Race et racisme en France

Les Français moins racistes que quiconque

25 mai 2025. Le sordide assassinat qui s’est produit il y a un mois dans la mosquée de la Grand-Combe (Gard) a légitimement indigné l’opinion publique. Faut-il pour autant y voir le syndrome d’une flambée du racisme ? Non, aussi loin que l’on remonte dans l’Histoire, la France et les Français apparaissent comme le peuple le moins raciste qui soit !

Le survol de l’Histoire témoigne de l’incompatibilité « systémique » (pour reprendre un terme à la mode) entre le concept de racisme défini par Albert Memmi et le processus qui a conduit à la formation de la nation française. Si racisme il y a, il tient à des relents de l’histoire coloniale et à des traditions exogènes qui dérivent de l’immigration récente...

La France n'a aucun motif de rougir de son Histoire même si celle-ci a pu être entachée de quelques horreurs (moins que toute autre région de la planète). La majorité des Français tirent fierté d'appartenir à une grande et belle nation qui a beaucoup apporté à l’humanité, ainsi que je l’ai montré dans le livre Notre Héritage, Ce que la France a apporté au monde. Cette fierté est partagée par la majorité des ultra-marins, immigrés et enfants d'immigrés.

Ne laissons donc personne insulter l’Histoire et les habitants de la France, surtout pour des motifs de basse politique. Avant de disserter sur le prétendu racisme dont notre Histoire et nous-mêmes serions coupables, appliquons-nous à définir le mot : « Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier une agression ou un privilège » (Albert Memmi, Le racisme, 1982).

De ce point de vue, soyons rassurés : les institutions et les lois de la France ne distinguent en aucune façon les citoyens selon la religion, la couleur, le sexe ou encore l’âge ; les discriminations éventuelles peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires.

En 1790, l’Assemblée nationale accorda la citoyenneté sans barguigner à tous les « libres de couleur » de ses colonies, y compris à Saint-Louis du Sénégal. La même année, outre-Atlantique, les jeunes États-Unis institutionnalisaient pour la première fois la notion de couleur en accordant la citoyenneté américaine aux seuls « hommes blancs libres ».

Avec l’intégration pleine et entière des juifs au corps social sous le règne de Napoléon Ier, on n’observe dès lors plus aucune discrimination institutionnelle fondée sur la couleur ou la religion.

Des préjugés subsistent bien évidemment dans la société à l’égard de l’altérité raciale, comme dans toutes les sociétés humaines sans exception, mais en France, ils ne sont pas plus graves qu’ils ne le sont à l’égard d’autres différences : handicap, âge, physique, etc.

Les dérives « colonistes » de la gauche républicaine

Au XIXe siècle, le métis Alexandre Dumas a pu devenir l’un des auteurs les plus populaires de notre littérature sans pâtir de sa couleur de peau, alors que, selon leurs propres témoignages, Jules Renard, l’auteur de Poil de carotte (1894) et Alphonse Daudet, l’auteur du Petit Chose (1868), ont beaucoup souffert de l’aspect physique pour le premier, de la condition sociale pour le second...

Reste la question coloniale : les dirigeants de la IIIe République, au nom des valeurs révolutionnaires, ont tourné le dos au projet de Napoléon III de transformer l'Algérie en un « royaume arabe » et réduit les musulmans algériens au statut d'indigène. Ils ont aussi entrepris la colonisation de l'Afrique noire.

Mais ces dérives inspirées par une vision dévoyée de la « civilisation » n'ont pas pour autant diffusé le racisme dans la population métropolitaine. C'est ainsi qu'au « temps des colonies », la France est aussi devenue le havre de tous les réprouvés de la Terre, des Arméniens aux intellectuels et artistes afro-américains.

Dans son essai Equal in Paris (1955), James Baldwin raconte comment, arrêté à Paris pour avoir reçu des draps volés, les autorités ne le traitent pas comme un « nègre méprisé » mais simplement comme un Américain, au même titre que son compagnon blanc.

Une méritocratie sans barrière de race

Au début du XXe siècle, tandis que le Ku-Klux-Klan et les « lois Jim Crow » imposaient la ségrégation outre-Atlantique, la République française se montrait une nouvelle fois pionnière en matière de non-différentiation raciale.

Inauguration de la Grande Mosquée de Paris le 15 juillet 1926Premier noir à siéger à la Chambre des députés, Blaise Diagne, natif de Gorée, était élu en 1914 député du Sénégal. Par la loi du 29 octobre 1916, il obtint la citoyenneté française pour les habitants des « quatre communes » de Saint-Louis, Rufisque, Gorée et Dakar avec les droits... et les devoirs qui s'y rattachaient, dont le service militaire dans les tranchées ! Il devint aussi le premier ministre français d'origine africaine en entrant comme sous-secrétaire d'État aux Colonies dans le cabinet de Pierre Laval en 1931.

Notons que la même année, son fils Raoul Diagne fut le premier footballeur « de couleur » à intégrer l’équipe nationale… Nos cousins anglais attendirent pour leur part 1978 pour intégrer un joueur noir dans leur équipe nationale !

