour l'instant seulement à l'Est - mes unités à tête de mort ; elles ont reçu l'ordre de mettre à mort sans merci et sans pitié beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants d'ascendance et de langue polonaises. C'est la seule manière pour nous de conquérir l'espace vital dont nous avons besoin. Qui parle encore, aujourd'hui, de l'anéantissement des Arméniens ? »
Source : Édouard Husson, Heydrich et la solution finale (Perrin, 2008, page 61).
Hitler formule cette déclaration le 22 août 1939 devant ses généraux réunis à l'Obersalzberg, dix jours avant l'attaque de la Pologne et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ! Il annonce déjà son intention de tuer un maximum de personnes dans les territoires à conquérir pour faire de la place à des colons allemands. Les victimes désignées ne sont pas spécialement juives mais polonaises (slaves). Le souhait du Führer sera scrupuleusement exécuté par les SS (les unités à tête de mort) qui, dès l'attaque de la Pologne, procèderont à des massacres massifs de civils. Le propos montre assez que le processus génocidaire était en route dès avant que soit mise en oeuvre la Solution finale (l'extermination méthodique des Juifs.
Claude Lévi-Strauss (1908)
« Je hais les voyages et les explorateurs »
Paradoxe, la phrase ci-dessus introduit l'un des plus célèbres récits de voyage qui soient, Tristes tropiques. Paru en 1955 dans la collection Terre humaine de Jean Malaurie, ce livre est l'oeuvre d'un professeur français, qui est né à Bruxelles 47 ans plus tôt et enseigne la philosophie au Brésil, Claude Lévi-Strauss. A la fois récit philosophique, essai d'ethnographie et monument littéraire (il échappe de peu au prix Goncourt), Tristes Tropiques séduit un très vaste public par l'évocation des tribus indiennes du Brésil, en voie de disparition (les Caduveo, Bororo, Nambikwara et Tupi-Karahib) ainsi que par des réflexions libres sur la destinée humaine et le monde contemporain. «Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui. Les institutions, les moeurs et les coutumes, que j'aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d'une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être celui de permettre à l'humanité d'y jouer son rôle», écrit Claude Lévi-Strauss dans les dernières pages de son livre. Le succès de Tristes Tropiques a contribué à la diffusion du structuralisme dans les sciences humaines (linguistique, ethnologie, philosophie, sociologie, psychanalyse,...). Le structuralisme est un mode d'analyse né du Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure (1916), qui définit les composants de la langue par les rapports qu'ils entretiennent les uns avec les autres, l'ensemble de ces rapports constituant la structure. Claude Lévi-Strauss a étendu le structuralisme aux communautés humaines, analysées à travers les systèmes de parenté. Il a été plus ou moins suivi par la plupart des grands penseurs contemporains (Louis Althusser, Jacques Lacan, Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida,...).
Pierre Laval (1883 - 1945)
« Les jours de Laval ne sont plus en danger »
Source : communiqué diffusé le 15 octobre 1945
Pierre Laval, fils de cafetier auvergnat devenu avocat au grand coeur et militant pacifiste d'extrême-gauche, est élu député et maire d'Aubervilliers en 1924 sous l'étiquette socialiste. Nommé président du Conseil (chef du gouvernement) à deux reprises, il prend la mesure de la menace hitlérienne et tente de conclure un rapprochement avec l'Italie de Mussolini et l'URSS de Staline. Après s'être opposé en vain à la déclaration de guerre par pacifisme, il accède à la tête du gouvernement de Vichy et se voue dès lors à la collaboration avec l'Allemagne, «rempart contre le bolchevisme» (discours du 22 juin 1942). Après la Libération, il est jugé en 5 jours et condamné à mort le 9 octobre 1945 au terme d'un procès bâclé. Pendant les audiences, on renonce à le questionner sur les aspects les plus problématiques de la Collaboration : l'entrevue de Montoire, les juifs, le STO... C'est que l'accusé joue la montre et à chaque question répond par des développements habiles et interminables. Le 15 octobre, le matin de son exécution, on le trouve inanimé dans sa cellule de la prison de Fresnes, laissant une lettre «à ses avocats et à ses bourreaux». Il est ramené à la vie au prix d'une réanimation énergique. La presse en est informée dans les termes ci-dessus. Par crainte qu'il ne décède avant d'arriver au lieu prévu pour la mise à mort, on le fusille sur un sentier le long de la prison de Fresnes...
Paul Valéry (1871 - 1945)
« Les événements m'ennuient. On me dit : "Quelle époque intéressante !" et je réponds : "Les événements sont l'écume des choses. Mais c'est la mer qui m'intéresse"... »
Enfant illustre de la ville de Sète, comme Georges Brassens, Paul Valéry est un poète et un écrivain exigeant, soucieux de travail et d'étude, qui se demande «où va l'Europe». Le propos ci-dessus figure en introduction d'un livre de réflexion de 1931 : Regards sur le monde actuel. Il pourrait être repris par la plupart des historiens et des représentants des sciences humaines. Le démographe Alfred Sauvy l'a cité dans sa leçon inaugurale au Collège de France.
Mohandas Gandhi (1869 - 1948)
« La pauvreté est la pire forme de violence ! »
Mohandas Karamchand Gandhi naquit dans une riche famille de commerçants du nord de l'Inde. Il caressa d'abord l'ambition de briller dans la société coloniale et devint avocat à Londres.
S'étant établi en Afrique du Sud en mai 1893, il souffrit dans sa chair des discriminations dont étaient victimes les Indiens. Lui-même servit loyalement les Britanniques dans leur guerre contre les Boers.
Puis, sous le nom de satyagraha, il mit au point des méthodes de lutte non-violente pour faire fléchir les législateurs britanniques et imposer la levée de la plupart des discriminations à l'égard de la communauté indienne.
Rentré en Inde en janvier 1915, il prit à cœur de se rapprocher de l'Inde profonde des villages et s'entoura de personnalités déjà impliquées dans la lutte politique tout en s'habillant désormais d'un pagne et en filant le coton.
Churchill le gratifia de sauvage à demi-nu lors d'une rencontre en 1931 et les autorités lui infligèrent la prison à plusieurs reprises...
A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, le vice-roi Mountbatten fut chargé par le gouvernement travailliste Atlee de négocier un retrait honorable de l'Empire Indien. L'intransigeance de la communauté musulmane menée par Jinnah imposa une partition particulièrement violente du pays (15 août 1947), à laquelle Gandhi s'était opposé avec obstination. Il fut abattu le 30 janvier suivant par un extrémiste hindou.
Hô Chi Minh (1890 - 1969)
« Il vaut mieux manger encore dix ans la crotte des Français que celle des Chinois pendant mille ans ! »
Hô Chi Minh, de son vrai nom Nguyên Tat Thanh ou Nguyên Ai Quôc, est né dans la famille d'un lettré vietnamien sans fortune.
Il étudie au lycée de Hué (Annam) puis se fait matelot, gagne les États-Unis et aboutit à Paris pendant la Grande Guerre où il prend goût à l'action politique.
Il adhère au Parti communiste français dès sa création à la Noël 1920 à Tours. Son militantisme lui vaut dès lors quelques séjours en prison.
En 1930, il crée le Parti Communiste Indochinois et s'impose comme le chef de file du mouvement nationaliste indochinois. Il jouit de l'appui du Komintern, l'Internationale communiste animée par Staline.
En 1941, il fonde le Vietminh ou Front pour l'indépendance du Viêt-nam (on écrit aussi Viêt-Minh). Réfugié à Canton, il est jeté en prison par le chef chinois anticommuniste Tchang Kaï-chek mais les Alliés anglo-saxons forcent celui-ci à le libérer. Prenant le surnom d'Hô Chi Minh (Celui qui éclaire), le révolutionnaire prend la direction de la résistance contre les Japonais en Indochine même.
Les nationalistes vietnamiens profitent de l'éviction des Français par les forces japonaises pour entrer à Hanoi en août 1945.
Hô Chi Minh proclame l'indépendance de son pays le 2 septembre en fondant la République Démocratique du Viêt-nam. Mais il ne tarde pas à se heurter aux velléités hégémonique du grand voisin chinois. Aussi se tourne-t-il vers les Français et négocie-t-il le 6 mars 1946 un accord d'autonomie avec Jean Sainteny, le représentant de la France. L'«oncle Hô» justifie ce renoncement provisoire à l'indépendance avec les paroles ci-dessus, citées pas son biographe Jean Lacouture.
Las, la coopération ne s'installe pas véritablement et la guerre entre le Vietminh et les Français éclate quelques mois plus tard, avec l'émergence d'une armée populaire menée de main de maître par le général Giap, un instituteur qui se révèlera un stratège de génie.
Les accords de Genève consacrent en 1954 la partition du pays et ouvrent la voie à une terrible guerre civile, dans le contexte de la «guerre froide» entre les États-Unis et les puissances communistes (1963-1975).
Pendant cette seconde guerre d'Indochine, Hô Chi Minh fait en sorte de conserver l'indépendance de son pays et de se tenir à égale distance de la Chine populaire et de l'URSS, tout en profitant de l'aide fournie par ces deux pays.
Hô Chi Minh meurt en 1969 sans avoir vu le triomphe de son camp. La ville de Saïgon, conquise en 1975 par les troupes du Nord-Vietnam, est rebaptisée Hô Chi Minh-Ville en son honneur et le pays réunifié sous la bannière communiste.
Charles de Gaulle (1890 - 1970)
« Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas »
Ces mots magnifiques concluent l'Appel du 18 juin 1940. Ce jour-là, à la radio de Londres, le général Charles de Gaulle s'adressait aux Français de la métropole et aux combattants écrasés par le désespoir suite à l'invasion de leur pays par les armées allemandes.
