Coiffe, galurin, couvre-chef...

Le chapeau n'en fait qu'à sa tête !

Qu'il soit au fond de votre placard ou sur votre portemanteau, qu'il ne sorte qu'à la plage ou aux grandes occasions, le chapeau a vite été détourné de sa fonction première pour se faire ornement. Mais son apparence recherchée, parfois incongrue, ne doit pas nous faire oublier que porter un chapeau est loin d'être un acte innocent.

Que seraient Lénine sans sa casquette, Mitterrand sans son feutre, Lincoln sans son haut de forme ou, bien sûr, Napoléon sans son bicorne ?...

Isabelle Grégor

Edgar Degas, La Place de la Concorde, 1875, musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg. Agrandissement : Theresa Bernstein, Les modistes, 1921, The Art Institute of Chicago.

Homo chapeautus

Vous prendrez bien un peu d'ours brun ? Rien de tel pour passer l'hiver avec le cuir chevelu bien au chaud ! C'est ce qu'a sûrement pensé Ötzi, notre chasseur du néolithique tragiquement disparu dans le Tyrol, il y a plus de 5000 ans.

Évocation d'une parure paléolithique, Les Eyzies-de-Tayac, musée national de la Préhistoire.Le choix a dû être rapide : l'efficacité avant tout. Il n'a fait que reprendre une pratique que l'on peut supposer remonter aux dernières glaciations qui ont frigorifié nos ancêtres Homo Erectus venus de la chaude Afrique, il y a 1 million d'années.

La Dame à la capuche ou Dame de Brassempouy, vers 28 000 av. J.-C., Saint-Germain-en-Laye, musée d'Archéologie nationale.Mais pour pouvoir enfin ressembler à autre chose qu'à un ours mal léché, il faudra attendre l'invention du perçoir par Néandertal au paléolithique moyen, suivie bien plus tard de celle de l'aiguille au paléolithique supérieur, par Homo Sapiens. Fini la peau jetée en vrac sur la tête ou tenue par une arête de poisson, vive le chapeau en peau tannée habilement cousue !

Nos tribus de la Préhistoire aimaient aussi le travail bien fait et avaient bien compris qu'un crâne pouvait être un support idéal pour se faire une beauté. S'il est difficile d'affirmer que la Vénus de Brassempouy (23 000 ans av. J.-C.) était coiffée d'une capuche, d'une résille de coquillages ou d'un bel arrangement de tresses, ce dont on est sûr c'est que la petite dame figure bien parmi les premières victimes de la mode.

Relevés et dessins d'après une roche gravée, grotte de la Marche, Lussac-les-Châteaux, vers 15 000 av. J.-C.Bien d'autres suivront sa voie dans le but non seulement d'être le plus beau pour aller danser, comme le prouveront plus tard les peintures du néolithique saharien, mais aussi certainement pour affirmer son rang social.

C'est un enfant qui, dans l'abri de La Madeleine (Dordogne, 18 000 av. J.-C.), fut inhumé avec la tête recouverte d'une parure composée de centaines de coquilles d'origine marine complétées de dents de renard, peut-être ajustées sur un bonnet. Un ensemble très bling-bling !

Naissance d'un art de l'équilibre

Plus au sud, ce n'est pas le froid mais le soleil qui fut sûrement à l'origine de diverses protections, dans des matières malheureusement trop légères pour défier le temps.

Figure dite de Tanagra, vers 320-200 avant J.-C., Paris, musée du Louvre. Agrandissement : Figurine avec un chapeau haut, Suse, Iran, IVe-VIe siècle apr. J.-C., Téhéran, musée national.C'est le cas du roseau et surtout de la paille, apparue avec l'agriculture dans le Croissant fertile (8500 av. J.-C.), et dont l'usage traversera les continents et les siècles.

Dans le même temps, la naissance de la sidérurgie à Sumer permet désormais aux guerriers de se protéger avec des casques pendant que souverains et coquettes leur préfèrent des parures plus élégantes. Et puisque désormais on tisse à tour de bras, autant profiter des bandes de textile pour se protéger tête et visage.

Grâce au savoir-faire des artisans et à la multiplication des matières, les formes se diversifient : plus large, plus rond ! Et surtout plus haut : divinités et grands personnages du royaume héritent ainsi de coiffes spécifiques qui sont autant de symboles de leur rang et leurs pouvoirs. On n'est pas là pour s'amuser !

Sceau akkadien d'Ada, 2 300 av. J.-C., Londres, British Museum.

Ostracon figuré debout, coiffe de vautour, modius, double uraeus, vers 1000 av. J.-C., Paris, musée du Louvre.Du côté du Nil, on ne plaisante pas non plus avec le chapeau. Du némès en tissu rayé, célèbre pour orner le masque de Toutânkhamon, à la coiffe cylindrique bleue de Néfertiti, le panel est large.

