Histoire française du monde

Découvrez tout ce que la France a apporté au monde !

Il est habituel aujourd'hui de mettre en avant les aspects sombres ou supposés tels de l'Histoire de France. Regardons plutôt notre Histoire d'un oeil tranquille, sans haine, sans tabous et sans préjugés. C'est ce que je me suis efforcé de faire dans Notre héritage, ce que la France a apporté au monde (416 pages, 22 euros). Paru le 25 octobre 2022, le livre vient d'être réimprimé avec un nouveau titre plus direct.

Délaissant les événements, personnages et guerres qui n'ont laissé de trace que dans les chroniques, je n'ai retenu que les réalisations dont nous tirons encore bénéfice en France et dans le monde. Au fil de la rédaction, j'ai ainsi découvert avec bonheur tous les apports connus et méconnus de la France dans la politique, les sciences, les arts et les moeurs ainsi que dans la vie quotidienne. Il me reste seulement le regret d'avoir pu en oublier...

André Larané

La France, matrice de l'Occident

À quand faire remonter les débuts de l'Histoire nationale ? Et ne serait-il pas temps de la remplacer par une Histoire pleinement européenne ? Ces questions qui m'ont été posées à la sortie du livre paraîtraient saugrenues aux historiens médiévistes tels Bruno Dumézil ou feu Georges Duby.

La civilisation européenne dont nous sommes les héritiers a germé au tout début du Moyen Âge, entre le Ve et le Xe siècle de notre ère. La France en tant que royaume ou État n'existait pas encore. On ne connaissait que le Regnum francorum ou Royaume des Francs. Il avait été fondé par Clovis et étendu par Charlemagne jusqu'à l'Èbre (Espagne), l'Elbe (Allemagne) et le Tibre (Italie). Mais le coeur de ce vaste espace n'était autre que l'hexagone, autrement dit la France actuelle. Il résumait à peu de chose près la Chrétienté, autrement dit l'ensemble des populations qui reconnaissaient (du bout des lèvres) l'autorité de l'évêque de Rome, le pape, et niaient celle du patriarche et de l'empereur de Constantinople (Byzance).

C'est de cet espace qu'est sortie notre civilisation européenne. Ses fondements doivent beaucoup à l'action de quelques moines, saint Martin de Tours (316-397), qui a enseigné la charité et le respect des humbles, saint Benoît d'Aniane (750-821), qui a généralisé la règle monastique de saint Benoît de Nursie et, par là, a conduit à la valorisation du travail, jusque-là méprisé et réservé aux femmes et aux esclaves. Je souligne aussi l'action d'Alcuin (732-804), notre « maître d'école ». Il a contribué à la généralisation des écoles diocésaines et, dans les monastères de Tours ou encore de Corbie (Picardie), les copistes ont réhabilité la science antique et par la même occasion inventé une écriture inédite, l'« écriture caroline », qui règne aujourd'hui dans l'imprimé et sur les écrans.

Enfin, les moines de Cluny, abbaye fondée en Bourgogne en 910, ont usé de leur privilège de n'obéir qu'au pape. Forts de leur autorité spirituelle, ils ont réformé l'Église et mis autant que faire se peut la violence des seigneurs féodaux « au service de la veuve et de l'orphelin »

Ainsi qu'on le voit, les origines de la civilisation européenne se confondent quasiment avec celles de la France et cela se confirme encore dans les trois siècles suivants (XIe-XIIIe siècles), que l'historien Jules Michelet a joliment qualifiés de « beau Moyen Âge »

Faisons litière des « racines judéo-chrétiennes » de notre civilisation, un mythe inventé au XIXe siècle par un obscur penseur allemand. Toutes les civilisations du pourtour de la Méditerranée se sont nourries de Moïse, Socrate et Jésus, y compris la chrétienté orthodoxe et l'islam, mais une seule, la chrétienté occidentale, a pu s'élancer vers des horizons inédits. À cette particularité, je vois une raison : la fusion sur le sol de ce qui deviendra la France de la latinité et de la germanité...

Les Germains, ainsi que l'a montré avec brio l'historien Emmanuel Todd, ont modifié l'anthropologie familiale des populations de l'empire romain d'Occident. Ils ont en particulier inspiré une conception plus équitable des rapports entre hommes et femmes. C'est ainsi que dès l'An Mil, sous l'égide de l'Église, s'est imposé le mariage par consentement mutuel, devant un prêtre et des témoins. Il n'a plus été permis que des parents imposent à leur fille le mari de leur choix, du moins en théorie. C'est une rupture radicale avec les moeurs patriarcales qui caractérisent encore aujourd'hui la plupart des cultures méditerranéennes.

