La France est née aux alentours de l’An Mil comme la plupart des nations européennes.
Elle était avant cela communément appelée Francie occidentale. C'était la partie occidentale du Regnum Francorum (« royaume des Francs ») fondé par Clovis et étendu par Charlemagne de l’Èbre (Catalogne) à l’Elbe (Saxe) et au Tibre.
Elle est jeune mais son passé est exceptionnel. En un millier d’années, elle a changé le monde bien plus qu’on ne croit, tant dans le champ politique que dans le domaine culturel et les mœurs.
Dès le Moyen Âge, nos aïeux ont inventé un art de vivre, un mode de pensée et des institutions qui sont souvent, aujourd’hui encore, plébiscités en bien des endroits sur les cinq continents.
Ils ont ouvert la voie à des avancées majeures : l’émancipation des femmes, la tolérance et la liberté religieuse, le respect du droit et la justice d'appel, le planning familial, le doute philosophique, l’unité du genre humain et la reconnaissance de toutes les cultures dans leur diversité, etc. Ils sont aussi à l’origine d’innovations en tous genres qui ont arraché l'humanité à la fatalité de la misère...
Pour un récit exhaustif des apports de la France au monde, je vous invite à lire Notre Héritage, Ce que la France a apporté au monde (L’Artilleur/Herodote.net, 416 pages, 22€), disponible en librairie et en ligne.
Vous serez très certainement surpris de découvrir toutes les réalisations de nos aïeux dont le monde tire aujourd'hui bénéfice, dans la politique, les sciences, les arts et les moeurs ainsi que dans la vie quotidienne.
Le livre laisse de côté les événements, personnages et guerres qui n'ont laissé de trace que dans les livres d'Histoire.
La France avant la France
Avant la conquête romaine, la Gaule faisait déjà figure de pays de cocagne avec des campagnes intensément cultivées et une densité de population parmi les plus élevées du monde. Ses habitants étaient de rudes guerriers comme nous le rappellent Astérix et Obélix. Mais c’étaient aussi des agriculteurs, des artisans et des forgerons inventifs et de grande réputation.
Soumis à Rome, les Gaulois sont devenus Gallo-Romains. Ils ont délaissé leur langue au profit du latin puis adopté la nouvelle religion de l’empire, le christianisme. Mais quand l’empire romain s’est délité - l’Orient aux Byzantins et le Sud aux musulmans -, la Gaule, transformée en royaume des Francs, est devenue le cœur battant de l’Occident et sa partie de loin la plus peuplée. Elle allait le rester jusqu’à la Révolution.
La civilisation européenne dont nous sommes les héritiers a germé sur notre sol au tout début du Moyen Âge, entre le Ve et le Xe siècle de notre ère.
Faisons litière des « racines judéo-chrétiennes », un mythe inventé au XIXe siècle par un obscur penseur allemand. Toutes les civilisations du pourtour de la Méditerranée se sont nourries de Moïse, Socrate et Jésus, y compris la chrétienté orthodoxe et l'islam, mais une seule, la chrétienté occidentale, a pu s'élancer vers des horizons inédits. À cette particularité, je vois une raison : la fusion de la latinité et de la germanité sur le sol de ce qui deviendra la France...
Les Germains, ainsi que l'a montré avec brio l'historien Emmanuel Todd, ont modifié l'anthropologie familiale des populations de l'empire romain d'Occident. Ils ont en particulier inspiré une conception plus équitable des rapports entre hommes et femmes et des relations sociales plus égalitaires que dans le monde gréco-romain.
La France, matrice de l'Occident
Les fondements de la civilisation européenne doivent beaucoup à l'action de quelques moines, saint Martin de Tours (316-397), qui a enseigné la charité et le respect des humbles, saint Benoît d'Aniane (750-821), qui a généralisé la règle monastique de saint Benoît de Nursie et, par là, a conduit à la valorisation du travail, jusque-là méprisé et réservé aux femmes et aux esclaves.