Si l'on est familier des couronnes de haute et basse Égypte qui peuvent s'insérer l'une dans l'autre, on connaît moins les couronnes divines à cornes de bélier ou plumes d'autruche. Rien de tel que le monde animal pour trouver l'inspiration ! Mais pour le commun des mortels, c'est surtout la lourde perruque à la nubienne qu'il convenait d'ajuster tous les matins pour protéger du soleil sa tête rasée.

Contenant contre contenu

De l'autre côté de la Méditerranée, on ne s'encombre pas : un voile ou un chapeau de paille pour les femmes, un ruban ou un bonnet en feutre (pilos) pour les hommes, voire un casque à plumeau pour les plus belliqueux, l'aspect pratique est mis en avant.

Johann Karl Loth, Mercure jouant du pipo pour Argus, vers 1655-1660, Londres, National Gallery. Agrandissement : Francois-Anne David, Dessin d'une statue de Mercure, tiré de Collection des Pierres Gravées, Statues, Médailles, Paris, 1787.On a vite fait le tour des placards des Grecs pour lesquels c'est la noblesse d'une tête nue, symbole de sagesse, qui est admirable. Imagine-t-on Apollon avec un galurin ? Ce serait détruire l'harmonie parfaite du corps. Seuls certains privilégiés, comme Hermès et son chapeau à ailettes, sortent couverts.

Les Romains ne seront pas plus audacieux, préférant admirer les coiffures à la complexité vertigineuse de ces dames ou les bouclettes viriles de ces messieurs. Parmi les exceptions, citons les flamines, ces prêtres qui n'avaient pas les cheveux au vent mais portaient un apex, une calotte surmontée d'un morceau d'olivier. Et gare à celui qui le perdait ! Il n'avait plus qu'à trouver une autre fonction...

Flamines coiffés de l'apx, autel de la Paix Auguste, 13-9 av. J.-C., Rome.

À l'autre extrémité de la société, ce sont les esclaves affranchis qui se faisaient remarquer en portant le pilos grec comme signe de reconnaissance. Ce petit cône en feutre aurait dû disparaître au fil de l'Histoire si son message de liberté n'avait été associé à la forme des bonnets des Phrygiens (Anatolie). Devenu d'abord symbole de l'Orient, ce qui explique qu'on peut en repérer sur les têtes des Rois mages, il trouvera la gloire pendant la Révolution française.

Représentation des rois mages coiffés d'un bonnet phrygien, basilique Sainte-Apollinaire-le-neuf, VIe siècle, Ravenne.

Sortons couverts

En attendant, le Moyen Âge s’attelle à produire un véritable catalogue de couvre-chefs, d'une audace étonnante.

Pour les femmes, les bandes de tissu mises à contribution par les Carolingiennes continuent à séduire leurs descendantes qui s'entourent d'abord dans une guimpe (ou touaille) avant d'en laisser l'usage aux religieuses. Trop simple !

Christine de Pisan et la reine Isabeau (détail), enluminure tirée du Livre de la reine, 1410-1414, Londres, British Library.

Les plus fortunées, influencées par des marchands toujours plus nombreux, cherchent l'originalité pour afficher leur rang et délaissent le trop classique chaperon, une sorte de cagoule que les petites filles des contes porteront de couleur rouge.

Andrea di Bonaiuto, Via veritas (détail), vers 1366, chapelle des Espagnols, basilique Santa Maria Novella, Florence. Pierre Ier de Chypre (en jaune). À ses côtés, Amédée VI de Savoie. Agrandissement : Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, XVe siècle, musée des Beaux-Arts de Dijon.On commence à ajouter des bourrelets et des armatures pour maintenir des ensembles qui prennent de la hauteur, influencés dit-on par les costumes à l'orientale du roi de Chypre, Pierre Ier, venu en Europe organiser une croisade (1362-1365).

À cornes ou en pain fendu, ces coiffures extravagantes passent le relais au XVe siècle aux fameux hennins (« coqs » en néerlandais) venus de la riche cour de Bourgogne. « Aigus comme des clochers », ils rendent fous les prêcheurs !

Roger van der Weyden, Portrait d'une femme, 1440, Berlin, Pinacothèque. Agrandissement : Jan van Eyck, Portrait d'homme (autoportrait ?), 1433, Londres, British Museum.Est-ce parce qu'ils ne peuvent pas se permettre de jouer les équilibristes que les hommes se montrent plus sobres ? Le chapeau gagne cependant du terrain, et plus seulement dans un souci pratique. Il faut se distinguer de ses congénères, notamment en adoptant de belles matières ou en les agrémentant de plumes.

Les rois donnent d'ailleurs l'exemple : ils ne sont plus figurés coiffés d'une couronne, comme Charlemagne, ou tête nue, comme Jean le Bon, mais s'affichent avec bonnet (Louis XI) ou chapeau à larges bords (Charles VII).

Le chaperon avec son bourrelet reste cependant un accessoire fort apprécié, même s'il est parfois mis à mal comme dans l'autoportrait supposé de Van Eyck où la longue queue rouge a été repliée en un drapé artistique.

