Naissance de l'athéisme occidental

Du « Theophrastus redivivus » à Spinoza

Peut-on parler de la « naissance » d'un phénomène comme l'athéisme occidental, qui prend des formes différentes tout au long de son histoire, et dont les racines se trouvent déjà dans la philosophie grecque ?

En réalité, ce n'est qu'au XVIIe siècle, « Siècle des libertins », que l'athéisme prend une structure bien définie et devient une philosophie à part entière, grâce à des personnages comme le médecin libertin Guy Patin (1601-1672), le théologien anglais Ralph Cudworth (1617-1688) et surtout le philosophe hollandais d'origine juive Baruch Spinoza (1632-1677).

Gianluca Mori
Une nouvelle vision de la philosophie du XVIIe siècle

Athéisme et dissimulation au XVIIe siècle. Guy Patin et le Theophrastus redivivus (Paris, H. Champion, 2022, 416 pages)Rédigé en 1659, le Theophrastus redivivus est l’un des manuscrits clandestins les plus étendus, les plus radicaux (athée et anticonformiste), et les plus mystérieux de l’âge moderne : depuis presque quatre cent ans l’identité de son auteur est demeurée inconnue.
Professeur d’histoire de la philosophie à l’Université du Piémont Oriental (UPO), l’ouvrage de Gianluca Mori, Athéisme et dissimulation au XVIIe siècle. Guy Patin et le Theophrastus redivivus (Paris, H. Champion, 2022, 416 pages) ouvre un jour nouveau sur la question en l’attribuant au médecin parisien Guy Patin (1601-1672), qui l’aurait rédigé en collaboration avec ses compagnons Gabriel Naudé et Pierre Gassendi.
L’attribution s’appuie sur un corpus substantiel d’indices textuels, biographiques, bibliographiques, qui s’agencent de façon cohérente avec l’analyse du contenu philosophique de l’ouvrage, comparé aux textes avoués de Patin et de ses amis. Il en ressort une vision nouvelle de la philosophie du XVIIe siècle, dont l’interprétation doit se fonder désormais sur une catégorie – celle de la dissimulation – qui, seule, permet d’expliquer le contexte de la lutte des idées à l’âge de la « crise de la conscience européenne ».

Bas-relief en marbre représentant Euripide assis (au centre), une femme debout lui tendant un masque de théâtre et le dieu Dionysos (à droite) debout sur un piédestal,entre le  musée archéologique d'IstanbuI, entre le Ier siècle av. J.-C et le Ier siècle après J.-C,

Déjà dans la Grèce classique...

« Athée » est un mot très ancien : on le trouve déjà chez Platon et, avant Platon, chez les grands tragédiens du Ve siècle avant J.-C. : Eschyle, Euripide, Sophocle. On le retrouvera ensuite dans les Évangiles et chez les Pères de l'Église.

Oublié pendant le Moyen-Âge, il revient en vogue à l'époque moderne, en engendrant d'abord, en latin, le néologisme atheismus (attesté chez Calvin, De scandalis, 1550), puis, en cascade, ses correspondants dans les langues nationales européennes : le terme français athéisme apparaît en 1551 (dans la version française du De scandalis de Calvin), l’italien ateismo en 1566 et l’anglais atheism en 1582.

Louis Ferdinand Elle le Vieux, Pierre Bayle, vers 1675, château de Versailles. Agrandissement : Portrait de Francis Bacon par Paul van Somer, 1617, palais Łazienki de Varsovie.Considéré comme un synonyme d’immoralité, l’athéisme est une position inacceptable dans toute société humaine avant la Révolution française (qui pendant une courte période tolère, voire révère les athées, sauf à les envoyer à la guillotine par la suite, comme dans le cas d'Anacharsis Cloots).

C'est Pierre Bayle, dans ses Pensées sur la comète (1682), qui distingue nettement – à la suite de Francis Bacon (Of Atheism) – l'athéisme pratique (c'est-à-dire la négation de toute moralité) de l'athéisme « spéculatif » (c'est-à-dire la négation philosophique de l'existence de Dieu), en niant toute relation directe entre les deux, voire en revendiquant la pureté morale des athées face à la corruption des chrétiens.

