La guerre franco-prussienne (1870-1871)

Introduction : la guerre en bref

La guerre qui oppose la France au royaume de Prusse et à ses alliés allemands va mettre face à face près de trois millions d'hommes. Bien que brève, elle aura des conséquences dramatiques pour les deux nations et l'ensemble de l'Europe.

L'armée allemande met en oeuvre pour la première fois une artillerie moderne. La France est immédiatement envahie et plusieurs de ses villes sont bombardées. Les soldats allemands subissent en retour des attaques de francs-tireurs et répliquent par des exécutions sommaires...

De l'humiliation ressentie par les Français et de l'arrogance nouvelle de l'Allemagne vont surgir les deux grands conflits mondiaux du XXe siècle. La France et l'Allemagne, qui éprouvaient jusque-là de la sympathie et même de l'attirance l'une pour l'autre, vont désormais se percevoir de façon très exagérée comme des « ennemis héréditaires ».

André Larané
Alphonse de Neuville et Les dernières cartouches

Le peintre Alphonse de Neuville (1835-1885) est à l'origine d'une exceptionnelle série de toiles qui illustrent les affres de la guerre, à l'image des Dernières cartouches ci-dessous.

Les dernières cartouches, défense de l'Auberge Bourgerie à Bazeilles par le Division bleue, le 1er septembre 1870 (1873, Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville, musée de la dernière cartouche, Bazeilles)

Cette toile est devenue la représentation la plus expressive de l'« année terrible » (1870-1871). Le roman national l'inscrit dans la longue liste de combats héroïques et désespérés (Alésia, Azincourt, Waterloo, Camerone...) par lesquels les Français et leurs ancêtres ont manifesté jusque dans le sacrifice suprême leur foi en la nation.

Les dernières cartouches montre la défense de l'Auberge Bourgerie à Bazeilles, le 1er septembre 1870. Présentée au Salon de 1873, elle est aujourdhui déposée sur le lieu même du combat, dans la Maison de la Dernière Cartouche, à Bazeilles, près de Sedan (Ardennes). Pendant 24 heures, les marsouins (fantassins) et les bigors (artilleurs), réunis au sein de la Division bleue, réussirent à faire battre en retraite des assaillants bavarois. Mais le 1er septembre 1870, l’armée prussienne revint en nombre. En infériorité numérique et en manque de munitions, les soldats français résistèrent tant bien que mal et les quarante derniers se retranchèrent avec le commandant Lambert dans une auberge en feu. La dernière munition fut tirée par le capitaine Aubert.

Manipulation diplomatique et politicienne

Le drame confronte deux personnalités contraires : le chancelier allemand Otto von Bismarck, géant qui s'est voué tout entier à la gloire de la Prusse, et l'empereur Napoléon III, autocrate pétri de bons sentiments et que révulse la vue d'un champ de bataille. Quand survient le drame, l'empereur est gravement affaibli par la maladie de la pierre (calculs). Il souffre le martyre et ne peut plus monter à cheval...

Le maréchal Adolphe Niel, ministre de la Guerre en 1867 (4 octobre 1802, Muret, Haute-Garonne ; 13 août 1869, Paris)Bismarck, dès son arrivée aux affaires, a compris qu'il ne pourrait agrandir la Prusse qu'à la condition de neutraliser l'Autriche et la France. Il va avoir soin de les attaquer l'une après l'autre. L'Autriche lui laisse les mains libres après avoir été défaite à Sadowa en 1866. Il peut ainsi constituer une Confédération de l'Allemagne du Nord, avec 21 états sous la mainmise écrasante de la Prusse. Mais le chancelier aspire à achever l'unité allemande en rassemblant le nord et le sud dans une guerre contre la France.

Celle-ci a l'apparence d'une grande nation mais son armée est usée par les équipées coloniales et guère en état de soutenir une guerre moderne. Elle est d'autre part plutôt mal considérée et les enfants de la bourgeoisie qui tirent le mauvais numéro ne se font pas faute de payer un remplaçant pour se battre à leur place. 

Napoléon III lui-même en est conscient. Il entreprend une grande réforme en 1868 avec son ministre de la Guerre, le maréchal Adolphe Niel. Le ministre institue la garde mobile et dote les fantassins d'un nouveau fusil, le Chassepot. Mais il meurt de la maladie de la pierre sans avoir eu le temps de mener à bien sa réforme. 

Le 8 mai 1870, un référendum offre au régime impérial, dans sa nouvelle version libérale, un éclatant satisfecit populaire. Bismarck y voit un motif de précipiter les choses : il lui faut défaire la France avant qu'elle ne se soit trop renforcée. Il saisit le prétexte d'une « succession d'Espagne » pour amener la France à déclarer la guerre à la Prusse et convaincre les États d'Allemagne du sud de s'unir à celle-ci contre l'ennemi commun.

Le roi de Prusse Guillaume Ier à Ems le 13 juillet 1870 (Berlin, 22 mars 1797 ; 9 mars 1888)Il y arrive par le caviardage de la dépêche d'Ems, qui déchaîne les passions.

Dans ce 1er acte qui va aboutir en six semaines à la défaite des armées impériales, on est frappé par la prépondérance de l'aléa humain. La maladie est cause de ce que l'empereur cède le 13 juillet au soir à son ministre belliciste et au clan des va-t'en-guerre (les « mamelucks ») alors que chacun croit la menace de guerre écartée et que Bismarck, déconfit, se dispose à démissionner !

