Histoire française du monde

Découvrez tout ce que la France a apporté au monde !

En 2017 est sorti en librairie un ouvrage collectif : Histoire mondiale de la France, tissé de 146 contributions  d’universitaires. Tous les auteurs, à commencer par le directeur de l’ouvrage, le professeur Patrick Boucheron, se sont appliqués à démontrer que la France est une construction intellectuelle sans fondement réel et qu’elle n’a pour ainsi dire rien produit par elle-même.

Notre Héritage, Ce que la France a apporté au monde (André Larané, 22 euros, 2022, L'Artilleur/Herodote.netEncensé par les médias, cet ouvrage a connu un succès inattendu même si peu de lecteurs ont dû aller au bout des 146 articles qui le composent, courts mais d’inégale qualité et truffés d’erreurs factuelles graves ou bénignes (ainsi Patrick Boucheron se trompe-t-il sur le prénom de l’écrivain Rivarol).

Mes travaux d'historien à la tête d'Herodote.net m'ont permis de prendre la mesure de cette mystification placée sous le haut patronage de Robert de Sorbon et Jules Michelet. Aussi ai-je jugé utile d'y répondre par une « Histoire française du monde » qui  met en lumière les apports spécifiques de notre pays à l’humanité.

Cette réponse s’est concrétisée avec la publication de Notre Héritage, Ce que la France a apporté au monde...

André Larané

Un rayon de soleil pour les Français de tous âges et de toutes origines

Délaissons les événements, personnages et guerres qui n'ont laissé de trace que dans les livres d'Histoire. Allons plutôt à la découverte de toutes les réalisations de nos aïeux dont le monde tire aujourd'hui bénéfice, dans la politique, les sciences, les arts et les moeurs ainsi que dans la vie quotidienne.

La France, matrice de l'Occident

À quand faire remonter les débuts de l'Histoire nationale ? Et ne serait-il pas temps de la remplacer par une Histoire pleinement européenne ? Ces questions qui m'ont été posées à la sortie du livre paraîtraient saugrenues aux historiens médiévistes tels Bruno Dumézil ou feu Georges Duby.

La civilisation européenne dont nous sommes les héritiers a germé sur notre sol au tout début du Moyen Âge, entre le Ve et le Xe siècle de notre ère.

La France en tant que royaume ou État n'existait pas encore. On ne connaissait que le Regnum francorum ou Royaume des Francs. Il avait été fondé par Clovis et étendu par Charlemagne jusqu'à l'Èbre (Espagne), l'Elbe (Allemagne) et le Tibre (Italie). Mais le coeur de ce vaste espace n'était autre que l'hexagone, autrement dit la France actuelle. Il résumait à peu de chose près la Chrétienté, autrement dit l'ensemble des populations qui reconnaissaient (du bout des lèvres) l'autorité de l'évêque de Rome, le pape, et niaient celle du patriarche et de l'empereur de Constantinople (Byzance).

Saint Martin renonce à sa vie militaire et de chevalier, Simone Martini, XIVe siècle, chapelle San Martino, basilique inférieure de San Francesco à Assise. Agrandissement : Saint Benoit de Nursie tenant le livre de la Règle et saint Benoît d’Aniane tenant le modèle du monastère d'Aniane, Bas-relief du XVIIe siècle, église de Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault).C'est de cet espace qu'est sortie notre civilisation européenne. Ses fondements doivent beaucoup à l'action de quelques moines, saint Martin de Tours (316-397), qui a enseigné la charité et le respect des humbles, saint Benoît d'Aniane (750-821), qui a généralisé la règle monastique de saint Benoît de Nursie et, par là, a conduit à la valorisation du travail, jusque-là méprisé et réservé aux femmes et aux esclaves. Je souligne aussi l'action d'Alcuin (732-804), notre « maître d'école ». Il a contribué à la généralisation des écoles diocésaines et, dans les monastères de Tours ou encore de Corbie (Picardie), les copistes ont réhabilité la science antique et par la même occasion inventé une écriture inédite, l'« écriture caroline », qui règne aujourd'hui dans l'imprimé et sur les écrans.