Héloïse et Abélard dans Le Roman de la Rose, Guillaume de Lorris et Jean de Meung, XIIIe siècle, BnF, Paris.C'est ainsi qu'au XIIe siècle, au coeur du « beau Moyen Âge », les femmes accèdent à une quasi-égalité de droits avec les hommes et pratiquent à peu près tous les métiers. Il n'y a guère que la prêtrise qui leur soit interdite. Ainsi que je le rappelle dans Notre héritage, ce siècle est aussi celui de l'amour... et de l'adultère ! En Aquitaine, les troubadours cultivent l'amour courtois et produisent les premiers poèmes d'Occident. En Bourgogne, l'austère saint Bernard de Clairvaux exalte la figure de la Vierge et en fait la protectrice de la France, de sorte que le bleu, couleur mariale par excellence, deviendra celle de notre équipe nationale de foot et aussi celle du drapeau européen. 

À Chartres et Paris, plus sérieusement, des érudits s'évertuent à séparer la raison de la foi. Parmi eux Bernard de Chartres et Pierre Abélard, amant malheureux d'Héloïse. Ces « intellectuels », selon le mot de Jacques Le Goff, ouvrent la voie à la pensée scientifique. Ils vont aussi préparer la séparation de l'Église et de l'État. Amorcée par le roi Philippe le Bel au XIVe siècle, elle trouvera son aboutissement dans la loi de 1905 et fera école dans la plupart des pays catholiques. Parmi les autres apports de ce siècle français très fécond, citons encore la création à Toulouse de la première société anonyme par actions, née du regroupement de plusieurs meuniers installés sur la Garonne. En quelque sorte la naissance du capitalisme... Au siècle suivant, Saint Louis met en place une justice souveraine, avec possibilité d'appel et de cassation. Encore une première dans l'Histoire humaine.

construction du Temple (par Jean Fouquet, XIVe siècle)

Une France pleine d'énergie

À la fin du Moyen Âge, la Chrétienté cède la place à l'Europe que l'on connaît avec ses grands États et ses conflits dynastiques, religieux ou plus souvent les deux à la fois. Dans cette nouvelle configuration, la France demeure l'État le plus puissant.

Dans les affres de la guerre de Cent Ans (1337-1453), le roi, poussé par la nécessité, ne s'est plus contenté de demander une contribution financière à ses vassaux et ses sujets à chaque fois qu'il était dans le besoin. Il a pour la première fois institué un impôt permanent et pour la première fois créé une armée permanente, doublée d'un système de conscription obligatoire. C'est  que la brève et tragique épopée de Jeanne d'Arc (1429-1431) a fait surgir un sentiment patriotique qui porte chacun à se porter volontaire pour défendre la terre natale en cas d'agression. Ce sentiment était inconnu dans les grands empires dont la défense reposait uniquement sur des armées de mercenaires.

La France ne se replie pas pour autant sur elle-même, bien au contraire ! Devenue à la Renaissance le principal État européen, admirablement située à la charnière entre la mer du nord et la Méditerranée, l'Atlantique et le Rhin, elle va déborder d'énergie jusqu'à ne plus savoir où donner de la tête. Et c'est là sa principale faiblesse comme le note entre autres Jacques Bainville. Jusqu'au début du XIXe siècle, les gouvernants successifs vont s'épuiser à combattre tout à la fois sur les mers les Anglais et les Hollandais et sur le continent les Prussiens, Autrichiens et autres. Passons, ce n'est pas l'objet de mon livre...

Jacques Cartier représenté sur une carte du XVIe siècleJe préfère souligner que les marins et armateurs de Dieppe et Saint-Malo furent parmi les premiers Européens à explorer les côtes de l'Amérique et  l'Afrique. C'est aussi un jeune Toulousain contemporain de Jeanne d'Arc qui a été le premier à explorer les rives du Niger... et en revenir avec une épouse et quelques amis et serviteurs africains. Aux siècles suivants, des aventuriers français vont pénétrer à l'intérieur du continent nord-américain et tisser des liens commerciaux mais aussi affectifs avec les habitants du cru (il en reste une nation métisse officiellement reconnue par le gouvernement canadien).

Plus sérieusement si l'on peut dire, des missionnaires se lancent à la conquête des âmes. Le jésuite Alexandre de Rhodes donne aux Vietnamiens un alphabet inspiré du nôtre et qui va renforcer l'identité du Vietnam face à la Chine. Les gouvernants français lancent au XVIIIe siècle de grandes expéditions scientifiques jusqu'aux antipodes. Bougainville aborde sur les côtes de Tahiti et décrit complaisamment l'île comme une nouvelle Cythère peuplée de femmes lascives, belles et faciles censées illustrer le bonheur loin des vains tourments de la « civilisation ». Ne soyons pas surpris si ce mot-ci apparaît à la même époque dans les écrits des philosophes français avec le sens qu'on lui connaît.