Souligne aussi l'action d'Alcuin (732-804), notre « maître d'école ». Il a contribué à la généralisation des écoles diocésaines et sous son impulsion, dans les monastères de Tours ou encore de Corbie (Picardie), les copistes ont réhabilité la science antique et par la même occasion inventé une écriture inédite, l'« écriture caroline », qui règne aujourd'hui dans l'imprimé et sur les écrans.
Enfin, les moines de Cluny, abbaye fondée en Bourgogne en 910, ont usé de leur privilège de n'obéir qu'au pape. Forts de leur autorité spirituelle, ils ont réformé l'Église et mis autant que faire se peut la violence des seigneurs féodaux « au service de la veuve et de l'orphelin ».
Ainsi qu'on le voit, les origines de la civilisation européenne se confondent quasiment avec celles de la France et cela se confirme encore dans les trois siècles suivants (XIe-XIIIe siècles), que l'historien Jules Michelet a joliment qualifiés de « beau Moyen Âge ».
S'il y a bien un point sur lequel la chrétienté médiévale a innové, c'est le statut de la femme. Aux alentours de l’An Mil, l’Église catholique imposa le mariage entre adultes consentants, devant un prêtre et des témoins. Elle proscrivit aussi la répudiation, y compris en cas d'adultère de la femme ! Pour elle, en effet, la raison d’être du mariage était l'épanouissement des enfants.
Ce fut une rupture radicale avec les moeurs patriarcales car elle consacrait la primauté de l'individu sur le groupe ou le clan : à partir du moment où chacun, homme ou femme, acquiert le droit de choisir son conjoint (ou de préférer le célibat), il devient autonome et prend son destin en main.
De la sorte, au XIIe siècle, au coeur du « beau Moyen Âge », les femmes purent mener une vie sociale quasiment libre de toute contrainte et cultiver la séduction sans trop craindre l'agression ou le rejet. Elles accédèrent à une quasi-égalité de droits avec les hommes et purent pratiquer à peu près tous les métiers, y compris commander des armées, diriger des États et même des abbayes d'hommes (Fontevraud). Il n'y a guère que la prêtrise qui leur fut interdite.
Ce XIIe siècle fut aussi celui de l'amour... et de l'adultère ! En Aquitaine, les troubadours cultivaient l'amour courtois et produisaient les premiers poèmes d'Occident. En Bourgogne, l'austère saint Bernard de Clairvaux exaltait la figure de la Vierge et en faisait la protectrice de la France, de sorte que le bleu, couleur mariale par excellence, deviendra celle de notre équipe nationale de foot et aussi celle du drapeau européen.
À Chartres et Paris, plus sérieusement, des érudits s'évertuaient à séparer la raison de la foi. Parmi eux Bernard de Chartres et Pierre Abélard, amant malheureux d'Héloïse. Ces « intellectuels », selon le mot de Jacques Le Goff, ouvrirent la voie à la pensée scientifique. Ils préparèrent aussi les esprits à la séparation de l'Église et de l'État, à l'origine de la laïcité moderne (dico). Amorcée par le roi Philippe le Bel au XIVe siècle, elle trouva son aboutissement dans la loi de 1905 et fit école dans la plupart des pays catholiques.
Parmi les autres apports de ce siècle français très fécond, citons encore la création à Toulouse de la première société anonyme par actions, née du regroupement de plusieurs meuniers installés sur la Garonne. En quelque sorte la naissance du capitalisme (dico)...
Au siècle suivant, Saint Louis met en place une justice souveraine, avec possibilité d'appel et de cassation. Encore une première dans l'Histoire humaine.
Une France pleine d'énergie
À la fin du Moyen Âge, la Chrétienté cède la place à l'Europe que l'on connaît avec ses grands États et ses conflits dynastiques, religieux ou plus souvent les deux à la fois. Dans cette nouvelle configuration, la France demeure l'État le plus puissant.