Enfin, les moines de Cluny, abbaye fondée en Bourgogne en 910, ont usé de leur privilège de n'obéir qu'au pape. Forts de leur autorité spirituelle, ils ont réformé l'Église et mis autant que faire se peut la violence des seigneurs féodaux « au service de la veuve et de l'orphelin »

Vue intérieure de l’église de l’abbaye de Cluny avec portail à tympan sculpté. Ce tyympan est l’une des plus importantes créations romanes. Son envergure (5,60 m de large et 3,25 m de hauteur) a nécessité des prouesses techniques exceptionnelles, Paris, BnF, Gallica. Agrandissement : Lectionnaire de Cluny. Conservé à la Bibliothèque nationale de France, il est l’une des plus belles réalisations du scriptorium de Cluny à son apogée. Il est exécuté sous l’abbé Hugues de Semur aux environs de 1100.Ainsi qu'on le voit, les origines de la civilisation européenne se confondent quasiment avec celles de la France et cela se confirme encore dans les trois siècles suivants (XIe-XIIIe siècles), que l'historien Jules Michelet a joliment qualifiés de « beau Moyen Âge ».

Faisons litière des « racines judéo-chrétiennes » de notre civilisation, un mythe inventé au XIXe siècle par un obscur penseur allemand. Toutes les civilisations du pourtour de la Méditerranée se sont nourries de Moïse, Socrate et Jésus, y compris la chrétienté orthodoxe et l'islam, mais une seule, la chrétienté occidentale, a pu s'élancer vers des horizons inédits. À cette particularité, je vois une raison : la fusion sur le sol de ce qui deviendra la France de la latinité et de la germanité...

Les Germains, ainsi que l'a montré avec brio l'historien Emmanuel Todd, ont modifié l'anthropologie familiale des populations de l'empire romain d'Occident. Ils ont en particulier inspiré une conception plus équitable des rapports entre hommes et femmes. C'est ainsi que dès l'An Mil, sous l'égide de l'Église, s'est imposé le mariage par consentement mutuel, devant un prêtre et des témoins. Il n'a plus été permis que des parents imposent à leur fille le mari de leur choix, du moins en théorie. C'est une rupture radicale avec les moeurs patriarcales qui caractérisent encore aujourd'hui la plupart des cultures méditerranéennes et asiatiques.

De la sorte, au XIIe siècle, au coeur du « beau Moyen Âge », les femmes accèdent à une quasi-égalité de droits avec les hommes et pratiquent à peu près tous les métiers. Il n'y a guère que la prêtrise qui leur soit interdite.

Bernard de Clairvaux, vers 1450, vitrail, Paris, musée de Cluny. Agrandissement : Héloïse et Abélard dans Le Roman de la Rose, Guillaume de Lorris et Jean de Meung, XIIIe siècle, Paris, BnF.Ainsi que je le rappelle dans Notre héritage, ce XIIe siècle est aussi celui de l'amour... et de l'adultère ! En Aquitaine, les troubadours cultivent l'amour courtois et produisent les premiers poèmes d'Occident. En Bourgogne, l'austère saint Bernard de Clairvaux exalte la figure de la Vierge et en fait la protectrice de la France, de sorte que le bleu, couleur mariale par excellence, deviendra celle de notre équipe nationale de foot et aussi celle du drapeau européen. 

À Chartres et Paris, plus sérieusement, des érudits s'évertuent à séparer la raison de la foi. Parmi eux Bernard de Chartres et Pierre Abélard, amant malheureux d'Héloïse. Ces « intellectuels », selon le mot de Jacques Le Goff, ouvrent la voie à la pensée scientifique. Ils vont aussi préparer la séparation de l'Église et de l'État, à l'origine de la laïcité moderne (dico). Amorcée par le roi Philippe le Bel au XIVe siècle, elle trouvera son aboutissement dans la loi de 1905 et fera école dans la plupart des pays catholiques. 

Parmi les autres apports de ce siècle français très fécond, citons encore la création à Toulouse de la première société anonyme par actions, née du regroupement de plusieurs meuniers installés sur la Garonne. En quelque sorte la naissance du capitalisme (dico)...

Au siècle suivant, Saint Louis met en place une justice souveraine, avec possibilité d'appel et de cassation. Encore une première dans l'Histoire humaine.

L'empereur Charlemagne visite le chantier du palais d'Aix-la-Chapelle. Pépin le Bossu devenant moine (en arrière-plan à droite), Grandes Chroniques de France, Jean Fouquet, XVe siècle, Paris, BnF. Agrandissement : Construction du Temple de Jérusalem. Le roi Salomon assiste à l'exécution des travaux du balcon de son palais, Flavius Josèphe, Les Antiquités judaïques, enluminure de Jean Fouquet, XVe siècle, Paris, BnF.

Une France pleine d'énergie

À la fin du Moyen Âge, la Chrétienté cède la place à l'Europe que l'on connaît avec ses grands États et ses conflits dynastiques, religieux ou plus souvent les deux à la fois. Dans cette nouvelle configuration, la France demeure l'État le plus puissant.

