Fête de la Victoire de 1945

Le 8 mai doit-il être férié et chômé ?

8 mai 2025. Ce 80e anniversaire de la capitulation du IIIe Reich s'est célébré en Occident dans une assourdissante discrétion, du fait de la mise à l'écart de Moscou, guerre oblige. Ainsi le président Macron a-t-il remonté les Champs-Élysées et rallumé la flamme du Soldat inconnu en l'absence quasi-totale de spectateurs et de badauds ! À la même heure, sur la place Saint-Pierre de Rome, une foule immense saluait l'élection du pape Léon XIV...
La commémoration de la fin des combats en Europe, en mai 1945, est célébrée de différentes façons dans les pays concernés. Mais la France est le seul avec la Russie qui ait fait de cet anniversaire un jour férié chômé ! Cette quasi-exception française mérite examen, d'autant qu'elle va à l'encontre des vœux du général de Gaulle, héros de la Libération...

Le 7 mai 1945, une semaine après le suicide de Hitler et la prise de Berlin par les Soviétiques, les militaires allemands ont capitulé sans condition, à Reims, devant leurs homologues anglais et américains. La cérémonie a été rééditée le lendemain à Berlin, avec en plus la participation des Soviétiques et des Français.

C'est un immense soulagement dans toute l'Europe et tout particulièrement en Union soviétique. Cette dernière a de très loin en effet payé le plus lourd tribut à la lutte contre le nazisme avec plus de vingt millions de morts (cinquante à cent fois plus que le Royaume-Uni ou les États-Unis).

La fin des combats en Europe ayant été enregistrée à Moscou le 9 mai 1945 en raison du décalage horaire, les Soviétiques puis les Russes font aussitôt du 9 mai un jour férié et chômé. Année après année, ils vont avoir à coeur de commémorer avec faste le Jour de la Victoire et la Grande Guerre patriotique : parade militaire géante à Moscou, sur la Place Rouge, feux d'artifice dans toutes les villes du pays et, depuis les années 2000, défilé du « Régiment immortel » : derrière les militaires, c'est un défilé informel de gens qui brandissent la photo d'un proche mort au champ d'honneur. 

Dans le reste du monde, le spectacle est différent. En mai 1945, l'Allemagne et une grande partie du Vieux Continent sont en ruines. En Europe centrale, l'occupation soviétique se substitue à l'occupation nazie, sans atteindre toutefois le même degré de violence.

Surtout, la guerre se poursuit dans le Pacifique entre les États-Unis et le Japon. Trois mois après l'effondrement du IIIe Reich, un nouveau seuil dans la terreur va être franchi avec les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki. Et c'est seulement le 2 septembre 1945 que la Seconde Guerre mondiale prendra fin pour de bon avec la capitulation sans condition des militaires japonais.

Il s'ensuit que les Britanniques et les Américains commémorent tous les 8 mai le VE Day (Victory in Europe Day, « Jour de la Victoire en Europe ») par des cérémonies militaires. Ils n'en font pas pour autant un jour férié et chômé.

Même chose en Europe centrale (Pologne, République tchèque, Serbie...). Israël, dont les ressortissants ont eu à souffrir plus que quiconque de la barbarie nazie, célèbre aussi ce Jour de la Victoire par des défilés. L'Allemagne organise ce jour-là des cérémonies pour commémorer non pas une défaite mais un Jour de Libération (Tag der Befreiung).

Notons que ces pays ne commémorent pas davantage l'armistice du 11 novembre 1918 qui a mis fin à la première guerre avec l'Allemagne. Seuls trois pays ont fait de cet anniversaire un jour férié et chômé : la Belgique, la Serbie et bien sûr la France. Pour cette dernière, qui a encaissé les plus grands sacrifices dans la Première Guerre mondiale, l'Armistice a la même portée symbolique que le 9 mai 1945 pour les Russes...

Une du journal Libération le 8 mai 1945

La capitulation du IIIe Reich vue de Paris

En France, dès l'annonce officielle de l'arrêt des combats, le 8 mai 1945, le gouvernement provisoire de la République présidé par le général de Gaulle a fait des 8 et 9 mai 1945 deux jours fériés. Les Français ont pu ainsi quitter leur poste de travail et participer à la liesse.

Les Parisiens sur les Champs-Élysées le 8 mai 1945Les cloches de Notre-Dame de Paris ne manquent pas de sonner comme à toutes les grandes heures nationales et une manifestation patriotique a lieu sous l’Arc de Triomphe devant la tombe du Soldat Inconnu dont le général de Gaulle ranime la flamme.

Dans les rues, des hauts parleurs diffusent les hymnes des nations alliées et sitôt après sifflent les sirènes mais cette fois pour la bonne cause.

Dans le journal Libération, nous relevons cette pépite : « L'appel sinistre des sirènes n'amena sur les lèvres que des sourires et une gosse pas plus haute que trois pommes s'écria : « Tu vois, maman, autrefois j'avais peur et je pleurais. Aujourd'hui, je suis contente et je ris. Ce que c'est quand même que de vieillir ! » (se non è vero è ben trovato).

