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Venizélos (1864 - 1936)

Le champion du « panhellénisme »


Elefthérios Kyriákou Venizélos (23 août 1864, Mourniés, Crète ;18 mars 1936, Paris)Entré en politique en 1886, à 22 ans, Élefthérios Venizélos a été contraint à l’exil en 1935.

Dans cet intervalle d’un demi-siècle, il s’est imposé comme la figure dominante de la Grèce moderne.

Il a rassemblé à l'intérieur de ses frontières la plupart des Grecs des Balkans et d'Asie mineure. Il a bâti un État social...

Il a aussi été associé à plusieurs guerres avec la Turquie (1897, 1912 et 1920), sans compter la Première Guerre mondiale.

Avant de diriger la Grèce, il fut sujet du sultan car né en Crète. Pendant vingt-cinq ans, il a lutté pour rattacher son île à la mère patrie.

Venizélos Premier ministre réformateur

Au tournant du XXe siècle, les gouvernements grecs se succèdent sans pouvoir s’attaquer aux maux qui rongent le pays : clientélisme, fiscalité injuste, statut précaire des paysans... Ils affichent aussi leur impuissance à secourir les minorités grecques sous tutelle ottomane.

Prenant exemple sur , la révolution jeune-turque de 1908, des officiers grecs  mettent en demeure le gouvernement de réformer le pays. Mais eux-mêmes ne souhaitent pas exercer le pouvoir etle proposent à Venizélos, un « homme neuf » qui jouit d’une grande popularité en raison de son action en Crète. 

Le roi Georges 1er se résout à l'appeler le 18 octobre 1910 à la tête du gouvernement. Les réformes vont être dès lors menées tambour battant.

Les grands domaines sont expropriés moyennant indemnisation et un peu plus de 100 000 hectares distribués aux paysans jusqu’en 1914. Une législation sociale voit le jour : interdiction du travail des enfants et du travail de nuit des femmes, repos dominical, premières assurances sociales.

Le gouvernement engage aussi la lutte contre la fraude fiscale, institue un impôt sur le revenu et abaisse les taxes sur la consommation. Si bien que le retour de la confiance et un budget devenu excédentaire permettent d’emprunter de nouveau à l’étranger afin de financer les investissements nécessaires au développement du pays.

Ambitions balkaniques

Sans surprise, le Premier ministre retrouve sa majorité parlementaire aux élections de mars 1912 mais c'est dès lors le sort malheureux de la minorité grecque de Macédoine ottomane qui occupe ses pensées. 

L’heure est au réarmement. Venizélos se rapproche de la Serbie et de la Bulgarie. Serbes et Bulgares s'allient le 13 mars 1912 de même que Grecs et Bulgares  le 29 mai 1912. Par ailleurs, le Monténégro négocie des conventions militaires avec la Bulgarie et la Serbie. Ainsi se trouve constituée une Ligue balkanique sous la haute protection de la Russie.

Entrée du roi Georges 1er et du diadoque Constantin à Thessalonique, en 1912Profitant de l'extrême faiblesse de l'empire ottoman, elle se lance dans la première guerre balkanique en attaquant la Turquie.

Venizélos exige de son armée qu'elle s'empare en premier lieu de Thessalonique (ou Salonique). C'est chose faite le 8 novembre 1912.

Avant de conclure la paix avec les Turcs, il arrive aussi à s'emparer de Ioannina et des îles de la mer Égée.

Le traité de Londres du 30 mai 1913 signe son triomphe : l’empire ottoman reconnaît la fin de sa souveraineté sur la Crète, l’Épire, la Macédoine, la Thrace, les îles de l’Égée...

Jamais la Grande Idée - le rassemblement de tous les Grecs - n’a paru aussi proche...

Mais très vite, Venizélos se heurte à L'Italie qui fait attribuer l'Épire du nord, en partie peuplée de Grecs, à la nouvelle Albanie qu'ont créée les grandes puissances. Sentant d'autre part que les discussions s’enlisent avec Sofia, il conclut le 1er juin 1913 un traité secret d’assistance mutuelle avec la Serbie.

Lorsque la Bulgarie attaque ses anciens alliés dans la nuit du 29 au 30 juin, Serbes et Grecs, rejoints par la Roumanie, mettent rapidement ses armées en déroute. L'empire ottoman se joint à la curée et le roi de Bulgarie n’a d’autre solution que de s'incliner par le traité de Bucarest, le 10 août 1913.

