État artificiel comme tous les États africains issus de la période coloniale, le Cameroun est un vaste pays modérément peuplé, entre le Nigéria anglophone et l'Afrique équatoriale francophone. Il s'étire des mangroves du golfe de Guinée au lac Tchad suivant une longue chaîne de montagnes et de volcans. Il s'offre deux langues officielles héritées des colonisateurs, le français et l'anglais, mais aussi plus de 200 langues vernaculaires, un nombre sans guère d'équivalent sur le continent.
Par sa situation géographique, sa diversité géographique et humaine, la réputation de ses artistes anciens et présents, le Cameroun est une Afrique en réduction et un État-clé de la stabilité du continent. Il s'est acquis au fil des décennies une solide identité nationale.
Depuis son indépendance en 1960, le pays a la particularité de n’avoir été dirigé que par deux présidents, Ahmadou Ahidjo et Paul Biya. Ce dernier, au pouvoir depuis 1982, s'est fait élire une nouvelle fois à la présidence le 26 octobre 2025 en dépit de son âge et de son état de santé. Ce mandat de trop (le huitième !) risque de réveiller les nombreuses fractures sociales, ethniques, religieuses et linguistiques du pays...
D'une superficie de 475 650 km2, légèrement inférieure à celle de la France, le Cameroun donne à voir au sud la forêt tropicale, avec ses plantations industrielles (caféiers, cacaoyers, hévéas...), au nord la savane. Des pâturages occupent les régions montagneuses et volcaniques.
Le mont Cameroun, point culminant de l’Afrique du l’Ouest (4040 mètres), est un volcan toujours actif et certains lacs de cratère peuvent occasionner des tragédies comme en 1986, par leurs émanations de gaz toxiques.
Le pays n'est encore peuplé que de 25 millions d'habitants (2017) mais sa population devrait plus que doubler d'ici 2050. Les deux villes principales sont le port de Douala (2 millions d'habitants), au fond de l'estuaire du Wouri, et la capitale Yaoundé (1,7 millions d'habitants), au centre du pays.
Les plus anciens habitants du pays, les chasseurs-cueilleurs Pygmées, ont été refoulés dans les forêts par l'avancée des agriculteurs de langue bantoue (dico) à partir du 1er millénaire avant notre ère. De langue apparentée au bantou, les Bamilékés et les Bamums du sud-ouest constituent 20% de la population. Le nord est dominé par les Peuls ou Foulbés (10%). Dans les montagnes du Mandara se rencontrent les Kirdi ou « Païens », en partie animistes. La zone forestière du sud est occupée par les Fang (20%), les Beti, Bassa, Douala etc.
80% des habitants ont le français pour langue officielle et les autres, sur la frontière avec le Nigeria, l'anglais. Les catholiques représentent 39% de la population, les protestants 26%, les musulmans 21%, les animistes 6% et les chrétiens évangélistes 4%. Pays pauvre, le Cameroun a des indicateurs démographiques, économiques et sociaux dans l'exacte moyenne de l'Afrique subsaharienne. Sa monnaie est le franc CFA qu'il partage avec cinq autres pays d'Afrique équatoriale.
Velléités allemandes
Au tournant du premier millénaire de notre ère émerge au nord du Cameroun actuel un royaume fondé sur le commerce transsaharien, le Kanem. Islamisé au XIe siècle, il atteint son apogée au XVIe siècle, avant de décliner face à la concurrence des royaumes côtiers.
En 1472, le navigateur portugais Fernando Póo découvre l'estuaire du Wouri. Comme le fleuve abonde en crevettes, les marins le baptisent Rio dos Camarões (« Rivière des crevettes »). Ce nom sera ensuite anglicisé par les marins britanniques en Cameroon.
La région est alors peuplée par les Douala. Spécialisés dans le commerce de l'ivoire mais aussi la capture et la vente d’esclaves, ils interdisent aux Européens de s’aventurer à l’intérieur du pays afin de conserver leur fructueux monopole.
En 1845, profitant de l'affaiblissement des royaumes côtiers après l'abolition de la traite négrière, des missionnaires baptistes britanniques s'établissent sur la côte et entament l'évangélisation de la population. Mais la couronne britannique ne s'intéresse guère alors à l'Afrique. Elle laisse le champ libre aux Allemands, en quête de terres libres où ils pourraient exercer leurs talents.
