Russie

De Kiev à Moscou, naissance d'un peuple

La Russie, l'Ukraine et la Biélorussie sont les trois États héritiers de la nation russe, laquelle est née il y a un peu plus de mille ans de la réunion des Slaves orientaux sous la bannière du christianisme orthodoxe.

Les aléas qui ont conduit à la formation de ces États n'enlèvent rien à leur très grande proximité, tant linguistique que politique et culturelle.

Alban Dignat
Un espace immense et faiblement peuplé

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La Russie kiévienne
La Russie (capitale : Moscou) compte en 2013 140 millions d'habitants dont 80% de russophiles, sur 17 millions de km2, de la Baltique à la mer du Japon. L'Ukraine, aussi appelée « petite Russie » (capitale : Kiev), a 45 millions d'habitants dont un cinquième de russophones (à l'Est du Dniepr), sur 600.000 km2 (la France et le Bénélux réunis). Enfin, la Biélorussie, ou « Russie blanche » (capitale : Minsk), compte 9 millions d'habitants sur 200.000 km2.

Ces pays connaissent encore de mauvaises conditions sanitaires et une espérance de vie faible, d'une dizaine d'années inférieure à celle des pays occidentaux. Après être tombée à un seuil très bas à la fin du XXe siècle, la fécondité se redresse en Russie et en Biélorussie. Elle reste très faible en Ukraine, dont la population continue de décroître.  

L'Europe orientale avant les Slaves

Que sait-on de ces régions aux temps anciens? Peu de chose. Les grandes plaines fertiles d'Europe orientale sont envahies par des Indo-européens à la fin du IIe millénaire avant notre ère, les Cimmériens.

- Les Scythes et les Sarmates (à partir du VIIe siècle av. J.-C.) :

Au VIIe siècle av. J.-C., ils sont chassés par des nomades quelque peu mystérieux, les Scythes. Ces guerriers ont l'avantage d'être les premiers à seller les chevaux, les autres montant à cru. Leurs tombes révèlent aussi leurs talents d'orfèvres.

Ils s'installent entre la mer Caspienne et la mer Noire (le Pont-Euxin des Grecs), en contact avec des colons venus de Grèce qui fondent des cités en Tauride (aujourd'hui la presqu'île de Crimée) et en Colchide (la Géorgie actuelle). Sans compter la belle cité d'Olbia, à l'embouchure du Dniepr, dans le golfe d'Odessa.

Dans les forêts du nord s'installent pendant ce temps des populations nomades finno-ougriennes de type asiatique. Elles sont à l'origine des langues parlées en Finlande, Estonie ou encore Hongrie.

Les Scythes sont à partir du IVe siècle av. J.-C. bousculés par de nouveaux venus, les Sarmates, des Indo-Européens proches d'eux et auxquels se rattachent les Alains.

Ces derniers vont participer beaucoup plus tard aux « Grandes Invasions » de l'empire romain. Les Ossètes, un peuple du nord du Caucase, majoritairement chrétien orthodoxe, se réclame aujourd'hui des Alains et des Sarmates...

Panthère, bijou en or provenant d'une tombe scythe, VIIe s. av. J.-C. (musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg)
- Les Goths, les Huns et les Bulgares (à partir du IIe siècle) :

Arrivent à partir du IIe siècle de notre ère des Goths, nomades de langue germanique. Ils ne restent pas longtemps en repos car, derrière eux, repoussés par les Chinois, se pointent les redoutables Huns, nomades de type turco-mongol. Un premier affrontement entre les Goths et les Huns est signalé en 375.

Les Goths se remettent en marche et finissent leur course au cœur de l'Occident romain. Les Huns font à leur tour une incursion en Occident sous la conduite d'Attila. Elle va causer leur ruine en 451, aux Champs Catalauniques.

Dans le sillage des Huns apparaissent de nouveaux cavaliers non moins redoutables, les Bulgares. De type asiatique, comme les précédents, ils mêlent des éléments turco-mongols et finno-ougriens.

Dans la boucle de la Volga, le grand fleuve de la Russie, qui se jette dans la mer Caspienne, une partie d'entre eux édifie un puissant royaume, avec pour capitale une cité dénommée Bolgary. Ces Bulgares vont se convertir à l'islam et leur royaume va perdurer jusqu'à l'invasion mongole, en 1236. Les « Tatars de Kazan » sont leurs descendants.

