9 octobre 1890

Et Clément Ader inventa l'avion...

Le 9 octobre 1890, dans le parc du château de Gretz-Armainvilliers (Seine-et-Marne), propriété du banquier Péreire, Clément Ader (49 ans) s'élève au-dessus du sol à bord d'un engin à moteur.

Baptisé Éole, cet engin en forme de chauve-souris permet à l'inventeur français d'accomplir un bond de 50 mètres, à quelques dizaines de centimètres du sol.

Le lieu de l'exploit, au milieu de l'actuel terrain de golf Clément Ader, est aujourd'hui classé. Il rappelle en effet le véritable début de l'aviation, quand un homme a réussi à s'envoler à bord d'un engin à moteur plus lourd que l'air.

Fabienne Manière
Éole, le premier avion

Éole, chauve-souris géante, présente une longueur de 4,6 mètres et une envergure de 13,7 mètres. Ses ailes articulées en soie élastique, sur une armature en bois, ont une surface totale de 29,2 m2. Avec une masse à vide de 167 kg et une charge utile de 85 kg (poids du pilote), il présente une masse au décollage de 252 kg. L'engin est équipé d'un moteur à vapeur, avec un brûleur à alcool et deux couples de cylindres d'une puissance totale de 20 CV ainsi que d'une hélice en bambou à quatre pales de 2,6 mètres.

Les débuts cafouilleux de l'aviation

Avant Clément Ader, les hommes n'avaient réussi à s'envoler qu'à bord de montgolfières ou aérostats (ballons remplis d'un gaz plus léger que l'air ambiant et dont le poids total était inférieur au poids d'un même volume d'air). Leur technique se fondait sur le vieux principe d'Archimède (« tout corps plongé dans un fluide - eau, air... - reçoit de bas en haut une poussée égale au poids du fluide ainsi déplacé »).

En 1840, un industriel anglais ingénieux, William Henson, est le premier à tenter de surmonter cette limite théorique. Il conçoit un engin volant dont le poids serait compensé par une force ascensionnelle produite par l'énergie mécanique (moteur à vapeur + hélice). Assisté par un savant de ses amis, John Stringfellow, il dépose un brevet le 29 septembre 1842. En 1847, les deux inventeurs tentent de faire décoller leur « machine aérienne à vapeur », dénommée Ariel. Bien que la piste d'envol soit un plan incliné, ils n'y réussissent pas et, découragés, renoncent à toute autre tentative.

Parmi les autres précurseurs de l'aviation figure Jean-Marie Le Bris. Ce marin breton conçoit en 1856 une « barque ailée » sans moteur (en fait, un planeur).

Faisant tirer son engin par un cheval, face au vent, il arrive à se hisser au-dessus du sol. L'événement se déroule près du village de Tréfeuntec, non loin de Douarnenez.

Les essais de Jean-Marie Le Bris sont décrits en 1863 par Gabriel de La Landelle. Et celui-ci invente pour l'occasion le mot aviation, promis à un succès mondial, à partir du latin avis, qui signifie oiseau.

Un autre marin breton, Félix du Temple, réalise un modèle réduit motorisé, avec un mouvement d'horlogerie mû par la vapeur et actionnant une hélice. Un essai a lieu à Toulon. L'engin prend son élan sur un plan incliné avec un jeune homme à son bord. Modeste succès.

Un ingénieur imaginatif

L'heure de Clément Ader a sonné. Né à Muret, au sud de Toulouse, le 2 avril 1841, il aurait dès l'âge de 14 ans tenté de voler avec un costume d'oiseau ! Devenu ingénieur, il devient conducteur de travaux aux Ponts et Chaussées puis aux Chemins de fer du Midi.

En 1868, il dépose un brevet pour améliorer le cerclage de fer des vélocipèdes par un bandage en caoutchouc (l'ancêtre du pneumatique) mais l'idée de voler comme les oiseaux ne le quitte pas.

Dans les années 1880, dans son atelier de la rue Jasmin, à Paris, il construit patiemment son futur aéroplane. Pour cela, il acquiert deux roussettes des Indes (variété de chauve-souris géante) et observe leur vol pendant de longues heures.

Première tentative d'envol

Le 19 avril 1890, Clément Ader dépose un brevet d'invention ayant pour titre : « Appareil ailé pour la navigation aérienne dit : Avion  ». Il invente pour l'occasion le mot avion, en s'inspirant du mot aviation de Gabriel de La Landelle.

Le brevet décrit l'appareil qui va voler le 9 octobre suivant : « L'avion N° 1 portant le nom d'Éole, et monté par Monsieur Ader son inventeur, a perdu terre et s'est soutenu dans l'air sur ses ailes en rasant le sol sur une distance d'environ cinquante mètres avec le seul recours de sa force motrice », lit-on dans un compte-rendu daté de ce jour.

Après son essai de Gretz-Armainvilliers, l'inventeur améliore son engin et renouvelle la tentative l'année suivante au camp militaire de Satory, près de Versailles. Mais le vent déporte Éole II. C'est un échec.

Clément Ader intéresse le ministère de la Guerre à son projet et obtient quelques crédits contre la promesse d'emporter deux hommes à 300 mètres d'altitude.

Il construit un nouvel engin, baptisé Avion III, avec deux moteurs à vapeur de 40 chevaux et se lance sur la piste le 14 octobre 1897, à Satory, en présence de deux généraux. Hélas, un coup de vent le déporte sur le côté. C'est un nouvel échec  (on peut encore voir Avion III au Conservatoire national des Arts et Métiers, à Paris).

L'inventeur renonce à poursuivre ses essais et se retire dans ses vignes en suivant de loin les progrès de l'aviation à laquelle il a donné un nom. Il est vrai que ses orientations techniques avaient peu de chance de déboucher sur un réel succès.

Dans les années 1890, en parallèle avec les essais plus ou moins heureux de Clément Ader, deux Allemands, les frères Otto et Gustav Lilienthal, réalisent des planeurs en s'inspirant, comme Ader, du vol des oiseaux.

Leurs travaux, comme ceux de Clément Ader, vont inspirer deux Américains, les frères Wright. Grâce à leur savoir-faire technique et à leur détermination, l'aviation va enfin prendre son essor.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 09:50:14

 
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