29 octobre 1923

Naissance de la République turque

Le 29 octobre 1923, l'Assemblée nationale turque réunie à Ankara abolit le califat et proclame la République turque. Le général Moustafa Kémal en devient le premier Président. Née dans la douleur, la nouvelle république consacre la disparition de l'empire ottoman qui dominait l'Orient méditerranéen et les Balkans depuis plus d'un demi-millénaire.

L'anniversaire de ce jour est fête nationale en Turquie.

Alban Dignat

Fin de l'empire ottoman

Moustafa Kémal (ou Kémal Ataturk) (19 mai 1881, Salonique - 10 novembre 1938, Istanbul)Vaincue à l'issue de la Grande Guerre pour s'être trop vite rangée aux côtés des Puissances centrales, la Turquie ottomane suscite la convoitise de ses voisins, notamment la Grèce. Après l'armistice de Moudros du 30 octobre 1918, les Alliés de l'Entente se disposent à la démembrer.

Les Français et les Anglais occupent les Détroits et la ville de Constantinople, cependant que le 15 mai 1919, les Grecs débarquent à Smyrne et se disposent à conquérir l'arrière-pays.

Les Alliés présents sur place s'abstiennent d'intervenir. Quant au sultan Mehmet VI, il fait tout ce qu'il peut pour s'attirer la bienveillance des vainqueurs, à la grande indignation de l'opinion turque.

Quand il apprend le débarquement des Grecs, Moustafa Kémal (38 ans), héros de la guerre relégué comme inspecteur militaire en Anatolie (la Turquie d'Asie), décide d'organiser la résistance. Il entre en rébellion contre le sultan et rassemble les troupes qui lui restent.

De la ville d'Amasya, non loin de la mer Noire, il appelle le 22 juin 1919 à la réunion d'un Congrès national. Un premier Congrès improvisé s'ouvre à Erzeroum le 23 juillet puis un second à Sivas le 4 septembre.

Deux pouvoirs s'affrontent désormais : le sultan à Istamboul et les nationalistes regroupés autour de Moustafa Kémal, à Ankara (ou Angora), une bourgade au coeur de l'Anatolie.

Moustafa Kémal organise des élections dans les régions qui sont sous son contrôle et le 23 avril 1920, une Grande Assemblée nationale le désigne comme chef du gouvernement.

Les Grecs profitent des divisions à la tête de la Turquie pour envahir l'Anatolie avec l'approbation tacite des Alliés ! En janvier puis en mars 1921, ils sont battus à Inönü par le lieutenant de Moustafa Kemal, Ismet bey. Malgré cela, ils arrivent à repousser les forces nationales turques au-delà de la Sakarya, un fleuve qui se jette dans la mer de Marmara.

Dans le même temps, l'occupation d'Istamboul par les Britanniques le 16 mars 1920 et l'acceptation par le sultan du désastreux traité de Sèvres du 10 août 1920 achèvent de faire basculer les Turcs en faveur des nationalistes.

Dans un sursaut d'énergie, les Turcs, sous la conduite de Moustafa Kémal, repoussent les Arméniens puis les Grecs. Ces succès valent au général de recevoir de l'Assemblée nationale le titre de « Ghazi » (le Victorieux).

Le triomphe de Moustafa Kémal

Au zénith de sa popularité, Moustafa Kémal exige de ses partisans qu'ils soumettent à l'Assemblée nationale une motion visant à séparer le califat (fonction religieuse) du sultanat (fonction politique) et d'abolir ce dernier de façon à restituer au peuple turc la souveraineté nationale. Lui-même déclare à la tribune : « C'est par la violence que les fils d'Oman se sont emparés du pouvoir, qu'ils ont régné sur la nation turque, qu'ils ont maintenu leur domination pendant six siècles. À présent la nation s'est rebellée et a résolu de reprendre elle-même l'exercice de sa souveraineté ». Et pour briser les résistances des députés, il impose un vote d'office à l'unanimité !