D'autres Bulgares, sous la conduite du khan (roi) Asparuch, franchissent le Danube en 679 et s'installent dans les Balkans, où ils vont se fondre parmi les Slaves déjà présents sur place.

- Les Slaves et les Khazars (à partir du VIe siècle) :

Les Slaves sont des Indo-Européens apparus en Europe dans le sillage des Germains, lesquels les appellent Wendes. Ils sont cités pour la première fois sous le nom de Slaves, qui dériverait du mot « slova » (parole), par l'historien Procope de Césarée (VIe siècle).

Des communautés slaves font souche le long du Dniepr, le grand fleuve qui traverse l'Ukraine du nord au sud et se jette dans le golfe d'Odessa. Ces cultivateurs ont une organisation sociale fondée sur le mir, un groupement de familles à la dimension du village, qui possède la terre en commun.

Plutôt pacifiques, ils voient passer vers 560 les Avars, des nomades turcophones qui vont ensuite atteindre la plaine du Danube où ils seront écrasés par les troupes de Charlemagne. Ils révèleront aux Francs la technique de l'étrier, un accessoire qui, en donnant aux cavaliers une grande stabilité, leur assure la supériorité sur le fantassin ; il va contribuer à la prééminence de la chevalerie au Moyen Âge.

Mais les Slaves ont surtout à faire avec les Khazars, un peuple turc qui se fixe au VIIe siècle sur le cours inférieur de la Volga et du Don, lequel se jette dans la mer d'Azov, à l'est de la Crimée.

L'empire khazar noue des relations commerciales avec Byzance, via la mer Noire. Il arrête l'expansion musulmane dans le Caucase. Et, dans des conditions mystérieuses qui nous échappent encore, ses élites se convertissent au judaïsme à la suite du roi Bulan, autour de 861. Beaucoup de juifs ashkénaze (européens) descendraient de cette « Treizième Tribu » d'Israël, selon l'expression de l'essayiste Arthur Koestler.

Les Khazars sortent de l'Histoire à l'orée de l'An Mil après les défaites infligées par le prince de Kiev Sviatoslav (968) puis par l'empereur de Byzance Basile II.

Il est temps dès lors de nous pencher sur les Slaves qui ont survécu aux turbulences, dans ces grandes plaines d'Europe orientale si propices aux invasions, tant de l'Est que de l'Ouest (de Napoléon à Hitler).

Varègues en armes (manuscrit ancien)

Kiev, la « mère de toutes les villes russes »

Les Chroniques des temps passés, écrites par des moines de Kiev au XIIe siècle, racontent à leur manière les origines de la Russie.

 Au IXe siècle, profitant de l'effacement des peuples de la steppe, les Slaves colonisent l'espace qui s'étend du golfe de Finlande à la mer Noire.  Ils vendent leurs productions, blé, le miel et les fourrures, aux marchands qui suivent les grands fleuves, le Dniepr et la Volga vers le sud, le Volkhov, la Dvina ou encore le Niemen vers le nord.

C'est la « route de l'ambre » ou « route des Varègues », d'après le nom donné dans cette région aux Scandinaves, Normands ou Vikings, qui nourrissent un commerce prospère avec Byzance.

L'un de ces marchands varègues, Riurik (ou Rourik), prend vers 856 la direction de Novgorod, une ville d'étape proche de la Baltique. De lui vont descendre tous les futurs souverains russes, ce qui en fait le fondateur quelque peu mythique de la Russie. Le mot lui-même (Rous) dériverait de Varègue.

Le prince crée de fait un embryon d'État slave en concurrence avec un autre État slave en cours de formation plus au Sud, autour de Kiev, sur le cours supérieur du Dniepr. 

En 882, son successeur Oleg le Sage s'empare de Kiev et y établit sa capitale : « Oleg s'établit prince de Kiev. Et il dit : Que cette ville soit la mère de toutes les villes russes. Il avait avec lui les Varègues, les Slaves et tous les autres. Et à partir de ce moment, on les nomma les Russes » (Chroniques des temps passés).

La Russie de Kiev prend la forme d'une fédération de principautés dont Oleg est le grand-prince. Sa population de paysans et de marchands est représentée par des assemblées locales, lesquelles font contrepoids à l'aristocratie de boyards (guerriers nobles).