Miniature de Rogier van der Weyden, Philippe le Bon de Bourgogne et ses courtisans, XVe siècle, Paris, BnF. Agrandissement : Léonard de Vinci, Tête de paysan de face, coiffé d'un chapeau à pompons, Paris, musée du Louvre.

Fi des chapeaux !

C'est un prince, Charles d'Orléans, qui au XVe siècle s'émeut du pouvoir donné aux chapeaux, censés préserver la pudeur...

Tapisserie figurant deux personnages sous un dais, vers 1460-1465, Paris, musée des Arts décoratifs. Le couple passait pour représenter le duc Charles d'Orléans et Marie de Clèves. Mais il pourrait aussi représenter le duc Louis Ier de Savoie et à sa femme, Anne de Lusignan.Levez ces couvre-chefs plus haut,
Qui cachent trop ces beaux visages ;
À rien ne servent ces ombrages,
Quand il ne fait ni vent ni chaud.

En vérité, cacher tant de beauté,
C’est une faute et une cruauté :
Levez ces couvre-chefs plus haut,
Qui cachent trop ces beaux visages.

Je sais bien que Danger [la pudeur] s’en moque,
Et qu’il a sans doute payé
Pour faire durer ces habitudes.
Mais il faut changer cette loi,
Levez ces couvre-chefs plus haut.

Dis-moi quel est ton chapeau...

Politique, le chapeau ? Bien sûr ! À la Renaissance par exemple, les Français aimaient à porter leur toque (bonnet aux bords relevés) avec une légère inclination sur l'oreille gauche, simplement pour se distinguer de leurs homologues espagnols.

Anonyme, Portrait de Macée de Léodepart, épouse de Jacques Coeur, s. d., Bourges, musée du Berry. Ces chamailleries ne gêneront en rien la diffusion de cette coiffe pratique qui est adoptée par les intellectuels et hommes de loi. Présent sur le portrait d'apparat de François Ier, le béret a encore son mot à dire mais le feutre commence à avoir de plus en plus la faveur des coquets.

À l'heure où la mode ne cesse d'innover, cette matière a l'avantage d'offrir de belles possibilités ! Mais attention, la silhouette doit rester équilibrée : « À voir la tête d'un homme sur [les] fraises [autour du cou], il semble que ce soit le chef de saint Jean dans un plat ! » (Pierre l'Estoile).

François Clouet (d'après), Portrait de Charles IX roi de France, XVIe siècle, château de Versailles. Agrandissement : Anonyme, Portrait d'Henri IV en cuirasse et panache blanc, roi de France et de Navarre (1553-1610), châteaux de Versailles et de Trianon.Henri IV a trouvé la parade : ses chapeaux prennent du volume et s'ornent de broches précieuses appelées enseignes et disposées sous un panache, blanc bien sûr.

Côté dames, on se laisse séduire par la mode à l'italienne venue dans les bagages des Médicis, comme cet attifet en forme de cœur qu'adopte Catherine, une fois veuve.

Bonnets, résilles, petites coiffes à pointes sur le front rendent jalouses les paysannes qui doivent se contenter de chapeaux pour se protéger des intempéries. Pas question que toutes les classes sociales se ressemblent !

François Quesnel, Portrait de femme en noir, fin XVIe siècle, coll. part. Agrandissement : D'après Etienne Dumonstier, Portrait de Marguerite de France, reine de Navarre, fin XVIe siècle, Le Puy-en-Velay, musée Crozatier.Les lois somptuaires, qui limitent régulièrement le droit au luxe, veillent... La servante se contentera donc d'un bonnet là où sa maîtresse bourgeoise s'autorisera une coiffe à bavolet, qui comprend une sorte de visière carrée.

L'aristocrate, quant à elle, préfèrera voler aux hommes leur béret qu'elle agrémentera de bijoux, à moins qu'elle ne laisse admirer ses cheveux habilement coiffés.

Un petit ruban qui change tout

Au XVIIe siècle, les m'as-tu-vu n'ont plus la côte. La Réforme est passée par là et le chapeau abandonne les breloques pour prendre de la largeur et du plumet, à la façon des mousquetaires.

Jean-Léon Gérôme, Réception du Grand Condé à Versailles, 1878, Paris, musée d'Orsay.Les courtisans s'emparent à leur tour de ce modèle en feutre sans oublier de l'agrémenter quelque peu comme le Bourgeois gentilhomme qui offre « Mille huit cent trente-deux livres à [son] plumassier » (Molière) pour s'approcher de la noblesse par sa seule apparence. Quoi de plus admirable qu'une belle révérence avec un immense chapeau à la main ?

Et puis il faut bien de la surface pour rester en équilibre sur les perruques imposées par le roi ! Mais même couverts de dentelles, les courtisans n'oublient pas leurs liens avec l'armée et empruntent aux soldats les bords relevés de ce qui deviendra le tricorne.