Enluminure représentant Jeanne d'Arc en habit de paysanne, tenant une hallebarde et une épée. Lettrine historiée, XVe siècle, Paris, BnF.Dans les affres de la guerre de Cent Ans (1337-1453), le roi, poussé par la nécessité, ne s'est plus contenté de demander une contribution financière à ses vassaux et ses sujets à chaque fois qu'il était dans le besoin. Il a pour la première fois institué un impôt permanent et créé une armée permanente, doublée d'un système de conscription obligatoire. C'est que la brève et tragique épopée de Jeanne d'Arc (1429-1431) a fait surgir un sentiment patriotique qui porte chacun à se porter volontaire pour défendre la terre natale en cas d'agression. Ce sentiment était inconnu dans les grands empires dont la défense reposait uniquement sur des armées de mercenaires.

La France ne se replie pas pour autant sur elle-même, bien au contraire ! Devenue à la Renaissance (dico) le principal État européen, admirablement située à la charnière entre la mer du nord et la Méditerranée, l'Atlantique et le Rhin, elle va déborder d'énergie jusqu'à ne plus savoir où donner de la tête. Et c'est là sa principale faiblesse comme le note entre autres Jacques Bainville. Jusqu'au début du XIXe siècle, les gouvernants successifs vont s'épuiser à combattre tout à la fois sur les mers les Anglais et les Hollandais et sur le continent les Prussiens, Autrichiens et autres (mais ce n'est pas l'objet du livre). 

Détail de la mappemonde Harley : le tracé du Saint Laurent ; au centre, probablement Jacques Cartier habillé d'un manteau rouge, salle Jacques Cartier, musée de Saint-Malo.Je préfère souligner que les marins et armateurs de Dieppe et Saint-Malo furent parmi les premiers Européens à explorer les côtes de l'Amérique et  l'Afrique. C'est aussi un jeune Toulousain contemporain de Jeanne d'Arc qui a été le premier à explorer les rives du Niger... et en revenir avec une épouse et quelques amis et serviteurs africains. Aux siècles suivants, des aventuriers français vont pénétrer à l'intérieur du continent nord-américain et tisser des liens commerciaux mais aussi affectifs avec les habitants du cru (il en reste une nation métisse officiellement reconnue par le gouvernement canadien).

Plus sérieusement si l'on peut dire, des missionnaires se lancent à la conquête des âmes. Le jésuite Alexandre de Rhodes donne aux Vietnamiens un alphabet inspiré du nôtre et qui va renforcer l'identité du Vietnam face à la Chine. Les gouvernants français lancent au XVIIIe siècle de grandes expéditions scientifiques jusqu'aux antipodes. Bougainville aborde sur les côtes de Tahiti et décrit complaisamment l'île comme une nouvelle Cythère peuplée de femmes lascives, belles et faciles censées illustrer le bonheur loin des vains tourments de la « civilisation ». Ne soyons pas surpris si ce mot-ci apparaît à la même époque dans les écrits des philosophes français avec le sens qu'on lui connaît.

Carte provenant d'un jeu dessiné par Jacques-Louis David sous la Terreur : les dames incarnent des vertus ou des libertés nouvelles. La dame de cœur personnifie la fraternité et la liberté des cultes.À la jonction de la politique et de la religion, les guerres entre protestants et catholiques (1562-1598) débouchent sur l'édit de Nantes, lequel introduit une sinon deux innovations fondamentales : l'« amnistie », autrement dit l'oubli des crimes, indispensable à la réconciliation civile, et la tolérance (dico). Pour la première fois en Europe, sinon dans le monde, il est admis que les citoyens d'un même État puissent professer des religions différentes et bénéficier néanmoins des mêmes droits.

Ce principe aura toutefois le plus grand mal à s'imposer tant en France que dans le reste du monde. Dans les salons parisiens où se retrouvent les élites cultivées du royaume, les guerres de religion ont aussi instillé le doute et pour la première fois, au début du XVIIe siècle, il se trouve des gens pour afficher leur « libertinage » tant à l'égard de la religion que des moeurs. Un médecin qui a inspiré à Molière le personnage de Diafoirus publie même le premier argumentaire athéiste.

L'athéisme, tout comme la tolérance, pourrait ainsi être considéré comme une « invention » française !

Dans le silence de leur cabinet de travail, les penseurs français changent aussi le monde à leur manière, depuis Montchrestien qui, au XVIe siècle, a jeté les bases de l'« économie politique » et inventé le mot jusqu'à Jean-Baptiste Moheau qui mérite d’être considéré comme le fondateur d’une science nouvelle : la « démographie », autrement dit l’étude des populations. Notons aussi que les paysans français, sans rien connaître à ce mot, inventent le planning familial ! Vers 1760 en effet, ils mettent en oeuvre des pratiques contraceptives en vue d'ajuster les naissances à la baisse générale de la mortalité infantile.