Dans les affres de la guerre de Cent Ans (1337-1453), le roi, poussé par la nécessité, ne s'est plus contenté de demander une contribution financière à ses vassaux et ses sujets à chaque fois qu'il était dans le besoin. Il institua pour la première fois un impôt permanent et créa une armée permanente, doublée d'un système de conscription obligatoire.
C'est que la brève et tragique épopée de Jeanne d'Arc (1429-1431) avait fait surgir un sentiment patriotique qui porta chacun à se porter volontaire pour défendre la terre natale en cas d'agression. Ce sentiment était inconnu dans les grands empires dont la défense reposait uniquement sur des armées de mercenaires.
La France ne se replia pas pour autant sur elle-même, bien au contraire ! Devenue à la Renaissance (dico) le principal État européen, admirablement située à la charnière entre la mer du nord et la Méditerranée, l'Atlantique et le Rhin, elle allait déborder d'énergie jusqu'à ne plus savoir où donner de la tête.
Et c'est là sa principale faiblesse comme le note entre autres Jacques Bainville. Jusqu'au début du XIXe siècle, les gouvernants successifs s'épuisèrent à combattre tout à la fois sur les mers les Anglais et les Hollandais et sur le continent les Prussiens, Autrichiens et autres.
Mais soulignons plutôt que les marins et armateurs de Dieppe et Saint-Malo furent parmi les premiers Européens à explorer les côtes de l'Amérique et l'Afrique. C'est aussi un jeune Toulousain contemporain de Jeanne d'Arc qui a été le premier à explorer les rives du Niger... et en revenir avec une épouse et quelques amis et serviteurs africains.
Aux siècles suivants, des aventuriers français pénétrèrent à l'intérieur du continent nord-américain et tissèrent des liens commerciaux mais aussi affectifs avec les habitants du cru (au Canada, il en reste une Nation Métisse officiellement reconnue par le gouvernement).
Plus sérieusement si l'on peut dire, des missionnaires se lancèrent à la conquête des âmes. Le jésuite Alexandre de Rhodes donna aux Vietnamiens un alphabet inspiré du nôtre et qui renforça l'identité du Vietnam face à la Chine.
Les gouvernants français lancèrent au XVIIIe siècle de grandes expéditions scientifiques jusqu'aux antipodes. Bougainville aborde sur les côtes de Tahiti et décrit complaisamment l'île comme une nouvelle Cythère peuplée de femmes lascives, belles et faciles censées illustrer le bonheur loin des vains tourments de la « civilisation ». Ne soyons pas surpris si ce mot-ci apparaît à la même époque dans les écrits des philosophes français avec le sens qu'on lui connaît.
À la jonction de la politique et de la religion, les guerres entre protestants et catholiques (1562-1598) débouchent sur l'édit de Nantes, lequel introduit une sinon deux innovations fondamentales : l'« amnistie », autrement dit l'oubli des crimes, indispensable à la réconciliation civile, et la tolérance (dico).
Pour la première fois en Europe, sinon dans le monde, il est admis que les citoyens d'un même État puissent professer des religions différentes et bénéficier néanmoins des mêmes droits. Ce principe aura toutefois le plus grand mal à s'imposer tant en France que dans le reste du monde.
Dans les salons parisiens où se retrouvent les élites cultivées du royaume, les guerres de religion ont aussi instillé le doute et pour la première fois, au début du XVIIe siècle, il se trouve des gens pour afficher leur « libertinage » tant à l'égard de la religion que des moeurs. Un médecin qui a inspiré à Molière le personnage de Diafoirus publie même le premier argumentaire athéiste.
L'athéisme, tout comme la tolérance, pourrait ainsi être considéré comme une « invention » française !
Dans le silence de leur cabinet de travail, les penseurs français changent aussi le monde à leur manière, depuis Montchrestien qui, au XVIe siècle, a jeté les bases de l'« économie politique » et inventé le mot jusqu'à Jean-Baptiste Moheau qui mérite d’être considéré comme le fondateur d’une science nouvelle : la « démographie », autrement dit l’étude des populations.