Un mois plus tard, des affiches placardées à Londres renouvellent l'Appel à l'adresse des Français qui ont fui le Continent sous une forme plus ramassée : « La France a perdu une bataille mais la France n'a pas perdu la guerre ! Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l'honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n'est perdu ! Rien n'est perdu parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l'univers libre, des forces immenses n'ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l'ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but! Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu'ils se trouvent, à s'unir à moi dans l'action, dans le sacrifice et dans l'espérance. Notre patrie est en péril de mort. Luttons tous pour la sauver ! Vive la France ! »
Alfred Sauvy (1898 - 1990)
« Car enfin ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers-État, veut, lui aussi, être quelque chose »
Cette phrase clôt un article du magazine L'Observateur intitulé «Trois monde, une planète» (N°118, 14 août 1952, page 14). Avec elle apparaît pour la première fois une expression appelée à un succès planétaire : tiers monde (Third World selon la traduction qu'en ont fait les Anglo-Saxons). Cette expression désigne les pays pauvres écartelés entre les deux camps rivaux issus de la Seconde Guerre mondiale : le camp soviétique, sous la tutelle de Moscou, et le camp occidental, sous la tutelle de Washington.
L'auteur de l'article - et «inventeur» de l'expression - est Alfred Sauvy, un polytechnicien qui s'est très tôt passionné pour la démographie. Il a plus tard dit à propos de son article de 1952 : «Je transposais ainsi la fameuse phrase de Sieyès sur le Tiers État pendant la Révolution française. Je n'ai pas ajouté (mais j'ai parfois dit, en boutade) que l'on pourrait assimiler le monde capitaliste à la noblesse et le monde communiste au clergé».
Emmanuel Joseph Sieyès (1748 - 1836)
« Qu'est-ce que le tiers état ? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent ? Rien. Que demande-t-il ? À devenir quelque chose »
Entré dans les ordres sans vocation religieuse, l'abbé Emmanuel-Joseph Sieyès, vicaire général à Chartres, se passionne pour les idées nouvelles et les questions sociales. Il accède à la célébrité avec cette formule, publiée en janvier 1789, à la veille de la Révolution, dans une brochure de propagande révolutionnaire intitulée : Qu'est-ce que le tiers état?
« Je cherche un sabre... »
Ainsi dit Emmanuel Sieyès à qui veut l'entendre en cette année 1799. L'ex-abbé fait alors partie des cinq membres du Directoire qui gouvernent tant bien que mal la France.
Fin politique, il est persuadé que seul un général à poigne peut encore sauver le régime républicain issu de la Révolution. Il s'agit de flanquer l'exécutif d'un général auréolé de gloire pour en imposer aux parlementaires et satisfaire l'opinion lassée des palabres du «gouvernement des avocats». Son choix se portera sur Bonaparte...
Charles de Gaulle (1890 - 1970)
« En Afrique française comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu à peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est le devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi »
Ce discours prononcé à Brazzaville, au cœur de l'Afrique, le 30 janvier 1944, par le chef de la France libre exprime sa vision d'une France paternelle, éduquant les peuples assujettis d'Afrique comme on éduque de grands enfants et les menant lentement à une relative autonomie (le mot lui-même, trop subversif au gré du général de Gaulle, n'est pas prononcé).
Cette conception du colonialisme est encore très proche de celle de Jules Ferry, le grand initiateur des conquêtes coloniales de la France. Elle paraît singulièrement attardée, survenant quinze ans après que les Britanniques aient entériné le principe d'une très large autonomie pour leur colonie des Indes, à l'égal de leurs dominions blancs d'Australie et du Canada.
« Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l'Europe ! l'Europe ! l'Europe ! mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien »
Cette phrase célèbre a été prononcée le 14 décembre 1965 par Charles de Gaulle, alors président de la République française, au cours d'un entretien télévisé avec le journaliste Michel Droit. Les mimiques expressives du vieux chef lui donnent toute sa saveur.
À propos de l'Europe, retenons aussi du général de Gaulle une formule prononcée à Strasbourg en novembre 1959 : « Oui, c'est l'Europe, depuis l'Atlantique jusqu'à l'Oural, c'est l'Europe, c'est toute l'Europe, qui décidera du destin du monde ! » Elle signifie que pour le Général, la construction européenne ne saurait se faire sans la Russie, a fortiori contre elle. Notons que l'homme d'État visionnaire se refusait à parler de l'URSS, considérant que cette entité politique était éphémère et condamnée à s'effacer devant la Russie.
Jean Monnet (1888 - 1979)
« Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise »
Source : Mémoires
Né à Cognac, dans la famille d'un négociant en vins, Jean Monnet, bourgeois discret et méconnu du grand public, n'en figure pas moins comme l'un des plus grands Français du XXe siècle.
En novembre 1916, à 28 ans, au plus fort de la Grande Guerre, il met sur pied une commission interalliée pour les approvisionnements en blé, le Wheat executive.
A Londres, en 1940, il suggère au Premier ministre Winston Churchill rien moins qu'une fusion immédiate de la France et du Royaume-Uni, avec un seul Parlement et une seule armée, pour mieux résister à Hitler !
A la Libération de la France, il crée le Commissariat au Plan et en devient le premier président avant de rassembler enfin ses amis de partout autour du projet de CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier). Il en est lui-même le premier président. À la fin de son mandat, en 1956, il anime un Comité d'action pour les États-Unis d'Europe.
Par ses actions en faveur du réarmement américain en 1940 et de l'Union européenne en 1950, il est l'un des rares hommes qui a infléchi le cours de l'Histoire.
George Orwell (1903 - 1950)
« ALL ANIMALS ARE EQUAL
BUT SOME ANIMALS ARE MORE
EQUAL THAN OTHERS » (en anglais)
« TOUS LES ANIMAUX SONT EGAUX
MAIS CERTAINS ANIMAUX SONT PLUS
EGAUX QUE D'AUTRES » (traduction)
Ce «commandement» est tiré d'un petit roman parodique publié en 1945 par George Orwell sous le titre Animal Farm (la Ferme des Animaux). Il s'agit d'une allégorie satirique du communisme qui raconte la prise de pouvoir des animaux dans une ferme, à l'instigation des cochons, et la manière dont ces derniers s'arrogent un pouvoir dictatorial au nom des grands principes. Dans le même ouvrage, l'auteur s'en prend avec un humour féroce à la perversion des mots dans les sociétés communistes avec des formules comme «La liberté, c'est l'esclavage !»
Hanns Johst (1890 - 1978)
« Wenn ich Kultur höre ... entsichere ich meinen Browning ! » (en allemand)
« Quand j'entends le mot culture, j'enlève le cran de sûreté de mon browning ! » (traduction)
La formule ci-dessus est parfois attribuée à Joseph Goebbels, chef de la propagande du parti nazi, ou encore au maréchal Hermann Goering, sous une forme légèrement modifiée («Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver»). Elle est en fait tirée d'une pièce (Schlageter, 1933) de Hanns Johst, médiocre auteur national-socialiste parfois affublé du titre de «barde de la SS». Cette oeuvre met en scène un jeune écervelé nationaliste éponyme qui avait été arrêté et exécuté par l'occupant français de la Ruhr en 1923. Elle a été jouée pour la première fois le 20 avril 1933, pour les 44 ans de Hitler !
Oscar Niemeyer (1907 - 2012)
« Que me atra é a curva livre e sensual,... » (en portugais)
« Ce qui m'attire, c'est la courbe libre et sensuelle,... » (traduction)
«Ce n'est pas l'angle droit qui m'attire, ni la ligne droite, dure, inflexible, créée par l'homme. Ce qui m'attire, c'est la courbe libre et sensuelle, la courbe que je rencontre dans les montagnes de mon pays, dans le cours sinueux de ses fleuves, dans la vague de la mer, dans le corps de la femme préférée. De courbe est fait tout l'univers, l'univers courbe d'Einstein».
Ces propos de l'architecte brésilien remontent à 1958. Ils expriment ses préférences esthétiques, en opposition avec celles d'un autre architecte célèbre du XXe siècle dont il a néanmoins été l'élève, le Franco-Suisse Le Corbusier.
Oscar Niemeyer est né à Rio le 15 décembre 1907, mort dans la même ville le 5 décembre 2012, quelques jours avant son 105e anniversaire. Il a signé les principaux monuments de la capitale du Brésil, Brasilia, construite en collaboration avec l'urbaniste Lucio Costa, conformément à un engagement pris par le président brésilien Juscelino Kubitschek en 1956.
Martin Luther King (1929 - 1968)
« I have a dream that one day little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers... » (en anglais)
« Je fais le rêve qu'un jour, les petits enfants noirs et les petits enfants blancs joindront leurs mains comme frères et sœurs... » (traduction)
Martin Luther King est un jeune pasteur afro-américain qui se bat pour la fin de la ségrégation dans son pays, à la tête du Mouvement des droits civiques. Le 28 août 1963, à l'occasion d'une mémorable Marche sur Washington, il prononce devant 250.000 sympathisants son plus fameux discours : <i>I have a dream...</i>».
John Fitzgerald Kennedy (1917 - 1963)
« All free men, wherever they may live, are citizens of Berlin, and, therefore, as a free man, I take pride in the words "Ich bin ein Berliner" » (en anglais)
« Tous les hommes libres, où qu'ils vivent, sont citoyens de Berlin et en tant qu'homme libre, je suis fier de ces mots : "Ich bin ein Berliner" [Je suis un Berlinois] » (traduction)
Très populaire, le président américain s'illustra par sa détermination dans la guerre froide entre les États-Unis et l'URSS. C'est ainsi que le 26 juin 1963, près du mur qui séparait Berlin en deux, il apporta son appui aux habitants de la ville, confrontés à une tentative de blocus et d'isolement de la part des Soviétiques.