L'empereur déclare donc la guerre le 19 juillet 1870. La France mobilise 265 000 hommes, sur un front de 250 kilomètres, de Thionville à Bâle.

De leur côté, la Prusse et ses alliés d'Allemagne du Sud en alignent immédiatement près de 600 000 grâce à une organisation bien rodée et à un réseau ferroviaire très dense. Ce sont trois armées placées sous le commandement du comte Helmuth von Moltke, remarquable stratège et chef du grand état-major.

Les champs de bataille de 1870-1871 (Malet-Isaac, 1961)

Canon Krupp avec chargement par la culasse pendant la guerre de 1870-1871

Six semaines de guerre

Le comte feld-maréchal Helmuth von Moltke (26 octobre 1800 ; 24 avril 1891) (Loescher & Petsch, photographe, BN, Paris)Dès le 6 août, une armée française est battue à Forbach et perd la Lorraine. Le même jour, le maréchal de Mac-Mahon est battu à Froeschwiller-Woerth et perd l'Alsace en dépit de la charge héroïque des cuirassiers à Reichshoffen. Le maréchal Bazaine, nouveau commandant en chef, se laisse enfermer dans Metz.

L'empereur, affaibli par la maladie, rejoint le maréchal de Mac-Mahon au camp retranché de Châlons-sur-Marne et tente de secourir Bazaine. Mais l'armée et Napoléon III lui-même doivent finalement rendre les armes à Sedan le 2 septembre 1870. 

Faute en est au haut commandement en général, qui s'est montré indécis et défaillant tout au long des six semaines. Les soldats eux-mêmes n'ont pas failli, d'autant que leur fusil Chassepot était plus précis, plus rapide et de plus longue portée que le fusil allemand. Leurs canons en bronze se chargeant par la bouche étaient toutefois désuets en comparaison des nouveaux canons Krupp en acier, avec chargement par la culasse... 

À Lyon et Paris, le 4 septembre, à l'annonce du désastre, les opposants proclament la République. Le Gouvernement de la Défense Nationale, qui s'est saisi du pouvoir, décide de relancer la guerre quand il comprend, à l'issue de l'entrevue secrète de Ferrières, que les Allemands projettent d'annexer l'Alsace et une partie de la Lorraine. Il tente de ranimer l'esprit de la Grande Révolution. 

Léon Gambetta organise à Tours une armée de la Loire en vue de mener une « guerre à outrance ». Il réussit à lever et équiper plus de 600 000 volontaires. Sa folle entreprise suscite le ralliement de Garibaldi et même des « zouaves pontificaux ». Des jeunes gens constituent aussi des unités de francs-tireurs et s'en prennent aux arrières des troupes allemandes. En cas de capture, ces combattants sans uniforme sont immédiatement fusillés...

Mais les efforts de Gambetta sont annihilés par le manque d'officiers et par la capitulation de Bazaine, plus soucieux de « défendre l'ordre social contre les mauvaises passions » que la patrie en danger. Les masses rurales elles-mêmes ne montrent aucun intérêt pour cette guerre absurde.

De leur côté, affamés par un siège impitoyable de cinq mois, durant l'hiver 1870-1871, les Parisiens tentent dans un effort désespéré et suicidaire une « sortie torrentielle » à Buzenval, le 20 janvier 1871. C'est la fin d'une guerre qui aura pour l'essentiel duré six semaines, de la dépêche d'Ems à la capitulation de Sedan. Relativement meurtrière pour l'époque, elle aura causé environ cent mille morts dans chaque camp.

Quartier général de troupes allemandes au château de Brunoy, octobre 1870 (Anton von Werner, 1894, Alte Nationalgalerie, Berlin)

D'humiliation en humiliation

Le 18 janvier 1871, le gratin de toute l'Allemagne proclame l'Empire dans la Galerie des Glaces de Versailles. Dix jours plus tard, le 28 janvier, l'armistice est signé par Jules Favre pour quatre semaines, le temps d'élire une nouvelle assemblée. Bismarck tient en effet à ce que le futur traité de paix soit avalisé par un gouvernement légitime.

Batterie allemande face à la citadelle de BelfortDans un ultime acte d'héroïsme, le colonel Denfert-Rochereau, gouverneur de Belfort, rend les armes après 103 jours de siège sur un ordre exprès d'Adolphe Thiers.

Le 1er mars 1871, les vainqueurs défilent dans une capitale endeuillée et silencieuse. Saturés d'humiliation, abandonnés par le nouveau gouvernement, des Parisiens proclament une Commune insurrectionnelle. La répression, sous les yeux des assiégeants allemands, va causer plusieurs milliers de morts. Jules Favre et Adolphe Thiers concluent enfin avec Bismarck le traité de paix de Francfort.

Ainsi prend fin une période qualifiée avec justesse par Victor Hugo d'« Année terrible ». C'est le titre d'un recueil de poèmes paru en 1872, sans doute pas le meilleur qu'ait publié le poète. S'il n'y avait qu'un poème à retenir de cette époque, c'est bien entendu Le Dormeur du Val, un sonnet écrit par Arthur Rimbaud en octobre 1870. Le poète a alors 16 ans.
« C'est un trou de verdure où chante une rivière... »


Publié ou mis à jour le : 2020-09-18 15:38:35

 
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