À la radio, le général de Gaulle ne manque pas de rappeler la participation de la France à l'acte de capitulation signé à Berlin ce même jour : « La guerre est gagnée ! Voici la Victoire ! C’est la Victoire des Nations Unies et c’est laVictoire de la France !
L’ennemi allemand vient de capituler devant les armées alliées de l’Ouest et de l’Est. Le Commandement français était présent et partie à l’acte de capitulation. Dans l’état de désorganisation où se trouvent les pouvoirs publics et le commandement militaire allemands, il est possible que certains groupes ennemis veuillent, ça et là, prolonger pour leur propre compte une résistance sans issue. Mais l’Allemagne est abattue et elle a signé son désastre !... »

De Gaulle fait dans cette allocution discrètement allusion au fait que les combats se poursuivent sur le sol national, dans les « poches de l'Atlantique ».

Début 1945, toute la France était en effet libérée à l’exception notable des bases sous-marines de la côte Atlantique, transformées dès les débuts de l’Occupation en véritables forteresses (Festung) avec bunkers, défense anti-aérienne et près de cent mille soldats.

Sous le commandement du général de Larminat, une armée française, les Forces Françaises de l’Ouest (FFO), a entrepris de réduire ces « poches de l’Atlantique », avec le concours des bombardiers américains. Royan, à la pointe de la Grave, sur l’estuaire de la Gironde, se rend en avril 1945.

La Rochelle, Lorient, Saint-Nazaire et Dunkerque ne se rendent quant à elles que dans les jours qui suivent l’annonce de la capitulation ! Toutes ces villes sont rasées tant du fait des bombardements aériens que des destructions opérées par les Allemands eux-mêmes.

La ville de Royan en avril-mai 1945

Plus gravement, le général de Gaulle et tous les Français ne se soucient guère en ce jour de fête qu'à Sétif, de l'autre côté de la Méditerranée, une manifestation de musulmans algériens a dégénéré en affrontements meurtriers et fait l'objet d'une impitoyable répression par l'armée française. Cette page sombre de la colonisation, occultée par la gauche socialo-communiste autant que par les chrétiens-démocrates et les gaullistes, va bien plus tard entâcher le souvenir du 8-Mai.

Une commémoration très politique

L'année suivante, une loi fait très officiellement du 8 mai un jour férié. Puis, en 1953, alors que l'armée française s'embourbe en Indochine, le gouvernement fait passer une nouvelle loi qui érige le 8 mai en jour férié chômé à l'égal du 1er mai (dico).

À l'avènement de la Ve République, le général de Gaulle, auréolé de gloire, fait le pari de réconcilier la France et l'Allemagne. Par souci d'apaisement, il dédaigne dès 1959 de commémorer l'anniversaire de la Capitulation et préfère s'en tenir à un hommage aux combattants des deux guerres le 11 novembre. Il ne change pas la loi pour autant.

C'est seulement quinze ans plus tard que le président Valéry Giscard d'Estaing supprime le jour férié du 8 mai par le décret du 11 janvier 1975. La commémoration de la Victoire est maintenue mais reportée au deuxième dimanche de mai pour ne pas entraver l'activité du pays.

Comme son illustre prédécesseur, le président est mû par le désir de parfaire la réconciliation franco-allemande... Comme bien d'autres Français, il considère que la nation n'a pas besoin d'un deuxième jour férié en sus du 11 novembre pour rappeler deux générations de guerres avec « nos amis allemands »

Mais ce choix émeut les anciens combattants, encore très nombreux. Leurs associations crient au scandale et leurs protestations sont relayées avec gourmandise par l'opposition, conduite par François Mitterrand.

En 1981, lorsque celui-ci accède à la présidence, il s'empresse de prendre le contrepied de son prédécesseur. Par la loi du 23 septembre 1981, il rétablit officiellement le 8 mai comme jour férié et chômé sans rencontrer d'objections chez ses concitoyens (faut-il s'en étonner ? un jour de congé supplémentaire, ça ne se refuse pas).

Près d'un demi-siècle après, le moment n'est-il pas venu de réviser le statut du 8 mai ? Plusieurs raisons plaident en ce sens : le gouvernement cherche désespérément à relancer l'activité ; le président milite tant et plus pour le renforcement du « couple franco-allemand » ; on n'ose plus commémorer au niveau international la Capitulation pour cause de quasi-guerre avec les héritiers russes de l'URSS ; la gauche « décoloniale » réactive le souvenir de la répression de Sétif...

Avec le retour à une stricte commémoration du 8 mai, comme chez les Anglo-Saxons, les anciens combattants ne seraient pas pour autant oubliés. La commémoration de l'Armistice (11 novembre) et les monuments au morts rappellent on ne peut mieux leur sacrifice à toutes les générations.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2025-05-13 11:34:34

Voir les 4 commentaires sur cet article

Christian (13-05-2025 16:50:43)

Sauf erreur de ma part, si la loi de 1953 faisait officiellement du 8 mai un jour férié, elle n'en faisait pas pour autant un jour obligatoirement chômé. A ma connaissance, seul le 1er mai a toujo... Lire la suite

Pjp (09-05-2025 18:05:10)

Il n'est besoin d'un jour férié pour rappeler et honorer les sacrifices de nos ainés. Mieux informer en donnant davantage de place à l'Histoire dans l'éducation et les programmes TV serait tout a... Lire la suite

Michel J. (08-05-2025 16:49:46)

Une simple question en ce 8 mai 2025 : Alors qu’il ne reste plus aucun poilu de 14-18 combien reste t-il d’anciens combattants de 39-45 ?

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