JFK, issu d'une famille prospère et influente de Boston, est l'auteur d'un doux aphorisme sur les devoirs du citoyen :
«Ask not what your country can do for you, but ask you what can you do for your country» (en anglais)
«Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi mais demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays» (traduction française).
Neil Armstrong (1930)
« Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité »
Le 20 juillet 1969, à 21h17 (heure française), le module lunaire Eagle de la mission Apollo XI se pose sur la Lune. Le cosmonaute Neil Armstrong annonce : « Houston, ici la base de la Tranquillité. L'Aigle a atterri ». Un peu plus tard, à 3h56, dans la nuit du 20 au 21 juillet, il pose son pied sur le sol et lance la phrase ci-dessus, préalablement mûrie par des spécialistes de la communication. Il est rejoint un quart d'heure plus tard par Edwin « Buzz » Aldrin.
Valéry Giscard d'Estaing (1926)
« Vous n'avez pas, monsieur Mitterrand, le monopole du coeur »
Le 10 mai 1974, un Face à Face télévisé oppose les deux candidats à la présidence de la République, Valéry Giscard d'Estaing, ministre des Finances dans le gouvernement du précédent président, Georges Pompidou, décédé un mois plus tôt, et François Mitterrand, candidat unique de l'opposition de gauche. Les deux candidats sont au coude-à-coude dans les sondages.
Excédé par le ton moralisateur et condescendant de son rival, le représentant de la droite lance : « Je vais vous dire quelque chose : je trouve toujours choquant et blessant de s'arroger le monopole du coeur. Vous n'avez pas, monsieur Mitterrand, le monopole du coeur ».
La réplique fait mouche et va faire basculer le sort en faveur de son auteur, qui l'emportera avec 426.000 voix d'écart lors du scrutin du 19 mai 1974. À peine élu, VGE donnera du corps à sa formule en réformant tambour battant la société française.
Il apparaît dans cette vidéo que la célèbre formule du débat du 10 mai 1974 a été mûrement préparée par Valéry Giscard d'Estaing.
Jean-Paul II (1920 - 2005)
« N'ayez pas peur ! »
Le dimanche 22 octobre 1978, quelques jours après son élection sur le trône de Saint-Pierre, Jean-Paul II s'adresse à 250 000 fidèles réunis sur la place Saint-Pierre ainsi qu'aux délégations diplomatiques et aux télévisions du monde entier.
Énergique et prophétique, son homélie va donner le ton de ses 25 ans de pontificat : «Frères et soeurs, n'ayez pas peur d'accueillir le Christ et d'accepter son pouvoir ! N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! A sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N'ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu'il y a dans l'homme ! Et lui seul le sait !»
Le message est adressé par le pape aux catholiques du monde entier et surtout à ses compatriotes de Pologne et à l'ensemble des Européens de l'Est qui vivent encore sous le joug soviétique.
Appelant chacun à ne plus avoir peur de lui-même et à secouer ses inhibitions, le jeune pape (58 ans) sonne le glas des régimes communistes européens. Plus tard, il opèrera un retour sur l'Histoire en évoquant avec force et lucidité les totalitarismes païens du XXe siècle : «On ne peut pas oublier que c'est la négation de Dieu et de ses commandements qui a créé au siècle passé la tyrannie des idoles, exprimée dans la glorification d'une race, d'une classe, d'un parti, de l'Etat ou de la nation. Si l'on supprime les droits de Dieu, les droits de l'homme ne sont plus respectés» (16 décembre 2002).
François Mitterrand (1916 - 1996)
« Il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre »
Source : interview accordée au Point en 1993
L'attitude du président François Mitterrand et du gouvernement français face au génocide et aux crimes de guerre commis par Slobodan Milosevic est tout entière contenue dans cette phrase d'anthologie. Le maréchal Pétain l'eût volontiers prise à son compte quand il signa l'armistice de 1940 au prétexte d'épargner des souffrances inutiles à la population française.
« Il faut laisser du temps au temps »
Comme on ne prête qu'aux riches, François Mitterrand se voit régulièrement attribuer la paternité de la formule ci-dessus, qu'il a effectivement employée.
Il s'agit en fait de la traduction d'un aphorisme espagnol assez courant : «Dar tiempo al tiempo».Il trouve son origine dans une Nouvelle exemplaire de Cervantès, La petite Gitane : «(...) ainsi donnera-t-on du temps au temps lequel souvent accorde une douce issue aux plus amères difficultés».
« Les fusées sont à l'Est, les pacifistes à l'Ouest »
Extrait d'un discours prononcé le 20 janvier 1983 par François Mitterrand, président de la République française, devant les députés du Bundestag, à Bonn (capitale de l'Allemagne fédérale).
L'enjeu est de taille : les Soviétiques installent dans les pays satellites d'Europe centrale des missiles nucléaires (les SS-20) pointés vers l'Europe occidentale. Face à cette menace, les Américains et leurs alliés de l'OTAN se proposent de répliquer en installer en Allemagne fédérale des missiles tout aussi puissants (les Pershing) orientés vers l'Europe communiste et l'URSS.
Les pacifistes et gauchistes occidentaux se mobilisent contre ce projet au nom de l'aphorisme : «Plutôt rouges [communistes] que morts !».
Par sa prise de position énergique devant les députés allemands, François Mitterrand a retourné l'opinion occidentale en faveur des Américains et contribué à la reculade soviétique, l'URSS se résignant à démanteler ses SS-20.
SOS Racisme (1984)
« Touche pas à mon pote ! »
Le 15 octobre 1983, une marche des Beurs contre le racisme réunit 200 000 personnes entre Lyon et Paris. Des mouvements de jeunesse israélites, proches du gouvernement socialiste, se rapprochent de ces jeunes musulmans d'origine maghrébine.
L'année suivante, le 15 octobre 1984, ils créent l'association SOS Racisme, avec un symbole : une main colorée dressée contre l'adversaire, et un slogan : « Touche pas à mon pote ! » Mais les représentants de la marche des Beurs, dont on craint l'antisionisme coloré d'antisémitisme, s'en trouvent exclus.
L'opinion publique, ravie, voit dans ce slogan l'expression juvénile de l'antiracisme et la promesse d'une société multicolore et fraternelle. Elle n'en discerne pas le sens véritable : l'affirmation qu'un délinquant devient intouchable dès lors qu'il est un ami (un « pote »). C'est la négation de la justice, de la loi et de l'égalité entre les citoyens.
Après la victoire de l'équipe française en juillet 1998, lors de la Coupe du Monde de football, le slogan est remplacé par l'évocation de la « génération black-blanc-beur ». Brève illusion. Derrière l'apparente générosité du propos, perce le danger du communautarisme.
Par l'emploi du basic english (black au lieu de Noir) et du verlan (beur pour Arabe ou Nord-Africain) et la référence obsédante à des classifications ethniques et raciales, la « génération black-blanc-beur » se met en marge d'une communauté française fondée sur l'adhésion à une culture prestigieuse et aimable. L'islamisation de la jeunesse immigrée et l'islamisme radical pointent leur nez...
Pierre Victurnien Vergniaud (1753 - 1793)
« Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux : levons-nous ! »
Source : Les Révolutions de Paris
Cette belle formule est fréquemment attribuée à Étienne La Boétie, ami de Montaigne et auteur du Contr'Un ou Discours de la servitude volontaire (1576). Il est vrai qu'il aurait très bien pu l'énoncer...
Dans les faits, elle est bien plus tardive car apparue deux siècles plus tard, comme la devise des Révolutions de Paris, un journal quotidien fondé par Louis-Marie Prudhomme le 12 juillet 1789, deux jours avant la prise de la Bastille !
La citation est donc attribuée soit à Élisée de Loustalot, jeune avocat et principal rédacteur du journal, qui mourra de maladie l'année suivante, à 28 ans, soit à un autre rédacteur du journal, l'avocat Pierre Victurnien Vergniaud.
Né le 31 mai 1753 à Limoges, Vergniaud s'illustrera parmi les chefs de la Gironde mais aussi comme l'un des plus grands orateurs de la Révolution, à l'égal de Mirabeau et Robespierre. Il reprendra la citation ci-dessus dans un discours devant la Convention en 1792. Condamné et guillotiné avec vingt-et-un autres députés girondins le 31 octobre 1793, il a ce mot désabusé : « La Révolution est comme Saturne : elle dévore ses enfants »...
Abdou Diouf (1930)
« Vous risquez d'être envahis demain d'une multitude d'Africains qui, poussés par la misère, déferleront par vagues sur les pays du Nord. Et vous aurez beau faire des législations contre l'émigration, vous ne pourrez pas arrêter ce flot car on n'arrête pas la mer avec ses bras »
Dans cet entretien donné au Figaro le 3 juin 1991, le président du Sénégal met en évidence le formidable bouleversement que vivent la France et l'Europe et en appelle à l'aide économique de l'Occident pour en limiter les conséquences. Pendant un millénaire, entre 955 et la fin du XXe siècle, le continent s'est développé avec ses propres forces, sans connaître d'immigration, et sa vigueur démographique lui a même permis de peupler de vastes parties de la planète. Depuis 1974, l'effondrement de la natalité et la poussée migratoire des pays du Sud suscitent sur le Vieux Continent la formation de «colonies intérieures» rétives à l'intégration. Avec la multiplication des revendications communautaires et le relâchement des solidarités nationales, on assiste à une modification rapide des relations démographiques, sociales et culturelles dans un sens encore mystérieux.