Le Matin, dame à sa toilette, XVIIe siècle, Paris, Bibliothèque des Arts décoratifs. Agrandissement : Portrait de Louise-Françoise Bourbon, épouse du prince de Condé, XVIIe siècle, Middlebury College Museum of Art.Comme il faut bien se protéger aussi la tête lors des voyages ou de la chasse, les femmes adoptent à leur tour ce type de couvre-chef. Pour les plus riches, c'est plutôt le nœud de tissu qui est recherché.

La faute à la jeune maîtresse de Louis XIV : « Le soir, comme on se retirait, il se leva un petit vent qui obligea mademoiselle de Fontange de quitter sa capeline ; elle fit attacher sa coiffure avec un ruban dont les nœuds tombaient sur le front, et cet ajustement de tête plut si fort au Roi qu’il la pria de ne se coiffer point autrement de tout ce soir ; le lendemain toutes les dames de la cour parurent coiffées de la même manière » (Roger de Bussy-Rabutin, Histoire amoureuse des Gaules, 1665).

« Coiffures élevées jusqu’aux nues », « casques », « jardinières » (madame de Sévigné) : rapidement on assiste à la naissance de véritables échafaudages baroques de dentelles tuyautées « à la Fontange » qui triomphent jusqu'à l'arrivée de la sévère madame de Maintenon, beaucoup moins encline à la fantaisie...

Georges de La Tour, Le Nouveau né, 1648, Rennes, musée des Beaux-arts.

Un pouf sur la tête !

C'est donc, une fois de plus, le retour de la discrétion. Bonnets « à bec », « papillons » ou « battant l'oeil » rivalisent avec de simples chapeaux de paille censés vous faire ressembler à une bergère.

François-Hubert Drouet, Portrait de la marquise de Pompadour, XVIIIe siècle, château de Champs-sur-Marne. Agrandissement : Nicolas de Largillière, La Belle Strasbourgeoise, 1703, Strasbourg, musée des Beaux-Arts. Les femmes de la Régence préfèrent en effet montrer leurs cheveux, soigneusement bouclés et poudrés. Du côté des messieurs, on se bat également avec des perruques dont il faut conserver à tout prix l'aspect poudré, quitte à garder son tricorne à la main.

De petits futés ont même l'idée de fabriquer des chapeaux-bras destinés uniquement à saluer et qui sont, comme leur nom l'indique, portés... sous le bras ! Le gentilhomme n'a plus qu'à attendre de pouvoir envoyer valser tout cet ensemble pour retrouver, dans l'intimité, son bonnet ou son turban préféré.

Jean-Siméon Chardin, Autoportrait aux bésicles, 1771, Paris, musée du Louvre. Agrandissement : François Flameng, Marie-Antoinette se rendant au supplice, Vizille, musée de la Révoluton française.Mais la mode est versatile, comme le fait malicieusement remarquer Montesquieu dans ses Lettres persanes : « Les architectes ont été souvent obligés de hausser, de baisser et d'élargir leurs portes, selon que les parures des femmes exigeaient d'eux ce changement » (1721). Ce n'est qu'un début !

C'est le coiffeur Léonard et la « ministre des modes » de Marie-Antoinette, Rose Bertin, qui vont redonner du volume aux coiffes après 1774.

Nicolas Dupin, 5e Cahier des Costumes Français pour les Coeffures depuis 1776, 1778-1786, Paris, BnF. Agrandissement : Estampe représentant une coiffure à la Belle Poule dite Coiffure à l'Indépendance ou le Triomphe de la Liberté, XVIIIe siècle, musée franco-américain du château de Blérancourt.Sous leur influence, des pyramides capillaires commencent à servir de support à des constructions de plus en plus élaborées, ou plutôt de plus en plus extravagantes, baptisées « poufs » : au sommet de la composition sont posés des accessoires comme des panières de fruits, des maquettes de navire et même de petites figurines de représentant l'entourage de la téméraire !

Ces drôles de couvre-chef, hors de prix et totalement irraisonnables, participeront largement à la mauvaise réputation de Marie-Antoinette.

Heureusement Jean-Jacques Rousseau est là pour rappeler à ce beau monde que rien ne vaut le naturel, un grand bonnet ou un bon chapeau de paille !

