Touthânkamon

Les fastes de l'au-delà

Statue montant la garde devant le tombeau du pharaon, à taille réelle et à l'effigie de Toutankhamon (DR)Deux siècles après le déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion, un siècle après l'ouverture du tombeau de Toutânkhamon par Carter et Carnarvon, une épidémie d'égyptomania frappe à nouveau l'Occident.

Elle vient d'atteindre la France avec, du 23 mars au 15 septembre 2019, une exposition itinérante à la Grande Halle de la Villette (Paris). Cette exposition a été voulue et organisée par l'Égypte à un moment où son activité touristique retrouve des couleurs et en prélude à l'inauguration du nouveau musée d'égyptologie, au pied des pyramides, à la fin 2020.

L'exposition présente plus de 150 pièces parmi les cinq mille que comptait le tombeau de Toutânkhamon. À quelques exceptions près, les plus belles sont toutefois restées dans leur pays d'origine pour des raisons de sécurité et de fierté nationale. Les visiteurs peuvent à tout le moins se faire une idée de l'ensemble grâce aux vidéos qui se déroulent sur les murs. Avec 150000 places vendues dès avant l'ouverture (24 euros la place tout de même), les organisateurs espèrent battre le record de fréquentation de l'exposition de 1967, au Petit Palais, à Paris (1,4 millions de visiteurs).

Le masque en or de Toutankhamon lors de l'exposition de Paris en 1967 (DR)Mise en oeuvre par l'énergique égyptologue Christine Desroches Noblecourt, cette exposition avait dans l'esprit du président de la République Charles de Gaulle un motif géopolitique qui surpassait son intérêt culturel : se réconcilier avec l'Égypte et le monde arabe, dix ans après la calamiteuse expédition de Suez, à un moment où leurs dirigeants, tel Nasser, partageaient avec de Gaulle une même volonté d'émancipation nationale.
La même année, à l'issue de la guerre des Six Jours, la diplomatie française prenait spectaculairement ses distances avec Israël. Nous n'en sommes plus là...

Nous vous proposons un voyage dans l’Égypte antique, à la rencontre du jeune pharaon, de ses trésors et de son univers.  Mort à dix-huit ou dix-neuf ans, Toutânkhamon eut un règne bref et sans gloire mais acquit une célébrité posthume sans commune mesure lorsque fut découvert son tombeau en 1922. C'est en effet le seul tombeau de pharaon qui nous soit parvenu intact.

Charlotte Chaulin et André Larané

Cercueil miniature canope à l'effigie de Toutânkhamon en or, lapis-lazuli et verre. L'agrandissement montre le cercueil dans son intégralité à Paris, en 2019 (hauteur : environ 30 cm)

L'arrivée de Touthânkamon sur le trône d'Égypte

C’est vers 3300 ou 3100 av. J.-C. que la vallée du Nil et son delta furent unifiés sous l’autorité d’un roi, le pharaon. Il allait s'ensuivre une civilisation et un État d'une exceptionnelle longévité de trois millénaires, encore jamais égalée. Toutânkhamon vécut dans la période du Nouvel Empire (1543 -1069 av. J.-C.) et son arrivée au pouvoir se fit dans un contexte religieux très tendu. Sous le règne de son grand-père Amenhotep III ou Aménophis III en grec (1391-1352 av. J.-C.) s'était fait sentir le besoin d’une unification des cultes de la vallée du Nil.

Akhenaton (musée du Louvre)Amenhotep III, épaulé par sa femme Tiyi, la Grande épouse royale, avait aussi le désir de réduire l'influence de plus en plus pesante du clergé d'Amon, solidement installé à Thèbes, dans le temple de Karnak, et devenu démesurément puissant grâce aux richesses acquises. C'est ainsi qu'il amorça un retour vers le culte solaire.

Cependant, c’est son fils Amenhotep IV qui va créer une véritable rupture avec le soutien de sa femme, la reine Néfertiti, dont la beauté nous subjugue encore.

Après 6 ans de règne, il abandonne officiellement le culte d’Amon au profit d’Aton, le Disque Solaire. Il quitte Thèbes au profit d’une nouvelle capitale, Akhetaton (sur le site aujourd'hui appelé Tell el Amarna). Il change lui-même de nom en devenant le pharaon Akhenaton.

Au-delà de sa volonté d’affaiblir le clergé d’Amon, il s’agit d’une véritable révolution religieuse : en effet, Aton devient rapidement le dieu unique qui rassemble en lui-même toutes les divinités. La révolution religieuse se double d'une religion artistique avec une représentation extrêmement réaliste du pharaon lui-même (voir ci-contre).

