12 septembre 1683

Les Turcs lèvent le siège de Vienne

Le 12 septembre 1683, après deux mois de siège, les Turcs échouent à s'emparer de Vienne. C'est la deuxième (et dernière fois) que la ville doit affronter un siège par les Turcs, le premier siège ayant eu lieu en 1529.

Après cet échec, les Ottomans ne seront plus en mesure de menacer sérieusement les Autrichiens...

André Larané

Guerre entre Autrichiens et Turcs, 1683 (musée d'Histoire de Vienne)

L'enjeu hongrois

Les Hongrois occupent la plaine de Pannonie baignée par le Danube. Ils ont constitué un puissant royaume au Moyen Âge, pendant environ cinq siècles, sur une étendue d'environ 350 000 km2, de l'Adriatique aux Carpathes. Mais leur situation stratégique entre les Balkans et le monde germanique leur a valu d'exciter la convoitise de leurs voisins, les Habsbourg de Vienne d'un côté, les Ottomans de Constantinople de l'autre.

C'est comme cela qu'ils ont disparu en tant qu'État indépendant à l'issue de leur défaite face au sultan Soliman le Magnifique, à Mohacs, en 1526.

Les Turcs ont installé un pacha (gouverneur militaire ottoman) à Buda, capitale historique de la Hongrie, et laissé une large autonomie aux nobles (magnats) hongrois de Transylvanie. Une grande partie de ceux-ci se sont convertis au protestantisme par haine des Habsbourg catholiques.

Ces derniers, qui se sont appropriés la couronne de saint Étienne, premier roi de Hongrie, et le titre de roi de Hongrie et de Bohème, n'ont eu de cesse en effet de restreindre les prérogatives et les possessions des magnats hongrois dans la partie occidentale de l'ancien royaume, placée sous leur juridiction.  

Une victoire acquise de justesse

Assaut ottoman pendant le siège de VienneLes dissensions entre Vienne et les magnats hongrois sont à l'origine d'une grande conjuration de ces derniers en 1664. Elle est assez vite réprimée mais est relayée en 1671 par une nouvelle rébellion qui réunit de petits nobles, des paysans et des artisans. Ceux-ci portent à leur tête en 1678 le jeune comte Imre Thököly (Éméric Tékéli en français). .

Les Ottomans du sultan Mehmet IV tentent de tirer parti de la rébellion pour élargir un peu plus leur sphère d'influence en Europe centrale. C'est ainsi que le grand vizir Kara Mustapha (Kara Moustafa, dit le Noir) s'allie au comte et lui accorde le titre de prince de haute-Hongrie.

Tandis que le Hongrois entreprend le siège de Presbourg (aujourd'hui Bratislava), le sultan met le siège devant Vienne le 14 juillet 1683 avec des forces considérables (200 000 hommes, dit-on).

Soumise à un siège impitoyable, la capitale des Habsbourg est défendue avec acharnement par le comte Rüdiger Starhemberg et le bourgmestre Andreas Liebenberg, cependant que l'empereur Léopold Ier se réfugie à Passau, en Bavière.

Vienne est libérée in extremis grâce à une armée de 65 000 hommes venue du nord, composée pour moitié de Polonais ainsi que d'Allemands et d'Autrichiens.

Commandée par le roi de Pologne Jean III Sobieski et le duc Charles de Lorraine, cette armée de renfort passe sur la rive droite du Danube.

Jean III Sobieski (anonyme, détail d'un tableau du Musée de Versailles)Elle déboule sur les Turcs des hauteurs du Kahlenberg, à l'ouest de Vienne.

Kara Moustafa (peinture d'époque)Les janissaires du grand vizir se battent jusqu'au dernier mais le reste de l'armée ottomane se retire en désordre, abandonnant sur place canons et provisions.

De retour à Istamboul, le grand vizir Kara Moustafa est décapité par le sultan.

Pendant ce temps, l'empereur Léopold Ier fait une entrée triomphale dans Vienne.

Dans la foulée, il part à la conquête de la Hongrie et de la Transylvanie, sous domination ottomane...

Le premier café-croissant

Ayant échoué à s'emparer de Vienne, les Turcs s'enfuient précipitamment en laissant sur place leurs provisions. C'est ainsi que les Viennois récupèrent 500 sacs de café... ce qui leur vaut d'être les premiers Européens à siroter une tasse de café.

Dans le même temps, les boulangers de la ville, qui se flattent d'avoir donné l'alerte lors d'une tentative d'attaque nocturne des Turcs, commémorent leur exploit en confectionnant des pâtisseries briochées en forme de croissant (l'emblème des Turcs).

Marie-Antoinette les fait connaître à la cour de Versailles, suite à son mariage avec le futur Louis XVI. Mais le succès se fait attendre... Il survient beaucoup plus tard, lorsque des pâtissiers sollicités par l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III,  imaginent de remplacer la pâte briochée par une pâte feuilletée !

De là le café et les « viennoiseries » (spécialités de Vienne) qui accompagnent nos réveils matinaux.

Vienna gloriosa

Le conflit entre Turcs et Autrichiens va s'achever par les victoires du prince Eugène de Savoie et la paix de Karlowitz (1699). C'en sera fini des menaces ottomanes en Europe occidentale. Alors viendra l'apogée de Vienne. Ce sera l'époque de la « Vienna gloriosa ».

Publié ou mis à jour le : 2019-09-09 18:34:34

 
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