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21 avril 1960

Brasilia capitale de l'espoir


Le 21 avril 1960, Brasilia devient officiellement la capitale du Brésil. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'événement survient le jour anniversaire de la fondation de Rome...

Quatre ans plus tôt, le président brésilien Juscelino Kubitschek avait décidé de construire une nouvelle capitale en plein coeur du pays, dans les steppes de l'État de Goiás, afin de réorienter le développement du Brésil vers l'intérieur.

L'oeuvre de l'urbaniste Lucio Costa et de l'architecte Oscar Niemeyer est fidèle au « style international » inventé par Le Corbusier. Elle ravit les esthètes mais ne convainc pas ses habitants ni les nostalgiques de l'ancienne capitale, Rio de Janeiro.

Yves Chenal

Pourquoi une nouvelle capitale ?

La première capitale du Brésil colonial, Salvador de Bahia, a été fondée en 1549 à la pointe orientale du pays. Elle a conservé son statut durant deux siècles avant d'être remplacée par Rio de Janeiro en 1763.

Il apparaît bientôt aux dirigeants du pays que le sud très développé avec São Paulo, Belo Horizonte et Rio, au cœur des régions minières et caféières, risque de phagocyter le reste du Brésil. Comment unifier la nation et exploiter ses possibilités si la capitale est située en marge de ce territoire ? La constitution républicaine de 1891, inspirée de celle des États-Unis, prévoit donc dans son troisième article la construction d'une nouvelle capitale sur le plateau central.

Ce texte reste lettre morte jusqu'à l'entrée en fonction du président Juscelino Kubitschek, en 1956 ! Ce dernier, qui succède à Getúlio Vargas dans des conditions très difficiles, décide de créer une nouvelle capitale conforme à la Constitution afin de consolider sa légitimité.

Ce grand projet doit lui assurer de nouveaux soutiens dans le pays. Il en fait donc un argument de campagne et, dès 1957, fixe par décret la date d'inauguration de la nouvelle capitale, le 21 avril 1960, double anniversaire, de la fondation de Rome d'une part, de l'exécution du premier héros de l'indépendance brésilienne, Tiradentes, en 1792, d'autre part.

Le symbole du nouveau Brésil

C'est l'urbaniste Lúcio Costa qui dessine les plans de la nouvelle capitale, avec l'idée très affirmée qu'elle doit symboliser l'extrême modernité du Brésil. Il trace deux axes, l'Axe monumental (est-ouest), le long duquel sont implantés les ministères et bâtiments officiels, mais aussi les activités commerciales, et un deuxième axe, courbe (nord-sud), sur lequel sont implantés les quartiers d'habitation, superquadras. Le tout a la forme d'une croix ou d'un avion, symbole de cette capitale éloignée de tout et tributaire des liaisons aériennes. Au croisement des axes, la gare routière.

L'architecte Oscar Niemeyer est responsable des bâtiments principaux, dont le plus important est sans doute la cathédrale, structure hyperboloïde, avec une base circulaire de 70 mètres de diamètre, dont les piliers convergent avant de s'écarter de nouveau en haut.

Tout est loin d'être achevé lorsque la capitale est inaugurée au jour dit (la cathédrale elle-même ne sera consacrée qu'en 1970). Peu importe. Le cardinal archevêque de Lisbonne, dom Manuel Gonçalves Cerejeira, prononce la messe d'inauguration de la ville avec la croix de fer de Cabral, découvreur du Brésil, qui avait servi lors de la première messe célébrée au Brésil ; symbole du renouveau dans la continuité.

Un bilan contrasté

La fondation de Brasília a incontestablement donné une dynamique nouvelle au Brésil, qui s'est dès lors tourné vers l'intérieur et vers l'exploitation de l'Amazonie, pour le meilleur... et pour le pire, d'un point de vue écologique.

Cependant, certaines des ambitions urbanistiques n'ont pu être réalisées. Le système de quartiers indépendants, les superquadras, regroupant commerces et écoles, tend à isoler leurs habitants et rend indispensable l'utilisation de la voiture, car la rue n'est plus pensée comme un lieu d'interaction sociale : Brasília est une ville conçue pour l'automobile.

Faute d'avoir les moyens d'accéder à ces superquadras, lesquels abritent en tout et pour tout 300 000 habitants, les migrants des régions pauvres du nord-est, attirés par la capitale, s'entassent dans des villes-satellites chaotiques, séparées du centre par une « ceinture verte » qui préserve l'écosystème et fournit un espace de détente aux citadins. Au total, deux millions de personnes environ.

Comme Brasília demeure presque exclusivement une ville administrative et n'a pas d'emploi à leur offrir, le taux de chômage y est très élevé.

Politiquement, la construction de la nouvelle capitale a permis à court terme de stabiliser le pouvoir, mais n'a pas empêché le coup d'État militaire de 1964.

Publié ou mis à jour le : 2017-04-20 11:39:50

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