Mais dans la grande majorité des cas, les différentes acceptions du mot « athéisme » sont intimement liées et difficiles à séparer. C'est pourquoi, depuis le XVIe siècle, ce mot s'est toujours prêté à des usages génériques ou, plus fréquemment encore, tendancieux.

Les cinq traités de l’athéisme libertin

Pour essayer de comprendre l'incrédulité de la Renaissance, qui ne se dit jamais, spontanément, athée, il faut aller à son accomplissement – qui est aussi son chant du cygne – soit le Theophrastus redivivus.

Guy Patin, Anonyme, Paris, musée Carnavalet. Agrandissement : Louis-Edouard Rioult, Portrait de Pierre Gassendi, château de Versailles. C'est un manuscrit clandestin imposant (mille pages), strictement anonyme mais qu'il faut désormais attribuer au médecin libertin Guy Patin (1601-1672). Ce dernier l'acheva en 1659 sur la base de textes et de fragments hérités de ses deux amis et compagnons de « débauches philosophiques » : Gabriel Naudé (1600-1653) et Pierre Gassendi (1592-1655). 

L'ouvrage, bien que tardif par rapport à ses repères idéaux, incarne l'essence de l'athéisme libertin, largement basé sur des sources de la Renaissance italienne (Pomponazzi, Cardan, Machiavel, Campanella, Vanini) ou plus anciennes (Aristote, Cicéron, Sénèque, Pline, Sextus Empiricus).

On retrouve dans le Theophrastus tous les traits caractéristiques de l'athéisme libertin du XVIIe siècle : 1) la théorie de la dis/simulation ; 2) le fidéisme ; 3) la conception averroïste de la religion comme « loi » politique intrinsèquement répressive ; 4) un retour substantiel à la pensée philosophique de l'Antiquité préchrétienne, avec la suppression complète de la scolastique médiévale ; 5) la répudiation du dogme de l'immortalité de l'âme, et avec elle la négation de l'existence de l'enfer et du paradis, d'où découle la négation de toute transcendance et, par conséquent, de toute sorte de divinité.

• 1) La dis/simulation est le fondement de la communication libertine, et c'est tout simplement une stratégie obligée pour ceux qui veulent soutenir l'athéisme à l'âge moderne. Ce fait n'a pas été accepté pour longtemps, mais ce sont les libertins eux-mêmes qui louent la dissimulation, dévoilant en privé leur code d'écriture, leur art d'écrire, comme le dit Léo Strauss.

Dans ses lettres à ses fils Robert et Charles, Guy Patin les invite à penser et à s'exprimer intus ut libet, foris ut moris est (« Au-dedans comme il plaît à chacun, au-dehors comme veut le monde ») – devise qu'il attribue plus ou moins légitimement à un autre athée de la fin de la Renaissance, Cesare Cremonini (1550-1631) et qui se trouve également dans le Theophrastus redivivus.

• 2) Le fidéisme : de Pomponazzi à Vanini, à Gassendi, et à Bayle, et même chez un philosophe des Lumières tel que David Hume, la tentation de masquer son athéisme sous le couvert d'une foi aveugle dans un Dieu inconnu et incompréhensible est forte et constante.

L'attrait du fidéisme consiste en ce que son insincérité ne peut être démontrée, car le fidéiste rejette d'amblée le terrain des explications rationnelles pour entrer dans le domaine du cœur et de l'irrationalité : c'est un « bouclier de bronze » impénétrable, comme l'écrit Pierre Bayle.

Triomphe de saint Thomas d’Aquin, fresque d'Andrea di Bonaiuto,1365-67, Florence, église Santa Maria Novella. Agrandissement : Averroès (détail de la fresque).

• 3) La conception averroïste de la religion entendue comme une « loi » (Lex) dont le rôle principal est celui de « brider » le peuple et de le réduire à l'obéissance, domine toute la pensée anti-religieuse de la Renaissance et du début du XVIIe siècle. Le philosophe arabe Averroès (Ibn Rochd de Cordoue, 1126-1198) était d'ailleurs considéré comme le père des athées modernes, en raison de son opposition au dogme de l'immortalité de l'âme individuelle.