Au final, Venizélos obtient la basse Macédoine et ses plaines à tabac ainsi que Kavala, le seul bon port du littoral entre Thessalonique et les Dardanelles. La Grèce passe ainsi de 64 600 km2 à 120 000 km2 et de 2,63 à 4,7 millions d’habitants.

Mais en Thrace orientale, demeurée sous tutelle ottomane, des dizaines de milliers de Grecs sont victimes de spoliations et d’expulsions au profit de réfugiés musulmans. Ce qui conduit Venizélos à accepter en juin 1914 la proposition turque d’un échange de 200 000 minoritaires, tout en le conditionnant au volontariat.

C'est le premier programme d'épuration ethnique de l'histoire moderne. L’échange ne se fera pas : en juillet, la Première Guerre mondiale commence avec l'attaque de la Serbie par l'Autriche-Hongrie.

Les pertes des guerres balkaniques ont été lourdes et l’opinion grecque aspire à la paix : le nouveau roi Constantin 1er joue de ce sentiment pour défendre contre le Premier ministre une neutralité qui correspond aux intérêts allemands.

Car, pour Berlin, une Grèce neutre offre plus d’avantages qu’une Grèce alliée, exposée à un blocus anglais et qu’il faudrait défendre. Quant à l’Entente, sa priorité est d’éviter le basculement dans le camp adverse de la Bulgarie, chaînon manquant entre l’empire du Habsbourg et celui du sultan.

Le dissident

Début 1915, la préparation du débarquement de Gallipoli relance les tractations avec les Français et les Anglais. Contre l'avis du roi, Venizélos permet à l’Entente d'utiliser l’île de Lemnos comme base logistique puis de débarquer à Thessalonique. Il est contraint à la démission.

Elefthérios VénizélosDeux légitimités s’affrontent désormais : la souveraineté populaire qui a porté au pouvoir Venizélos à la tête du gouvernement et la légitimité dynastique. Entre ces deux pôles, le pays se divise en une manière de guerre civile larvée : le dichasmos (schisme).

Venizélos constitue un gouvernement dissident et s'installe le 9 octobre 1916 à Thessalonique.

La confusion se prolonge pendant plusieurs mois. Le 12 juin 1917, le roi Constantin est contraint par les Alliés de quitter le pays et de laisser le trône à son deuxième fils Alexandre (24 ans).

Le 27 juin 1917, Venizélos reçoit à Athènes un accueil triomphal. Il épure les institutions et fait condamner pour haute trahison plusieurs chefs du gouvernement et ministres de Constantin

L'armée grecque, forte de 100 000 hommes, va pouvoir participer à l’offensive foudroyante commandée par le général Franchet d’Esperey en septembre 1918.

Le diplomate

Venizélos passera le plus clair de son temps à Paris d’octobre 1918 à août 1920, en vue de négocier le traité de paix avec la Turquie.

Il renonce à toute ambition sur Constantinople et échoue dans ses revendications sur l’Épire du Nord. Mais il obtient la Thrace occidentale et la Thrace orientale.

En Asie Mineure, malgré les prétentions italiennes, le Conseil suprême autorise un débarquement grec à Smyrne, où se multiplient les heurts entre Turcs (moins de 30 % de la population) d’une part, Grecs (64 %) et Arméniens (2 %) de l’autre.

Le débarquement du 15 juin 1919 et ses suites tragiques sonnent l’heure de la révolte nationaliste de Moustafa Kémal.

Signé le 10 août 1920, le traité de Sèvres transfère pour cinq ans à la Grèce la région de Smyrne, son statut final – rattachement à la Grèce ou maintien dans l’empire ottoman – devant être tranché par plébiscite ou décision du Parlement local.

Battu aux élections de novembre 1920, Venizélos quitte le pouvoir et se rend en France.

Amères déconvenues

Les royalistes organisent un plébiscite truqué au terme duquel Constantin 1er est rappelé sur le trône.

Dès lors, le roi va multiplier les bévues diplomatiques, les erreurs stratégiques en Anatolie, les limogeages d’officiers vénizélistes et les nominations de fidèles qui désorganisent l’armée.

Le 26 août 1922, l'armée grecque, épuisée et mal commandée, est bousculée par une contre-attaque kémaliste. Elle bat en retraite, non sans commettre nombre d'exactions, et le 15 septembre, évacue en catastrophe l’Asie Mineure.

Derrière elle, et jusqu’à l’incendie de Smyrne, les kémalistes multiplient les massacres de civils et de militaires pour signifier aux Grecs qu’ils n’ont plus d’avenir dans la nouvelle Turquie. L’exode d'un million et demi de Grecs commence. Il ne s’arrêtera plus.