Du pygmée au colosse

Louis-Sébastien Mercier avait l'oeil. Dans son Tableau de Paris, cet observateur de son temps ne manque pas de dire deux mots sur la mode des chapeaux qui a beaucoup diverti les mauvais esprits du XVIIIe siècle...
Anonyme, Mr Mirabeau pret à partir pour Aix la Chapelle Coeffé du Chapeau / de l'Aristocratie par son ami et Collegue l'Abbé Maury, fin XVIIIe siècle, Paris, musée du Louvre.« On ne les porte plus le matin sous le bras. Ils couvrent la plus noble partie du corps, et pour laquelle ils sont faits. A-t-on vu le Turc mettre le turban sous son bras, les évêques tenir leurs mitres à la main ? Mettons donc constamment notre chapeau sur notre tête, pour garantir nos faibles cerveaux des rayons du soleil, et que ce précieux dôme s’oppose aux évaporations de notre cervelle. N’était-il pas ridicule de l’employer incessamment à la main à des exercices de civilité et de minauderie ? […]
J’ai vu des chapeaux dans ma jeunesse, qui avaient de très grands bords ; et quand ils étaient rabattus, ils ressemblaient à des parapluies : tantôt on releva, tantôt on rabaissa ses bords par le moyen des gances. On leur a donné depuis la forme d’un bateau. Aujourd’hui la forme ronde et nue paraît la dominante ; car le chapeau est un Protée qui prend toutes les figures qu’on veut lui donner. […]
Nous n’avons donc plus ni chapeau pygmée, ni chapeau colossal ; les dames avaient élevé ridiculement leurs coiffures, au moment que les hommes avaient arboré les petits chapeaux ; aujourd’hui que les hommes en ont augmenté et arrondi le volume, les coiffures ont prodigieusement baissé »
.

Des chapeaux un poil biscornus

Ils ne purent pas y échapper : Louis XVI dut porter le bonnet rouge des Révolutionnaires tandis que Marie-Antoinette monta à l'échafaud avec une charlotte. N'étaient-ils pas à présent de simples citoyens ? Pour les chapeaux, plus question de se faire remarquer... du moins pendant quelques années.

Le Baiser perfide, Le Suprême Bon Ton. Caricature Parisienne n° 17, entre 1800 et 1815, Amsterdam, Rijksmuseum.

Merveilleuses et Incroyables du Directoire font exploser cette sobriété en se coiffant d’accessoires aussi extravagants les uns que les autres : casques à la Minerve, chapeaux-jockeys à la visière interminable, capotes dites invisibles qui ne laissent voir le visage que de face. Joséphine est une des plus célèbres proies des chapeliers de l'époque, elle qui en a acheté 87 en une année !

Ernest Messonnier, Campagne de France, 1814 (détail), 1864, Paris, musée d'Orsay. Napoléon et son petit chapeau. Agrandissement : Charles Auguste de Steuben, Les Huit époques de Napoléon Ier ou Vie de Napoléon en huit chapeaux, vers 1826, châteaux de Malmaison et Bois-Préau.Elle dut trouver bien triste le bicorne de son général d'époux dont la seule excentricité fut de le porter « en bataille », c'est-à-dire les pointes parallèles aux épaules. Rien de tel pour se faire remarquer !

Devenu empereur, cet expert en communication resta fidèle à son « petit chapeau » en forme de « chauve-souris des champs de bataille » (Edmond Rostand), certainement pour mieux faire comprendre qu'il n'avait pas pris la grosse tête. Il aura du moins échappé à l'invasion du haut-de-forme, venu tout droit d'Angleterre à la fin du XVIIIe siècle.

Fini l'horizontal, vive la verticalité ! Devenu synonyme de distinction, il se décline après 1840 version « tuyau de poêle » à la Abraham Lincoln, avec ses 20 cm de haut, ou en version « claque », avec ressorts pour l'aplatir, inventé par Antoine Gibus. Plus pratique pour loger dans la valise...

 Henri de Toulouse-Lautrec, Mr de Lauradour, 1897, New York, MoMa.

Théodore de Banville, « Chapeaux »

« Poète du bonheur », Théodore de Banville semble avoir eu peu de goût pour les hauts-de-forme de son époque, trop sinistres à son goût...

Oh ! sur le divin boulevard,
Qui de l'univers est la moelle
Et qu'aime le Journal bavard
Que de chapeaux tuyau de poêle !

Edgar Degas, L'Homme au gibus, Albi, musée Toulouse-Lautrec. Agrandissement : Gustave Caillebotte, Dans un café, 1880, musée des Beaux-Arts de Rouen.Devant le soleil, ce dormeur,
Sombres comme des Érinyes,
Ils resplendissent pleins d'horreur,
Ainsi que des bottes vernies.

Fourmillement de noirs tuyaux !
Ils s'en vont jusqu'en Amérique,
On dirait les affreux boyaux
De quelque bête chimérique. […]

Enfin, un jour, vient le printemps,
Paris qui s'attife et respire,
Est plein d'esprits dans l'air flottant,
Comme la forêt de Shakespeare.

Les vents mystérieux et doux
Ont éparpillé leurs crinières,
Et nous mettons des chapeaux mous,
Pour aller découvrir Asnières.

