1er août 1914

Début de la Grande Guerre

Le samedi 1er août 1914, à 4 heures de l'après-midi, tous les clochers de France font entendre un sinistre tocsin. C'est la mobilisation générale.

Quelques minutes plus tôt, l'Allemagne a elle-même décrété la mobilisation générale et déclaré la guerre à la Russie. Ces événements font suite à l'assassinat d'un archiduc autrichien à Sarajevo, un mois plus tôt, le 28 juin 1914.

Le président Raymond Poincaré a beau préciser que « la mobilisation n'est pas la guerre ! », la plupart des Français se résignent à l'inéluctable. Certains responsables, ultra-minoritaires, espèrent encore y échapper par quelques concessions à l'Autriche-Hongrie.

Mobilisations en cascade

Cette guerre (que chacun espère courte... et victorieuse !) est le résultat de quelques folles journées de surenchères diplomatiques et militaires.

- 25 juillet

Le soir du 25 juillet 1914 expire l'ultimatum de Vienne à Belgrade. Jusque-là, chacun en Europe pensait que le différend entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie se résoudrait par un compromis diplomatique comme les multiples crises antérieures, voire par une troisième guerre balkanique limitée à la région. Mais l'intransigeance de Saint-Pétersbourg et l'obligation pour les Austro-Hongrois de réagir d'une manière ou d'une autre à l'hostilité serbe font désormais craindre le pire.

- 27 juillet

Maurice Paléologue, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, transmet à Sergueï Sazonov, ministre des Affaires étrangères du tsar, un message du président Raymond Poincaré par lequel celui-ci, soucieux de préserver à tout prix l'alliance franco-russe, donne au tsar l'assurance de « seconder entièrement, dans l'intérêt de la paix générale, l'action du gouvernement impérial ».

- 28 juillet

L'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie et l'envahit aussitôt, non sans bientôt rencontrer une forte résistance. La Russie s'émeut de l'attaque d'un pays ami.

À Paris, les journaux sont accaparés par le procès d'Henriette Caillaux. La femme du ministre des Finances avait tué quelques mois plus tôt le directeur du Figaro. Elle est acquittée ce jour-là mais son mari, qui prêchait la conciliation avec l'Allemagne, se met provisoirement en marge de la scène politique.

À la Une

Le quotidien Le Matin titre en Une : Mme Caillaux est acquittée, mais aussi :
La guerre austro-serbe est déclarée ;
La guerre européenne peut encore être évitée ;
Le calme de la Russie fait en ce moment la sécurité de l'Europe ;
On assure que l'Autriche se bornera à une « démonstration militaire ».

- 29 juillet

Le tsar Nicolas II décrète une « mobilisation partielle », une mesure sans réel effet opérationnel mais qui alarme les chancelleries. 

L'empereur allemand Guillaume II prend conscience du cataclysme qui se prépare. De concert avec son chancelier Theobald von Bethmann-Hollweg, il télégraphie à plusieurs reprises au tsar en lui demandant de ne rien commettre d'irréversible contre l'Autriche-Hongrie. Le tsar se fait hésitant et annule même en fin de soirée l'ordre de mobilisation. 

Mais en Russie comme en Allemagne, les états-majors, qui craignent d'être pris de vitesse par l'adversaire, plaident pour une entrée en guerre au plus vite.

- 30 juillet

Raymond Poincaré, président de la République française (1860-1934)Apprenant qu'une forteresse des environs de Belgrade a été canonnée par les Austro-Hongrois, le tsar Nicolas II, rassuré par le soutien de la France et pressé par son état-major, décrète pour de bon la mobilisation générale au nom de la solidarité slave.

À Paris, le président de la République Raymond Poincaré et le président du Conseil René Viviani, rentrés le jour même de leur voyage à Saint-Pétersbourg, auprès de leur allié, le tsar, sont acclamés par la foule au cri de « Vive l'armée » ou même « Vive la guerre ! »

Poincaré n'a eu de cesse pendant deux ans de préparer la « revanche » ou du moins de mettre la France en situation de résister à une agression allemande.

Il y gagnera après la guerre le surnom de « Poincaré-la-guerre ».

- 31 juillet

À Paris, au café du Croissant, un déséquilibré du nom de Raoul Villain assassine Jean Jaurès. Le leader respecté des socialistes et Joseph Caillaux étaient dans la classe politique française les derniers partisans de la paix ; le premier par humanité, le second par raison.

On peut dire que trois coups de revolver, ceux de Princip à Sarajevo, Henriette Caillaux et Villain à Paris auront eu raison de la paix mondiale ! Pour faire bonne mesure, on peut ajouter celui qui pris la vie du Premier ministre russe Stolypine.

Le même jour, l'Allemagne somme la Russie d'arrêter sa mobilisation et adresse une demande pressante à la France, qui la soutient.

- 1er août

Mobilisation générale le 2 août 1914À Berlin, le chancelier Bethmann-Hollweg, alarmé par la mobilisation russe, se laisse convaincre par son chef d'état-major, le général Helmut von Moltke, et par son ministre de la Guerre, le général Erich von Falkenhayn, de décréter à son tour la mobilisation générale et déclarer la guerre au tsar.

Les Allemands veulent croire que les Britanniques, jusque-là silencieux (hélas), resteront à l'écart du conflit.

Dans les minutes qui suivent la mobilisation allemande, la France décrète à son tour la mobilisation générale.

Notons à ce propos que la grande affiche placardée sur tous les bâtiments publics a été imprimée dix ans plus tôt, en 1904, en prévision de la guerre ! L'imprimeur a laissé en blanc la date et celle-ci est inscrite à la main le jour venu...