Parent de six filles, le couple royal maria l’une d'elles au prince héritier, le futur Toutankhaton. Celui-ci devait être le fils du pharaon et de l'une de ses cousines ou sœur (l’inceste était autorisé et même recommandé chez les pharaons).

Mais une fois sur le trône, à neuf ou dix ans, Toutankhaton tomba sous l'emprise de son vizir ou maire du palais Aÿ ainsi que du clergé de Thèbes. Il mit donc tout de suite fin au culte d’Aton par un décret gravé sur un pylône de Karnak. Il fit raser la ville d’Akhetaton et rétablit le culte d’Amon-Râ à Karnak. Il prit lui-même le nom de Toutankhâmon (« image vivante d’Amon »). Il allait régner pendant neuf ans (1336-1327 av. J.-C.).

Son activité de bâtisseur et ses éventuelles campagnes militaires nous sont peu connues. 

Le trône de Toutânkhmon, avec sur le dossier le pharaon et son épouse dans une scène d'intimité (musée du Caire) (DR)Par contre, nous connaissons l'identité de son épouse, Ânkhésenamon, troisième fille d’Akhenaton et de Néfertiti. Le couple est magnifiquement représenté sur le dossier du trône ci-contre, l'une des pièces majeures du tombeau (elle ne quitte pas l'Égypte).

Ânkhésenamon n'a pas eu d'enfants mais a conçu au moins deux filles mortes avant terme, comme l'a prouvé l'analyse ADN de deux fœtus féminins retrouvés dans le tombeau.

Dixième pharaon de la XVIIIème dynastie, Toutankhamon est mort sans héritier, peut-être d'une crise de malaria. Il laisse le trône à son maire du palais Aÿ, lequel a peut-être épousé sa veuve. Il meurt à son tour au bout de quatre années et c'est le chef des armées, Horemheb, qui lui succède. Après vingt-sept ans de règne, il meurt à son tour sans héritier et laisse le pouvoir à un autre général, Ramsès Ier.

Avec lui débute la XIXe dynastie, sans doute la plus prestigieuse de l'histoire égyptienne avec le fils et le petit-fils de Ramsès Ier : Séthi Ier et surtout Ramsès II.

Collier, or, argent, lapis-lazuli, turquoise, cornaline, calcite, verre, Inv. Carter.

Fabuleux bric-à-brac

Malgré un règne bref et sans gloire, Toutânkhamon gagnera à titre posthume la plus grande célébrité qui soit, 3250 ans plus tard. Tout simplement parce qu’il est le seul pharaon dont le tombeau a été découvert intact. Ce miracle est dû au fait que, vers 1140 av. J.-C., des ouvriers d'un tombeau voisin, celui du pharaon Ramsès VI, avaient fait disparaître son entrée en comblant une cavité située en contrebas.

C’est le 5 novembre 1922, après cinq campagnes de fouilles infructueuses et d'étonnantes péripéties, que son tombeau a été enfin mis au jour par l’égyptologue anglais Howard Carter dans l'aride Vallée des Rois, sur la rive gauche du Nil, en face de Karnak et de la ville actuelle de Louxor. 

Sa construction a débuté dès le début du règne de Toutânkhamon. Comme tous les tombeaux des pharaons du Nouvel Empire, de leurs épouses et de leurs proches, c'est un hypogée (« construction souterraine »), creusé dans le flanc de la vallée. Il faut dire que depuis longtemps déjà, les pharaons avaient renoncé aux pyramides, qui ont l'heur d'attirer les pillards...

Le pharaon (Toutânkhamon ?) chevauchant une panthère (bois doré) (DR)Selon la tradition, Toutânkhamon a fait ériger aussi un temple funéraire à proximité de son tombeau. Mais il n'en est resté qu'une statue colossale que s'approprieront ses successeurs Aÿ et Horemheb, faisant l'un et l'autre graver leur nom sur la statue à la place de celui de leur jeune mentor. Cette statue, notons-le, parachève la visite de l'exposition de 2019 (voir sa représentation plus haut).

Quant au fabuleux contenu du tombeau, il a été pour l'essentiel fabriqué à la mort même du pharaon, dans un délai sans doute très court.

De tout temps, en effet, l'Égypte a entretenu un puissant appareil d'État centré sur les rituels funéraires et la thanatopraxie, en bref sur la préparation de l'ultime voyage de chacun dans l'au-delà.

C'est ainsi qu'on a pu extraire des cinq salles du tombeau pas moins de 5 398 objets en or, en albâtre et en pierres précieuses, soit un étonnant bric-à-brac de statues, lits, fauteuils et chars, coffrets, bijoux, armes, boomerangs etc.

