Les grandes décisions de l'Histoire de France - Voyage instructif dans l'atelier de l'Histoire - Herodote.net

Les grandes décisions de l'Histoire de France

Voyage instructif dans l'atelier de l'Histoire

<em>Les grandes décisions de l'Histoire de France</em>

23 octobre 2018 : Les grandes décisions de l’histoire de France (Perrin Le Point, 2018, 410 pages, 21 €) est un ouvrage collectif sous la direction de Patrice Gueniffey et François-Guillaume Lorrain.

Il survole l’Histoire nationale en vingt récits bien enlevés, parfaitement documentés et écrits par des historiens de renom.

Chaque récit traite un événement majeur de notre Histoire et en détaille le contenu mais aussi et surtout ses causes, ses conséquences et son écho dans nos mémoires.  Le gabarit de quinze à vingt pages oblige l’auteur à s’en tenir à l’essentiel et en rend la lecture aisée. C’est clair, limpide, souvent haletant, toujours surprenant et enrichissant. Les enseignants du secondaire comme les étudiants et les amateurs en feront leur miel.

Conçu sous la direction de l’historien Patrice Gueniffey et du journaliste François-Guillaume Lorrain, responsable de la rubrique Histoire au Point, l’ouvrage traite l’Histoire comme une source d’enseignement sur le fonctionnement des sociétés et les ressorts des hommes. Il tente de comprendre et nous faire comprendre comment a vécu la France, au gré des passions humaines et des contraintes de tous ordres. « À l’heure où le fatalisme gagne les rangs, nourri de l’impuissance des États nationaux dépossédés de leur marge de manœuvre par des institutions supranationales ou des entités économiques tentaculaires, il est salutaire aussi de revisiter notre histoire à la mesure de l’exercice du pouvoir et de l’engagement, » écrit Patrice Gueniffey.

Nous nous retrouvons dans cette approche qui est aussi celle d’Herodote.net. Aucun événement n’a d’intérêt en soi. Au mieux, il peut être apprécié pour son aspect sensationnel ou romanesque comme l’arrestation des Templiers par Philippe le Bel. Mais derrière cet aspect, l’événement prend sens comme le montre Sylvain Gouguenheim car il permet au roi de s’affirmer à la tête de son royaume comme de la chrétienté. L’important, du point de vue de l’historien et de l’amateur, est ce que révèle l’événement sur la société qui l’a produit et sur les hommes qui l’ont inscrit dans leur mémoire.

Georges Minois se saisit ainsi du couronnement de Charlemagne à Rome (Noël 800). Il est inhabituel de placer cet événement au commencement de l’Histoire de France. Le roi des Francs Charlemagne n’avait lui-même nulle envie de se faire couronner empereur. Il y a été poussé par le pape et son conseiller Alcuin qui voulaient donner un protecteur à l’Église romaine.

Lui-même se voulait avant tout roi des Francs et c’est en cette qualité que les chroniqueurs royaux de Saint-Denis le rattacheront au Moyen Âge à la lignée des rois de France. Par contre, les Allemands ne voudront jamais voir en lui que le fondateur du Reich germanique. Il est vrai qu’il parlait tudesque et résidait à Aachen (Aix-la-Chapelle).

Mille ans exactement après le sacre, un autre sacre, celui de Napoléon Ier, fera référence à l’illustre ancêtre. Plus près de nous enfin, nouvel avatar : Charlemagne est érigé en précurseur de l’Europe et l’on crée un prix Charlemagne pour honorer chaque année une personnalité qui a fait avancer l’union du continent.

Certaines « décisions » historiques ont des conséquences autrement plus dramatiques et imprévisibles. C’est le cas avec le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) qui garde encore une part de mystère. On est fondé à penser qu’au début, le monarque Charles IX, sa mère Catherine de Médicis ou encore les Guise voulaient se débarrasser des chefs protestants opportunément conviés à Paris pour le mariage de leur champion Henri de Navarre (futur Henri IV). Mais une fois la tuerie entamée dans la cour du Louvre, le peuple parisien, très remonté contre les protestants, allait se faire justice lui-même en massacrant aussi les protestants de la ville.

L’indécision et parfois la malchance peuvent faire échouer les meilleures résolutions. C’est ce que montre bien Jean-Christian Petitfils dans son récit des trois années qui ont précédé la Révolution et conduit à la convocation des états généraux à Versailles, le 5 mai 1789.

Il raconte comment Louis XVI, sincèrement désireux de réformer son pays, a soutenu la réforme de Calonne et son Assemblée des notables, réunie le 22 février 1787 pour valider un impôt universel. Mais les privilégiés se sont rebellés et ont réussi le coup de maître de rallier à leur cause les classes populaires qui avaient pourtant tout intérêt à la réforme.

En détruisant le crédit de la monarchie, les privilégiés et les nobles ont par aveuglement préparé la Révolution. Celle-ci était déjà quasiment terminée quand elle a commencé ! « Les plus grands coups portés à l’antique Constitution de l’État le furent par des gentilshommes.  Les patriciens commencèrent la Révolution, les plébéiens l’achevèrent », note Chateaubriand dans Mémoires d’outre-tombe.

Quand il s’est agi de juger et exécuter le roi Louis XVI, les députés étaient par contre parfaitement conscients de l’enjeu. La décapitation de la plus ancienne monarchie européenne diviserait comme jamais la France et le reste du continent. Elle creuserait « un fossé infranchissable entre l’ancien monde et le nouveau », écrit Loris Chavanette.

On ne peut pas dire que l’entourage de Charles X ait fait preuve de la même lucidité quand il s’est agi d’attaquer Alger en 1830 : « Qu’y a-t-il au fond de cette expédition ? De mauvais ministres qui croient échapper à leur sort avec du bruit et de la fumée, » a-t-on pu en dire. Laurent Thies témoigne de l’inconscience de ces hommes qui entreprirent une grande conquête sans savoir ce qu’ils en feraient le jour d’après.

Ainsi va l’histoire, tissée de décisions conscientes, sages ou folles, voire d’indécision.

Bien sûr, les historiens, pas moins que les autres hommes, ont des opinions et des préjugés qui peuvent à leur insu influencer leur vision des choses. Rassurons-nous, ils n’en laissent rien voir ici.  Les grandes décisions de l’histoire de France est dépourvu de parti-pris idéologique et les auteurs se montrent exclusivement mus par le désir de donner de la cohérence à l’enchaînement des faits (on est ici aux antipodes de L’Histoire mondiale de la France, dont le coordonnateur Patrice Boucheron annonçait en ouverture le dessein idéologique).

À ceux qui en doutaient, à commencer par nous-mêmes, Les grandes décisions de l’histoire de France démontre que la science historique française conserve de beaux atours, à une sage distance des modes, des préjugés et de l’air du temps.

S’il y avait un reproche à faire à cet ouvrage, c’est de s’être limité à vingt décisions, si judicieuses soient-elles, du sacre de Charlemagne à la décision de faire l’euro. Nous aurions bien aimé que soient aussi traitées la désignation d’Hugues Capet par ses pairs comme roi de Francie occidentale ; également la non-décision de sacrer Louis VIII du vivant de son père Philippe Auguste, preuve que l’État capétien était assez solide au début du XIIIe siècle pour se dispenser de cette formalité ; la promulgation de l’ordonnance de Villers-Cotterêts par François Ier en 1539, qui témoigne de la constitution d’un État national et centralisé.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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