Le fantassin français de 1914 (peinture de Desvarreux, musée de l'Armée, Paris)La Grande Guerre commence.

Le Président de la République croit opportun de rassurer ses concitoyens par un Appel à la nation française : « La mobilisation n'est pas la guerre. Dans les circonstances présentes, elle apparaît, au contraire, comme le meilleur moyen d'assurer la paix dans l'honneur » !

Plus de deux millions de jeunes Français doivent rejoindre leur unité dans les jours suivants.

Le 10 août 1914, le quotidien socialiste L'Humanité, fondé par Jean Jaurès, écrit avec emphase : « Des entrailles du peuple, comme des profondeurs de la petite et de la grande bourgeoisie, des milliers de jeunes gens, tous plus ardents les uns que les autres, quittant leur famille, sans faiblesse et sans hésitation, ont rallié leurs régiments, mettant leur vie au service de la Patrie en danger. »

Si quelques jeunes bourgeois et intellectuels de droite comme de gauche se laissent prendre à la frénésie nationaliste, il n'en va pas de même de la grande majorité des appelés.

La plupart partent avec sérieux et détermination, sans manifestation de joie.

Les paysans, nombreux, gardent les pieds sur terre et manifestent une inquiétude tout à fait justifiée en songeant aux récoltes qui ne se feront pas et au risque de ne pas revoir le village natal.

Les forces en présence

Quand la Grande Guerre éclate, les deux principaux belligérants disposent de forces équivalentes en dépit de la disproportion démographique. La France (40 millions d'habitants) compte 500 000 soldats d'active et l'Allemagne (60 millions d'habitants) 550 000 soldats d'active. L'une et l'autre disposent d'une réserve d'un million d'hommes immédiatement mobilisable.

En Angleterre, où n'existe pas le service militaire obligatoire, les jeunes gens répondent néanmoins en masse à l'appel aux armes. En France même, les étrangers francophiles sont nombreux aussi à s'engager volontairement, qu'il s'agisse des ouvriers italiens ou espagnols ou encore des intellectuels qui répondent à l'Appel lancé dès le 29 juillet 1914 par l'écrivain suisse Blaise Cendras. A ces 88 000 étrangers s'ajoutent 10 000 Alsaciens-Lorrains qui quittent en catimini leur terre d'empire pour rejoindre leur patrie de coeur.

Les fantassins allemands ont un uniforme relativement sobre dont la couleur se fond dans la poussière avec un pittoresque casque à pointe en cuir bouilli. Lors de son introduction dans l'armée prussienne, en 1842, la pointe était supposée protéger les fantassins contre les coups de sabre des cavaliers ! Ce casque sera remplacé en 1916 par un casque en acier (Stahlhelm) plus fonctionnel.

Les fantassins français, quant à eux, n'ont pas encore de casque mais un simple képi. Avec leur pantalon rouge (cible facile), ils ressemblent à s'y méprendre à leurs aînés de la guerre franco-prussienne (1870), voire des guerres napoléoniennes. Ce colorant rouge, à l'origine fourni par la garance, une plante cultivée en France, l'est désormais par une firme allemande, la Badische Anilin und Soda Fabrik (BASF) ! Ce n'est qu'à partir de mai 1915 qu'apparaîtront l'uniforme bleu horizon et le casque rond du « poilu », autrement plus fonctionnels. Le nouveau casque, commandé en catastrophe par le sous-intendant militaire Louis Adrian, gardera son nom, « casque Adrian ».

défilé de fantassins français lors de la mobilisation d'août 1914

- 2 août

L'espoir n'est pas perdu d'un arrangement de dernière minute. Pour éviter tout incident, les troupes françaises ont reçu l'ordre de s'éloigner de la frontière allemande d'une dizaine de kilomètres. C'est ainsi que le 44ème RI se replie jusqu'à Joncherey, sur le territoire de Belfort. Un poste de surveillance, en direction de Faverois, est confié à l'escouade du caporal Peugeot.

Vers 10 heures, la sentinelle lance un cri : « Voilà les Prussiens ! » Le caporal Peugeot saisit son arme et s'élance vers la route : effectivement, un officier allemand à cheval vient de culbuter la sentinelle. « Halte-là ! » Trois coups de revolver répondent aux sommations du caporal qui fait feu à son tour.

Le caporal Jules André Peugeot, première victime de la Grande GuerreLes deux hommes sont mortellement blessés. Ce sont les premières victimes côtés français et allemand :
• le caporal français Jules André Peugeot (19 ans) est un instituteur originaire d'Étupes.
• l'autre victime, le sous-lieutenant allemand Albert Mayer (20 ans), du 5e régiment de chasseurs à cheval basé à Mulhouse, est originaire de Magdebourg (il sera inhumé à Illfurth, à côté de Mulhouse).

Un monument, élevé en 1922 à Joncherey, a été détruit en juillet 1940 par les troupes allemandes, puis reconstruit en 1959.

Le même jour, l'armée allemande envahit sans préavis le grand-duché de Luxembourg, État neutre. En soirée, l'Allemagne exige de la Belgique, dont la neutralité est également garantie par les traités internationaux, le libre passage pour ses troupes. Le gouvernement belge, soutenu par le jeune roi Albert Ier, rejette avec vigueur cette atteinte à sa souveraineté et à sa neutralité.

Le lendemain, l'Allemagne déclare la guerre à la France.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-10-28 18:23:59

 
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