Julien Dray (1955)
« Croire que l'euro va créer de l'emploi, c'est du même ordre que penser qu'Aimé Jacquet va nous faire gagner la Coupe du monde »
Ce propos;-) de Julien Dray, dirigeant de la Gauche socialiste, est rapporté par Daniel Cohn-Bendit et Olivier Duhamel dans le « Petit dictionnaire de l'euro », Seuil, avril 1998... Il est facile d'évaluer sa pertinence a posteriori tant en ce qui concerne la monnaie unique que l'équipe entraînée par Aimé Jacquet (on peut voir juste d'un côté et faux de l'autre).
Axel Oxenstierna (1583 - 1654)
« An nescis, mi fili, quantilla sapientia mundus regatur ? » (en latin)
« Ne sais-tu pas, mon fils, avec combien peu de sagesse on mène le monde ? » (traduction)
Formule attribuée au chancelier-comte Axel Oxenstierna, dont le fils allait représenter la Suède aux pourparlers de Westphalie qui conclurent la Guerre de Trente ans (1648).
Georges Danton (1759 - 1794)
« De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace »
Fils d'un procureur d'Arcis-sur-Aube, en Champagne, Georges Danton devient avocat en 1787 avant de se rallier avec passion au mouvement révolutionnaire. Sa laideur et sa vigueur, sa vénalité aussi, le font surnommer le «Mirabeau de la canaille». C'est à l'été 1792 qu'il se révèle. L'Assemblée législative est réduite à l'impuissance par les menées séditieuses de la Commune insurrectionnelle de Paris... Le pays est menacé d'invasion par les Prussiens et les Autrichiens. Le 21 juillet, un décret proclame «la Patrie en danger». Mais le 10 août 1792, la monarchie est renversée et l'Assemblée législative décide de se saborder et de laisser la place à une assemblée constituante. Entre temps, elle fait entrer Danton au Conseil exécutif (le gouvernement), au poste de ministre de la Justice. Longwy capitule devant les Prussiens le 23 août. La Révolution semble perdue. Le 2 septembre, à Paris, mûs par le désespoir et la haine, des émeutiers commencent à massacrer des malheureux en attente de jugement dans les prisons... Mais le même jour, à la tribune de l'Assemblée, Danton galvanise les énergies et lance : «Tout s'émeut, tout s'ébranle, tout brûle de combattre. Une partie du peuple va se porter aux frontières, une autre va creuser des retranchements et la troisième, avec des piques, défendra l'intérieur des villes (...). Nous demandons que quiconque refusera de servir de sa personne ou de remettre ses armes soit puni de mort (...). Le tocsin qu'on va sonner n'est point un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée». Ce discours (et plus encore peut-être les arrangements secrets de Danton avec le duc de Brunswick, commandant en chef de l'armée ennemie) vont être à l'origine du sursaut de Valmy. Par cette victoire inespérée, la Révolution sera sauvée.
« Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple »
Le 6 avril 1793, l'assemblée révolutionnaire de la Convention crée le Comité de salut public à l'initiative du tribun Georges Danton. Il s'agit de sauver la France et la Révolution des périls intérieurs et extérieurs. Danton lui-même préside le Comité. Mais enrichi par la corruption et remarié en juin 1793 avec une jeunette de 17 ans, Danton aspire à jouir de la vie dans sa retraite d'Arcis-sur-Aube. Il prend du recul par rapport à la Révolution. Le 10 juillet 1793, il est évincé de la présidence du Comité, où fait son entrée Robespierre, un rival aussi austère que lui-même est jouisseur. Un mois plus tard, le 13 août 1793, à la tribune de la Convention, Danton, toujours en avance d'une idée, n'en lance pas moins le projet d'une instruction publique, gratuite et obligatoire : «Quand vous semez dans le vaste champ de la République, vous ne devez pas compter le prix de la semence ! Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple !».
« Tu montreras ma tête au peuple. Elle en vaut la peine »
Le tribun Georges Danton, ancien avocat, orateur puissant et inspiré, a maintes fois sauvé la Révolution française dans les mois difficiles de 1792 et 1793. Début 1794, il aspire à clore le processus révolutionnaire et mettre un terme à la Terreur d'autant que les périls extérieurs et intérieurs semblent écarter. Il mène campagne en ce sens avec ses amis, dont Camille Desmoulins, rédacteur du Vieux Cordelier. Mais les Jacobins, unis autour de Robespierre et maîtres du Comité de salut public, ne l'entendent pas ainsi. Ils dénoncent les dantonistes, surnommés avec mépris les «Indulgents» et les font arrêter le 30 mars 1794. Danton se défend avec énergie devant le Tribunal révolutionnaire le 2 avril. Il n'en est pas moins guillotiné le 5 avril 1794 et prononce alors les mots ci-dessus à l'adresse du bourreau.
Théodora (500 - 548)
« La pourpre est un beau linceul pour mourir »
Le 18 janvier 532, à Constantinople, des émeutiers se dirigent de l'Hippodrome vers le palais où réside l'empereur romain d'Orient, Justinien. Aux cris de «Nika !» (Sois vainqueur !), ils brûlent au passage la basilique Sainte-Sophie.
Justinien se dispose à fuir lorsque son épouse Théodora prend les choses en main. Fille du gardien des ours du cirque, c'est une ancienne comédienne, probablement prostituée.
Son énergie et sa force morale lui ont valu d'être épousée par Justinien une dizaine d'années plus tôt. Ayant revêtu ainsi que son mari la pourpre impériale le 4 avril 527, elle a à coeur de lutter contre... la prostitution et de secourir les prostituées !
Théodora se révèle par ailleurs excellente conseillère comme l'atteste son comportement lors de la sédition Nika. La chronique rapporte ces paroles de l'impératrice, raccourcies dans la formule ci-dessusnbsp;:
«Quand il ne resterait de salut que dans la fuite, je ne voudrais point m'enfuir. Il n'est pas concevable que ceux qui ont porté la couronne puissent survivre à sa perte. Même si je tiens à la vie, la pourpre peut offrir un beau linceul !» (la pourpre était à Constantinople une couleur réservée à l'empereur).
L'empereur se ressaisit et sa garde, sous le commandement du général Bélisaire, noie la révolte dans le sang. Plus de 30.000 personnes sont massacrées dans l'Hippodrome.
Frédéric II (1712 - 1786)
« Si j'étais roi en France, il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe sans ma permission ! »
Formule attribuée au roi de Prusse Frédéric II le Grand ou l'Unique. Son père Frédéric-Guillaume Ier, le Roi-Sergent, s'était efforcé d'élever son héritier à la dure, et s'inquiétait de son goût pour les arts et la philosophie... ainsi que pour la flûte ! Devenu roi en 1740, Frédéric se veut le modèle du «despote éclairé» prôné par les Encyclopédistes. Il réforme la justice, développe l'enseignement, l'industrie et le commerce, accueille les huguenots mais aussi les jésuites réduits à l'état laïc et laissés sans ressources. Surtout il porte l'armée prussienne à un degré d'excellence inégalé...
Otto von Bismarck (1815 - 1898)
« Nous n'irons pas à Canossa »
En 1871, ayant fondé l'Empire allemand au prix de trois guerres, le chancelier Otto von Bismarck reporte son énergie dans la lutte contre les catholiques inféodés au Vatican. Il commence par accorder sa protection aux catholiques dissidents qui refusent le nouveau dogme de l'infaillibilité pontificale, proclamé lors du concile Vatican I (1870).
Mal lui en prend car, à l'assemblée du Reichstag, la domination prussienne commence d'être contestée dès mars 1871 par un parti du Centre, le Zentrum, composé d'une soixantaine de députés catholiques issus d'Allemagne du sud et de Rhénanie. Commence le Kulturkampf ou « combat pour la civilisation ». Un combat dont Bismarck aurait tout aussi bien pu se passer !
Il commence par nommer un ambassadeur au Vatican sans demander au préalable l'agrément du Saint-Père, contre tous les usages diplomatiques. Bien entendu, le pape Pie IX désavoue la nomination. Bismarck s'écrit alors au Reichstag, le 14 mai 1872 : « Soyez sans souci, Messieurs ! Nous n'irons pas à Canossa, ni en chair, ni en esprit ! », en référence à un épisode quelque peu oublié de la querelle entre les papes et les empereurs au Moyen Âge.
Ses partisans, soulevés d'enthousiasme, élèvent aussitôt à Harzburg une colonne de granit où l'on grave les mots désormais célèbres : « Nous n'irons pas à Canossa »...
Par les « lois de Mai » (votées en mai 1873, mai 1874, mai 1875), le chancelier multiplie les brimades à l'encontre des catholiques en Prusse et dans l'ensemble de l'Allemagne : contrôle de l'état sur le patrimoine de l'église, surveillance des candidats à la prêtrise, dissolution de la compagnie de Jésus (les jésuites), etc.
La résistance s'organise sous l'égide du député Ludwig Windthorst, un ancien camarade d'université du chancelier. « Vous voulez détacher les catholiques allemands de l'obéissance au Saint-Siège pour les soumettre au knout de votre police », lance-t-il. Les esprits s'échauffent...
Le 13 juillet 1874, aux bains de Kissingen, un jeune ouvrier tonnelier catholique du nom de Louis Kullmann, quelque peu déséquilibré, tire sur le chancelier et le blesse à la main, mais Bismarck n'en arrive pas moins à ceinturer son agresseur !
La montée des socialistes à l'extrême-gauche et la progression du Zentrum d'une élection à l'autre obligent le chancelier à réfréner sa haine du catholicisme. Après la mort de Pie IX en 1878 et l'avènement d'un pape plus conciliant en la personne de Léon XIII, Bismarck va progressivement abolir la plupart des lois de Mai, discrètement et par petites touches de façon à ne pas perdre la face.