Courir comme la nymphe Io
Nous réjouit. Le flot se moire.
Chapeau luisant, chapeau tuyau,
Nous te reléguons dans l'armoire. […]
(Sonnailles et clochettes, 1888)

Le « digne représentant de son maître »

Au XIXe siècle, le chapeau fait l'homme. Honoré de Balzac le sait mieux que quiconque, lui qui prenait le plus grand soin de son apparence : pas d'accès à la bonne société sans chapeau présentable ! Pas étonnant donc que Raphaël, le héros malheureux de La Peau de chagrin, s'inquiète de l'état de son couvre-chef...
« Je ne possédais pas un denier. Pour comble de malheur, la pluie déformait mon chapeau. Comment pouvoir aborder désormais une femme élégante et me présenter dans un salon sans un chapeau mettable ! Grâce à des soins extrêmes, et tout en maudissant la mode niaise et sotte qui nous condamne à exhiber la coiffe de nos chapeaux en les gardant constamment à la main, j’avais maintenu le mien jusque-là dans un état douteux. Sans être curieusement neuf ou sèchement vieux, dénué de barbe ou très soyeux, il pouvait passer pour le chapeau problématique d’un homme soigneux ; mais son existence artificielle arrivait à son dernier période : il était blessé, déjeté, fini, véritable haillon, digne représentant de son maître » (La Peau de chagrin, 1831).

À faire tourner les têtes !

À chacun son chapeau ! Le XIXe siècle est un véritable âge d'or pour les amateurs qui peuvent remercier le principe qu'il n'y a alors rien de plus vulgaire que de sortir cheveux libres.

Camille Pissarro, Autoportrait au béret et aux lunettes, 1898, coll. Sammlung Vogel, New York. Agrandissement : Un groupe de chasseurs alpins en 1897, 14e bataillon, coll. privée.Canotier pour les promeneurs et les rameurs, casquette chipée aux ouvriers pour les premiers cyclistes et automobilistes, panama pour tous ceux qui souhaitent pouvoir le glisser dans la poche... La multiplication des manufactures, portées par la mécanisation, permet de changer d'allure suivant les circonstances, du moins pour ceux qui en ont les moyens.

Les paysans continuent de travailler avec leurs chapeaux de paille lorsqu'ils n'ont pas encore succombé au charme du béret, originaire du Béarn. Celui-ci passera ensuite sur les têtes des chasseurs alpins sous la forme de « tarte » à la fin du XIXe siècle, avant de prendre la place du calot et même de s'orner d'un joli pompon pour ceux qui ont le pied marin.

Julien Dupré, Fenaison, 1880, coll. part.

Les femmes de l'époque ont un avantage certain sur ces messieurs : une grande liberté dans la personnification des modèles. Les modistes peuvent en effet utiliser toute la gamme de leur imagination pour proposer des œuvres permettant de rééquilibrer les silhouettes malmenées par les larges crinolines froufroutantes.

James Tissot, Les Chrysanthèmes, vers 1875, Massachusetts, Clark Art Institute. Agrandissement : James Tissot, la demoiselle d'honneur, vers 1885, Angleterre, Leeds Art Gallery.On privilégie donc la petite hauteur des toques ou des capotes qui encadrent le visage, couvrant une grande partie des cheveux remontés en chignon à l'arrière de la tête. La forme protège si bien qu'on en trouve des variantes en tissu dans les campagnes, comme les quichenottes de la côte atlantique.

À la fin du siècle, un vent de liberté remise crinolines et capotes aux greniers pour laisser place aux « culs de Paris » rembourrés et aux bibis purement décoratifs garnis de rubans, voilettes et autres fleurs factices. Les épingles à chapeau, désormais produites en série, viennent à la rescousse des élégantes qui savent qu'elles peuvent aussi s'en servir comme armes...

On peut aller les choisir dans une des 280 chapelleries de la capitale ou encore dans ces grands magasins qui ont bien compris la place symbolique du couvre-chef dans la société : à chaque âge, chaque heure, chaque occasion, un modèle différent !

La dictature de l'épingle à chapeau

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, les épingles à chapeau sont enfin produites en série grâce à la mécanisation. Mais tout le monde n'apprécie pas : ne sont-elles pas un danger public ?
« Il est question, de nouveau, de nous protéger contre elle. Il y a plusieurs années déjà, quand fut instaurée la mode des chapeaux géants que seules semblaient capables de fixer solidement sur la tête des femmes des épingles redoutables par leur longueur et par leur poids, de nombreux maires s'étaient émus des dangers que faisaient courir aux passants ces coiffures hérissées de pointes, qui dans la rue, en chemin de fer, au théâtre, dans les voitures publiques, menaçaient la sécurité des yeux, des nez, des bouches... […] on nous annonce qu'une ordonnance va paraître où le nouveau préfet [de police de Paris] rappellera la nécessité du protège-pointe, et menacera de punitions les grandes épingles dont les pointes s'obstinent, si j'ose dire, à se promener dévêtues dans Paris.
- Que M. Hennion ne s'illusionne point. Son ordonnance, qui sera mise en vigueur dans dix jours, le 20 décembre, ne nous protégera guère, et il n'en faudra accuser que les hommes ; - leur nonchalance, leur fierté, leur gentillesse. On n'obtiendra jamais d'un Parisien qu'il se défende en public contre les incommodités ou les périls créés par le voisinage d'une femme. Il les subira en bougonnant ou avec le sourire, suivant son caractère ; mais appeler l'agent ? Menacer d'un procès-verbal une coiffure féminine gênante ? Je l'en défie. Il y a une immunité plus sûre, désormais, en ce pays, que celle de la Rente ; c'est l'immunité de l'épingle à chapeaux »
(Le Figaro, décembre 1913).

