Marie-Antoinette (1755 - 1793)

L'étourdie superstar

Dernière reine de l'Ancien Régime, Marie-Antoinette est le quinzième et avant-dernier enfant de Marie-Thérèse de Habsbourg, impératrice d'Allemagne, et de son mari François III de Lorraine, empereur sous le nom de François Ier.

Son mariage en 1770 avec le duc de Berry, petit-fils du roi Louis XV et futur Louis XVI, est applaudi à Versailles comme à Vienne. Les souverains et les ministres se félicitent du rapprochement des deux principales puissances européennes, jusque-là rivales. Qui pourrait alors se douter de la tragédie à laquelle allait conduire cette union?...

Camille Vignolle
Marie-Antoinette en majesté (1785, d'après un portrait par Élisabeth Vigée-Lebrun)

Une union prometteuse

La dauphine Marie-Antoinette en 1770 (JB Charpentier, musée de Versailles)La petite archiduchesse est née le lendemain du tremblement de terre de Lisbonne et ses parrain et marraine ne sont autres que les souverains du malheureux Portugal.

Cette mauvaise coïncidence ne l'empêche aucunement de jouir d'une enfance heureuse au milieu de ses nombreux frères et soeurs. Elle aime la danse mais ne montre aucune disposition pour la lecture, l'étude et le travail.

Quand les diplomates décident de son union avec l'héritier du trône de France, sa mère la prépare à la hâte à ses futures responsabilités de souveraine. Après un mariage par procuration, la voilà qui quitte enfin Vienne pour Paris.

Arrive le grand jour. Le 16 mai 1770, dans la chapelle de Versailles, la bénédiction nuptiale confirme le mariage par procuration. Il s'ensuit pendant deux mois une longue suite de festivités, pour un coût de deux millions de livres (c'est le prix à payer pour honorer l'alliance franco-autrichienne).

Ombre au tableau : le 30 mai, à Paris, à la faveur d'un feu d'artifice sur la place Louis Quinze (l'actuelle place de la Concorde), une énorme bousculade provoque plus d'une centaine de morts. Personne n'y voit cependant un mauvais présage.

Rancoeurs contre l'Autrichienne

Dans les premiers temps du mariage, la beauté de la nouvelle dauphine comble d'aise le peuple français mais cet état de grâce ne dure pas...

La dauphine souffre de l'indifférence de son mari à son égard. Louis est un garçon doux et maladivement timide que la mort prématurée de ses frères aînés a porté sur le devant de la scène sans y avoir été préparé. C'est seulement dix mois après leur union qu'il consent à la rejoindre dans son lit. Encore n'est-ce que pour y dormir. Dans le langage ampoulé de l'époque, Marie-Antoinette écrit à sa mère « qu'il n'en [est] pas encore résulté les suites qu'on aurait pu s'en promettre ».

On pensera longtemps que le jeune homme aurait été empêché de remplir son devoir conjugal à cause d'une malformation bénigne du pénis ! Il aurait résisté pendant sept ans à l'idée de se faire opérer et ne s'y serait résolu qu'au nom de la raison d'État...

Selon une autre interprétation, il aurait seulement manqué de savoir-faire ou bien aurait été dissuadé d'aller jusqu'au bout de l'acte sexuel pour ménager sa très jeune femme ! Lui-même était en effet un homme fort et de grande taille tandis que Marie-Antoinette était menue et tout juste réglée. C'est pourquoi, sans doute, son beau-frère, le futur empereur Joseph II écrit crûment dans une lettre à son frère Sigismond : « Il ne fout pas , le bougre ! »

Les choses rentrent dans l'ordre après que son très attentionné beau-frère, de passage à Versailles, lui eut expliqué dans les détails la manière de s'y prendre.

Quatre naissances se succèdent dès lors, de 1778 à 1786 : une fille qui survivra au reste de la famille, Marie-Thérèse, future Madame Royale ; le Dauphin espéré mais qui, d'une santé chancelante, mourra au tout début de la Révolution ; un deuxième garçon qui périra dans la prison du Temple après être formellement devenu Louis XVII ; enfin, une fille qui meurt au bout de quelques mois.   

Marie-Antoinette à la chasse (Louis-Auguste Brun)

Frivolités

En attendant de régner et devenir épouse et mère, Marie-Antoinette se console en goûtant dans l'insouciance à tous les plaisirs de la cour. Habituée à l'aimable simplicité de la cour de Vienne, elle viole sans y prendre garde la sévère étiquette et les manières ampoulées de Versailles.

