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Michel Psellos (1018 - 1080)

Le modèle du fonctionnaire byzantin


Michel Psellos est le plus grand intellectuel de l'empire byzantin, dont l'histoire s'étend sur plus d'un millénaire. Au cours d'une époque troublée, sa proximité avec plusieurs empereurs successifs lui permit d'occuper des postes élevés dans la hiérarchie politico-administrative de l'empire.

Sa vie est bien connue grâce aux œuvres nombreuses qu'il a laissées sur les sujets les plus variés, en particulier sa Chronographie qui couvre une tranche d'histoire de l'empire depuis l'avènement de Basile II en 976 jusqu'à celui de Nicéphore III «Botaniate» en 1078. Ses écrits s'achèvent là et la date exacte de son décès reste inconnue.

Michel Lebègue

Enfant prodige

Michel Psellos naît dans une famille peu fortunée et qui doit à ses dons intellectuels une carrière aussi brillante que rapide. Après avoir dû interrompre ses études pour assurer sa subsistance en occupant un poste administratif subalterne en Anatolie, il les reprend à son retour dans la capitale et devient un esprit encyclopédique. Il noue des amitiés durables avec d'autres étudiants brillants, depuis le grammairien Nicétas jusqu'aux futurs ministres Constantin Lichoudès et Jean Xiliphin qui se succèderont ensuite au poste de patriarche, en passant par les futurs empereurs Isaac 1er Comnène et Constantin X Doukas.

À l'âge de 25 ans, Michel Psellos estime maîtriser tout le savoir de son époque et subjugue son entourage par son éloquence et sa profondeur philosophique. Il se situe dans le courant néo-platonicien qui traverse l'histoire de l'empire, avec une chaîne d'auteurs dont il résume lui-même la succession : «Je me suis dirigé vers Plotin, Porphyre et Jamblique pour m'arrêter à l'admirable Proclus comme dans un vaste port. Puis je me suis élevé peu à peu jusqu'à la pure lumière de Platon». Ce courant trouvera plus tard son débouché dans la Renaissance italienne, au travers d'auteurs ultérieurs comme Gémisthe Pléthon et Bessarion.

Sa carrière décolle en 1042, lorsqu'il est appelé à la Cour en tant que secrétaire d'un tribunal impérial par son ami Constantin Lichoudès, devenu ministre de l'empereur Michel V «le Calfat». Son successeur Constantin IX Monomaque lui décerne en 1045 le titre de «Consul des philosophes» : avec son ami Jean Xiliphin, il restaure alors le prestige de l'université de Constantinople dont il fait le haut lieu de la renaissance intellectuelle de son temps.

Il occupe en parallèle divers postes de haut fonctionnaire, depuis celui de protosecrétaire qui rédige les chrysobulles de l'empereur jusqu'à celui de secrétaire d'Etat, en passant par celui de vestarque qui correspond à un grand chambellan, aux côtés de ses camarades d'études qui finiront par constituer sous Constantin IX une sorte de « gouvernement des philosophes ».

Il intervient dans la plupart des événements de son époque, pour dresser l'acte d'accusation contre le patriarche Michel Cérulaire après qu'il eût pris l'initiative de déclencher en 1054 un schisme entre catholiques et orthodoxes jamais résorbé depuis, pour négocier en 1057 le remplacement de l'empereur Michel VI «Stratiotique» par Isaac 1er, ou pour contribuer en 1071 à l'éviction de Romain IV «Diogène» après sa défaite historique de Malazgerd (ou Mantzikert), dont les effets jamais effacés ouvriront les portes de l'Asie Mineure à l'envahisseur turc. Après avoir été correctement traité par son vainqueur Alp Arslan, Romain IV sera aveuglé par son successeur Michel VII Doukas «Parapinace», qui le laissera mourir. Vae victis, dans la nouvelle Rome comme dans l'ancienne !

Comme il se doit pour un conseiller de dirigeants politiques successifs, sa carrière connaît des périodes de disgrâce et il doit même provisoirement se retirer en 1054 dans un monastère du mont Olympe, selon la tradition de l'époque. Il y gagne d'échanger son prénom de naissance Constantin contre le prénom de moine Michel, qu'il conservera et sous lequel il reste connu. La fin du règne de son ancien élève Michel VII en 1078 clôt sa carrière officielle, après quoi sa trace se perd.

À côté de la Chonographie, ouvrage d'un grand intérêt historique bien que critiqué à cause de la tendance de l'auteur à s'attribuer le beau rôle dans les luttes de palais auxquelles il fut souvent mêlé, l'œuvre écrite du véritable polygraphe qu'est Michel Psellos touche à tous les domaines : philosophie, médecine, droit, démonologie, questions théologiques («L'impeccabilité de la Vierge»), etc. Elle comprend de nombreux éloges funèbres, qui sont une mine de renseignements sur la vie et les mœurs dans l'empire byzantin de son temps.

Comme l'indique l'historien Charles Diehl dans le premier tome de ses Figures Byzantines, «on a pu sans trop d'exagération dire de Psellos qu'il fait penser à Voltaire ; et, en effet, comme Voltaire, il a touché à tout, il a écrit sur tout. Et partout, comme Voltaire, il a porté une verve caustique, un esprit endiablé et une curiosité universelle».

Théodote, mère adulée

Parmi les éloges funèbres laissés par Michel Psellos, le plus célèbre qui lui tient lieu d'autobiographie est celui qu'il consacre à sa mère Théodote. Cette femme de tête fut l'âme de sa famille et détecta rapidement les dons intellectuels de son fils, qu'elle s'employa à faire fructifier.

Elle commença par écarter les habituels contes de nourrice au profit d'anecdotes bibliques, dont elle s'attachait à dégager la signification. Puis elle s'opposa à ce que son fils soit dirigé après l'école primaire vers l'apprentissage d'un métier, auquel le faible état de fortune de sa famille l'aurait normalement destiné, et joua le rôle de répétiteur du soir pendant ses études. Psellos consacre des pages fameuses à la capacité innée de sa mère à lui éviter le rabâchage de leçons mal assimilées, pour lui inculquer les principes de l'étude approfondie du sujet traité jusqu'à sa compréhension complète, seule façon de le dominer et de l'inscrire en mémoire de façon indélébile.

Femme de principes à l'esprit profondément religieux, rétive à tout compromis, Théodote est le soutien moral de sa famille marquée par le drame du décès de la sœur aînée de Psellos. Elle décide alors d'entrer dans un monastère pour y finir ses jours et pousse son mari à faire de même, par une démarche qui nous apparaît aujourd'hui presque incompréhensible mais qui n'était pas rare à l'époque.

Son fils lui consacre un éloge funèbre dans lequel il reconnaît tout ce que l'intellectuel le plus fêté de son temps doit à «celle qui non seulement lui a donné le jour, mais qui l'a illuminé des splendeurs de la science ; qui n'a pas voulu s'en reposer sur des maîtres, mais a voulu elle-même la semer dans son coeur». Elle mourut, selon lui, en odeur de sainteté : «Dans son désir de retrancher de sa vie tout le superflu, elle supprimait même le nécessaire et son corps devenait, à ce régime, fluet, diaphane, presque aérien.»

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