Aujourd'hui, cette lecture des origines est toutefois très contestée en Russie même où l'on considère que la nation a été rassemblée par les Slaves de Kiev et non par de quelconques marchands varègues...

Des débuts prometteurs

Enrichie par le commerce entre Byzance et la Scandinavie, la principauté de Kiev apparaît comme une société relativement prospère au regard des critères de l'époque, tandis que l'Occident carolingien est ravagé par les invasions et les guerres privées.

Igor Ier, successeur d'Oleg le Sage, doit combattre les Khazars et des nomades surgis de la steppe, les Petchenègues. Sa veuve sainte Olga exerce la régence au nom de leur fils Sviatoslav Ier. Elle se fait baptiser et, en 955, est reçue à Constantinople par le basileus (empereur) Constantin VII Porphyrogénète. Ainsi le christianisme fait-il une entrée discrète à Kiev.

Aux affaires de 962 à sa mort, dix ans plus tard, Sviastoslav consolide la Russie kiévienne face aux Khazars et aux Bulgares de l'Ouest, en entretenant une alliance avec les basileux Nicéphore Phocas et Jean Tzimiscès. Il périt dans un affrontement avec les Petchenègues.

Son fils Vladimir le Grand (saint Vladimir) fait le grand saut en recevant le baptême en 988 ou 989, à Kiev, selon le rite byzantin. Il s'y résout en vue de consolider son alliance avec le basileus Basile II, dont il épouse la soeur, Anne Porphyrogénète.

Ainsi les Slaves orientaux (Russes mais aussi Serbes et Bulgares) se séparent-ils des Slaves occidentaux (Polonais, Croates, Tchèques...) en choisissant de se tourner vers Byzance et l'orthodoxie plutôt que vers Rome et la catholicité...

La Russie connaît son âge d'or au siècle suivant, sous le règne du fils et successeur de saint Vladimir, Iaroslav le Sage (1015-1054), qui dote Kiev et Novgorod de splendides églises dédiées à Sainte-Sophie. L'une de ses filles, Anne de Kiev, va épouser le roi capétien Henri Ier, petit-fils d'Hugues Capet. Deux autres de ses filles sont mariées l'une au roi de Hongrie, l'autre au roi de Norvège !

Mais elle se divise à sa mort du fait des conflits entre les prétendants qui, les uns et les autres, ont reçu des principautés en apanage (*). Las des guerres, le peuple de Kiev choisit comme grand-prince Vladimir II Monomaque en 1113, et c'est à lui que revient l'honneur de rétablir l'unité du pays.

La cathédrale Sainte-Sophie (Kiev, XIe siècle), photo : Gérard Grégor

Précaire intermède : le grand-prince, à sa mort, en 1054, partage ses possessions entre ses trois fils et les guerres fratricides reprennent. En 1169, Kiev est mise à sac. La « mère de toutes les villes russes » va dès lors s'effacer au profit d'une nouvelle cité, Vladimir, au nord-est du pays.

Dans cette « période de dispersion », l'aire de peuplement russophone s'étend toutefois vers les monts de l'Oural et la Volga, où la toponymie garde le souvenir des populations antérieures. Ainsi de la rivière Moskva et de la cité éponyme construite sur ses rives (Moscou), qui signifierait l'« eau des vaches » dans la langue des Zyriènes, la population du cru.

Une société féodale et commerçante est en voie de se constituer. C'est le pendant orthodoxe de la chrétienté occidentale, avec pas moins de trois cents villes petites ou grandes, surtout dans la « Grande Russie » (la Russie actuelle, à l'Est du Dniepr), plutôt que dans la « Petite Russie », à l'Ouest du Dniepr, victime d'instabilité politique. Mais une catastrophe va tout remettre en cause : l'irruption des Mongols de Gengis Khan.

Et les Mongols sont arrivés...

C'est le 31 mai 1223, à la bataille de la Kalkha, près de la mer d'Azov, que les Russes ont pour la première fois affaire aux Mongols. Ceux-ci, sous la conduite de deux généraux de Gengis Khan, les écrasent sans rémission mais n'exploitent pas leur succès et regagnent la steppe.

Les choses sérieuses débutent en 1236 quand Batu Khan, l'un des petits-fils et successeurs du grand conquérant, se lance avec 150.000 cavaliers à l'assaut de l'Occident. Il détruit le royaume de Grande Bulgarie, sur la Volga, puis pénètre en terre russe.

