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La Grèce et les Balkans

Du Ve siècle à nos jours


Olivier Delorme (Folio Histoire, trois tomes, 2200 pages, 31,50 euros,  2013)

La Grèce et les Balkans

Olivier Delorme est un romancier talentueux (L'or d'Alexandre, 2008, H&O). C'est aussi un agrégé d'Histoire amoureux de la Grèce.

À ce titre, il nous offre une somme qui fera date sur La Grèce et les Balkans, du Ve siècle à nos jours. Au total trois tomes et plus de 2000 pages d'une lecture fluide et vivante, d'une érudition infaillible. Un régal pour l'esprit.

Ce livre comblera d'aise les passionnés d'Histoire en dissipant leurs lacunes sur Byzance, l'empire ottoman et les Balkans modernes.

L'auteur nous rappelle leur importance pour la compréhension de notre propre Histoire, du haut Moyen Âge à ces dernières années.

Il souligne en premier lieu la grandeur de l'empire byzantin, loin des clichés sur une interminable décadence.

Cet empire, qui a prolongé Rome pendant plus d'un millénaire, a connu avant l'An Mil une prospérité sans égale avec des institutions solides, des fonctionnaires instruits, des intellectuels féconds et une paysannerie active, qui participe à la défense de son territoire.

Les difficultés surviennent quand la prestigieuse dynastie macédonienne fait appel à des mercenaires, notamment des Normands, pour reconquérir l'Asie mineure, occupée par les Turcs.

Les basileus (empereurs) concèdent des exemptions fiscales aux aristocrates terriens en échange de leur contribution à l'entretien de l'armée. Mais cette solution de court terme les conduit à pressurer de plus en plus les classes populaires, lesquelles se détournent du régime.

Quand arrivent les envahisseurs Turcs, au XIVe siècle, les paysans et commerçants grecs les jugent plus accommodants que leurs propres maîtres et acceptent assez facilement leur tutelle, en dépit de leur appartenance à l'islam.

Au demeurant, ces Ottomans, trop peu nombreux par rapport à la masse de leurs assujettis, se montrent tolérants à l'égard de leur religion chrétienne orthodoxe. Beaucoup plus en tout cas que ne le furent les catholiques latins - Francs, Vénitiens et Génois - avec lesquels eurent à faire les Grecs.

Installé à Andrinople puis à Constantinople même, aujourd'hui Istamboul (Istanbul en anglais), le sultan ottoman met ses pas dans ceux du basileus. Comme lui, il se présente en souverain absolu de droit divin.

C'est d'ailleurs à des Grecs et des Arméniens chrétiens que le sultan fait appel pour le seconder dans l'administration de l'empire. Il leur donne aussi toutes facilités pour le commerce, les Turcs eux-mêmes montrant peu de dispositions pour le négoce.

Les choses se gâtent toutefois pour les paysans chrétiens, qu'ils soient Grecs, Slaves ou autres. Aux impôts en argent ou en nature s'ajoute l'impôt du sang, le prélèvement de garçonnets destinés à servir le sultan comme janissaires ou simples esclaves.

L'arbitraire et l'inefficacité de l'administration ottomane pèsent également sur l'activité économique, contribuant à l'appauvrissement et au déclin de l'empire.

Le sultan essuie ses premiers revers au XVIIe siècle, face aux puissances ascendantes du monde européen, la Russie et l'Autriche.

Au XIXe siècle, tandis que s'émancipent l'un après l'autre les peuples balkaniques, l'empire est maintenu en survie artificielle par le Royaume-Uni, qui ne veut à aucun prix laisser la Russie s'emparer de ses dépouilles.

La Grèce a arraché son indépendance au prix d'une guerre très meurtrière (200.000 morts pour aboutir à la création d'un État pauvre de 700.000 habitants), mais elle doit composer avec ses encombrants «protecteurs», notamment Londres, qui lui impose un roi bavarois accompagné de pas moins de 3000 «conseillers» allemands qui vont tout mettre en œuvre pour ruiner le pays.

À mesure que se racornit l'empire ottoman, ses différentes populations se séparent. La plupart des Turcs et des musulmans des Balkans se replient plus ou moins sous la contrainte en Asie mineure.

Après le génocide arménien de 1915 et la guerre gréco-turque de 1923, c'en est fini de l'empire multiculturel ; place aux nations ethniques. La guerre de Yougoslavie (1992-1995) est l'ultime épisode de ce processus.

Olivier Delorme boucle le survol de cette Histoire tourmentée par la crise financière qui frappe la Grèce. Il fait un sort aux accusations de corruption qui pèsent sur les Grecs en avançant le paradoxe que «plus le néolibéralisme dont l'Europe est le vecteur augmentera la précarité, plus il confortera le clientélisme», celui-ci étant la seule alternative à l'absence d'État social.

L'auteur dit avoir consacré cinq ans à la rédaction de son ouvrage. Ce travail n'a pas été vain. Il rendra ses lecteurs mieux avertis des affaires européennes tant il est vrai que l'on ne peut aujourd'hui dissocier ce qui se passe à l'Ouest de ce qui se passe à l'Est.

André Larané


Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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