Edgar Degas, Les Petites modistes, 1882, Kansas City, Nelson-Atkins Museum of Art.

Cloches et melons entrent dans la ronde

« Qu'il était joli le chapeau / Qui m'empêcha de voir la pièce ! » Ces vers de l'écrivain Miguel Zamacoïs rappellent que pour une femme de bonne moralité, impossible de sortir « en cheveux », y compris au spectacle.

Henry Ottmann, Portrait de femme au chapeau bleu, XXe siècle, coll. part. Agrandissement : Amedeo Modigliani, Jeanne Hébuterne avec un large chapeau, 1918, coll. part.Le passage au XXe siècle n'a pas changé les habitudes, et si la Première guerre coupe nombre de cheveux, le chapeau cloche est encore là pour les cacher.

Le béret, venu des campagnes, et le bonnet l'accompagnent, plébiscités pour leur aspect pratique par ces dames qui désormais travaillent, font du sport, voire conduisent. Et tant qu'à faire, autant chaparder aux hommes leur feutre, ce chapeau mou qui est devenu l'accessoire indissociable du moderne veston.

Dans le même temps, la casquette continue de protéger les têtes des milieux ouvrier et paysan, et le foulard remise au placard les coiffes traditionnelles, déballées désormais pour les grandes occasions.

En ville, la bonne société s'empare du chapeau melon venu d'Angleterre où paradoxalement il était devenu la coqueluche des classes laborieuses. Un bon moyen de brouiller les frontières sociales...

Charlot et son chapeau melon par Charlie Chaplin, 1915. Agrandissement : Elsa Schiapparelli, le Chapeau-chaussure, collection hiver 1937, Paris, musée des Arts décoratifs.Pendant l'entre-deux guerres, les grandes maisons de couture continuent d'assortir chapeau et vêtements alors que d'autres font dans l'originalité : c'est le cas d'Elsa Schiaparelli qui, avec la complicité de Salvator Dali, crée en 1937 un étonnant chapeau-chaussure qui va, et pour cause !, marquer l'histoire de cet accessoire.

La Seconde Guerre mondiale oblige également à faire preuve d'imagination, mais pour une autre raison : faute de matières premières, on élabore des couvre-chefs en papier journal ou en copeaux de bois lorsqu'on ne se replie pas simplement sur le turban qui permet de distancer les visites chez le coiffeur.

Le retour de la paix signe l'émergence d'une nouvelle mosaïque de modèles influencés par les États-Unis qui diffusent largement les images des bibis de Jackie Kennedy ou des fédoras d'Humphrey Bogart.

Femme élaborant un chapeau en copeaux de bois, France, avril 1941. Agrandissement : le fédora d'Humphrey Bogart (film Brother Orchid, 1940).

Tête à claques ou tête d'affiche ?

Mais à quoi bon porter encore un chapeau ? La question commence à se poser dans les années 60, avec les changements de mode de vie. On reste moins à l'extérieur et socialement les différences de classe ont tendance à s'atténuer.

Émile Muller, Jeune femme mettant son chapeau, 1950, Charenton-le-Pont, Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie.Si les chapeaux pratiques ou à usage professionnel échappent à la mode des cheveux dans le vent, ce n'est pas le cas des autres, connotés trop « bourgeois ». Et puis, il faut dire que lorsqu'il n'est pas sur la tête, on ne sait pas quoi en faire ! Impossible désormais de rester chapeauté en permanence, c'est fort mal vu. Sans compter le problème de l'automobile...

Les cheveux s'allongent, les coiffures se libèrent, les vêtements se font moins contraignants et gomment peu à peu les différences de sexe. Bref, pour les jeunes générations, le chapeau de papi-mamie est tout simplement devenu ringard !

Frank Horvat, Paris, chapeau Givenchy à Longchamp, pour le

René Magritte, L'Homme au chapeau melon, 1964, coll. part.Mais n'enterrons pas trop vite le couvre-chef. Il revient dans les années 70 sous la forme populaire du bob, plébiscité pour son petit prix et son aspect tout-terrain. Symbole de liberté et de vacances, il annonce la déferlante de la casquette à l'américaine, tout droit sortie des terrains de base-ball pour envahir la mode de la rue, où elle sera par la suite souvent recouverte d'une capuche de survêtement.

Dans les banlieues comme sur les hippodromes, le symbole social reste fort. Porter un chapeau reste plus que jamais un moyen d'affirmer son originalité ou, au contraire, son respect des traditions : lors d'un mariage, cherchez le chapeau, vous trouverez la belle-mère !

Aujourd'hui, cet accessoire qui était indispensable peine encore à retrouver une place dans nos placards. Mais gageons qu'avec le réchauffement climatique sa vocation première de couvre-chef va l'aider à revenir en force. L'avenir nous dira si les prévisionnistes se sont trompés : ils n'auront plus qu'avaler leur chapeau...

