5 octobre 1908

Annexion de la Bosnie-Herzégovine

Le 5 octobre 1908, l'empire austro-hongrois annexe formellement la Bosnie-Herzégovine, une province ottomane qu'il occupait légalement depuis trente ans. C'est le début d'une succession de troubles qui vont agiter les Balkans et finalement mettre le feu à l'Europe entière.

Alban Dignat

Revendications antagonistes

Chef Bachir-Bazouk (huile sur toile de Jean-Léon Gérôme, 1881)Peuplée de paysans slaves catholiques, orthodoxes ou musulmans, la Bosnie-Herzégovine s'était soulevée contre Constantinople en 1876. Mais la répression par de redoutables mercenaires albanais, les bachi-bouzouks, avait entraîné l'intervention des jeunes États slaves limitrophes.

La Serbie et le Monténégro avaient ainsi déclaré la guerre à la Turquie ottomane avec l'intention de se partager la province rebelle en cas de victoire. La première lorgnait sur la Bosnie, une zone de montagnes et de forêts délimitée par la Save à l'Est et les Alpes dinariques à l'Ouest. Le second se serait satisfait de l'extrémité méridionale, le plateau karstique de l'Herzégovine.

Le 27 avril 1877, la Russie était entrée à son tour en guerre contre l'empire ottoman, officiellement pour soutenir ses « frères slaves », plus sûrement pour s'emparer de Constantinople et des Détroits (le Bosphore et les Dardanelles), entre mer Noire et mer Égée, une artère vitale pour la marine russe et le développement économique de la Russie méridionale, la « Nouvelle Russie ».

Défait, le sultan en avait appelé à l'arbitrage des grandes puissances et le congrès de Berlin de 1878 confie la Bosnie-Herzégovine à Vienne pour une durée de trente ans. La province connaît alors une longue période d'expansion économique, comme le reste de l'empire austro-hongrois.

À l'approche de l'échéance, en 1908, voilà que le sultan doit faire allégeance à un groupe d'officiers nationalistes, les « Jeunes-Turcs ».

Les Autrichiens craignent que le nouveau pouvoir ne remette en cause le statut de la Bosnie-Herzégovine et leur occupation. Ils s'inquiètent tout autant des visées du gouvernement serbe nationaliste issu du coup d'État de 1903, qui ne cache pas son ambition de réunir autour de Belgrade tous les territoires habités par des Serbes. 

Acord mal fagoté

Alois Lexa von Ährenthal (Gross-Skal, 27 septembre 1854 - Vienne, 17 février 1912)Alois von Aerenthal, le nouveau ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, envisage alors une annexion formelle de la province. Sans perdre de temps, il verse une indemnité substantielle au gouvernement ottoman en échange de sa souveraineté sur la Bosnie-Herzégovine. 

Puis il négocie un accord avec son homologue Alexandre Izvolski, ministre des Affaires étrangères de la Russie. Celui-ci, qui a le soutien du tsar, ne voit pas d'inconvénient à l'annexion à condition que son pays obtienne une compensation sous la forme d'un accès facilité aux Détroits.

Les deux hommes se rencontrent le 16 septembre 1908 en Moravie, dans le château de l'ambassadeur autrichien à Saint-Pétersbourg, et mettent au point leur accord dans le plus grand secret.

Quand le gouvernement de Vienne proclame officiellement l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, c'est aussitôt une levée de boucliers à Belgrade mais aussi chez les dirigeants russes, qui y voient une violation du traité de Berlin de 1878.

Izvolski, dans le même temps, se rend compte à Londres que les Britannique ne feront aucune concession aux Russes sur les Détroits. Décontenancé, il nie tout accord avec Aerenthal et exige une conférence internationale, ce qui ne fait qu'aggraver la crise et le ressentiment de ses concitoyens. C'en est fini des tentatives de rapprochement entre les diplomaties russe et autrichienne.

Ferdinand 1er de Bulgarie, prince de Saxe-Cobourg-Gotha ( 26 février 1861, Vienne - 14 août 1948, Cobourg)Pour ne rien arranger, les Bulgares, dont le pays avait été constitué en principauté autonome inféodée à Constantinople au congrès de Berlin, profitent de l'émoi suscité par l'annexion de la Bosnie-Herzégovine pour proclamer leur complète indépendance.

Le 6 octobre 1908, au cours d'une somptueuse cérémonie à Tarnovo, capitale du second empire bulgare (XIVe siècle), le prince se proclame tsar de Bulgarie sous le nom de Ferdinand 1er, à la grande irritation des Russes et des Austro-Hongrois, ainsi bien sûr que du gouvernement ottoman.

En mars 1909, les Allemands calment enfin le jeu en faisant comprendre au gouvernement russe que les Autrichiens pourraient aller jusqu'à déclarer la guerre à la Serbie.

Publié ou mis à jour le : 2019-10-03 12:43:10

 
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