Ce n'est qu'au début du XVIIIe siècle que Fontenelle et ses disciples avancent une explication différente de l'origine de la religion, en soutenant que le goût du merveilleux est la source anthropologique universelle du sentiment religieux. C'est un tournant important, qui permet de comprendre la diffusion quasi générale des croyances religieuses dans les différentes sociétés humaines sans nécessairement en appeler à l'existence de « fourbes » ou d'« imposteurs » qui se jouent du peuple.

« Parfois le peuple veut être trompé : qu'il le soit », disait le cardinal Carafa d'après Jacques-Auguste de Thou (1556). C'est une devise qui est passée en proverbe, mais dès le début du XVIIIe siècle les athées sont désormais convaincus que le peuple coïncide avec le genre humain, et que c'est la nature irrationnelle et passionnelle de l'homme qui l'amène à embrasser telle ou telle croyance religieuse.

François Anguier, Monument funéraire de Jacques-Auguste de Thou, 1647, Paris, musée du Louvre.

• 4) Les sources anciennes : ce point marque la différence entre le Theophrastus redivivus de Guy Patin et la position de Spinoza, ou, par la suite, celle de d'Holbach. Le Theophrastus admet le hasard et le libre arbitre dans le nature, considère l'histoire comme cyclique et souscrit à la thèse de l'éternité des espèces vivantes, y compris l'homme.

Le déterminisme des lois universelles que la révolution scientifique avait découvert depuis les premières décennies du XVIIe siècle lui est étranger, et ses liens à la philosophie des « modernes » sont très faibles (à l'exception sans doute de Thomas Hobbes, avec qui Patin est entré en contact et dont on retrouve aussi quelques traces dans sa grande œuvre clandestine).

• 5) La négation de l'immortalité de l'âme est un point décisif et caractérisant dans le cadre de l'athéisme libertin, qui se place ici dans le sillon du naturalisme de la Renaissance et de l'aristotélisme « radical » du XVe et du XVIe siècle.

Dans l'un des premiers textes où l'on parle des « athées » et de leur position, l'athéisme est directement lié à la négation de l'immortalité de l'âme, qui en était la condition nécessaire et suffisante jusqu'au début du XVIIe siècle : « [les athées] n'ont pas trouvé de meilleur moyen de faire la guerre à Dieu, que de faire mourir la partie divine de leur être » (Gentian Hervet, Préface au De anima d'Aristote, 1543).

Il n'en reste pas moins que, même dans le Theophrastus redivivus, le mot athéisme est très rare et les athées mentionnés par Patin sont surtout les anciens (Diagoras, en particulier), tandis que dans le « portrait du sage » (Icon sapientis), qui se trouve à la conclusion de l'ouvrage, on décrit les traits d’un homme qui, suivant la nature, vit heureux, et non pas ceux d'un athée qui nie l'existence de Dieu avec des arguments philosophiques.

L'Incrédulité de saint Thomas, Caravage, vers 1631, Potsdam, Palais de Sanssouci.

Un théologien fait de l'athéisme une philosophie

Le premier qui constate que l'athéisme, loin d'être une simple négation des croyances religieuses, est une position philosophique à part entière sur la « cause première » de l'univers, n'est pas un athée – paradoxalement – mais un théologien : Ralph Cudworth (1617-1688). Il s'oppose aux athées avec beaucoup de passion et peut-être même avec une certaine naïveté, qui l'amène à esquisser une possible philosophie athée, inspirée par Hobbes et Spinoza.

Ralph Cudworth, portrait de Joseph Freeman, XVIIIe siècle, Emmanuel College, University of Cambridge.L'athéisme, pour Cudworth, n'est pas seulement un mot mais aussi une théorie, qui appartient à la grande famille de la philosophie occidentale. En fait, il existe un terrain commun entre l'athéisme et le théisme, qui est donné par le fait de reconnaître l'existence d'un premier principe de l'univers (quel qu'il soit).