Où est ma casquette ?

Vous avez sûrement entendu parler d'un certain père Bugeaud qui avait perdu sa casquette... Le duc d'Aumale nous raconte ici la petite histoire de ce chant militaire de l'Armée d'Afrique, daté de la fin du XIXe siècle :
La Casquette du père Bugeaud, chromo du Bon Marché, s. d.« Une nuit, une seule nuit, leur vigilance [des zouaves] fut en défaut, et les réguliers de l'émir, se glissant au milieu de leurs postes, vinrent faire sur le camp une décharge meurtrière. [...] Bientôt cependant l'ordre se rétablit, les zouaves s'élancent et repoussent l'ennemi. Le combat achevé, le maréchal s'aperçut, à la lueur des feux du bivouac, que tout le monde souriait en le regardant : il porte la main à sa tête, et reconnaît qu'il était coiffé d'un simple bonnet de coton, comme le roi d'Yvetot de Béranger [chanson de 1815]. Il demande aussitôt sa casquette, et mille voix de répéter : La casquette, la casquette du maréchal ! Or cette casquette, un peu originale, excitait depuis longtemps l'attention des soldats. Le lendemain, quand les clairons sonnèrent la marche, le bataillon de zouaves les accompagna, chantant en chœur :
- As-tu vu la casquette au père Bugeaud ? »

(Les Zouaves et les chasseurs à pied : esquisses historiques, 1855)

Turlututu, chapeau pointu !

Inquiétant, le chapeau pointu ? C'est ce que semble nous dire la tradition qui en fait très souvent le signe distinctif des personnes marginalisées, de gré ou de force. Ainsi au Moyen Âge les Juifs sont-ils associés à un chapeau en forme de cône dont on aurait ensuite par tradition couvert sorciers et sorcières pour souligner le mystère qui les entoure.

Francisco Goya, Procession des flagellants, vers 1810, Madrid, Académie royale des Beaux-Arts de San Fernando. Les flagellants portent des capirotes blancs. Agrandissement : Confrérie des capirotes verts à Malaga.

Jean Geoffroy, Un Futur savant, 1880, Rouen, musée national de l'Éducation. Agrandissement : Henri Vion, Illustration pour Le Médecin malgré lui de Molière, 1876.Ne les voyait-on pas aussi comme des fous, ayant perdu le sens commun ? Cela expliquerait que les clowns comme les fêtards acceptent de se couvrir d'un ridicule cône. Plus sérieusement, l'Inquisition avait également choisi un couvre-chef tout en hauteur, une « mitre de papier » (Voltaire, Candide) qui s'allongera et deviendra signe d'humilité pour les pénitents sous le nom de capirote.

Rien à faire : le chapeau pointu reste difficile à porter tant il est voyant. Tous ceux qui ont traversé l'épreuve du bonnet d'âne peuvent en témoigner ! Mais ne soyons pas injuste avec lui. Cette pointe qui tend vers le ciel représente également la sagesse, le savoir, et a été très présente dans les costumes religieux de l'antiquité comme dans ceux des savants ou médecins des siècles passés.

Molière n'a pas manqué de s'en servir dans ses comédies en accoutrant Sganarelle d'un « chapeau des plus pointus » (Le Médecin malgré lui, 1666). N'oublions pas également que dans notre imaginaire les fées y ont droit, peut-être sous l'influence de l'hennin. Merci, monsieur Disney !

Bonnet blanc et casquette cocasse

Les plus jeunes, bien sûr, n'ont pas échappé à la folie du couvre-chef : ne fallait-il pas mettre à l'abri les petites têtes, jour et nuit, quelle que soit la température ?

Ernst Klimt, Bébé avec un bonnet, 1885, coll. part. Agrandissement : Henry d'Estienne, Portrait de fillette, 1913, Paris, musée d'Orsay.Coiffés en permanence dès la naissance avec un bonnet auquel on associe un béguin pour protéger la fontanelle, les enfants ne font en cela que suivre l'exemple de leurs aînés qui n'abandonnent leur chapeau que pour enfiler leur bonnet de nuit. Parce qu'ils ont longtemps été considérés comme des adultes en miniature, ils ne pouvaient, l'âge venant, qu'adopter les modèles de leurs parents, à leur taille bien sûr.

C'est le cas de Charles Bovary que Gustave Flaubert a affublé d'un des plus étranges chapeaux de la littérature...

« C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait » (Madame Bovary, 1856).

Bibliographie

Marie Mercié, Sophie-Charlotte Capdevielle, Voyages autour d'un chapeau, éd. Ramsay, 1990,
Lucien Terras, L'Histoire du chapeau, Jacques Damase éditeur, 1987,
Maguelonne Toussaint-Sanat, Histoire technique et morale du vêtement, éd. Bordas (« Cultures »), 1990.

À visiter :
La Chapellerie, atelier-musée du chapeau situé à Chazelles-sur-Lyon (Loire).

Publié ou mis à jour le : 2025-06-29 11:26:49

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