Vladimir est détruite le 7 février 1238. Novgorod, quant à elle, est heureusement sauvée par le dégel printanier qui oblige les Mongols à faire retraite.

Ce répit permet au prince Alexandre de Novgorod de battre sur la Neva, le 15 juillet 1240, les Suédois qui voulaient profiter des difficultés des Russes pour coloniser leur territoire. Il y a gagne le nom d'Alexandre Nevski.

Là-dessus, le jeune héros affronte les redoutables chevaliers Teutoniques le 5 février 1242 sur les glaces du lac Peïpous.

Si la principauté de Novgorod est sauvée, il n'en va pas de même des terres méridionales. Batu Khan s'empare de Kiev le 6 décembre 1240 et la détruit puis il bouscule les Polonais et les Allemands à Legnice, en Galicie, le 9 avril 1241.

Au même moment, ses généraux défont les Hongrois du roi Béla IV à Mohi, au sud des Carpathes, le 11 avril 1241. C'est là le point extrême de leurs avancées. La mort inopinée du grand-khan Ogodaï les amène à se retirer pour s'occuper de sa succession.

Le morcellement de l'empire mongol aboutit à la création du khanat de la Horde d'Or, sur les bords de la Caspienne. Son quartier général est fixé à Saraï, une cité commerçante sur le delta de la Volga, au nord de la mer Caspienne, qui va perdurer jusqu'à sa destruction par Tamerlan en 1396.

Les princes russes du Nord se voient contraints de faire allégeance au khan de la Horde d'Or et de lui verser un tribut. À son contact, ils s'accoutument à l’arbitraire et à la violence. C’est ainsi qu’est rétablie la peine de mort, inconnue dans l’ancienne Russie !...

Après avoir conclu pas moins de 65 mariages dynastiques avec les Européens aux XIe et XIIe siècles, ils s’isolent de ceux-ci mais dans le même temps se perçoivent comme un rempart face à l’Asie barbare et à l’islam. Ils en tirent un sentiment de fierté sinon de supériorité.

Dans la soumission, les Russes gardent une relative autonomie et surtout le droit de pratiquer leur religion. Fer de lance de l'identité russe, l'Église orthodoxe tend à se renforcer (il en ira de même du patriarcat de Constantinople lorsque celui-ci tombera sous la tutelle ottomane). C'est que les Mongols se montrent tolérants en matière religieuse, en dépit de leur islamisation au début du XIVe siècle, sous le khan Ôzbek (1312-1340).

À la même époque, le grand-prince Ivan Ier Kalita, sans cesser de faire allégeance aux Mongols, fait l'unité de la Russie autour de Moscou et prend le titre de « prince de Moscou et de toute la Russie ». La ville s'est en effet beaucoup développée du fait de l'arrivée de réfugiés chassés de la Russie méridionale par les Mongols.

Dimitri, « grand-prince de Moscou », combat avec succès les Bulgares, puis les Lituaniens, un peuple encore païen, qui se fait, à l'ouest, de plus en plus envahissant. Le 8 septembre 1380, à Koulikovo polié, le « champ des Bécasses », sur les rives du Don, il remporte une écrasante victoire sur les Lituaniens du prince Jagellon alliés aux Mongols du khan Mamaï.

Prise de Moscou par le khan Tokhtamysh, 26 août 1382La Horde d'Or connaît sa première défaite mais les Mongols n'ont pas dit leur dernier mot. Le 26 août 1382, Tokhtamych, un lieutenant de Tamerlan met Moscou à feu et à sang et oblige Dimitri Donskoï à un lourd tribut.

Au XIVe siècle, au début de la Renaissance occidentale, l'invasion mongole au sud et la poussée polonaise et lituanienne à l'ouest conduisent au fractionnement du peuple russe en trois entités qui vont chacune évoluer à leur façon.

À l'ouest, dans les plaines du Pripet et de la Dvina, les Russes blancs ou Biélorussiens passent jusqu'au XIXe siècle sous la domination lituano-polonaise.

Au sud-ouest, sur le Dniepr et la mer Noire, les Petits-Russiens ou Ukrainiens (d'un mot slave qui désigne une « marche » ou une province périphérique) subissent d'abord l'occupation mongole puis l'occupation lituano-polonaise, avant de passer au XVIIIe siècle sous la tutelle de Moscou.