Selon Cudworth, « les athées reconnaissent volontiers l'existence d'un être qui n'a été ni créé ni produit, et qui est donc la cause des autres choses qui ont été créées » ; un être donc « qui existe par lui-même, qui est nécessaire et qui doit son origine à lui-même » (R. Cudworth, The True Intellectual System of the Universe, 1678).

Le péché originel de l'athéisme, qui constitue sa différence spécifique par rapport à toutes les autres théories sur la « cause première » de l'univers, ne consiste donc pas dans la négation de l'existence de cette « cause », mais dans une position concernant les « attributs » de celle-ci, c'est-à-dire les qualités et les propriétés qu'on veut lui donner.

Pour être « athée », selon Cudworth, il suffit de nier que la « cause première » soit une « intelligence » qui a donné un ordre à l'univers matériel : « là où il y a une Nature » (c'est-à-dire un univers réglé par des lois finalisées), « il doit y avoir un Esprit », c'est-à-dire une intelligence consciente d'elle-même et capable d'agir suivant des fins.

Grâce à cette position, moderne dans son contenu en tant que fondée sur la conception cartésienne de l'esprit comme « conscience », Cudworth peut relancer une thèse ancienne qui est à la source de toute la pensée théologique occidentale : la nature n'est que l'« art de Dieu ».

Baruch Spinoza, statue, La Haye, 1880.

La question du mal

C'est de ce point de vue qu'il faut aborder la vieille question de l'athéisme d'un philosophe comme Baruch Spinoza, qui parle de Dieu à tout bout de champ, et qui fait de Dieu la source de toute réalité et le fondement de toute existence : à son avis, Dieu et la Nature sont la même chose (Deus sive Natura), ce qui implique que la Nature n'est pas issue d'un « projet » de Dieu mais existe éternellement en tant que telle.

En réalité, les contemporains de Spinoza n'avaient aucun doute sur son athéisme. On parlait de lui comme d'« un athée, un homme qui se moque de la religion, c'est-à-dire un individu nuisible à la République » (c'est ce qu'on lit dans une « pétition » adressée en 1665 aux autorités de Delft).

Malgré cela, Spinoza publie en 1670 son Traité théologico-politique où il soutient que la Bible contient des erreurs matérielles et que les cinq premiers livres n'ont pas été écrits par Moïse, en niant aussi la possibilité de miracles et des prophéties, qu'il considère comme un produit de l'imagination des soi-disant « prophètes », ces derniers n'étant pour lui que des hommes comme les autres, dénoués de tout pouvoir surnaturel.

Portrait de Baruch Spinoza par Franz Wulfhagen, 1664, coll. priv. Agrandissement : Spinoza, Anonyme, 1665, Basse-Saxe, Herzog August Library.Dans l'Éthique démontrée suivant l'ordre des géomètres (c'est-à-dire à la manière des mathématiques), publiée après sa mort en 1677, il donne une exposition de sa pensée où il établit la nécessité et la rationalité du réel, en se battant contre toute conception anthropomorphique de la « cause première » de l'univers : soutenir que « Dieu se propose des fins », c'est le rendre imparfait et indigent comme un homme.

La pensée de Spinoza constitue la première manifestation claire de l'athéisme tel qu'il est entendu à l'époque moderne, et en même temps son aboutissement d'un point de vue théorique : les autres protagonistes de l'histoire de l'athéisme ne pourront jamais se rapprocher de sa puissance de pensée.

Il y a par ailleurs une exception à ce constat, et notamment le défi Bayle-Leibniz sur la question du mal, qui s'ouvre en 1697 avec les objections néo-manichéennes avancées par Bayle dans son Dictionnaire historique et critique (articles « Manichéens » et « Pauliciens »).

Leibniz en tente une réfutation posthume (Bayle étant mort en 1706) dans les Essais de théodicée de 1710, mais sans pouvoir égratigner la position de son adversaire. Selon ce dernier, la présence du moindre mal du monde – notons que, par « mal », Bayle entend non pas quelque chose d'abstrait mais tout ce que les hommes, subjectivement, considèrent comme tel : les douleurs, les maladies, la mort – est contradictoire avec l'existence d'un Dieu censé être bon, sage et prévoyant.