Louis-Ferdinand Céline (1894 - 1961)
« Je le dis tout franc, comme je le pense, je préférerais douze Hitler plutôt qu'un Blum omnipotent. »
Source : Bagatelles pour un massacre (Denoël, 1937)
De son vrai nom Louis-Ferdinand Destouches, Céline est d'un avis assez général considéré comme l'un des plus grands écrivains français du XXe siècle. Mais ce sont surtout ses pamphlets antisémites de 1937 qui retiennent l'attention des historiens, comme celui ci-dessus...
Jonathan Swift (1667 - 1745)
« Burn everything that comes from England except its coal » (en anglais)
« Brûlez tout ce qui vient d'Angleterre, hors le charbon » (traduction)
Source : Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais
L'auteur célébrissime des Voyages de Gulliver (1720) est né à Dublin, en Irlande, dans une famille anglicane d'origine anglaise. Il ne tarde pas à souffrir des discriminations qui frappent les habitants de l'île, tant catholiques qu'anglicans. Il est l'un des premiers Irlandais à se révolter contre cet état de fait. C'est ainsi qu'il publie en 1720 un Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais d'où est tiré l'ironique formule ci-dessus.
En 1729, trois ans après la publication de son chef d'oeuvre, Les voyages de Gulliver (à la fois conte d'enfant et satire de la société moderne), Swift récidive avec une Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. Dans ce pamphlet inspiré par la profonde misère qui sévit en Irlande, il propose rien moins que de rôtir et manger les enfants en surnombre : «Quand à notre ville de Dublin, on pourrait y aménager des abattoirs, dans les quartiers les plus appropriés, et qu'on en soit assuré, les bouchers ne manqueront pas, bien que je recommande d'acheter plutôt les nourrissons vivants et de les préparer "au sang" comme les cochons à rôtir»...
Voltaire (1694 - 1778)
« I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it » (en anglais)
« Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer » (traduction)
Source : citation faussement attribuée à Voltaire par Evelyn Beatrice Hall (1906)
Cette célèbre formule, devenue en France le paradigme de la liberté d'expression, a été inventée par un auteur anglo-saxon, Evelyn Beatrice Hall. Elle figure dans son livre : The friends of Voltaire (Les amis de Voltaire), publié en 1906 sous le pseudonyme S[tephen] G. Tallentyre.
Par cette formule faussement attribuée à Voltaire, l'auteure a voulu exprimer l'idée qu'elle se faisait de lui.
Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, pratiquait une tolérance très sélective !
Il s'est ainsi réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s'est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron. Ses écrits regorgent aussi de propos haineux et méprisants à l'égard des humbles, des catholiques, des Turcs, des mahométans, des noirs etc.
Victor Hugo (1802 - 1885)
« L'inviolabilité de la vie humaine est le droit des droits. Tous les
principes découlent de celui-là. Il est la racine, ils sont les
rameaux. L'échafaud est un crime permanent. C'est le plus insolent des
outrages à la dignité humaine, à la civilisation, au progrès. Toutes
les fois que l'échafaud est dressé, nous recevons un soufflet. Ce
crime est commis en notre nom. »
Source : Actes et Paroles vol. II - Pendant l'exil 1852-1870
En exil à Guernesey sous le Second Empire, Victor Hugo cultive sa fonction de conscience morale et universelle. Il poursuit son combat contre la peine de mort, entamé dans sa jeunesse, au temps où il était encore royaliste. C'est ainsi qu'il écrit les mots ci-dessus en réponse à la lettre d'un comité central italien pour l'abolition de la peine de mort (sa réponse est est datée de Hauteville-House, samedi 4 février 1865).
Jean Fourastié (1907 - 1990)
« Ne doit-on pas dire glorieuses les trente années qui séparent Madère de
Cessac, et ont fait passer Douelle et la France de la pauvreté millénaire,
de la vie végétative traditionnelle, aux niveaux de vie et genres de vie
contemporains ?
- À meilleur titre certainement que « les trois glorieuses » de 1830 qui, comme la plupart des révolutions, ou bien substituent un despotisme à un autre, ou bien, et ce sont de meilleurs cas, ne sont qu'un épisode entre deux médiocrités... »
Source : Les trente glorieuses (Pluriel, Fayard, 1979, page 27)
En 1979, l'économiste Jean Fourastié publie Les Trente Glorieuses (Fayard), un livre dans lequel il baptise de la sorte les trois décennies de croissance rapide qui séparent la Libération (1944) de la guerre du Golfe et du premier choc pétrolier (1974). L'expression fait florès. Elle est toujours régulièrement employée pour qualifier l'après-guerre, avec un soupçon de nostalgie (on pense à l'expression Belle Époque qui qualifia de même, a postériori, la génération précédant la Grande Guerre.
Jésus-Christ (6 avant JC - 33)
« Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Source : Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean (8,1-11)
La formule ci-dessus est extraite de l'un des passages les plus connus des Évangiles, dans lequel Jésus est sommé par les élites locales de juger une femme adultère conformément à la loi de Moïse :
Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer et disent à Jésus : «Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ?» Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.

Allait-il se placer en contradiction avec son message de compassion ? Que nenni ! Il se tire du piège avec habileté :
Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : «Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre». Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui...
Plus important que cela, Jésus ne se contente pas de ruser avec les prétentieux scribes. Resté seul avec la femme adultère, il lui pardonne après avoir pris en compte le fait qu'elle avait réellement péché.
C'est le principe chrétien de la rédemption, selon lequel le pardon et la pénitence peuvent effacer le péché, qui s'exprime dans ce texte :
Il se redressa et lui demanda : «Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ?» Elle répondit : «Personne, Seigneur». Et Jésus lui dit : «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus».
Maurice Thorez (1900 - 1964)
« Il faut savoir finir une grève »
Les élections législatives du 3 mai 1936 portent au pouvoir, en France, le Front populaire.
Dans les entreprises, c'est aussitôt l'embrasement. Les « grèves sur le tas » se multiplient dans l'attente de mesures sociales qui n'ont que trop tardé depuis l'instauration de la IIIe République.
Le gouvernement de Léon Blum restaure précipitamment la paix sociale en signant avec les représentants patronaux et syndicaux les accords Matignon dans la nuit du 7 au 8 juin 1936 (l'hôtel Matignon est la résidence du président du Conseil).
Ces accords de Matignon prévoient des augmentations de salaires, l'élection de délégués ouvriers dans les usines, l'établissement de contrats collectifs et non plus individuels,...
Fort de ce succès, Maurice Thorez, secrétaire général du parti communiste, lance un appel aux grévistes le 11 juin 1936, à Paris : « il faut savoir terminer [une grève] dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles revendications ». Le travail reprend peu à peu dans les entreprises...
Catherine de Médicis (1519 - 1589)
« J'ai eu la fille toute nue ! »
Cette exclamation primesautière est attribuée au roi de France François Ier par l'historien Jean Orieux (Catherine de Médicis, la reine noire, J'ai lu, 2001).
Il ne s'agit pas des gaudrioles d'un roi très leste, mais de sa déception à constater que Catarina Medici (1519-1589), mariée à 14 ans à son fils cadet, le duc Henri d'Orléans, du même âge qu'elle, n'avait pas apporté les profits escomptés (apanages, faveurs, dot, bijoux), sur la foi des bonnes paroles de son oncle, le pape Clément VII de Médicis.
Pourtant, Catherine, fille de feu le duc de Florence Lorenzo II Medici (Laurent II de Médicis) et de Madeleine de La Tour d'Auvergne, incarnait la fortune de la richissime Florence.
Le mariage se révéla stérile pendant plus de dix ans, avant que l'épouse du prince puis roi (sous le nom d'Henri II) ne mette au monde dix enfants dont trois accèderont au trône (François II, Charles IX et Henri III).
Catherine dut supporter sans mot dire la bonne fortune de Diane de Poitiers, maîtresse de son royal époux. Mais devenue régente à la mort tragique d'Henri II (1559), elle se révèlera un défenseur acharné de l'intégrité du royaume en butte aux menées des grands féodaux souvent habillés d'idéologie religieuse.
Son caractère dissimulé, son habit noir, son goût mélodramatique pour les devins et les intrigues «florentines» lui ont valu une réputation de conspiratrice largement usurpée.
Catherine de Médicis contribua à diffuser en France les moeurs et le goût italiens. Elle fit construire le Louvre et le palais des Tuileries. Elle avait adopté pour devise «Lacrymae hinc, hinc dolor» (De là viennent mes larmes et ma douleur) et pour emblème une lance brisée...
Alexis de Tocqueville (1805 - 1859)
« Je ne crois pas que la France puisse songer sérieusement à quitter
l'Algérie. L'abandon qu'elle en ferait serait aux yeux du monde l'annonce certaine de sa décadence. »
Alexis de Tocqueville a 25 ans en 1830. Jeune homme rêvant d'aventure et d'exotisme, il songe à s'établir en Algérie et se montre favorable à sa
conquête.
Plus tard, au terme de plusieurs séjours de l'autre côté de la Méditerranée, il écrit dans un Travail sur l'Algérie (octobre 1841) destiné aux parlementaires : «Je ne crois pas que la France puisse songer sérieusement à quitter l'Algérie. L'abandon qu'elle en ferait serait aux yeux du monde l'annonce certaine de sa décadence.»
Après ce préliminaire, Tocqueville justifie la guerre de conquête, non sans regretter les excès qu'elle entraîne : «Pour ma part, j'ai rapporté d'Afrique la notion affligeante qu'en ce moment nous faisons la guerre d'une manière beaucoup plus barbare que les Arabes eux-mêmes. C'est, quant à présent, de leur côté que la civilisation se rencontre.
