Les tribulations des femmes à travers l'Histoire - Antiquité : sous la férule masculine - Herodote.net

Les tribulations des femmes à travers l'Histoire

Antiquité : sous la férule masculine

Publié ou mis à jour le : 2018-03-08 13:42:27

Comme chacun sait, « la femme est l'avenir de l'homme » (Louis Aragon) ! Mais on a tendance à oublier qu'elle possède aussi un passé. Penchons-nous donc sur le quotidien de ces filles d’Ève qui ont  participé à leur façon à la construction de nos sociétés...

« La Gitane de Zeugma », mosaïque, Ier siècle, musée archéologique de Gaziantep, Turquie.

 
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Une Préhistoire tirée par les cheveux

Que sait-on des premières représentantes de l'espèce humaine ? Pas grand chose !

« Deux Mères », Maxime Faivre, 1888, musée d'Orsay, Paris.Si Lucy, la petite Australopithèque sortie de terre en 1974 en Éthiopie, a été très vite consacrée grand-mère quelque peu poilue de l'Humanité, on se demande désormais si ces ossements ne sont pas finalement ceux d’un… grand-père.

De quoi mettre fin au mythe de l'Ève africaine qui a renvoyé nos ancêtres féminines à leur foyer et à leur rôle de mère de famille.

Les préhistoriens du XIXe siècle ont popularisé cette image des premières matrones occupées à cueillir des baies en attendant le retour de leurs mâles chasseurs qui les entraîneront par les cheveux au fond de la caverne...

Mais d'une telle distribution des rôles, nous n'avons aucune preuve, si ce n'est les représentations à caractère sexuel qui montrent l'importance de la fonction reproductive.

« Vénus de Kostenki » (Russie), 30 000-15 000 av. J.-C., musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg.Vénus de Willendorf, Dame de Brassempouy...

Retrouvées dans toute l'Europe, ces sculptures paléolithiques caractérisées par une hypertrophie peu naturelle des seins et des fesses semblent confirmer cette hypothèse d'aïeules Pierrafeu cantonnées au rôle de mères assurant la survie du groupe.

Mais pourquoi ces Ève n'auraient-elles pas pu s'adonner à une activité comme la taille des pierres, qui demande plus d'habilité que de force ? Les menottes colorées qui se sont posées sur les parois des grottes n'appartenaient-elles pas à de petites créatures ?

Rien n'empêche d'imaginer que les Michel-Ange de la Préhistoire étaient en fait des artistes en jupons !...

« Création d'Ève », Guiard des Moulins,  Bible historiale, XVe siècle, BnF, Paris.

Et Dieu créa la femme... Quelle catastrophe !

On connaît l'histoire : trouvant mauvais pour le moral de l'homme de le laisser seul, Yahvé lui subtilisa sous anesthésie générale une côte et s'en servit pour modeler la femme, « la chair de sa chair ». Mais voilà que la Tentation, sous la forme d'un serpent, fait les yeux doux à Ève qui croque la pomme de l'Arbre de la connaissance. Sacrilège !

Parce qu'elle a douté de Dieu, Ève est aussitôt expulsée du Paradis terrestre, entraînant dans sa chute son innocent compagnon. Elle paiera cette seconde de faiblesse en accouchant désormais dans la douleur.

Cette version (Genèse, 2 : 21-22) a fait oublier le premier récit de la mésaventure (Genèse, 1 : 27) dans laquelle le couple est formé en une seule fois et placé sur un pied d'égalité dès sa création : « Mâle et femelle il les créa ».

« Pandore », détail d'une céramique grecque originaire du sud de l'Italie, IVe siècle avant J.-C., musée archéologique de Catalogne, Barcelone, Espagne.On peut en tout cas y voir une forme de misogynie, comme dans le mythe de Pandore né à peu près à la même époque (VIIe siècle av. J.-C.).

Victime, comme sa sœur biblique, de la curiosité, la première femme grecque a eu la mauvaise idée d'ouvrir la jarre contenant tous les maux de l'Humanité.

Zeus, qui avait une dent contre Prométhée, époux de notre belle, a dû bien rire...

Cadeau empoisonné, la femme prend ainsi place dans l'imaginaire occidental sous l'aspect d'un être séduisant, certes, mais aussi fourbe et indigne de confiance...

Statuette de femme nue debout, représentant peut-être la grande déesse babylonienne Nanaya, fille du dieu Lune, Mésopotamie, Babylone, IIIe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap. J.-C., Paris, musée du Louvre-Lens. Matériaux : albâtre, or et rubis.

La femme du Croissant fertile, mère de l'Humanité

À l'opposé de l'image de la femme soumise, transmise par les premiers préhistoriens comme par les exégètes de la Bible, les féministes des années 70 ont ébauché une vision de nos origines dominée par la figure de la Déesse Mère, avec des fonctions sociales équitablement réparties entre les hommes et les femmes.

« Déesse nourrissant des caprins », Ougarit, Syrie, 1250 av. J.-C., musée du Louvre, Paris.Un changement semble s'amorcer au IIe millénaire av. J.-C., au cœur du Croissant fertile.

Au nord de la Mésopotamie, l'Assyrie (XIVe-VIIe siècles av. J.-C.) se bâtit  sur la base de la cellule familiale monogame et de la réclusion des femmes.  

L'homme doit-il s'absenter sur de longues périodes ? La société lui accorde alors le droit de prendre une seconde épouse, sous condition de l'installer dans un foyer différent, évitant ainsi crêpages de chignons et tracasseries de successions. Souhaite-t-il prendre sa retraite auprès de sa première femme adorée ? (...)


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