Pour Bayle la question se réduit finalement à un dilemme : ou Dieu ou le mal, car les deux ne peuvent pas co-exister. Mais puisque l'existence du mal ne peut être niée, il ne reste plus que le choix de l'athéisme, qui est selon Bayle le choix de la raison conduite par la philosophie, ne pouvant être surmonté que par un saut mortel dans la foi (mais sans aucun fondement rationnel).

Les deux athéismes de l’époque moderne

Ce n'est qu'avec le Système de la nature de d'Holbach (1770), que l'athéisme moderne se montre au monde sans voiles, après un siècle de gestation plus ou moins clandestine, mais portant clairement son code philosophique initial : la doctrine de l'existence d'une cause première éternelle, infinie et nécessaire, dûment convertie en un sens matérialiste mais, pour le reste, maintenue dans toute sa vigueur, avec l'exclusion de tous les attributs moraux que la tradition théologique attribuait à Dieu (bonté, sagesse, justice, miséricorde), définitivement marqués comme anthropomorphiques et donc étrangers au concept d'un être infini et nécessaire.

Paul Heinrich Dietrich, Baron d'Holbach par Alexandre Roslin, 1785.Les deux athéismes de l'époque moderne – l'athéisme des libertins, incarné par le Theophrastus redivivus, et l'athéisme post-cartésien qui naît avec Spinoza et Bayle et qui enfin se montre au grand jour avec d'Holbach – sont liés à deux moments fondamentaux de la civilisation occidentale : la Renaissance et la révolution scientifique.

Dès 1639, Gabriel Naudé souligne que « c’est une chose hors de doute, qu’il s’est fait plus de nouveaux systèmes dedans l’Astronomie, que plus de nouveautés se sont introduites dans la Philosophie, Médecine, et Théologie, que le nombre des Athées s’est plus fait paraître, depuis l’année 1452 [c'est-à-dire 1453 : année de la chute de Constantinople] qu’après la prise de Constantinople, tous les Grecs, et les sciences avec eux, se refugièrent en Europe, et particulièrement en France et en Italie, qu’il ne s’en était fait pendant les mille années précédentes » (Considérations politiques sur les coups d' État, 1639).

De même, dans le Theophrastus redivivus, où la main de Naudé se retrouve à plusieurs reprises, nous lisons qu’« aucun siècle, même les siècles de persécutions, n'a été plus caractérisé par l'incrédulité et le mépris de la foi que le siècle où nous vivons ».

Les deux courants de pensée qui constituent l'athéisme moderne, tout en ayant beaucoup de choses en commun, s'opposent aussi sur plusieurs points. Ils ont en commun la conception de la religion comme étant une structure politico-répressive fondée sur l'« imposture » (c'est-à-dire sur la tromperie des politiciens et du clergé à l'égard du peuple), remplacée au cours du XVIIIe siècle par des considérations ethno-anthropologiques plus approfondies.

Mais philosophiquement les deux athéismes sont souvent aux antipodes : aristotélicien le premier (à l'exception notable de Giordano Bruno), cartésien le second, de Spinoza à Bayle et à Jean Meslier, le curé athée d'Étrépigny, auteur vers 1720-30 d'un Mémoire manuscrit (demeuré inédit jusqu'en 1864), et en tout cas lié à la nouvelle philosophie, comme dans le cas de l'athéisme britannique (Anthony Collins, John Toland, David Hume) puis de l'athéisme classique français (Diderot, d'Holbach).

Avec Diderot et d'Holbach nous sommes cependant déjà aux frontières de l'athéisme moderne : la philosophie européenne allait désormais dans une autre direction. Dès le début des années 1820, l'athéisme apparaît à Hegel comme un « mot de passe presque oublié », comme il l'écrit à Kreuzer en 1821. Le grand essor de l'athéisme de la fin du XVIIIe siècle s'était désormais affaibli et la pensée contemporaine s'adressait à des questions différentes, où Dieu n'avait plus qu'une importance secondaire. Ce sera Nietzsche qui parlera le premier de la « mort de Dieu », mais cet événement, ou plutôt ce processus, le précédait probablement d'au moins deux siècles.

Publié ou mis à jour le : 2022-08-31 08:47:06

 
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