Pierre-Auguste Renoir doit sa renommée à quelques tableaux. Ils ne reflètent pourtant qu’une facette réduite d'une carrière longue de soixante ans. Concomitamment avec la réouverture, à Essoyes, de la maison où le peintre et sa famille ont vécu, le musée d’Art moderne de Troyes lui a consacré en 2017 une exposition qui présente deux mérites éminents.
Intitulée à juste titre « Un Autre Renoir », elle met en pleine lumière les aspects méconnus de l’œuvre du peintre mais aussi le regard que d’autres artistes ont pu porter sur elle. Elle révèle notamment l'admiration de Picasso qui a collectionné avec passion les tableaux de son aîné.
Le rôle joué par Renoir dans l'histoire de la peinture apparaît alors dans sa pleine dimension : après avoir imposé l'impressionnisme, il a posé les jalons de la peinture moderne.

L’Aube, havre de création
Qui ne connaît pas Le Déjeuner des canotiers ou Les Jeunes Filles au piano ? Leur célébrité a pour ainsi dire occulté toutes les autres œuvres de Renoir, alors même qu’il n’a cessé, jusqu’à sa mort, de créer.
L’artiste, qui a exploité de nombreuses techniques (la peinture à l’huile, sur ciment, la sanguine, la lithographie, la sculpture…), a su évoluer au point de passer du statut de jeune révolutionnaire de la peinture à celui de grand maître de la tradition française.
Si le musée d’Art moderne (MAM) de Troyes a voulu rendre hommage à Renoir, c’est que l’artiste a noué un lien spécial avec la région. Il s’est en effet installé en 1896 dans un village proche, Essoyes, qui n’est autre que la commune natale de son épouse, née Aline Charigot.

Âgé alors de 55 ans, il va se plaire dans cet environnement empreint de quiétude et de sérénité où peut s’épanouir son bonheur familial. Un lieu aussi propice à son art puisque Renoir va débusquer de multiples sujets dans ce bourg qui réunit tant de paysages et de modèles.
Difficile donc d’imaginer endroit plus approprié que ce musée pour cette exposition, qui a reçu le soutien de ses homologues d’Orsay et de l’Orangerie. Troyes avait certes déjà accueilli, en 1969, une exposition sur ce peintre et ses amis au musée des Beaux-Arts, mais près d’un demi-siècle plus tard, le décor a changé : c’est au cœur de l’ancien palais épiscopal, devenu le musée d’Art moderne, que le public pourra découvrir le peintre et son œuvre aux aspects subtilement contrastés.

Une exposition… « révélation »
L’exposition frappe d’abord par sa diversité. Les visiteurs peuvent en effet y admirer une cinquantaine d’œuvres, réparties entre cinq salles qui matérialisent les différents aspects ou époques du génie qui a habité l’artiste.
La première réunit les autoportraits ainsi que ceux de ses proches et d’autres artistes. Cette salle rappelle ce que la renommée de Renoir doit aux tableaux dans lesquels il magnifie les paysages et les femmes. Toutefois, le tableau le plus marquant reste sans conteste son autoportrait, réalisé lorsqu’il était encore visiblement jeune, et qui détonne avec l’image restée dans les mémoires : celle d’un vieux monsieur vêtu de son complet noir, avec son chapeau et sa canne.
La seconde salle rappelle la place importante des natures mortes dans son œuvre et son parcours créatif. Elle accueille quatre tableaux ainsi que la palette utilisée par Renoir. Ils révèlent la passion de l’artiste pour la nature, la multiplicité de ses formes et ses myriades de couleurs.
Les visiteurs peuvent ainsi admirer l'étendue de son travail autour des bouquets floraux, parmi lesquels figure l’emblématique rose qu’il décline sous toutes les nuances. Renoir n’a jamais considéré la nature morte comme un exercice factice et dérisoire, mais comme une activité à renouveler pour parvenir à des œuvres plus abouties.
Il s’y est adonné tout au long de sa vie. « C’était son exercice préféré. C’est par l’intermédiaire de ce procédé qu’il a fait évoluer sa peinture », explique Daphné Castano, commissaire générale de l’exposition et conservatrice des collections d’art moderne et d’art contemporain aux musées de Troyes.

La modernité en gésine
Dans les troisième et quatrième salles, le visiteur se trouve immédiatement projeté dans la vie intime de Renoir et dans le village d’Essoyes qui a joué un rôle si prépondérant dans sa peinture.
Les deux figures majeures qui en sont originaires, en l’occurrence Aline Charigot, l’épouse du peintre, et Gabrielle Renard, la nourrice de ses enfants et son modèle préféré, se révèlent omniprésentes. Véritable hommage rendu à ces deux femmes qui auront été ses muses, les tableaux exposés expriment également la tendresse et l’amour qu’elles lui ont inspiré.
Essoyes est aussi le lieu symbolique de l’évolution perceptible de sa vision de la femme. Profondément marqué par la mythologie, il la transfigure en Vénus à la chevelure blonde opulente ou en sirène alanguie.
Et si nous connaissons bien les tableaux exaltant le corps de la femme dans une nature luxuriante, la sculpture de la laveuse vient révéler une nouvelle dimension du talent de Renoir.
La cinquième et dernière salle se démarque des précédentes. Elle offre en effet une lecture particulière des œuvres de Renoir puisqu’il s’agit de celle de… Picasso.
L’auteur de Guernica, peintre emblématique de la modernité, semble de prime abord partager bien peu de points communs avec son illustre prédécesseur.
Et pourtant, cette salle permet de prendre la mesure de sa véritable admiration pour Renoir. N’a-t-il pas acquis sept tableaux du maître, dont six peuvent être admirés ici ?
Autant dire que l’image si répandue de Renoir en peintre bucolique, dernier représentant d’une génération pétrie de tradition, est clairement battue en brèche.













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