Le triomphe improbable de Moscou

Bien située sur la Moskova, au carrefour entre les bassins de la Volga et du Don, Moscou est moins exposée que les autres principautés russes aux invasions. Au début du XVe siècle, son grand-prince Vassili II accélère le déclin de la Horde d'Or en appuyant les khans mongols rivaux, voire en leur donnant des terres en échange de leur allégeance.

Cette politique mal comprise lui vaut d'être chassé du Kremlin, la forteresse de Moscou, par son cousin. Suprême déchéance, il est aveuglé. Néanmoins, avec le soutien des Moscovites et de l'Église, il retrouve le pouvoir et reprend sa politique.

À la mort de Vassili l'Aveugle, en 1462, ses quatre fils se partagent l'héritage en accordant la prépondérance à l'aîné, Ivan III.

- Ivan III le Grand :

Le 12 novembre 1472, Ivan III épouse Sophie Paléologue, nièce du dernier empereur byzantin, Constantin XI Paléologue, tué les armes à la main lors de l'entrée des Turcs dans sa ville. Le grand-prince de Moscou adopte du coup pour blason l'aigle à deux têtes du basileus et se pose en héritier des Byzantins.

Il s'applique dès lors à rassembler sous son autorité l'ensemble des terres russes et notamment la principauté de Novgorod. La ville est occupée en 1478 et épurée de ses opposants.

Ivan le Grand « oublie » comme par hasard de faire allégeance à la Horde d'Or et, en 1480, sur les marches de la cathédrale de l'Assomption, rejette officiellement leur tutelle. Il se pose en « souverain de toutes les Russies ». Il se proclame aussi « tsar » (une déformation phonétique de « César »), héritier des empereurs romains et des basileus byzantins.

1480 : Ivan III déchire la lettre d'allégeance présentée par les émissaires mongols (Alexis Kivshenko, 1879)

En 1502, le khan de Crimée, allié d'Ivan III, s'empare de la capitale des Mongols, Saraï. Et l'année suivante, Ivan III inflige une défaite aux Lituaniens. Tout lui sourit.

À sa mort, le 27 octobre 1505, Ivan III le Grand, grand-prince de Moscovie et « Rassembleur des terres russes », laisse un embryon d'État moderne et centralisé à son fils.

- Vassili III :

Celui-ci, Vassili III, n'aura de cesse de renforcer son pouvoir autoritaire et autocratique. En 1522, il s’empare de Smolensk et conclut un armistice avec le roi Sigismond 1er de Pologne.

Sous son règne, le moine Philothée, revendique officiellement pour Moscou le statut de « troisième Rome ». L’expression apparaît dans une « missive contre les astronomes » rédigée vers 1520.

N'ayant pas d'enfant après vingt ans de mariage, le tsar divorce et se remarie, mais fait aussi incarcérer ses frères pour éviter qu'ils ne lui succèdent. De la sorte va s'éteindre à la génération suivante la dynastie des Riourikides, issue en ligne directe de la descendance de Riurik.

D'Ivan le Terrible au « Temps des troubles »

À sa mort, le 3 décembre 1533, c'est un fils de seulement quatre ans qui lui succède sous le nom d'Ivan IV. Le 16 janvier 1547, alors qu'il n'a que seize ans, il met fin à la régence de sa mère Hélène et du conseil de boyards et se fait couronner par le métropolite de Moscou Macaire avec le titre de « tsar », repris à son grand-père. Après quoi, il épouse Anastasia Romanov, issue de l'une des principales familles aristocratiques de Moscou. C'est d'elle que sera issue la deuxième (et dernière) dynastie russe.

- Ivan le Terrible (1533-1584) :

Ivan IV se lance à la conquête du redoutable khanat de Kazan, sur la Volga. La ville est prise le 2 octobre 1552 et ses habitants réduits en esclavage. Il en finit avec les derniers royaumes mongols de la Russie méridionale en s'emparant aussi du khanat d'Astrakhan, sur la Volga inférieure.

Dans les steppes du bas Don, les Cosaques, cavaliers semi-nomades, tant russes que tatars, par-dessus tout avides de liberté, font allégeance au tsar de façon toute formelle. Mais ils lui rendent service en faisant obstacle aux entreprises militaires du khanat de Crimée.