Cette manière de mener la guerre me paraît aussi inintelligente qu'elle est cruelle (...).
D'une autre part, j'ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n'approuve pas, trouver mauvais qu'on brûlât les moissons, qu'on vidât les silos et enfin qu'on s'emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants.
Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles
tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre. Et, s'il faut dire ma pensée, ces actes ne me révoltent pas plus ni même autant que plusieurs autres que le droit de la guerre autorise évidemment et qui ont lieu dans toutes les guerres d'Europe. En quoi est-il plus odieux de brûler les moissons et de faire prisonniers les femmes et les enfants que de bombarder la population inoffensive d'une ville assiégée ou de s'emparer en mer des vaisseaux marchands appartenant aux sujets d'une puissance ennemie ?» (oeuvres
de Tocqueville, La Pléiade, tome 1, pages 704 et 705).
Malgré tout lucide, l'historien ajoute en 1847 :
«Autour de nous, les lumières se sont éteintes. Nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu'elle n'était avant de nous connaître.»
Jean Calvin (1509 - 1564)
« Brûler n'est pas répondre et il est plus facile de trouver des dominicains que des raisons. »
Cette ferme réplique a été formulée par Jean Calvin à propos de la condamnation au feu d'écrits réformés contraires au dogme catholique. L'allusion aux dominicains rappelle que cet ordre religieux était en charge de l'Inquisition depuis le Moyen Âge et qu'il lui revenait de traquer les hérésies. Notons que Calvin n'a pas lui-même fait preuve d'un grand esprit de tolérance dans la République de Genève où s'exerçait son autorité spirituelle...
Léon Blum (1872 - 1950)
« Nous avons trop l'amour de notre pays pour désavouer l'expansion de la pensée, de la civilisation françaises... Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l'industrie. »
Ces propos de l'illustre leader de la SFIO socialiste ont été prononcés devant la Chambre des députés le 9 juillet 1925 (note).
Ils sont dans la continuité de Jules Ferry et témoignent de la permanence des idéaux colonialistes dans la gauche républicaine, au nom de l'« universalisme » de ses valeurs et de ses priorités.
Akhénaton (Amenhotep IV) (règne : 1379 - 1362 avant JC)
« Que ton aurore est belle à l'horizon du ciel, O Aton vivant, initiateur de la vie! »
Aménophis IV est un pharaon égyptien de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire). Il gouverne aux côtés de sa femme Nefertiti, dont quelques portraits nous ont conservé la beauté.
Il entre en rébellion contre le puissant clergé d'Amon et tente d'imposer le culte d'un dieu unique, Aton. Lui-même prend le nom d'Akhenaton («Splendeur d'Aton») et fonde une éphémère capitale seulement connue sous son nom arabe, El Amarna. Dans cette ville, des temples à ciel ouvert permettent d'adorer le disque solaire (Aton lui-même).
Le culte d'Aton ne survivra pas à son fondateur, lequel nous a légué ce très beau poème mystique, reproduit par l'archéologue James Henry Breasted (1865-1935) :
« Que ton aurore est belle à l'horizon du ciel,
O Aton vivant, initiateur de la vie!
Lorsque tu te lèves à l'Orient,
Tu remplis l'univers de ta beauté.
Tu es beau, grand, éclatant, haut au-dessus de la terre,
Tes rayons embrassent la terre et tout ce que tu as créé.
Tu es Ré et tu les tiens tous captifs,
Tu les unis tous par ton amour
Quoique tu sois loin, tes rayons sont sur la terre.
Quoique tu sois haut, les traces de tes pas sont le jour. »
Jean Jaurès (1859 - 1914)
« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. »
Source : Discours à la Chambre des députés, 7 mars 1895.
La formule ci-dessus est une réinterprétation libre d'un discours de Jean Jaurès, député socialiste connu pour ses dons oratoires.
S'exprimant à la tribune de la Chambre des députés, celui-ci prononce une vigoureuse dénonciation de la société capitaliste, qu'il accuse d'être belliciste par essence, et propose sa vision d'une armée démocratique au service de la paix.
Il dit : « Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et pour le pouvoir ; tant que cette classe privilégiée, pour se préserver contre tous les sursauts possibles de la masse, s’appuiera ou sur les grandes dynasties militaires ou sur certaines armées de métier des républiques oligarchiques ; tant que le césarisme pourra profiter de cette rivalité profonde des classes pour les duper et les dominer l’une par l’autre, écrasant au moyen du peuple aigri les libertés parlementaires de la bourgeoisie, écrasant ensuite, au moyen de la bourgeoisie gorgée d’affaires, le réveil républicain du peuple ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées entre les peuples. [...]
Tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, malgré tous les congrès de la philanthropie internationale, la guerre peut naître toujours d’un hasard toujours possible… Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l’orage. (Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)
Messieurs, il n’y a qu’un moyen d’abolir la guerre entre les peuples, c’est abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie — qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille — un régime de concorde sociale et d’unité. Et voila pourquoi si vous regardez non aux intentions qui sont toujours vaines, mais à l’efficacité des principes et à la réalité des conséquences, logiquement, profondément, le Parti socialiste est, dans le monde, aujourd’hui, le seul parti de la paix. »
En 1899, l'intégralité du discours est publiée par Charles Péguy dans le recueil Action socialiste. On y retrouve déjà les thèmes qui seront développés en avril 1910 dans L'Armée nouvelle, un essai dans lequel Jaurès propose une alternative à l'armée de conscription. Son plaidoyer internationaliste et pacifiste lui vaut d'être assassassiné à la veille de la Grande Guerre.
Henri Queuille (1884 - 1970)
« Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre. »
Élu corrézien plusieurs fois ministre et Président du Conseil sous la IVe République, Henri Queuille doit sa notoriété posthume à l'aphorisme ci-dessus.
Autant il pouvait se comprendre sous la IVe République quand la croissance économique avait raison de tous les obstacles ; autant il est insupportable dans les crises, quand s'imposent des décisions fortes.
Henri Queuille serait aussi l'auteur d'un autre aphorisme volontiers repris par Jacques Chirac, élu de la Corrèze comme lui : « Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent ».
Stephen Decatur (1779 - 1820)
« Right or wrong, my country ! » (en anglais)
« Qu'elle ait raison ou tort, c'est ma patrie ! » (traduction)
Ce commodore de l’US Navy s’empara en 1804 du nid de pirates qu’était Tripoli (Libye). Mais il est surtout demeuré célèbre pour ses propos d'après-dîner lors d'une soirée de gala à Washington en avril 1816, dans lesquels on voit aujourd'hui l'expression d'un patriotisme aveugle :
« Our Country ! In her intercourse with foreign nations may she always be in the right ; but right or wrong, our country ! ».
« À notre patrie ! En concurrence avec les autres nations, puisse-t-elle être toujours dans son droit ; mais qu'elle soit ou non dans son droit, c'est notre patrie ! » (traduction libre).
Lucius Accius (-170 - -86)
« Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent. »
Source : Fragments
Fils d'un affranchi et auteur de tragédies aujourd'hui perdues, Lucius Accius met ces paroles dans la bouche d'Atrée, roi légendaire de Mycènes, père d'Agamemnon et grand-père d'Oreste.
Charles de Gaulle (1890 - 1970)
« Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamiento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruaient à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de quatre-vingt-quatre ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait »
Au Caire le 18 juin 1941, lors du premier anniversaire de l'Appel, le chef de la France libre exprime avec le talent oratoire qui est le sien tout le dégoût que lui inspire le gouvernement de la Collaboration.
Michel Rocard (1930 - 2016)
« Nous ne pouvons pas héberger en France toute la misère du monde... La France doit rester une terre d'asile mais pas plus »
Source : Le Monde diplomatique, Thomas Deltombe, 30 septembre 2009)
Michel Rocard, fils d'un grand physicien, fonde le PSU (Parti socialiste unifié) et popularise en France les idées d'autogestion yougoslave. Ayant rejoint le Parti socialiste de François Mitterrand en 1974, il va s'affirmer comme le rival de celui-ci. Sensible à sa popularité, le président ne l'en nomme pas moins à la fonction de Premier ministre en juin 1988.
C'est à ce titre qu'il intervient à l'Assemblée nationale le 6 juin 1989 : « Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles ».
Le 18 novembre 1989 à la Villette (Paris), Michel Rocard participe à la célébration des 50 ans de la Cimade, association d'aide aux migrants. De son intervention que les médias n'ont pas enregistrée, on a plus tard retenu cette formule : « N'y a-t-il pas aujourd'hui un certain détournement du droit d'asile qui, s'il n'y est pas porté remède, finira par menacer l'existence de ce droit lui-même ? (...) Il s'agit d'accueillir les personnes persécutées pour leur opinion et leurs engagements, notamment politiques, et elles seulement. (...) Car à confondre les réfugiés politiques et les demandeurs d'emploi, nous finirions par mettre en danger la Convention de Genève elle-même et, par conséquent, tous ceux pour qui elle est faite ».
Le 3 décembre 1989, sur TF1, face à la présentatrice Anne Sinclair, après l'affaire des « foulards islamiques » du collège de Creil, le Premier ministre renchérit : « Il faut lutter contre toute immigration nouvelle : à quatre millions… un peu plus : quatre millions deux cent mille étrangers en France, nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde : ce n’est pas possible. ».
À une question de la journaliste sur l'asile, il répond : « Les réfugiés, ce n’est pas une quantité statistique, c’est des hommes et des femmes qui vivent à Vénissieux, aux Minguettes, à Villeurbanne, à Chanteloup ou à Mantes-la-Jolie. Et là, il se passe des choses quand ils sont trop nombreux et qu’on se comprend mal entre communautés. C’est pourquoi je pense que nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde, que la France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique (…), mais pas plus ».