Venizélos tente de sauver ce qui peut l'être à Lausanne, où s'ouvre en novembre 1922 la révision du traité de Sèvres.

Le 30 janvier 1923, la Grèce signe une convention d’échange de populations qui contraint au départ les Grecs encore présents en Turquie. Contre le souhait de Venizélos, les Turcs imposent des départs contraints et non volontaires. Les Occidentaux s'y résignent. 

Venizélos réussit seulement à en exempter les orthodoxes d’Istanbul (125 046 dont 108 725 Grecs) en échange du maintien en Grèce des 118 903 musulmans de Thrace occidentale. Cette exemption permet aussi le maintien du patriarcat orthodoxe dans la « deuxième Rome ». Au total, 512 000 musulmans quittent la Grèce alors que 1,5 million de Grecs sont partis « à chaud » ou « échangés ».

Réfugiés grecs d'Asie mineure dans le théâtre d'Athènes en 1923-1924

Républicain par défaut

Le 24 janvier 1924, Venizélos revient au pouvoir tandis que s'ouvre un débat sur la nature du régime. Ne réussissant pas à dégager un compromis, il se retire moins d’un mois après son investiture et revient à La Canée. Contre son voeu, c'est la république qui l'emporte.

Les débuts du régime républicain sont chaotiques et, en juillet 1928, les électeurs rappellent Venizélos à la tête du gouvernement.

À l’extérieur, le Crétois va conduire une politique de bon voisinage. Il signe en 1928 et 1929 des traités d’amitié avec la Roumanie, la Yougoslavie et même l'Italie de Mussolini. Il n'est plus question pour lui de revendications territoriales. En juin 1930, il conclut même un accord sur les réfugiés avec la Turquie.

Mais alors que la Grèce a eu à peine le temps d’amortir le terrible choc de la Grande Catastrophe, elle doit affronter la crise mondiale partie des États-Unis en octobre 1929. Le chômage explose, les grèves et les manifestations se multiplient et le Premier ministre se résout à dissoudre des organisations ouvrières et réprimer la presse.

Il perd les élections de septembre 1932 qui, en raison du suffrage proportionnel, donnent une chambre ingouvernable, et revient une dernière fois au pouvoir en janvier 1933 pour moins de deux mois. 

Le proscrit

Le nouveau gouvernement engage aussitôt un processus de restauration monarchique tandis que l’extrême droite du général Metaxàs, ancien chef d’état-major de Constantin, demande la mise en accusation de Venizélos.

Le 6 juin 1933, le Crétois échappe de peu à un attentat : sa voiture est mitraillée et poursuivie en plein Athènes durant vingt minutes. Son garde du corps est tué, sa femme blessée. Quant aux assassins, ils seront acquittés !

Un plébiscite truqué rappelle Georges II, qui, après de nouvelles élections où libéraux et monarchistes font jeu égal, et devant la perspective d’un gouvernement vénizéliste soutenu par les communistes, s’entend avec le général Métaxas pour établir, le 4 août 1936, une dictature couronnée inspirée du fascisme italien.

Exilé en France et condamné à mort par contumace, avant d'être grâcié par Georges II, Venizélos ne verra pas ce dénouement. Il est mort à Paris le 18 mars 1936. Sa dépouille est ramenée sur un navire de guerre à La Canée où les Crétois lui feront des funérailles « nationales ».

Funérailles nationales de Venizélos à La Canée (1936)

Version intégrale pour les amis d
L'auteur : Olivier Delorme

Olivier DelormeNé en 1958 à Chalon-sur-Saône, Olivier Delorme partage sa vie entre Paris et le Dodécanèse, sa seconde patrie. Agrégé d'histoire et ancien enseignant à Sciences Po, il se consacre à l'écriture de romans et d'essais historiques.

Il a publié en 2013 une histoire de La Grèce et les Balkans en trois tomes, qui est devenue un ouvrage de référence sur la région pour les étudiants comme pour tous les curieux d'Histoire. Nous avons également apprécié son talent pédagogique pour présenter en une centaine de pages les origines de la Grande Guerre.

Publié ou mis à jour le : 2016-04-02 14:32:25

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

aldo (05-04-201618:25:02)

magnifique condensé qui donne envie d'acheter les trois tomes

Rasmont Paul (03-04-201616:31:17)

Cet article enseigne bien des choses et met en lumière l'importance des désastres générés par de mauvais gouvernants. Nous vivons actuellement une époque tumultueuse et beaucoup ont le sentiment d'être conduits au désastre.


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