Plus près de nous, l’universitaire Pap Ndiaye, métis franco-camerounais devenu normalien avant de finir comme ministre de l’Éducation nationale, a confié qu’il n’avait jamais souffert du racisme en France… mais c’était avant qu’il rejoigne une université américaine et soit contaminé par les haines de ce pays.

Semeurs de haine

Il n’empêche que depuis un demi-siècle, nous sommes sevrés de rumeurs selon lesquelles la France et les Français seraient sujets à un racisme structurel !

Un film donne le ton dès 1975, sur les cendres mal éteintes de la guerre d’Algérie. Dupont Lajoie, c’est l’histoire fictive d’un Français très ordinaire qui, dans un camping, viole et tue une jeune fille et laisse accuser du crime des ouvriers algériens. L’un de ceux-ci est tué au cours d’une « ratonnade ». Le réalisateur Yves Boisset instille ainsi, avec le talent qui est le sien, la caricature du « beauf » raciste et franchouillard.

Dix ans plus tard, en 1985, Roger Hanin réalise un autre film sur la même thématique. Train d’enfer, c’est l’histoire de trois jeunes Français qui, dans un train, défenestrent un Algérien. Le film s’inspire cette fois d’un fait réel mais en le déformant quelque peu : la nuit du 14 novembre 1983, dans le train Bordeaux-Vintimille, trois jeunes candidats à l'engagement dans la Légion étrangère, fortement imbibés d'alcool, s'en prennent sans motif autre que raciste à un jeune Algérien. Ils le rouent de coups et le défenestrent. Ils seront arrêtés et condamnés à de très lourdes peines.

Le drame est survenu pendant la « Marche des Beurs » par laquelle les enfants d’immigrés réclamaient d’être mieux intégrés à la société française.

Là-dessus, la profanation du cimetière juif de Carpentras, le 8 mai 1990, a jeté des millions de Français dans la rue à l'appel du gouvernement lui-même, pour dénoncer un hypothétique méfait de l'extrême-droite représentée par le Front National de Jean-Marie Le Pen... Il fallut attendre 1996 pour apprendre que la profanation était le fait d'une poignée de Skinheads locaux (note).

Le crime de la mosquée de la Grand-Combe, le 25 avril 2025, a suscité une mobilisation instantanée similaire au prétexte de la lutte contre l’« islamophobie », bien que le meurtrier, un jeune Rom bosniaque à moitié musulman, fut lui-même très éloigné de Dupont Lajoie.

Le débat interdit

À l’opposé de ces drames sans rapport avec une hypothétique France raciste, soulignons la résilience exemplaire des citoyens face aux violences exogènes. Les attentats terroristes de Charlie Hebdo comme du Bataclan, en 2015, n’ont suscité aucune violence en retour, contrairement à ce que l’on a pu voir dans d’autres pays comme la Grande-Bretagne. Seulement des « marches blanches » et des manifestations « contre la haine ».

C’est une chose de mépriser ou rejeter des personnes en raison de leur origine, de leur religion, de leur couleur de peau ou de tout autre chose. C’en est une autre de débattre d’une politique migratoire dont le Premier ministre socialiste Michel Rocard craignait en 1989 qu’elle vise à « accueillir toute la misère du monde » (note).

La première attitude, qui s’apparente au racisme, demeure parfaitement étrangère à la plupart des Français, comme le démontre leur pratique au quotidien du multiracialisme (voisinage, travail, unions…) dans les villes et les villages, du moins là où ils restent majoritaires.

Il n’empêche que ces mêmes Français – y compris ceux d’immigration récente – se montrent circonspects sur la politique migratoire et souhaitent au moins en débattre librement et en décider de façon démocratique. Faut-il s’étonner que, faute d’y parvenir, un nombre croissant d’entre eux renoncent tout bonnement à voter ou se tournent vers un vote protestataire ?

Publié ou mis à jour le : 2025-07-19 15:29:53

Voir les 16 commentaires sur cet article

castel (29-05-2025 17:24:05)

Bravo à M. Larané pour cet exercice difficile et réussi. Certains commentaires laissent pantois. M. Arnaud non seulement n'a pas lu l'article mais ne s'est pas informé sur l'affaire Cissé. D'autr... Lire la suite

JYM (27-05-2025 23:34:25)

Chaque fois que je lis esclavage, traite noire, j'aimerais qu'il y ait enfin un article sur les "engagés" sur le fait qu'ils n'avaient aucun statut et ont connu un état encore pire que les noires. A... Lire la suite

PAB (26-05-2025 21:21:28)

Une salutaire clarification, alors que les insultes de pseudo-humoristes contre les "gwers" se multiplient en toute impunité sans qu'un procureur ne se saisisse ou que les grands médias ne s'offusqu... Lire la suite

Respectez l'orthographe et la bienséance. Les commentaires sont affichés après validation mais n'engagent que leurs auteurs.

Actualités de l'Histoire

Histoire & multimédia

Nos livres d'Histoire

Récits et synthèses

Jouer et apprendre

Frise des personnages