Dans un premier temps, elle partage avec son mari la passion de la chasse, au grand dam de l'impératrice Marie-Thérèse qui craint les fausses couches. Mais elle finit par s'en lasser et lui préfère la compagnie de son petit cercle d'amis, une coterie de jeunes gens pour la plupart avides et jouisseurs.

Yolande de Polignac y occupe la première place, par l'amitié que lui voue Marie-Antoinette depuis leur rencontre à l'occasion d'un bal à l'automne 1775. Comblée de faveurs, elle troque en 1782 son titre de comtesse pour celui de duchesse et concurrence la princesse de Lamballe dans le coeur de la reine.

Axel de FersenMarie-Antoinette entretient aussi des liaisons étroites avec le duc de Lauzun et surtout avec un beau Suédois de son âge, Axel de Fersen, qui, plus tard, organisera la fuite de Varennes par amour pour elle.

Incontestablement, Fersen et la reine se sont aimés d'un amour très intense.

Dans leur correspondance de juin 1791 à juin 1792, conservée aux Archives nationales, on a pu déchiffrer en 2014 des passages soigneusement caviardés comme celui-ci, dans une lettre autographe de la reine datée du 4 janvier 1792 : « je vais finire, non pas sans vous dire mon bien cher et tendre ami que je vous aime a la folie et que jamais jamais je ne peu être un moment sans vous adorer ».

Ont-ils pour autant consommé ? Stefan Zweig, aussi bon romancier que bon biographe, jure que les deux amants ont au moins franchi le pas lors de leur dernière rencontre aux Tuileries, peu avant l'incarcération de la famille royale à la prison du Temple. Mais rien n'est moins sûr, l'éducation de la reine et la crainte du scandale étant de nature à les en empêcher.

Tout ce beau monde se retrouve dans l'intimité du petit Trianon, un bijou de l'art rocaille que Louis XV avait prévu d'offrir à sa favorite, Madame du Barry, et que son petit-fils offre en définitive en cadeau d'avènement, le 24 mai 1774, à Marie-Antoinette.

Celle-ci en détruit le jardin botanique pour le remplacer par un jardin à l'anglaise et fait aménager à proximité un petit théâtre en carton-pâte dans lequel elle joue avec ses amis les pièces les plus osées du moment, y compris celles de Beaumarchais ! On peut imaginer que l'auteur pensait à la reine quand il a écrit : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! » (Le Barbier de Séville, 1775).

Marie-Antoinette (portrait attribué à François Hubert Drouais, 1781)Reine en 1774, à la mort de Louis XV, Marie-Antoinette s'écarte donc très vite des recommandations épistolaires de sa mère l'impératrice et s'abandonne à ses penchants, en abusant de l'absence d'autorité de son mari. Elle prend des libertés avec l'étiquette et ne dissimule plus son goût des frivolités et des diamants.

Sa première femme de chambre, Mme Campan, la dit résolue à se procurer « sur le trône les plaisirs de la société privée ».

Son goût pour les toilettes lui vaut le surnom de « ministre des Modes ». Elle fait la fortune de Marie-Jeanne « Rose » Bertin, couturière de grand talent, qui tient à Paris la boutique du Grand Mogol et invente pour ainsi dire la haute couture.

Mais elle coûte aussi très cher au roi, qui doit puiser dans sa cassette personnelle pour satisfaire les folies de son épouse, avec des robes à plusieurs milliers de livres et tel bracelet à 250 000 livres.

Le ministre Turgot, malgré ses réticences, se résigne aussi à doubler le montant de la cassette de la reine, à 200.000 livres, dès la deuxième année du règne. Irritée par ses remontrances, la reine participe à la cabale qui va l'abattre.

Madame Royale et Louis Joseph, Dauphin de France (Élisabeth Vigée-Lebrun, 1784)

Calomnies

La reine, vive et spontanée, a du mal à cacher ses sentiments et ses inimitiés, ce qui lui vaut l'hostilité des courtisans qui n'ont pas l'heur d'appartenir à son très petit cercle d'amis. Très vite, les vieilles rancoeurs anti-autrichiennes reprennent le dessus.

Victime imprudente des ragots, Marie-Antoinette est fustigée sous l'appellation de l'Autrichienne, un qualificatif injurieux inauguré par l'une des tantes du roi, Mme Adélaïde, et qui lui portera le plus grand tort sous la Révolution, après l'entrée en guerre de la France contre l'empereur François II, son neveu.

Ses dépenses somptuaires, révélées en pleine crise financière, lui valent aussi le surnom de Madame Déficit.

Marie-Antoinette, par A-U Wertmüller (1788, château de Versailles)C'est le moment où naît l'opinion publique, forgée par les rumeurs de salons et les libelles imprimés, distribués de ville en ville par les colporteurs. À Paris comme dans les villes de province, on se délecte de ragots odieux sur ses infidélités supposées et plus sérieusement de ses maladresses.

