23 juillet 1914 - Ultimatum de l'Autriche-Hongrie à la Serbie - Herodote.net

23 juillet 1914

Ultimatum de l'Autriche-Hongrie à la Serbie

Le 23 juillet 1914, l'ambassadeur austro-hongrois à Belgrade remet au gouvernement serbe un ultimatum de la part de son gouvernement.

Venant près de quatre semaines après l'attentat de Sarajevo, cet ultimatum est mal compris de l'opinion publique européenne et rapproche la Russie de la Serbie. De maladresse en maladresse, il va s'ensuivre une semaine plus tard le déclenchement de la Grande Guerre.

La « Crise de Juillet »

Le 5 juillet précédent, le chancelier allemand Theobald Bethmann-Hollweg a remis à l'ambassadeur austro-hongrois à Berlin une réponse favorable à leur demande de soutien dans leur différend avec la Serbie. Les Autrichiens, rassurés, y voient un « chèque en blanc » qui leur donne toute liberté pour agir.  

À Vienne, le ministre des Affaires étrangères Berchtold et le chef d'état-major austro-hongrois Hötzendorf arrivent à convaincre l'empereur François-Joseph 1er d'envoyer une note comminatoire au gouvernement serbe.

Mais le temps de se mettre d'accord au sein du gouvernement, on est déjà le dimanche 19 juillet. L'attentat de Sarajevo est oublié de l'opinion européenne. L'émotion est retombée et chacun, sur le continent, a la tête ailleurs.

Le gouvernement austro-hongrois, trop prudent, différe l'envoi de la note car au même moment, le président de la République française Raymond Poincaré et le président du Conseil René Viviani sont en visite officielle chez leur allié le tsar Nicolas II. Une intervention contre la Serbie serait du plus mauvais effet sur les festivités de Saint-Pétersbourg et elle pourrait encourager les deux alliés à faire bloc commun contre l'Autriche-Hongrie.

Le président Raymond Poincaré et le tsar Nicolas II sur le yacht Alexandria en juillet 1914

L'ultimatum

La note de Vienne est remise au gouvernement serbe le soir du 23 juillet, juste après que Raymond Poincaré et René Viviani s'embarquent pour le voyage du retour en France. Elle n'accuse pas le gouvernement serbe de complicité directe dans l'attentat de Sarajevo mais lui reproche seulement d'avoir « toléré » les organisations qui l'ont préparé.

La note est suivie d'un ultimatum en dix points comminatoires qui exige de Belgrade l'engagement public de ne plus accepter d'aucune façon les menées terroristes en Bosnie et d'interdire toute forme de propagande anti-autrichienne sur son sol.

Le point 6 exige que Belgrade « accepte la collaboration en Serbie des organes du gouvernement impérial et royal (austro-hongrois) dans la suppression du mouvement subversif dirigé contre l'intégrité territoriale de la monarchie ». Ce point est le plus difficile à admettre car il porte atteinte à la souveraineté du gouvernement serbe.

Le gouvernement serbe a 48 heures pour répondre à ces dix points quelque peu humiliants. Au terme d'une réunion de crise, il se montre malgré tout disposé à les accepter, sachant qu'il ne peut guère attendre de soutien en Europe du fait de la mauvaise réputation de la Serbie, que l'on qualifierait aujourd'hui d'« État-voyou ».

Il s'en remet en définitive à son grand allié, le tsar Nicolas II. Le prince régent de Serbie Alexandre lui télégraphie que « la Serbie ne peut se défendre seule » et que le gouvernement est prêt à accepter tous les points de l'ultimatum  « que Votre Majesté nous conseillera d'accepter ».

Le compte à rebours

Le tsar Nicolas II Romanov (18 mai 1868, Tsarskoïe Selo - 17 juillet 1918, Ekaterinbourg)Le matin du samedi 25 juillet, l'ambassadeur serbe à Saint-Pétersbourg fait savoir à son gouvernement que le gouvernement de Nicolas II se dispose à prendre la Serbie sous sa protection et, s'il le faut, décrètera une « période de préparation à la guerre ». Il s'agit de la procédure précédant la mobilisation !

Nicolas II n'est pas loin de penser qu'une bonne guerre pourrait lui rendre son prestige et se rassure en se disant qu'il a le soutien du président de la République française Raymond Poincaré.

Changeant de ton, les Serbes rédigent à la hâte une réponse à la note de Vienne par laquelle ils acceptent avec déférence tous les points de l'ultimatum mais à l'exception du point 6 qui exige l'immixtion de fonctionnaires austro-hongrois dans leurs affaires intérieures. Cela équivaut à une déclaration de guerre.

Le Premier ministre Nicolas Pasic remet le texte à l'ambassadeur austro-hongrois une heure avant l'expiration du délai fixé par Vienne. Sans se faire d'illusions, les Serbes mobilisent leur armée. Dans les chancelleries, on commence à s'inquiéter...

N'étant formellement l'allié de personne, le gouvernement de Londres choisit de ne rien faire qui complique la situation. Mais il appréhende une guerre qui déboucherait sur une victoire de l'Allemagne et une rupture de l'équilibre européen.

Le chancelier allemand Theobald von Bethmann-Hollweg avertit les gouvernements de Londres, Paris et Saint-Pétersbourg que les mesures préparatoires du tsar pourraient obliger les Allemands à mobiliser si elles n'étaient pas rapidement levées. C'est que, dans l'éventualité d'un conflit, l'avantage est au belligérant le plus rapide !

Vienne se décide à déclarer la guerre à Belgrade le mardi 28 juillet. À ce moment, la moitié de l'armée russe est déjà sur le pied de guerre. Plus rien ne semble plus pouvoir empêcher une conflagration générale.

Les militaires, soucieux par-dessus tout de ne pas être pris de court, prennent désormais le pas sur les responsables politiques.

L'Europe à la veille de la Grande Guerre

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L'Europe à la veille de la Première Guerre mondiale - 1914 (Herodote.net) Cette carte montre l'Europe en 1914. On peut noter la très nette diminution du nombre d'États, en comparaison des siècles antérieurs (1648). Deux empires à dominante germanique et par ailleurs alliés: l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie occupent le coeur du continent. Ils seront l'âme du conflit à venir.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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