Accordons toute leur place aux génies tels que Fermat, Descartes et Pascal. Les penseurs français exercent d'autant plus d'influence que leur langue est au XVIIIe siècle encore, tout comme au XIIe siècle, la plus diffusée en Europe et même dans le monde. Les savants et inventeurs sont aussi à la fête en ce Siècle des Lumières qui marque l'apogée de la culture française. L'abbé de l'Épée invente le langage des signes ; Valentin Hauÿ et Louis Braille mettent au point un alphabet pour les aveugles...  Lavoisier jette les bases de la chimie moderne, Lamarck entrevoit la manière dont évolue les espèces vivantes, les frères Montgolfier envoient en l'air pour la première fois des êtres humains, etc. Cette créativité se prolonge aux siècles suivants, d'Ampère à Clément Ader, qui invente l'« avion », à la fois la chose et le mot, Louis Pasteur, Marie Curie, etc. 

À Paris, au temps de Louis XVI, un tenancier habile du nom de Roze invente aussi le « restaurant », à la fois la chose et le mot. Les clients se voient proposer un menu à la carte. C'est le début de la gastronomie à la française, illustrée par des cuisiniers d'un immense talent, de Carême à Bocuse en passant par Escoffier.

Henri Brispot, Un gourmand, XIXe siècle.

C'est cette place primordiale de la France dans l'Europe et le monde qui va donner à la Révolution française elle-même le retentissement planétaire que l'on sait. On ne compte plus à partir de là les apports de la France au reste du monde : système métrique, Droits de l'Homme, droit civil, suffrage universel masculin, émergence en politique de la droite et la gauche, émancipation des juifs européens, « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », etc.

De façon plus équivoque, la Révolution et les guerres napoléoniennes réveillent les consciences nationales en Italie, en Allemagne et en Russie, ouvrent l'Égypte et le monde musulman à la modernité, conduisent l'Amérique latine sur la voie de l'indépendance, etc. Aux siècles suivants, c'est Tocqueville qui révèle les Américains à eux-mêmes en les convainquant qu'ils sont le fer de lance de la liberté et de la démocratie ; c'est aussi Apollinaire et Picasso qui révèlent les Africains à eux-mêmes en faisant passer la statuaire africaine du statut d'objet ethnographique à celui d'oeuvre d'art...

Un pays « sorti tout droit d'un conte de fées »

Par cet aperçu rapide et succinct du livre Notre héritage, ce que la France a apporté au monde, je veux rappeler mon souhait le plus cher : enseigner la beauté de notre Histoire à toutes les générations et en particulier aux jeunes Français venus d'autres horizons.

Affiche du film La Sirène des tropiques, 1927. Agrandissement : Josephine Baker par Jean-Gabriel Domergue, Salon de Paris 1936.Rappelons que notre peuple a très largement ignoré le racisme jusqu'à la fin du XXe siècle et gardons en mémoire le cri de Joséphine Baker, le 28 août 1963, à Washington, devant les 250 000 manifestants de la Marche pour l'emploi et la liberté : « Lorsque j’étais enfant, ils ont brûlé ma maison, j’ai eu peur et je me suis enfuie. J'ai fini par m'enfuir très loin. Jusqu'à un endroit qu'on appelle la France. […] Je peux vous dire, mesdames et messieurs, que dans ce pays qui semblait sorti tout droit d'un conte de fées, je n'ai jamais eu peur ».

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France, » a écrit le général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre. « Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle ». À son image, nous nous devons d'aimer notre pays comme nous aimons notre famille tout en ayant de l'estime et du respect pour le reste du monde.


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Souverains français
Publié ou mis à jour le : 2023-11-25 23:12:39

Voir les 4 commentaires sur cet article

Tavel (26-01-2024 12:26:06)

Très bien il manque quelques inventeur du 20ime siècle mais la liste serait bien longue.

AMM (24-01-2024 17:49:10)

Juste une petite critique M. Larané, trop de modestie en ce qui concerne les inventions françaises. il y en a eu d'autres plus récentes qui n'ont pas été mentionnées que je sache dans votre livre que ... Lire la suite

Doran (14-01-2024 13:35:24)

Je suis un peu en retard ! Mais ce contre feu à l'oeuvre de déinformation de Patrick Boucheron et consorts est miraculeux. Merci !Probablement, il n'aura pas la même notorité dans les medias main... Lire la suite

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