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16 octobre 1949

Les communistes grecs rendent les armes


Le 16 octobre 1949, prend fin, faute de combattants, la guerre civile atroce qui a déchiré la Grèce pendant 5 ans, opposant communistes et pro-occidentaux jusque dans les moindres villages. Plus d'un demi-siècle après la reddition des communistes, les horreurs de ce conflit continuent d'endeuiller la mémoire nationale.

Béatrice Roman-Amat

Communistes versus monarchistes

Au sortir de l'occupation allemande, les deux mouvements de résistance au nazisme ne tardent pas à s'entre-déchirer : d'un côté l'EAM-ELAS, la branche armée du mouvement de résistance communiste EAM (Front national de libération), qui a été créé en septembre 1941 et bénéficie d'une forte implantation dans le pays ; de l'autre l'EDES libéral et plutôt républicain, constitué avec l'appui des agents britanniques du Special Operations Executive (SOE) et dont la participation à la lutte contre le nazisme est restée marginale.

En mars 1944, arguant de la légitimité conférée par sa lutte contre l'envahisseur, l'EAM-ELAS met sur pied un « gouvernement des montagnes ». Il ne veut pas reconnaître le roi Georges II, exilé au Caire sous protection britannique et auquel il reproche notamment son soutien à l'ancien dictateur Métaxas.

La réplique du roi ne se fait pas attendre : il forme un gouvernement de coalition, regroupant toutes les tendances non-communistes, autour du libéral Georges Papandréou (grand-père de son homonyme qui dirigea le gouvernement grec du 6 octobre 2009 au 11 novembre 2011).

Churchill, qui appréhende un basculement de la Grèce dans le communisme, veut à tout prix l'empêcher. De passage à Moscou le 10 octobre 1944, il convient avec Staline d'un partage des Balkans qui laisse la Grèce aux Occidentaux. Aussitôt après, le 18 octobre 1944, les Allemands venant tout juste de battre en retraite, un corps expéditionnaire gréco-britannique installe à Athènes le nouveau gouvernement,  sous tutelle d'un gouverneur militaire britannique, Ronald Scobie.

Faute de mieux, l'EAM accepte une participation minoritaire dans le gouvernement d'union nationale, sous l'autorité de Papandréou. Mais l'union n'est que de façade. Le 3 décembre 1944, sur la place Syntagma, à Athènes, une manifestation géante dénonce la marginalisation de l'EAM. La répression fait une vingtaine de morts et l'EAM quitte le gouvernement. Churchill ne s'en tient pas là et demande au gouverneur militaire d'écraser la rébellion.

75.000 hommes sont détournés du front italien et du combat contre les Allemands pour attaquer les résistants grecs qui occupent les rues du Pirée et d'Athènes. Le 12 février 1945, après 33 jours de bombardements, l'ELAS rend les armes. L'ordre règne à Athènes... mais pas pour longtemps.

Le lieutenant-général Ronald Scobie entouré des généraux grecs Stephanos Saraphis et Napoleon Zervas, à Athènes le 29 novembre 1944

La guerre civile

Beaucoup de jeunes résistants communistes prennent le maquis et engagent la lutte contre les Britanniques et les Grecs royalistes, dans un contexte de mise en place des blocs soviétique et occidental en Europe. Les communistes prennent le contrôle de presque toute la Grèce.

Seules Athènes et Salonique leur résistent. Cependant, Staline, qui a « accordé » la Grèce au camp occidental, pousse les communistes grecs à accepter la trêve de Varkiza, conclue en février 1945. Elle prévoit des élections et un référendum sur la nature du régime. Le 27 septembre 1946, le roi Georges II rentre d'exil, après un référendum organisé le 1er septembre précédent.

N'acceptant pas le retour du roi, les communistes grecs rompent la trêve et établissent un gouvernement révolutionnaire en Épire. Conduits par le commandant Markos, ils déclenchent une seconde guerre civile. En ce début de « guerre froide », les Soviétiques leur apportent leur soutien, par l'intermédiaire de la Yougoslavie et de la Bulgarie. Des combats féroces font rage. Certains villages, fuis par leur population, basculent successivement dans un camp puis dans l'autre. Des milliers d'opposants au gouvernement sont déportés sur des îles en Méditerranée.

En 1947, les Américains prennent le relais des Britanniques. Le 12 mars 1947, dans un discours devant le Congrès américain, le président Truman proclame sa volonté d'aider la Grèce « à sauvegarder son régime démocratique » et « d'endiguer le communisme ». La Grèce est en effet le dernier pays des Balkans à ne pas se trouver sous domination soviétique et occupe une place charnière pour barrer la route de la Turquie et du Proche-Orient à l'URSS. Il s'ensuit le 5 juin 1947 le plan Marshall destiné à l'ensemble de l'Europe occidentale et en particulier à la Grèce. Les dollars se déversent sur le pays, mais essentiellement au bénéfice de l'armée, pas du développement économique.

Reddition d'un rebelle de l'Armée démocratique en 1948 (photo: Bert Hardy/Getty Images)La lutte devient de plus en plus asymétrique. En juin et juillet 1948, 12.000 rebelles communistes tiennent tête pendant huit semaines à 70.000 soldats lourdement armés, sur un mont de la frontière gréco-albanaise. Ils attendent en vain que leurs « camarades » des pays frontaliers viennent leur apporter leur aide.

La rupture entre Tito et Staline est fatale aux insurgés communistes. Elle les coupe de leurs sources de ravitaillement. En octobre 1949, les communistes doivent renoncer à la lutte et accepter un cessez-le-feu. Beaucoup sont arrêtés, d'autres partent en exil. Trois ans plus tard, la Grèce fait son entrée à l'OTAN.

Interdit, le parti communiste grec ne sera à nouveau autorisé qu'en 1974, au lendemain de la dictature des colonels (1967-1974). La guerre civile, qui aurait coûté environ 150.000 vies à la Grèce, reste un traumatisme profond dans la société grecque pendant des années. Les intellectuels grecs utilisent le mot allemand « Spaltung » (division) pour désigner la guerre entre communistes et anti-communistes qui a déchiré la chair du pays.

Publié ou mis à jour le : 2016-10-13 11:05:13

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

lainé (02-02-201518:49:26)

Le présent épisode grec doit être considéré comme en relation étroite avec les terribles évènements connus par ce pays dans l'immédiat après-guerre.
Les éléments d'un clash majeur sont aujourd'hui réunis !

Thomas Efthymiou (12-10-200910:16:49)

Dans cet article, que j'ai apprécié, il n'est pas mentionné le rôle de la Bulgarie, qui donna en 1941 passage aux soldats allemands en Thrace et Macédoine, pour recevoir en échange cette province et partie de la Macédoine grecques. La population en souffrit beaucoup.

La grande famine était due aussi au fait que trois armées d'occupation vivaient sur ce petit pays vaincu, non industriel, n'ayant plus la ressource de sa marine.
Bien cordialement.


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