À la jonction de la politique et de la religion, les guerres entre protestants et catholiques (1562-1598) débouchent sur l'édit de Nantes, lequel introduit une sinon deux innovations fondamentales : l'« amnistie », autrement dit l'oubli des crimes, indispensable à la réconciliation civile, et la tolérance. Pour la première fois en Europe, sinon dans le monde, il est admis que les citoyens d'un même État puissent professer des religions différentes et bénéficier néanmoins des mêmes droits. Ce principe aura toutefois le plus grand mal à s'imposer tant en France que dans le reste du monde. Dans les salons parisiens où se retrouvent les élites cultivées du royaume, les guerres de religion ont aussi instillé le doute et pour la première fois, au début du XVIIe siècle, il se trouve des gens pour afficher leur « libertinage » tant à l'égard de la religion que des moeurs. Un médecin qui a inspiré à Molière le personnage de Diafoirus publie même le premier argumentaire athéiste. L'athéisme, tout comme la tolérance, pourrait ainsi être considéré comme une « invention » française !

Dans le silence de leur cabinet de travail, les penseurs français changent aussi le monde à leur manière, depuis Montchrestien qui, au XVIe siècle, a jeté les bases de l'« économie politique » et inventé le mot jusqu'à Jean-Baptiste Moheau qui mérite d’être considéré comme le fondateur d’une science nouvelle : la « démographie », autrement dit l’étude des populations. Je n'oublie pas pour autant les génies tels que Fermat, Descartes et Pascal. Les penseurs français exercent d'autant plus d'influence que leur langue est au XVIIIe siècle encore, tout comme au XIIe siècle, la plus diffusée en Europe et même dans le monde. Les savants et inventeurs sont aussi à la fête en ce Siècle des Lumières qui marque l'apogée de la culture française. Lavoisier jette les bases de la chimie moderne, Lamarck entrevoit la manière dont évolue les espèces vivantes, les frères Montgolfier envoient en l'air pour la première fois des êtres humains, etc. Cette créativité se prolonge aux siècles suivants, d'Ampère à Clément Ader, qui invente l'« avion », à la fois la chose et le mot, Louis Pasteur, Marie Curie, etc. 

À Paris, au temps de Louis XVI, un tenancier habile invente aussi le « restaurant », à la fois la chose et le mot. Les clients se voient proposer un menu à la carte. C'est le début de la gastronomie à la française, illustrée par des cuisiniers d'un immense talent, de Carême à Bocuse en passant par Escoffier.

C'est cette place primordiale de la France dans l'Europe et le monde qui va donner à la Révolution française elle-même le retentissement planétaire que l'on sait. On ne compte plus à partir de là les apports de la France au reste du monde : système métrique, droits de l'Homme, droit civil, suffrage universel masculin, émergence en politique de la droite et de la gauche, émancipation des juifs européens, « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », etc.

Affiche pour le spectacle La Joie de Paris, Casino de Paris, 1932. Agrandissement : Joséphine Baker dans les Ziegfeld Follies, New York, 1935.De façon plus équivoque, la Révolution et les guerres napoléoniennes réveillent les consciences nationales en Italie, en Allemagne et en Russie, ouvrent l'Égypte et le monde musulman à la modernité, conduisent l'Amérique latine sur la voie de l'indépendance, etc. Aux siècles suivants, c'est Tocqueville qui révèle les Américains à eux-mêmes en les convainquant qu'ils sont le fer de lance de la liberté et de la démocratie ; c'est aussi Apollinaire et Picasso qui révèlent les Africains à eux-mêmes en faisant passer la statuaire africaine du statut d'objet ethnographique à celui d'oeuvre d'art...

Par cet aperçu rapide et succinct du livre Notre héritage, ce que la France a apporté au monde, je veux rappeler mon souhait le plus cher : rappeler la beauté de notre Histoire à toutes les générations et en particulier aux jeunes Français venus d'autres horizons. Gardons en mémoire le cri de Joséphine Baker, le 28 août 1963, à Washington, devant les 250 000 manifestants de la Marche pour l'emploi et la liberté : « Lorsque j’étais enfant, ils ont brûlé ma maison, j’ai eu peur et je me suis enfuie. J'ai fini par m'enfuir très loin. Jusqu'à un endroit qu'on appelle la France. […] Je peux vous dire, mesdames et messieurs, que dans ce pays qui semblait sorti tout droit d'un conte de fées, je n'ai jamais eu peur ».


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Souverains français
Publié ou mis à jour le : 2022-12-08 14:09:36

 
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