Ainsi la Turquie entre-t-elle dans une période d'incertitude institutionnelle. L'ex-sultan Mehmet VI, discrédité par l'acceptation du traité de Sèvres, n'a pas attendu le triomphe de Moustafa Kémal pour quitter son palais. Le 17 novembre 1922, il s'est réfugié sur un navire de guerre britannique en rade d'Istamboul. L'Assemblée transfère la fonction de calife (« Ombre de Dieu sur la terre » !) à l'un de ses cousins, Abdülmecid.

Dans le même temps, le Ghazi contraint les Alliés à conclure un nouveau traité à Lausanne, en remplacement de l'infâmant traité de Sèvres, le 24 juillet 1923.

La Turquie moderne émerge des négociations de Lausanne sous la forme d'un quadrilatère massif dont seulement le coin nord-ouest, avec Istamboul et son arrière-pays, appartient au continent européen (3% de la superficie du pays).

Fort de son prestige de guerrier et de diplomate, Moustafa Kémal peut dès lors en finir avec le multiculturalisme ottoman... Le 13 octobre 1923, le nouvel homme fort du pays déplace la capitale d'Istamboul à Ankara (Angora), une ancienne bourgade au coeur de la Turquie historique. Enfin, il ordonne aux députés de voter l'instauration officielle de la République.

C'est ainsi que le 29 octobre 1923, les députés font de la Turquie une République laïque avec le Ghazi pour premier président. Ismet pacha (plus tard appelé Inonü), qui préside les débats, laisse passer un amendement qui fait de l'islam la religion d'État. C'est la seule concession accordée par les kémalistes aux religieux. Le fidèle Ismet pacha accède à la fonction de Premier ministre (il succèdera à Moustafa Kémal à la présidence de la république en 1938).

Les députés ne se résolvent pas à abolir le califat. Moustafa Kémal les y obligera quelques mois plus tard, parachevant la construction d'une Nation turque, débarrassée de ses oripeaux arabisants.

Une Nation homogène

En 1918, malgré la perte des Balkans, l'empire était encore peuplé d'une majorité de non-Turcs : Arabes, Grecs, Arméniens, Kurdes.... et sa capitale, Istamboul, était une cité cosmopolite où se côtoyaient toutes les populations de l'Orient et dans laquelle les musulmans étaient encore minoritaires !

Cinq ans plus tard, après les transferts de population et le traité de Lausanne, le pays est devenu l'un des États musulmans les plus homogènes de la planète du point de vue ethnique aussi bien que religieux (note).

Bibliographie

Sur la naissance de la Turquie moderne et l'histoire de l'empire ottoman, on peut lire l'ouvrage de Jacques Benoist-Méchin, Mustapha Kémal ou la mort d'un empire (Livre de Poche). Un livre d'Histoire qui se lit comme une épopée. Plus didactique et tout aussi passionnant est la biographie de Fabrice Monnier, Atatürk, naissance de la Turquie moderne (CNRS éditions, 2015).

La Turquie, géopolitique et populations

Population et AvenirPopulation & Avenir (n° 670, nov-déc 2004) a publié une synthèse remarquable sur les populations de la Turquie depuis la fin de l'empire ottoman.

La revue montre l'homogénéisation religieuse et ethnique de la population après le massacre des Arméniens et l'expulsion des Grecs. Le pays ne compte plus au début du XXIe siècle que « 3.000 Grecs, 25.000 Juifs, 60.000 Arméniens, 25.000 Assyro-Chaldéens et 20.000 personnes d'autres ethnies. Demeure une minorité musulmane au poids significatif, celle des Kurdes, au moins six millions... ».

Entre 1960 et 2002, l'indice de fécondité des Turques a baissé de 6 enfants par femme à 2,5 environ. Malgré cette baisse rapide, le pays est devenu le deuxième du bassin méditerranéen après l'Égypte avec 71 millions d'habitants en 2005 (13,6 millions en 1927).

Publié ou mis à jour le : 2019-10-29 14:38:21

 
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