Le 7 janvier 1990, à l'Assemblée nationale, devant des élus socialistes « d'origine maghrébine », il va plus loin : « Aujourd’hui, je dis clairement — je n’ai pas de plaisir à le dire, j’ai beaucoup réfléchi avant d’assumer cette formule, il m’a semblé que mon devoir était de l’assumer complètement : la France n’est plus, ne peut plus être une terre d’immigration nouvelle. Je l’ai déjà dit et je le réaffirme : quelque généreux qu’on soit, nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde. Le temps de l'accueil de main-d'oeuvre étrangère relevant de solutions plus ou moins temporaires est donc désormais révolu ».
La déclaration scandalise par sa franchise les cercles intellectuels et dès le 10 janvier 1990, la Cimade, dans une conférence de presse, retourne la formule du Premier ministre : « Sans recevoir toute la misère du monde, nous avons pour devoir de prendre notre part de la misère du monde… ».
Beaucoup plus tard, le 24 août 1996, alors qu'il a quitté la vie politique et n'a plus de responsabilités, l'inspirateur de la « deuxième gauche » peaufine son image et corrige son propos en reprenant à son tour la formule de la Cimade : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part (...). Ce rappel des contraintes pesant sur les responsables politiques a été perversement interprété comme un ralliement à une doctrine d'immigration zéro qui n'a jamais été la mienne ».
Sébastien Castellion (1515 - 1563)
« Tuer un homme, ce n’est pas défendre une idée, ce n’est que tuer un homme »
L'humaniste et théologien Sébastien Castellion, natif du Bugey, près de Lyon, rejoint en 1541 Jean Calvin à Genève. Bon pédagogue, il devient recteur du collège de Rive, qui vient d'être créé.
Mais il va rompre avec Calvin suite à la condamnation au bûcher du médecin Michel Servet comme hérétique.
La condamnation a été prononcée par le Conseil de Genève, avec l'accord de Calvin. Celui-ci s'en justifie par un écrit mais dès l'année suivante, il s'attire une réponse cinglante de Castellion, qui publie sous un pseudonyme un opuscule simplement intitulé « Contra libellum Calvini » (Contre le libelle de Calvin).
C'est là que l'on retrouve la formule ci-desus, exprimée comme suit : « Lorsque les Genevois ont mis à mort Servet, ils n’ont pas défendu une doctrine, ils n’ont fait que tuer un homme. La violence endurcit le cœur qui ne s’ouvre pas à la mansuétude. On ne surmonte le mal, on ne dissipe les ténèbres que par la lumière, non par l’épée ».
Chassé de toutes parts et oublié, Castellion publiera encore en 1560 un Conseil à la France désolée dans lequel il préconise un compromis religieux qui sera repris par l'Edit de Nantes, une génération plus tard.
Montaigne (1533 - 1892)
« Les guerres civiles ont cela de pire que les autres guerres, de nous mettre chacun en sentinelle en sa propre maison »
Source : Essais
Homme de belle prestance, malgré sa petite taille, Pierre Eyquem de Montaigne inspire le respect aux gens de rencontre, y compris aux soudards et aux bandits.
Il n'empêche qu'il endure les guerres de religion avec la peur au ventre et s'en confie à son journal : « Je me suis couché mille fois chez moi, imaginant qu’on me trahirait et assommerait cette nuit-là : composant avec la fortune, que ce fût sans effroi et sans langueur : Et me suis écrié après mon patenôtre, Impius haec tam culta novalia miles habebit ? » [Ces terres que j’ai tant cultivées, c’est donc un soldat impie qui les aura ? Virgile, Églogues]
Retenons de lui cette triste formule hélas toujours vérifiée : « Les guerres civiles ont cela de pire que les autres guerres, de nous mettre chacun en échauguette [sentinelle] en sa propre maison » (Essais, III, 9, 970-1).
Vaugelas (1585 - 1650)
« Le bon usage, c’est la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’écrire de la plus saine partie des auteurs du temps. »
Originaire de Savoie, Claude Favre, baron de Pérouges et seigneur de Vaugelas, fut l'un des membres fondateurs de l'Académie française dont il mit en en chantier le Dictionnaire en se consacrant pendant quinze ans aux cinq premières lettres.
Sa conception de la langue se reflète dans la définition célèbre qu'il donne du bon usage : « Il y a sans doute deux sortes d’Usages, un bon et un mauvais. Le mauvais se forme du plus grand nombre de personnes, qui presque en toutes choses n’est pas le meilleur, et le bon au contraire est composé non pas de la pluralité, mais de l’élite des voix... Voicy donc comme on definit le bon Usage. C’est la façon de parler de la plus saine partie de la Cour, conformément à la façon d’escrire de la plus saine partie des Autheurs du temps ».
En d'autres termes, ce n'est pas selon lui de façon informelle, dans les faubourgs et les villages, que s'ébauche la langue mais à la Cour, de façon autoritaire, sous l'égide du souverain.
Ne lui donnons pas tort. Cette gestion de la langue a permis au français de devenir une grande langue littéraire à vocation universelle et lui a évité de subir le sort du créole, du sabir ou d'un quelconque patois.
Son autorité littéraire était incontestée et le beau monde du XVIIe siècle s'appliqua à « parler Vaugelas » selon la formule de Molière.
Sir Winston Churchill (1874 - 1965)
« Chaque fois qu'il nous faudra choisir entre l'Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. »
Le 19 septembre 1946, à l'Université de Zurich, Winston Churchill, ex-Premier ministre britannique, appelle de ses vœux les « États-Unis d'Europe » sur la base d'une réconciliation franco-(ouest-)allemande... mais sans la Grande-Bretagne. À ses yeux, son pays a vocation à être seulement « au nombre des amis et garants de cette nouvelle Europe ».
Rappelons l'adresse de Churchill à de Gaulle en juin 1944 : « Sachez-le, général ! Chaque fois qu'il nous faudra choisir entre l'Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. Chaque fois qu'il me faudra choisir entre vous et Roosevelt, je choisirai Roosevelt ».
À Zurich, il ne pense sans doute pas autrement : « Chers amis continentaux, à deux reprises déjà, vous nous avez impliqués dans vos querelles. Faites donc la paix entre vous une bonne fois pour toutes et laissez-nous mener nos affaires avec le vaste monde ».
Toutefois, ses rivaux travaillistes, au pouvoir en Grande-Bretagne depuis juillet 1945 avec Anthony Eden, restent quant à eux fidèles à la tradition diplomatique britannique de l'équilibre des pouvoirs (balance of power). Le 4 mars 1947, ils signent avec la France le traité de Dunkerque par lequel ils s'engagent à soutenir militairement la France dans l'éventualité (très improbable) d'une renaissance du militarisme allemand.
Hérodote (484 av. J.-C. - 425 av. J.-C.)
« En temps de paix, les fils ensevelissent leurs pères ; en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils. »
Cette observation troublante est extraite des Enquêtes du voyageur grec Hérodote. Il est à juste titre considéré comme le père de l'Histoire...
Louis XIV (1638 - 1715)
« Il arrive souvent qu'on veut obscurcir le mérite des bonnes actions en s'imaginant que le monde se gouverne de lui-même, par certaines révolutions fortuites et naturelles, qu'il était impossible d'éviter : opinion que les esprits du commun reçoivent sans peine parce qu'elle flatte leur peu de lumière et leur paresse, leur permettant d'appeler leurs fautes du nom de malheur et l'industrie d'autrui du nom de bonne fortune. »
Cette citation ci-dessus est extraite de l'essai de Jacques Bainville, Les conséquences politiques de la paix (1920). Elle illustre le bon sens du Roi-Soleil et sa confiance en l'action politique et individuelle...
Jacques Chirac (1932 - 2019)
« Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. »
Source : Régis Guyotat, Le débat sur l'immigration Le maire de Paris : « Il y a overdose », Le Monde, 21 juin 1991
Le 19 juin 1991, lors d’un dîner-débat à Orléans, devant 1 300 militants et sympathisants RPR, le maire de Paris, Jacques Chirac, déclare :
« Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs. (…) Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte d'or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. Nous n'avons plus les moyens d'honorer le regroupement familial, et il faut enfin ouvrir le grand débat qui s'impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s'il est naturel que les étrangers puissent bénéficier, au même titre que les Français, d'une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu'ils ne paient pas d'impôt ! (...) Il faut que ceux qui nous gouvernent prennent conscience qu'il y a un problème de l'immigration, et que si l'on ne le traite pas et, les socialistes étant ce qu'ils sont, ils ne le traiteront que sous la pression de l'opinion publique, les choses empireront au profit de ceux qui sont les plus extrémistes. »
Suite au tollé provoqué par son discours, Jacques Chirac affirme le lendemain que le FN n'a pas « le monopole de souligner les vrais problèmes », et qu'il a lui aussi le droit d'« exprimer tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ».
François Mitterrand (1916 - 1996)
« Le seuil de tolérance [en matière d'immigration] a été atteint dès les années 1970. »
Source : interview accordée à Christine Okrent, Antenne 2, 1989
Le 10 décembre 1989, le président de la République François Mitterrand accorde une interview télévisée à la rédaction d'Europe 1 et d'Antenne 2 au cours de laquelle il se prononce sur le « seuil de tolérance » :
- [Question de Christine Ockrent] : Justement, Monsieur Mitterrand, est-ce que vous acceptez, comme une grande majorité de Français, cette notion qu'il y a en fait un seuil de tolérance ? Est-ce que c'est une notion que vous acceptez ?
