Pharaon des Deux Terres

L'épopée « égyptienne » des rois de Napata

Pharaon des deux Terres (Louvre)L’exposition « Pharaon des Deux Terres, l’épopée africaine des rois de Napata » se tient au Louvre (Paris) du 28 avril 2022 au 25 juillet 2022.  Le musée s’est saisi d’un phénomène périphérique de l’Histoire des pharaons, la domination du pays par une dynastie issue de la Nubie, de 715 à 664 av. J.-C., pour opérer un retour sur cette magnifique civilisation. Il reste peu de témoignages de ce court intermède mais le Louvre n’en présente pas moins de très belles pièces, y compris des périodes avoisinantes et de l’invasion assyrienne qui a mis fin à la dynastie nubienne.

On peut seulement se demander à quoi rime le qualificatif « africaine » dans l’intitulé de l’exposition. Serait-ce pour rappeler que les Nubiens, parce qu’ils avaient la peau noire, n’étaient pas tout à fait des Égyptiens comme les autres ?

Deux mille ans après la construction des grandes pyramides, l’Égypte du Nouvel Empire, celui des Ramsès, sombre à partir de 1070 av. J.-C. dans les guerres de clans. Des mercenaires établis dans le delta du Nil prennent la couronne et fondent une dynastie « libyenne » au Xème siècle av. J.-C. Le prêtre Ménathon qui, au IIIe siècle av. J.-C., a segmenté les trois mille ans d’Histoire égyptienne en trente « dynasties », la désigne comme la XXIIe dynastie.  

Plaquette d’incrustation avec figure de Nubien, Époque ramesside (-1295 / -1069), musée du LouvreLà-dessus, une nouvelle menace se fait jour au sud de la 2ème cataracte du Nil, du côté de la Nubie (Soudan actuel) et du royaume de Kouch. Ce royaume est en contact avec l’Égypte depuis les origines et souvent en conflit avec elle.  À l’époque de sa plus grande extension, le territoire de l’ancien royaume de Kouch s’étend, du sud au nord, depuis la région du confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, au niveau de la ville moderne de Khartoum, jusqu’aux rives de la Méditerranée.

L’exposition témoigne de l’influence de l’Égypte sur la Nubie. Ses habitants sont régulièrement représentés comme des ennemis, à l’égal des Libyens et des Asiatiques.

Sous l’Ancien Empire, l’Égypte envoyait des expéditions militaires et commerciales entre la première et la deuxième cataracte. Au Moyen Empire, Sésostris III fixa officiellement la frontière de l’Égypte au niveau de la deuxième cataracte comme en atteste une stèle de l’an 8 de son règne. Au Nouvel Empire, la domination égyptienne s’exerça jusqu’au- delà de la quatrième cataracte, puis ce fut le reflux.

La conquête

Piânkhy, roi de Kouch, quitte sa capitale Napata, au niveau de la 4ème cataracte du Nil, et descend la vallée du Nil avec son armée. Il écrase successivement les armées des différents royaumes qui se partagent alors l’Égypte et occupe leurs capitales respectives : Thèbes, Hermopolis, Héracléopolis et Memphis. Ses victoires nous sont connues par une célèbre stèle triomphale dont l’original est au musée du Caire et dont le Louvre présente un moulage.

Statuette fragmentaire de Neferkarê Chabaka, muséée du LouvreSon fils et successeur Chabaka remporte dans le Delta une ultime victoire sur l’unique roi de la XXIVe dynastie, Bocchoris, vaincu et mis à mort lors de la prise de contrôle de Memphis par en 715 av. J.-C. Il ceint alors la double couronne des pharaons égyptiens à Memphis et se proclame « souverain des Deux Terres », autrement dit de l’Égypte et de Kouch.

La domination kouchite sur l’Égypte va durer au total une soixantaine d’années. Elle nous est d’abord connue par Hérodote, sous le nom de « dynastie éthiopienne ». Elle nous est aussi connue par le prêtre Ménathon comme la XXVe dynastie.

Piânkhy et ses successeurs vont avoir à cœur de se confondre avec leur conquête. Comme chaque pharaon en a le devoir, ils enrichissent et décorent les temples de Thèbes et en particulier celui de Karknak. Ils construisent aussi près de Napata un temple inspiré de Karnak. Ils se font également inhumer dans de petites pyramides érigées près de leur capitale, Napata.

Chépénoupet, soeur du pharaon Taharqa, est représentée en Sphinx, dans sa fonction officielle de Divine Adoratrice et épouse du dieu Amon.

Taharqa, frère et successeur de Chabaka, va régner un quart de siècle. Il est le plus célèbre des rois napatéens. Il va reprendre comme les anciens pharaons des incursions vers le Levant. Son règne est marqué par une succession épique de victoires et de revers cuisants contre les Assyriens. Il est cité dans la Bible sous le nom de « Tirhaqa »,  roi de K(o)ush, ou roi d’Éthiopie, comme un allié du roi de Juda Ézéchias face aux Assyriens.

Taharqa et Hemen, musée du Louvre

Le pharaon Taharqa est figuré agenouillé devant le dieu guerrier Hemen, représenté sous l’aspect d’un faucon. Le pharaon porte le pagne traditionnel des souverains égyptiens (chendjit). Ses mains tiennent chacune un vase pour les offrandes (nou). Sur sa tête, le bandeau porte sur le devant un double cobra (uraeus). Le cobra dressé est censé protéger le pharaon de toute attaque ; les souverains de la dynastie napatéenne en portent traditionnellement deux placés côte-à-côte.

Prise d'une ville égyptienne par les armées assyriennes d'Assourbanipal (les prisonniers sortent à gauche).

Le temps des malheurs

Lionne dévorant un soldat kouchite ! (plaque chryséléphantine assyrienne de l'époque d'Assourbanipal)Mais les Assyriens demeurent les plus forts. En une dizaine d’années, avec le concours d’un roitelet égyptien de Saïs, dans le delta du Nil, sous la conduite d’Assarhaddon puis de son fils cadet Assourbanipal, ils vont briser la dynastie nubienne.

Trois sièges et trois assauts (-671, -666 et -663) vont obliger Taharqa et son successeur Tanouétamani à céder Memphis, à la jonction de la Basse Égypte (le delta) et de la Haute Égypte.

En 663 av. J.-C., Assourbanipal met à sac la prestigieuse Thèbes et contraint Tanouétamani à s’enfuir jusqu’à Napata. 

Tête du pharaon saïte Psammétique II (musée Jacquemart-André, Paris)Un peu plus tard, avec l’aide de mercenaires ioniens et cariens, les Saïtes du delta allaient alors s’émanciper de la tutelle des Assyriens, les renvoyer chez eux et fonder une XXVIe dynastie.  L’armée du pharaon Psammétique II allait aussi pousser au sud jusqu’à Napata et mettre à sac la ville. À la XXVe dynastie succède la XXVIe. Elle allait connaître une brève renaissance dont un beau buste de Psammétique II permet au Louvre d’apprécier la magnificence. Cette dynastie saïte n’allait pas résister en 525 av. J.-C. à un nouvel intrus, le Perse Cambyse.

Entretemps, le royaume de Kouch allait toutefois perdurer et donner le jour à une nouvelle entité politique autour de Méroé, de 270 av. J.-C. à 340 de notre ère). Mais cela est une autre Histoire.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2022-05-15 21:00:03

 
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