L'archéologie, toute une histoire !

Dernières révélations sur l'affaire Ötzi

En quelques jours, il était devenu une star, une sorte d'ancêtre commun à tous les Européens dont l'apparition totalement inattendue au détour d'un glacier avait surpris les archéologues comme le grand public. Et puis voilà que l'étude de ce corps millénaire avait révélé une histoire digne d'un des meilleurs romans policiers : pour Ötzi, il était temps de passer aux aveux...

Isabelle Grégor

Vallee di Tisa © South Tyrol Museum of Archaeology/Dario Frasson.

Un drôle de randonneur

Reconstitution du physique d'Ötzi par Alfons et Adrie Kennis © South Tyrol Museum of Archaeology/Ochsenreite.Ce 19 septembre 1991, Helmut et Erika Simon prennent bien soin de regarder où ils mettent les pieds alors qu'ils redescendent tranquillement du Fineilspitze, un sommet qui s'élève à 3 500 mètres dans les Alpes. Soudain leur attention est attirée par ce qui ressemble bien à un corps qui cherche à sortir du glacier du Hauslabjoch. Les restes d'un randonneur égaré ? Un rapide aperçu des outils qui entourent le cadavre leur révèle bien vite que le promeneur n'est pas de notre époque : un sac à dos en bois et peau, une cape faite d'herbes, un pot en acacia comme réchaud... Tout cela est bien primitif ! Le couple prévient donc les autorités autrichiennes sur le territoire duquel, pense-t-il, a eu lieu la découverte. Transféré par hélicoptère à Innsbruck, le corps commence vite à se montrer bavard et attire l'attention des experts du pays voisin qui demandent plus de précision sur le site d'origine. Vérification faite, celui-ci se trouve à 90 mètres de la frontière, mais côté italien. L'inconnu repart donc en Italie.

L'enquête commence : qui était cet homme ? D'après le carbone 14, Ötzi (du nom du massif de l'Ötztal où il a été retrouvé) aurait vécu vers 3 200 avant notre ère, en pleine période du Néolithique, précisément à l'âge du Cuivre (5 000 à 2 000 av. J.-C.). L'homme était âgé puisqu'il dépassait les 40 ans, et plutôt en mauvais état malgré sa solide constitution ! Atteint de la maladie de Lyme, il devait aussi supporter inflammation des gencives, calculs biliaires, parasites intestinaux, graisse dans les artères et arthrite. Rien que cela ! C'est d'ailleurs certainement pour lutter contre ses douleurs qu'il se serait fait tatouer au charbon de bois, au niveau des articulations, pas moins d'une soixantaine de dessins de croix ou de bâtonnets parallèles. Souffrait-il dans ses dernières heures de l'estomac ? En tous les cas l'étude de son ultime repas montre qu'il avait agrémenté son menu, composé de chèvre sauvage, de cerf et de céréales, de quelques échantillons de fougères censés le soulager. Des pollens s'y étaient invités, preuve que la scène se situait au printemps.

Reconstitution de la momie de Ötzi présentée au musée de Préhistoire de Quinson, Alpes-de-Haute-Provence, France. Agrandissement : Le point rouge indique le lieu de sa découverte, près du refuge du Hauslabjoch.

Une bien sombre affaire

Mais Ötzi n'a guère eu le temps de savourer ce festin. On sait aujourd'hui qu'il a été interrompu par une flèche tirée dans le dos depuis une trentaine de mètres. Bien visé ! Notre homme s'est alors effondré, le bras gauche paralysé, sa tête a heurté un rocher et il a vite succombé à une hémorragie. Son lâche assassin l'aurait-il alors retourné pour tenter d'enlever la flèche ? La position du corps à sa découverte et la présence de la pointe restée dans l'épaule incitent à le penser. Ce dont on est sûr, c'est que le vol n'était pas à l'origine de l'agression : parmi les objets abandonnés sur place se trouvait une belle hache en cuivre, de grande valeur puisque le métal était produit à 500 km de là.

L'enquête se dirige donc plutôt vers une affaire personnelle, peut-être une rivalité de pouvoir. La victime portait en effet une plaie à la main qui commençait à peine à cicatriser grâce à la mousse qui y avait été appliquée, mais aussi des traces de sang sur ses vêtements et ses propres flèches, provenant de quatre personnes différentes. Il est dès lors possible d'imaginer le scénario des dernières heures : un premier affrontement particulièrement violent, suivi d'une fuite transformée en course-poursuite sans pitié dans la montagne. Le doute n'est plus permis : Ötzi a été assassiné.

Kit de survie du parfait baroudeur néolithique

Reconstitution de la hache en cuivre d'Ötzi. Agrandissement : Reconstitution d'une chaussure en cuir d'Ötzi.Ötzi était donc en fuite, mais tout montre que ce départ n'avait pas été totalement improvisé. Les objets retrouvés à ses côtés indiquent en effet une belle organisation pour un homme obligé de se réfugier vers les sommets. Côté vêtements, il avait prévu un manteau mêlant peau de chèvre et de mouton, des jambières en cuir de chèvre, des culottes et une ceinture en cuir de vache. Le tout, imperméabilisé par un cirage à la graisse, était complété par un bonnet en ours et une cape de fibres végétales tressées. Ses chaussures, également en ours, étaient remplies d'herbes, ancêtres de nos chaussettes. Pour transporter le petit matériel, composé de quelques outils en silex assez usagés, il avait emporté un sac en peau. Un carquois avec pointes et tiges de flèches, un poignard, une hache, un arc inachevé et des filets formaient son équipement de chasse auquel il avait pris soin d'ajouter un silex à briquet et un champignon destinés à allumer le feu. Avec un tel bagage, Ötzi aurait dû parvenir à survivre à plus de 3 000 mètres d'altitude, si le sort n'en avait décidé autrement...

D'où viens-tu, Ötzi ?

L'analyse des derniers instants d'Ötzi nous le montre donc en fuyard et victime, mais notre ancêtre cachait d'autres secrets. Si l'on ignore encore s'il était chasseur ou berger, on peut être sûr qu'il ne pratiquait pas l'agriculture vu l'absence de cals dans ses mains. Était-il un guérisseur, comme l'indiqueraient les tatouages et le champignon médicinal qu'il transportait ? Ou une personne de haut rang, capable de posséder une hache sophistiquée ? Un mystère que ne parviendront pas à résoudre les dernières avancées de la science, même si on leur doit de belles révélations grâce au séquençage de son génome. Ötzi avait ainsi les yeux bruns et les cheveux châtains, et était intolérant au lactose. Il était en effet lié à une population très ancienne venue du Proche-Orient il y a 10 000 ans, et dont on a retrouvé les gènes chez des hommes préhistoriques de Sardaigne et du Caucase. Mais lui-même n'a guère voyagé si l'on en croit l'étude des minéraux que ses dents ont assimilés lorsqu'il buvait de l'eau : les crus qu'il appréciait étaient tous originaires des vallées situées dans un rayon de 50 km. Notre Hibernatus était donc un enfant du pays !

Examen scientifique de la momie, © South Tyrol Museum of Archaeology/ EURAC/ Samadelli/ Staschitz.

Sources :

Histoire et civilisations n°56, déc. 2019.


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Publié ou mis à jour le : 2021-06-21 16:15:31

 
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