Notons aussi que les paysans français, sans rien connaître à ce mot, inventent le planning familial ! Vers 1760 en effet, ils mettent en oeuvre des pratiques contraceptives en vue d'ajuster les naissances à la baisse générale de la mortalité infantile.
Accordons toute leur place aux génies tels que Fermat, Descartes et Pascal. Les penseurs français exercent d'autant plus d'influence que leur langue est au XVIIIe siècle encore, tout comme au XIIe siècle, la plus diffusée en Europe et même dans le monde.
Les savants et inventeurs sont aussi à la fête en ce Siècle des Lumières qui marque l'apogée de la culture française. L'abbé de l'Épée invente le langage des signes ; Valentin Hauÿ et Louis Braille mettent au point un alphabet pour les aveugles... Lavoisier jette les bases de la chimie moderne, Lamarck entrevoit la manière dont évolue les espèces vivantes, les frères Montgolfier envoient en l'air pour la première fois des êtres humains, etc. Cette créativité se prolonge aux siècles suivants, d'Ampère à Clément Ader, qui invente l'« avion », à la fois la chose et le mot, Louis Pasteur, Marie Curie, etc.
À Paris, au temps de Louis XVI, un tenancier habile du nom de Roze invente aussi le « restaurant », à la fois la chose et le mot. Les clients se voient proposer un menu à la carte. C'est le début de la gastronomie à la française, illustrée par des cuisiniers d'un immense talent, de Carême à Bocuse en passant par Escoffier.
C'est cette place primordiale de la France dans l'Europe et le monde qui donna à la Révolution française elle-même le retentissement planétaire que l'on sait.
On ne compte plus à partir de là les apports de la France au reste du monde : système métrique, Droits de l'Homme, droit civil, suffrage universel masculin, émergence en politique de la droite et la gauche, émancipation des juifs européens, « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », etc.
De façon plus équivoque, la Révolution et les guerres napoléoniennes réveillent les consciences nationales en Italie, en Allemagne et en Russie, ouvrent l'Égypte et le monde musulman à la modernité, conduisirent l'Amérique latine sur la voie de l'indépendance, etc.
Aux siècles suivants, c'est Tocqueville qui révéla les Américains à eux-mêmes en les convainquant qu'ils étaient le fer de lance de la liberté et de la démocratie ; c'est aussi Apollinaire et Picasso qui révélèrent les Africains à eux-mêmes en faisant passer la statuaire africaine du statut d'objet ethnographique à celui d'oeuvre d'art...
Un pays « sorti tout droit d'un conte de fées »
Rappelons que notre peuple a très largement ignoré le racisme jusqu'à la fin du XXe siècle et gardons en mémoire le cri de Joséphine Baker, le 28 août 1963, à Washington, devant les 250 000 manifestants de la Marche pour l'emploi et la liberté : « Lorsque j’étais enfant, ils ont brûlé ma maison, j’ai eu peur et je me suis enfuie. J'ai fini par m'enfuir très loin. Jusqu'à un endroit qu'on appelle la France. […] Je peux vous dire, mesdames et messieurs, que dans ce pays qui semblait sorti tout droit d'un conte de fées, je n'ai jamais eu peur ».
« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France, » a écrit le général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre. « Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a, en moi, d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle ».
Cela est plaisant à lire mais nous donne une responsabilité d’autant plus grande pour l’avenir, celle de préserver et embellir cette France reçue en héritage.




Ce que la France a apporté au monde











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Beau de Loménie (07-06-2026 22:19:24)
Je n’ai pas encore lu cet ouvrage. J’en attends néanmoins le meilleur. Mais avant même de l’avoir lu, je pressens que ce livre est de ceux dont on devrait rendre la lecture obligatoire dès la... Lire la suite
Coche (07-06-2026 12:11:18)
Monsieur Larané, j'ai lu votre livre non seulement plaisant à lire mais encore un brillant de souvenirs, de redécouvertes et de découvertes. Il y a comme du Lavisse, du Michelet, du Bainville. C... Lire la suite