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10 septembre 2022. Il est devenu courant dans certains milieux intellectuels de réduire l’histoire de l’Europe à sa face sombre : guerres, oppression, conquêtes. L’honnêteté voudrait qu’elle soit décrite dans sa diversité, comme toute autre civilisation, dans le souci de comprendre et non de juger ou d'excuser...
Notre civilisation européenne a produit, à partir du Moyen Âge central (XIe-XIIIe siècles) et surtout des XVIIe-XIXe siècles, une combinaison exceptionnellement féconde d'institutions politiques et morales, de découvertes scientifiques et d'innovations techniques. Il s'en est suivi une croissance cumulative et durable, jusqu'à provoquer une rupture sans précédent dans les conditions matérielles de l'humanité.
A contrario, malgré Eschyle, Phidias, Thalès, Platon, Socrate, Aristote, etc., les Grecs du IIIe siècle avant notre ère ne vivaient guère mieux que leurs ancêtres d'avant Homère, cinq cents ans plus tôt. Quant aux Chinois, ils ont pu connaître sous la dynastie des Song, autour de l'An Mil, une remarquable expansion économique et urbaine. Mais pour des raisons qui restent à éclaircir, celle-ci ne déboucha pas sur le processus cumulatif et durable qui allait caractériser l'Europe moderne.
L'Europe : mille ans de progrès cumulatifs et durables
La singularité européenne tient à la coexistence, dès le Moyen Âge, de pouvoirs concurrents — monarchies, Église, villes, seigneurs, universités, corps intermédiaires — et à la mise en place de traditions juridiques qui ont progressivement limité l'arbitraire du pouvoir.
La chrétienté médiévale a ainsi vu émerger une société urbaine et industrieuse dans laquelle se sont développés des cadres autonomes inédits. Pourvue d'un grand appétit de connaissance, elle a produit d'immenses avancées tant dans le domaine matériel que dans le domaine intellectuel.
Sous la Renaissance et aux Temps modernes, par effet cumulatif, ces avancées ont débouché sur la découverte d'un Nouveau Monde (et la soumission de ses malheureux habitants) ainsi que sur des découvertes scientifiques d'une ampleur sans précédent, admirées jusqu'à la cour de Pékin.
Au XIXe siècle et au début du XXe, ces succès sont montés à la tête des élites européennes qui, tout en franchissant de nouveaux sommets en matière technique, scientifique, se sont convaincus de la supériorité intrinsèque de leur mode de vie.
Les victimes de cette arrogance furent à la fois européennes et extra-européennes. Les premières : les Irlandais (famine des années 1840), les prolétaires des usines et des mines (Germinal), etc. Les secondes furent les peuples réputés « inférieurs » selon la doxa progressiste de ces élites. C'est au point qu'à l'issue de la Première Guerre mondiale, la quasi-totalité de l'Afrique et la plus grande partie de l'Asie se trouvaient sous domination coloniale ou sous tutelle européenne.
L'Europe, de la puissance à la démocratie
Après l'effroyable crise des années 1914-1945, notre Vieux Continent apparaît aujourd'hui non seulement comme l'une des régions les plus prospères du monde mais aussi parmi les plus démocratiques et les plus ouvertes, et parmi celles où les droits des femmes et les libertés individuelles sont le mieux garantis.
Alors, certes, tout n'est pas parfait en Occident et en Europe, y compris en France. Des progrès sont heureusement encore possibles. Mais faut-il, pour poursuivre ces progrès, réduire l'histoire européenne à ses violences passées au risque d'oublier les institutions et les principes qui ont permis de les combattre ?













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