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Turcs et Russes

3- Deux « hommes malades »


Chacun à leur manière enfants de Byzance, Russes et Ottomans se sont affrontés pendant plus de trois siècles autour de la mer Noire. Au début du XIXe siècle, la survie de l’empire ottoman est en jeu.

À Saint-Pétersbourg, à la cour des Romanov, on commence à rêver  à une reconquête de l’ancienne Constantinople : c’est le début de « la question d’Orient ».

Vue de Constantinople, Félix Ziem, 1864, musée des Beaux-Arts de Rouen, DR.

La Russie avance ses pions

Suite aux victoires russes de la fin du XVIIIe siècle, Potemkine, l’influent conseiller de l’impératrice Catherine II, envisage de reconstituer un empire byzantin dirigé par Constantin, petit-fils de la souveraine. Il encourage les populations orthodoxes à se soulever, à commencer par celles de Moldavie et Valachie (Roumanie actuelle).

En 1787 débute une nouvelle guerre russo-turque. La Sublime Porte, en grande difficulté, est sauvée par la Révolution française qui amène l’Autriche à se retirer du conflit. La Russie signe une paix de compromis à Iassy, en Roumanie, en 1792, et se voit confirmer le Dniestr pour frontière. Parallèlement, elle poursuit son avancée au Caucase et annexe la Géorgie en 1800.

En guerre contre Napoléon 1er, le tsar Alexandre 1er en profite pour occuper à nouveau les principautés roumaines. Par le traité de Bucarest du 28 mai 1812, sous la supervision de l'illustre maréchal Koutouzov, la Russie devient le garant des principautés roumaines ainsi que de la Serbie, qui obtient son autonomie. Elle annexe aussi la Bessarabie roumanophone (événement dont est issue l’actuelle ex-république soviétique de Moldavie).

Alexandre Ier présente à Napoléon les Kalmouks, les Cosaques et les Bachkirs de l'armée russe le 9 juillet 1807, Pierre-Nolasque Bergeret, XIXe siècle, château de Versailles, DR.

Avec la chute de Napoléon et le retour de l'autocratie, la Russie se méfie désormais des revendications autonomistes des chrétiens de l'empire ottoman, trop libéraux à son goût. Mais quand les Grecs se rebellent, dans les années 1820, Nicolas Ier ne peut faire moins que d’intervenir aux côtés des Anglais et des Français. 

Comte Paul Kisseleff, Franz Krüger, 1851, Saint-Petersbourg.Par le traité d'Andrinople du 14 septembre 1829, la Russie se voit confirmer la possession de la Géorgie et obtient la libre circulation pour ses navires marchands dans les Détroits (Dardanelles et Bosphore, entre mer Égée et mer Noire).

Elle fait nommer le comte Kisseleff à la tête des provinces ottomanes de Moldavie et Valachie. Parallèlement, elle affermit son emprise sur le Caucase mais doit faire face à la résistance de l’imam Chamil à partir du Daghestan, qui perdure jusqu’en 1859.

Le ciel s'obscurcit au-dessus de la Sublime Porte. L’Algérie, nominalement sous autorité ottomane, est occupée par la France et le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali défie le sultan.

C'en est trop pour le tsar qui veut conserver le sultan sur son trône pour l'exploiter à sa guise. Quand, en 1832, l'armée égyptienne se rapproche dangereusement d'Istamboul, la flotte russe vient mouiller dans le Bosphore afin de protéger le sultan Mahmoud II !

Modernisations hasardeuses

En 1848, le « printemps des peuples » change une nouvelle fois la donne. La Russie joue un rôle central dans la répression de mouvements nationaux qui menacent son empire. Elle intervient en Hongrie pour le compte du nouvel empereur autrichien François-Joseph et soutient la répression que mènent les Turcs dans les principautés roumaines.

Le tsar Nicolas Ier, lithographie, 1824, Palais d'Hiver, Saint-Pétersbourg.Désormais, Nicolas Ier, qui pense tenir sous influence l’Autriche et la Prusse, se sent en mesure de proposer à la Grande-Bretagne un partage qui mettrait sous l’égide de l’empire russe les principautés roumaines, la Serbie, la Bulgarie et les Détroits, l’Égypte étant placée dans la sphère de l’Angleterre.

Chacun connaît la formule du tsar : « Nous avons sur les bras un homme malade, très malade, déclare Nicolas 1er à l'ambassadeur britannique Hamilton Seymour en janvier 1853, à l'occasion d'une réception à Saint-Pétersbourg. Ce serait un grand malheur s'il devait nous échapper avant que les dispositions nécessaires soient prises »

En 1852, une querelle surréaliste entre clergés catholique et orthodoxe à Bethléem, en Terre Sainte, met le feu aux poudres. L'empereur des Français Napoléon III défend le clergé latin pour se concilier le parti catholique et restaurer le rôle traditionnel de la France en Orient. De son côté, Nicolas 1er se pose en protecteur des chrétiens orthodoxes. Il en vient à déclarer la guerre à l’empire ottoman en 1853. C’est une immense erreur de calcul : le Royaume-Uni entre aussitôt en guerre contre la Russie, allié à la France. Le débarquement des troupes franco-anglaises en Crimée en 1854 est suivi par le siège de Sébastopol et une victoire finale qui se solde par un coût humain important.

L'attaque de Malakoff,  8 septembre 1855, William Simpson, gravure publiée le 22 octobre 1855, Library of Congress, Washington. Soldats français et Zouaves s'avancent, traversent le fossé, et engagent les soldats russes dans un combat au corps à corps.

Le traité de Paris en 1856 gèle l’avancée russe et neutralise la mer Noire. Il pérennise l’empire ottoman, même si les principautés roumaines ne vont par tarder à s’unir et former un État roumain davantage tourné vers la France et l’Europe que vers la Russie. Le Monténégro devient lui aussi autonome en 1858.

- la Russie au défi de la modernité

Pour la Russie, la défaite est cinglante et révèle des carences insurmontables, dans les institutions comme dans les infrastructure. Le nouveau tsar Alexandre II engage courageusement une course au progrès. Il abolit le servage et promeut l’industrialisation. Il s'ensuit un regain de tensions sociales qui se manifeste en particulier par la multiplication d’attentats terroristes dont Alexandre II lui-même sera victime...

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L'auteur : Thomas Tanase

Thomas TanaseThomas Tanase, diplômé de l’Institut d’Études politiques de Paris, est docteur et professeur agrégé d’histoire.

Ancien membre de l’École française de Rome, il a également travaillé à l'IFEA (Institut français d'études anatoliennes). Il est l'auteur de travaux sur la papauté et l'Asie, ainsi que d’une biographie de Marco Polo (Ellipses, 2016).

Publié ou mis à jour le : 2017-04-01 22:50:29

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Frantz Reine (26-04-201722:16:20)

Articles qui m'ont éclairés sur les relations Turquie-Russie. Merci .

khoury (10-04-201720:27:53)

erdogan malade oui....en europe il y aussi des dirigeants malades.

Francois Pascal (06-04-201710:21:58)

Article très intéressant et surtout bien écrit!

Anonyme (02-04-201712:16:07)

Excellent!
Merci


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