Selon une pratique commune, certaines pièces ont d'ailleurs pu être récupérées chez d'autres pharaons. 

Petit naos doré. Bois, feuilles d'or, argent. H. 50,5, l. 26,5, prof. 32 cm. Inv. Carter 108.C'est le cas d'une statue en bois doré censée représenter le pharaon chevauchant une panthère : la poitrine très affirmée du personnage donne à penser qu'il s'agit d'une pharaonne antérieure plutôt que de Toutânkhamon lui-même.

Parmi les pièces du tombeau, l'une des plus remarquables, visible à Paris en 2019, est le naos, chambre sacrée prévue pour recevoir une statue de la divinité. En effet, elle est composée de dix-huit tableaux qui illustrent la vie intime du couple royal, Toutânkhamon et Ânkhésenamon. On y voit des scènes de chasse, d'après-chasse ou d'amour : Ânkhésenamon parfume son royal époux ou lui accroche un collier autour du cou ; en sens inverse, le pharaon verse de l'eau à son épouse ou encore lui tend une fleur de lotus.

Scène de tendresse sur le naos de Toutânkhamon : le pharaon verse de l'eau à son épouse (DR)

Masque funéraire de Toutânkhamon. L'agrandissement montre le masque lors de sa découverte en 1923 (musée du Caire) DRLe plus bel objet du tombeau est indéniablement le masque funéraire qui recouvrait la tête de la momie. Les Français ont pu le voir à Paris en 1967. Depuis lors, il ne quitte plus l'Égypte.

Rehaussé d’émaux et de pâte de verre, il est le résultat d’un travail métallurgique de l’or extrêmement précis. Il pèse son pesant d’or (plus de 10kg d’or massif) et est serti de pierre précieuses comme le lapis-lazuli (bleu). Cette dernière était très prisée dans l’Égypte antique car l’on considérait que la chair du dieu Amon-Râ en était constituée.   

Pour atteindre ce graal, Howard Carter et Lord durent ouvrir un sarcophage en or massif qui contenait lui-même deux sarcophages de bois doré et une cuve en pierre.

Tout cet attirail avait pour but de protéger pour l’éternité le corps du souverain. La conservation du corps dans son intégrité est en effet l'une des conditions d’accès à la vie éternelle selon la religion égyptienne.

Les rituels de la mort dans l'Égypte ancienne

Dès le début du IIIème millénaire av. J.-C., le pharaon et ses proches bénéficient à leur mort de l’embaumement et de la momification. Ces rituels ont pour but de purifier leur corps et de les accompagner dans leur périple vers la vie éternelle.

Ils sont inspirés par le mythe d'Osiris, premier pharaon légendaire d'Égypte. Tué et découpé en morceaux par son frère Seth, il ressuscita grâce à sa femme (et sœur) Isis après qu'elle eut retrouvé les différentes parties de son corps et les eut entourées de bandelettes de lin. Osiris est alors devenu le roi du monde des morts.

D'abord réservé au souverain, le bénéfice de la vie éternelle a été étendu au deuxième millénaire à tous les Égyptiens, avec des rituels d'embaumement plus ou moins rustiques selon le niveau de fortune de chacun. Dans tous les cas, pour éviter la putréfaction, les viscères (foie, poumons, estomac et intestins) sont ôtés et préservés dans autant de vases appelés canopes.

Dans le tombeau de Toutânkhamon, les canopes sont des sarcophages miniatures à l'image du pharaon (voir l'illustration en tête de la page), lequel est coiffé du némès surmonté des symboles de la Haute- et de la Basse-Égypte (le vautour et le cobra), tandis que ses mains tiennent les insignes royaux. Ces symboles sont le fouet (nekhakha), qui sert à aguillonner les bovidés, et la crosse (heqa). Ils rappellent les origines pastorales de la société égyptienne et signifient que le pharaon est le berger de son peuple.

Il ne suffit pas d'être embaumé pour gagner la vie éternelle. Il faut encore satisfaire à la pesée de l’âme par Osiris. Si cette dernière pèse moins lourd que la plume de Mâat (fille de Râ, déesse de l’ordre, de la justice et de la paix), le défunt peut enfin accéder à la Vie. Les différentes étapes de ce long chemin sont rappelées dans un papyrus appelé Livre des morts (voir ci-dessous). On en retrouvé dans de nombreuses tombes... mais pas dans celle de Toutânkhamon.

Livre des morts. Scène issue du papyrus d'Hounefer, un scribe de la XIXe dynastie (vers 1310 av. J.-C.). Elle montre la pesée du coeur lors du jugement de l'âme (British Museum)

 


Publié ou mis à jour le : 2019-07-10 12:32:45

 
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