Ainsi la reine se laisse-t-elle aller à qualifier son mari de « pauvre homme » devant le comte de Rosenberg. C'est une atteinte gravissime à la dignité royale. Informée, l'impératrice Marie-Thérèse en tire cet avertissement prémonitoire : « Quel langage ! Le pauvre homme ! Vous vous précipitez par votre faute dans les plus grands malheurs. Vous le reconnaîtrez un jour, mais trop tard. Je ne souhaite pas survivre à ce malheur ».

De glissade en glissade, la calomnie et l'impopularité atteignent des sommets avec l'Affaire du collier, en 1785, dans laquelle, paradoxalement, Marie-Antoinette n'a aucune responsabilité.

Toutes ses initiatives se retournent contre elle, même les mieux intentionnées. La construction du Hameau de la Reine dans le parc du petit Trianon lui vaut un surcroît de moqueries et fait le succès d'une comptine d'un poète inconnu, Fabre d'Églantine : « Il pleut, il pleut, bergère... » !

Le temps des malheurs

Le Dauphin Louis-Joseph de France (Versailles, 22 octobre 1781 - Meudon, 4 juin 1789)Le 4 juin 1789, pendant la réunion des états généraux à Versailles, le couple royal a la douleur de perdre son fils aîné, le Dauphin Louis-Joseph (7 ans), deuxième de leurs quatre enfants. Cette épreuve rapproche le couple... et éloigne le roi de ses obligations publiques à un moment crucial de l'Histoire.

Après son départ forcé de Versailles, le 5 octobre 1789, Marie-Antoinette prend conscience, enfin, de la tragédie en cours. Elle montre dès lors une énergie inattendue mais l'applique bien à tort à une cause perdue.

Attachée à ses prérogatives royales, elle use de son influence sur le faible Louis XVI pour entraver la marche vers une monarchie constitutionnelle, au grand dam de Mirabeau, l'un des chefs de l'Assemblée constituante, qui, par intérêt financier, s'est en secret rallié au roi. Son entrevue avec la reine, le 3 juillet 1790, s'est soldée par un échec.

Après la mort de Mirabeau, le 2 avril 1791, le roi tombe plus que jamais sous la coupe de son épouse. Celle-ci reprend la suggestion de Mirabeau de fuir vers l'Est et de se placer sous la protection des armées fidèles à la monarchie. Mais la fuite se solde par un piteux échec à Varennes, malgré la soigneuse organisation d'Axel de Fersen.

La reine, dès lors, cache à peine son souhait d'une intervention militaire contre la France conduite par l'empereur de sa famille, qui règne à Vienne : « Nous n'avons plus de ressources que dans les puissances étrangères ; il faut à tout prix qu'elles viennent à notre secours. Mais c'est à l'Empereur de se mettre à la tête de tous et à régler tout », écrit-elle à un confident en août 1791. Autant dire que ses tractations plus ou moins secrètes avec l'ennemi, assimilables à un crime de haute trahison, pèseront lourd dans son procès.

Sous la Législative, son refus de tout compromis vaut à Marie-Antoinette un nouveau surnom, celui de Madame Veto. Survient la journée fatale du 10 août 1792, qui voit la prise des Tuileries et la chute de la monarchie. La famille royale est enfermée dans la prison du Temple. Dans cette ultime épreuve, Marie-Antoinette, qui n'a plus depuis longtemps de rapport charnel avec son mari, retrouve pour ce dernier estime et sympathie.

Après l'exécution de Louis XVI, la reine est séparée de son fils puis incarcérée le 2 août 1793 à la Conciergerie, sur l'île de la Cité, antichambre de la guillotine, avec pour seule compagnie sa jeune servante Rosalie. Son procès est altéré par l'iniquité. Aux charges bien réelles telles que l'accusation de haute trahison s'ajoutent de sordides accusations d'inceste sur la personne de son fils. L'ex-reine fait front avec dignité. Pas plus que son époux, elle n'échappe à l'échafaud.

Bibliographie

Parmi une abondante bibliographie consacrée à la reine de France la plus célèbre, nous recommandons la biographie de l'historien autrichien Stefan Zweig, son compatriote (nombreuses rééditions en livre de poche) et le (très) beau livre publié par les éditions Chêne et le Château de Versailles : Marie-Antoinette (Hélène Delalex, Alexandre Maral, Nicolas Milovanovic, 35 euros, 2013).


Publié ou mis à jour le : 2019-10-21 14:38:06

 
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