Vers l’Asie, des entrepreneurs, les Strogonov, financent des expéditions exploratoires. En 1584, le Cosaque Ermak s’installe ainsi dans le bassin de l’Irtych, au-delà de l’Ob, au cœur de la Sibérie.

De la sorte, en un demi-siècle, de 1533 à 1584, l’empire s’étend de manière considérable, en particulier vers la mer Noire et l’Asie, passant de 2,8 à 5,4 millions de km2 !

Le tsar a moins de succès à l’Ouest dans sa tentative de reconquête de la Livonie, sur les bords de la Baltique. Il se heurte à la Suède, au Danemark, à l’Ordre de Livonie ainsi qu’à l’Union de Lublin. Il est défait par le roi de Pologne Étienne 1er Bathory en 1578.

L’empire n’en développe pas moins ses échanges avec les Occidentaux, y compris les Anglais. Le tsar fait appel à des experts étrangers et envoie de jeunes nobles se former à l’étranger, démarches qui seront reprises par tous les grands tsars de Russie.

De nombreux paysans russes se montrent attirés par la colonisation des terres nouvellement conquises, avec l'espoir d'y bénéficier de la liberté. Mais Ivan IV restreint leur liberté de circulation pour complaire aux boyards et aux propriétaires terriens qui lui fournissent les ressources dont il a besoin pour la guerre.

Le règne entre en crise en 1564. Hanté par la crainte d'une rébellion, Ivan IV tente de consolider son pouvoir en instituant le régime de « l’opritchnina », avec des territoires soustraits aux boyards, nobles russes, et dirigés par des hommes de main du tsar, les redoutables « opritchniki ».

- Boris Godounov (1584-1605) :

À la mort d’Ivan IV, en 1584, son fils Théodore règne sous la tutelle de son beau-frère Boris Godounov. Il meurt à son tour en 1598 sans fils ni héritier, son jeune frère Dimitri étant lui-même mort en 1591 dans des conditions mystérieuses.

Le régent Boris Godounov en profite pour se faire élire tsar par le zemski-sobor, assemblée mise en place par Ivan III pour succéder à l’ancienne assemblée de boyards (nobles), la Douma.

Boris Godounov bénéficie du soutien de l’Église car il a obtenu en 1589 du patriarcat de Constantinople la création d’un patriarcat russe autocéphale, sans lien de subordination avec l’ancienne métropole. Plus gravement, il se concilie aussi les nobles, incapables de faire fructifier leurs terres, en interdisant en 1603 aux paysans de quitter le domaine sur lequel ils sont nés. Ainsi le servage s'introduit-il en Russie sous sa forme la plus extrême alors qu'il a depuis longtemps déjà disparu de presque tout l'Occident !

- Le « Temps des troubles » :

La Russie prend une forme originale, éloignée des standards occidentaux, avec un souverain autocratique, une administration virtuelle et une absence de contre-pouvoirs efficaces, des nobles turbulents et une paysannerie misérable.

Elle entre dans le « Temps des troubles » en 1603, quand un usurpateur soulève les foules en se présentant comme Dimitri, le frère et héritier du précédent tsar. Deux ans plus tard, à la mort de Boris Godounov, le faux Dimitri s’empare de Moscou. Mais il périt l’année suivante. Le boyard Vassili Chouïski s’empare du trône et appelle à son secours les Polonais quand un deuxième faux Dimitri menace son pouvoir. Résultat, en 1611, les Polonais, catholiques ô combien détestés des Russes, occupent Smolensk et Moscou, cependant que les Suédois s’emparent de Novgorod.

Il s’ensuit un sursaut national et religieux en 1613 avec l’intronisation d’un nouveau tsar, le jeune Michel Romanov. Ses descendants vont guider l'empire jusqu'à sa chute finale en 1917 et va en faire la première et la plus vaste puissance coloniale des temps modernes…

Les représentants du zemtsvo de Moscou supplient Michel Romanov d'accepter la couronne (miniature ancienne)

Bibliographie

On peut lire avec profit la synthèse de l'historien Henry Bogdan : Histoire des peuples de l'ex-URSS, du IXe siècle à nos jours (Perrin, 1993).

Publié ou mis à jour le : 2019-10-14 14:57:14

 
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