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16 août 2026. Les excès du wokisme ont suscité aux États-Unis de violentes réactions politiques. Craignons qu'elles ne débouchent en sens inverse sur d'autres excès, aux États-Unis mais aussi en France...
Au tournant de l'An 2000, en France comme en Europe, la gauche a enterré la mythique « lutte des classes » et l'a remplacée par « la convergence des luttes contre les discriminations », tout droit venues des États-Unis... Rien de nouveau sous le soleil. 130 ans plus tôt, Léon Gambetta avait de la même façon enterré la « question sociale », proclamant : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi ! ».
Ce nouveau champ de bataille, qualifié de woke (« éveillé ») est paré de revendications généreuses ainsi que le rappelait l'intellectuel Pap Ndiaye en 2021 : combat contre le racisme, dénonciation des violences sexuelles, égalité femmes-hommes, lutte contre le réchauffement climatique. Autant de causes propres à séduire une jeunesse urbaine en quête d'idéal mais dévoyées par leur enfermement dans une idéologie univoque.
Parmi les manifestations anecdotiques du wokisme, relevons l'emploi de l'écriture inclusive jusque sur les affiches de la mairie de Paris (« Les Parisien.ne.s sont fièr.e.s »). Elle est née dans quelques cerveaux malades de l'idée que la langue française avait été construite dans l'intention de nuire aux femmes et elle s'est imposée dans les milieux « éclairés » (université, administrations, publicité) au détriment de la clarté et sans qu'il ait été démontré que cela fasse avancer l'égalité entre les sexes en France et dans le monde.
Parmi les manifestations les plus contestables du wokisme, soulignons la dénonciation du « racisme systémique » de l'État français et du « patriarcat occidental » ; il s'agit de contresens absolus car il n'y a guère dans l'Histoire humaine de société moins raciste et moins patriarcale que la société française !
Mais le plus grave, sans doute, demeure l'emprise de la « théorie du genre » sur des adolescents fragiles en crise pubertaire, qui les conduit à se soumettre à des traitements hormonaux, chirurgicaux et pharmaceutiques pour le restant de leur vie sans être assurés que ces traitements pourront être indéfiniment poursuivis et financés dans le cadre de sociétés en voie d'appauvrissement. Cela dans l'illusion de changer le sexe inscrit dans leur ADN...
Effet boomerang
Par ses excès, le wokisme suscite en sens opposé des propos tout aussi excessifs : il semblerait qu'aux États-Unis, pour mieux se démarquer de leurs adversaires, certaines sommités de droite en viennent à contester par exemple la théorie de l'évolution de Charles Darwin ou, plus gravement, à réhabiliter des thèses sur les inégalités raciales. En matière géopolitique, le conflit israélo-palestinien est instrumentalisé par les deux camps. À ceux qui soutiennent le Hamas partisan de l'éradication d'Israël font face ceux qui soutiennent Benyamin Nétanyahou quoi qu'il fasse...
En France comme en Espagne ou en Belgique, le wokisme pourrait aussi nourrir le vote de la droite dure comme il a nourri aux États-Unis le vote Donald Trump et en Argentine le vote Javier Milei. C'est la crainte exprimée par le dessinateur Riss. Dans son éditorial du 2 juin 2021 (Charlie Hebdo, N° 1506), il dénonçait avec justesse cette mouvance : « Le délire fasciste de la "cancel culture" ne semble pas avoir de limite. Si on devait suivre cette logique fanatique, il faudrait aussi débaptiser la capitale américaine, puisque George Washington possédait des esclaves (...).
La génération qui s'engouffre dans la "cancel culture" est pathétique car elle démontre son impuissance à écrire sa propre histoire. Incapable de se projeter dans l'avenir, sa seule contribution consiste à se tourner vers le passé et à le démonter. Ou plutôt le déconstruire. C'est le mot à la mode depuis quelques années : "déconstruire". »
De manière prémonitoire, le dessinateur ajoutait dans le même éditorial de 2021 : « On peut se demander si la séduction qu'exerce Marine Le Pen sur les jeunes, et même sur des électeurs de gauche, ne trouve pas son explication dans un rejet de cette injonction d'adhérer systématiquement aux idées dites progressistes, sans qu'aucun débat ni aucune critique ne soient possibles. La popularité grandissante de Marine Le Pen n'est pas due uniquement aux questions d'immigration et d'insécurité. Elle est aussi probablement alimentée par le ras-le-bol d'un progressisme primaire et simpliste qui n'a rien à voir avec le progrès, mais davantage avec le sectarisme. Le paradoxe est que le parti extrémiste de Marine Le Pen va se présenter en rempart contre un autre extrémisme qui, cette fois, ne vient pas de la droite, mais d'une gauche pseudo-progressiste. Cette gauche qui veut déconstruire l'Histoire est en train d'en construire une autre qui va peut-être porter au pouvoir un parti de droite radicale. À vouloir déboulonner les statues de Colbert et de Jean Ribault, les néoprogressistes dressent un piédestal à l'extrême droite, sans même s'en rendre compte ».
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