- [François Mitterrand] : Ne me demandez pas mon avis sur le caractère moral, bien que j'aie quelque opinion, mais le seuil de tolérance a été atteint dès les années 1970 où il y avait déjà 4 100 000 à 4 200 000 cartes de séjour, comme à partir de 1982.
Le 12 janvier 1990, François Mitterrand revient sur l’emploi de l'expression « seuil de tolérance » à l'occasion d'une interview au journal Vendredi :
« J'ai parlé de "seuil de tolérance" parce que la question m'avait été posée. Mais un débat avec quatre journalistes va vite et ma réponse a été trop elliptique. "Le seuil de tolérance" est une notion trop vague pour n'être pas suspecte. J'ai simplement constaté en réalité le nombre d'immigrés en France disposant d'un titre de séjour et donc acceptés par les instances administratives était à peu près constant depuis quinze ans. (…) Le principe de mon action est simple. Les travailleurs étrangers reconnus par nos lois ont leur place, toute leur place parmi nous. Les autres, qui ne peuvent rester en France, doivent être traités conformément au droit des gens. »
Napoléon Bonaparte (1769 - 1821)
« Citoyens, la révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée »
En présentant la Constitution qui consacre son pouvoir et installe le Consulat, le Premier Consul Napoléon Bonaparte déclare devant le Sénat, le 24 Frimaire An VII (15 décembre 1799) : « La Constitution est fondée sur les vrais principes du gouvernement représentatif, sur les droits sacrés de la propriété, de l'égalité, de la liberté. Les pouvoirs qu'elle institue sont stables et forts ». Et il conclut par les mots ci-dessus.
Ne nous méprenons pas sur leur sens. Ils signifient non pas que l'on tournerait le dos à la Révolution mais au contraire que la Révolution a achevé son oeuvre et que l'on peut désormais s'appuyer sur celle-ci pour construire l'avenir.
Pétri de culture classique, Napoléon Bonaparte a toujours eu un sens aigu de la continuité de l'Histoire. On lui prête ainsi cette formule que tout dirigeant de la France devrait avoir en permanence au cœur : « De Clovis jusqu’au Comité de salut public, je me sens solidaire de tout ».
Charles de Gaulle (1890 - 1970)
« La véritable école du commandement est celle de la culture générale. »
Source : Vers l'Armée de métier, dernier chapitre (Commandement)
« La véritable école du commandement est celle de la culture générale. Par elle, la pensée est mise à même de s'exercer avec ordre, de discerner dans les choses l'essentiel de l'accessoire, (...) de s'élever à ce degré où les ensembles apparaissent sans préjudice des nuances. Pas un illustre capitaine qui n'eût le goût et le sentiment du patrimoine et de l'esprit humain. Au fond des victoires d'Alexandre, on retrouve toujours Aristote... ».
Il serait bon que nos ministres, nos inspecteurs d'académie et nos directeurs d'écoles et d'université réfléchissent à ce propos de Charles de Gaulle, alors colonel d'état-major. Ils comprendraient combien il est important d'assurer aux écoliers la maîtrise et le goût de la lecture afin qu'ils puissent engranger des connaissances et une bonne capacité de réflexion tout au long de leurs vingt années de formation initiale.
Alexis de Tocqueville (1805 - 1859)
« Quand l'inégalité est la loi commune d'une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l'œil ; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C'est pour cela que le désir de l'égalité devient toujours plus insatiable a mesure que l'égalité est plus grande. »
Source : De la démocratie en Amérique (tome 3, édition de 1840)
Dans le droit fil de l'observation ci-dessus, le penseur Alexis de Tocqueville montrera dans L'Ancien Régime et la Révolution (1856) que les droits féodaux étaient devenus en 1789 d'autant plus insupportables aux Français qu'ils avaient déjà pour l'essentiel disparus ! Au contraire, dans des pays comme la Hongrie ou la Russie, ils étaient encore très vivants mais parfaitement acceptés car ils étaient considérés comme faisant partie de la nature des choses.
Cette observation, dite « paradoxe de Tocqueville », peut s'appliquer à quantité de phénomènes sociaux, politiques ou moraux (harcèlement sexuel, violences à l'égard des femmes, homophobie, intolérance religieuse etc.). Ces phénomènes sont d'autant plus réprouvés qu'ils sont marginaux. Ainsi, c'est en Suède plus qu'au Mexique que les femmes se plaignent d'être battues et en France plus qu'en Algérie que le racisme anti-noir est dénoncé...
Nicolas Boileau (1636 - 1711)
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. »
Contemporain de Louis XIV, ami de Molière, de La Fontaine et de Racine, le poète Nicolas Boileau est le représentant le mieux affirmé de la littérature classique. Il a formulé les règles qui sont supposées régir le théâtre et exprimé dans L'Art poétique son amour du beau langage :
Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d’un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le sauroit percer.
Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu’en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
[...]
Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
Jésus-Christ (6 av. J.-C. - 33)
« Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Source : Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean (8,1-11)
La formule ci-dessus est extraite de l'un des passages les plus connus des Évangiles, dans lequel Jésus est sommé par les élites locales de juger une femme adultère conformément à la loi de Moïse :
Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer et disent à Jésus : «Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ?» Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.

Allait-il se placer en contradiction avec son message de compassion ? Que nenni ! Il se tire du piège avec habileté :
Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : «Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre». Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui...
Plus important que cela, Jésus ne se contente pas de ruser avec les prétentieux scribes. Resté seul avec la femme adultère, il lui pardonne après avoir pris en compte le fait qu'elle avait réellement péché.
C'est le principe chrétien de la rédemption, selon lequel le pardon et la pénitence peuvent effacer le péché, qui s'exprime dans ce texte :
Il se redressa et lui demanda : «Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ?» Elle répondit : «Personne, Seigneur». Et Jésus lui dit : «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus».
Jean-Marie Le Pen (1928 - 2025)
« Les chambres à gaz [sont] un point de détail de la Seconde Guerre mondiale »
Le 13 septembre 1987, à quelques mois des élections présidentielles, le fondateur du Front national (FN) Jean-Marie Le Pen est invité au Grand-Jury RTL-Le Monde. Interrogé sur le négationnisme, il répond : « Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c'est un point de détail de la Seconde Guerre mondiale. » Un peu plus loin : « Voulez-vous me dire que c'est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire ? C'est une obligation morale? »
Jean-Marie Le Pen ne tardera pas à comprendre qu'il est allé trop loin dans sa volonté de provocation. Désormais classé comme antisémite et négationniste, il va unir contre son parti tous les autres partis et se voir interdire la possibilité d'accéder au pouvoir suprême. Il devra se contenter d'accéder au second tour des présidentielles le 21 avril 2002 et de réussir sous son nom tous les déçus et les inquiets de la mondialisation et de l'ouverture des frontières.
Abraham Maslow (1908 - 1970)
« I suppose it is tempting, if the only tool you have is a hammer, to treat everything as if it were a nail. » (en anglais)
« Si le seul outil dont vous disposez est un marteau, vous tendez à tout traiter comme un clou. » (traduction)
Source : The Psychology of Science (1966)
Le psychologue américain Abraham Maslow est à l'origine de la fameuse Pyramide des besoins, selon laquelle les besoins individuels sont hiérarchisés : au premier stade viennent les besoins physiologiques (boire, manger, dormir) sans l'accomplissement desquels nous sommes voués à mourir très vite ; ensuite les besoins de sécurité, puis d'appartenance, d'estime, et enfin d'accomplissement (Motivation and Personnality, 1954). Chacun d'entre nous s'oblige à combler les besoins de niveau inférieur avant de prétendre aspirer à un besoin de niveau supérieur.
Par la citation ci-dessous, le psychologue met en évidence un biais cognitif fréquent, depuis lors appelé « effet marteau » ou « marteau de Maslow » qui nous conduit à utiliser les approches qui nous sont familières pour résoudre tous les problèmes, sans que ces approches soient les mieux adaptées.
Gilbert Keith Chesterton (1876 - 1936)
« The modern world is full of the old Christian virtues gone mad. » (en anglais)
« Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. » (traduction)
Source : Orthodoxie
L'Anglais Chesterton, romancier et journaliste prolifique, militant chrétien et quelque peu réactionnaire, est aujourd'hui surtout connu pour son art de la formule choc. Celle-ci est la plus connue. Citons le passage originel : « The modern world is not evil; in some ways the modern world is far too good. It is full of wild and wasted virtues… The modern world is full of the old Christian virtues gone mad. The virtues have gone mad because they have been isolated from each other and are wandering alone. » Citons encore cette formule pleine d'ironie : « Le féminisme pense que les femmes sont libres lorsqu'elles servent leurs employeurs mais esclaves lorsqu'elles aident leurs maris ».
Pap Ndiaye (1965)
« Bien que son origine soit la lutte contre le racisme, et que cette question reste essentielle, il n’y a plus une cause unique attachée au woke. »
Source : Le Monde
Le mouvement woke (« éveillé » en français) est issu de la lutte contre le racisme des Noirs américains ainsi que le rappelle Pap Ndiaye, professeur à Sciences Po et spécialiste des relations sociales aux États-Unis, dans un entretien publié par Le Monde le 8 février 2021 : « Bien que son origine soit la lutte contre le racisme, et que cette question reste essentielle, il n’y a plus une cause unique attachée au woke. C’est un ensemble de causes, qu’on peut schématiser par un grand triangle militant qui mobilise une partie de la jeunesse mondiale : un premier angle est l’antiracisme (et le mouvement Black Lives Matter), qui a montré toute sa force en 2020 ; un deuxième est l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique (Greta Thunberg est une figure typiquement woke) ; le troisième angle est l’égalité femmes-hommes, la défense des minorités sexuelles et la lutte contre les violences sexuelles et sexistes (#metoo). »