En 1860, le botaniste allemand Gustav Mann gravit le mont Cameroun. En 1868, le commerçant hambourgeois Woermann installe un comptoir dans l'estuaire du Wouri pour développer le commerce des huiles. En 1874, il demande en vain au ministre allemand des Affaires étrangères la nomination d'un consul sur place. Peine perdue.
En juillet 1884, enfin, l'explorateur Gustav Nachtigal, missionné par le chancelier Bismarck, atteint l'estuaire du Wouri à bord de la canonnière Möwe. Il signe un traité avec le roi de Bell et prend officiellement possession de la région de Douala, noyau constitutif du futur Cameroun.
Les Allemands ambitionnent de faire de leur colonie la plaque tournante de tout le commerce d’Afrique centrale. Non sans difficultés, ils atteignent le lac Tchad en 1902 et entament la construction d’un réseau de voies ferrées. Par la convention du 4 novembre 1911 qui suit le « coup d'Agadir », ils agrandissent aussi leur colonie aux dépens de l'Afrique équatoriale française ; en échange, ils laissent à la France les mains libres au Maroc.
Mais la Grande Guerre ruine leurs espoirs, là comme ailleurs. En 1916, la colonie est conquise par les forces franco-britanniques.
C’est une « prise de guerre » du traité de Versailles de 1919, tout comme le Togo, autre colonie allemande. La SDN (Société des Nations) le prit sous sa tutelle et confia en 1922 à la France le soin d’administrer ce territoire dans le respect des habitants et de leurs droits. L’Angleterre se vit quant à elle vue confier la bande occidentale du Cameroun ex-allemand, mitoyenne de sa colonie du Nigeria. À la chute du nazisme, l’ONU, qui s’était substituée à la SDN, renouvela le double mandat sur le Cameroun en donnant aux puissances mandataires mission de conduire le pays à l'indépendance.
D'une rébellion à l'autre
Sous mandat français, le Cameroun se développe modérément. À l'orée de la Seconde Guerre mondiale, il fait figure de territoire relativement prospère, avec ses exportations de cacao, arachides, produits palmistes, bananes, caoutchouc, café et bois. Dans les années 1940, il compte environ 3000 civils européens (fonctionnaires et colons) ainsi que 200 à 600 militaires, pour une population totale de 2,4 millions d'habitants environ.
En 1946, malgré son statut de pays sous tutelle de l'ONU, la partie française devient un « territoire associé » de l'Union française, à l'égal des autres colonies. Si le travail forcé a été théoriquement supprimé au Cameroun comme dans les autres colonies françaises, la réalité est toute autre sur le terrain. Dans les grandes plantations telles que la Société Africaine Forestière Agricole (Safa), perdurent les méthodes de recrutements forcés avec la complicité passive de l’administration (Manga Mado Henri-Richard, Complaintes d’un forçat, Yaoundé, Clé, 1970).
Deux ans plus tard, le 10 avril 1948, est fondée à Douala l’Union des populations du Cameroun (UPC). Ce mouvement radical dirigé par Ruben Um Nyobé soutenu par le parti communiste, réclame non seulement l’indépendance mais aussi la réunification des deux parties du Cameroun.
La situation sociale se tend en 1955. Le pays compte alors près de 3,2 millions d'habitants dont à peine 16.500 Européens (colons, fonctionnaires, militaires). Sur fond de guerre froide et d'anticommunisme, les forces de l'ordre traquent et arrêtent les leaders upécistes. Certains se réfugient dans le Cameroun britannique ; Ruben Um Nyobé se réfugie quant à lui dans le pays bassa, d'où il est originaire.
Le 13 juillet 1955, le Haut-Commissaire Roland Pré interdit purement et simplement l'UPC et quelques autres partis nationalistes. L'année suivante, en avril 1956, il est remplacé par Pierre Messmer, un combattant de la France Libre devenu administrateur colonial. Il va s'appliquer à transformer le Cameroun en un État autonome et le conduire à l'indépendance pour se conformer au mandat onusien.
En décembre 1956, pour la première fois, une Assemblée territoriale est ainsi élue au suffrage universel et avec un collège unique. Et le 15 avril 1957, Pierre Messmer nomme à la tête du gouvernement, comme Premier ministre, le député André-Marie M'Bida, directeur d'école et fils d'un chef traditionnel. En 1958, le Premier ministre M'Bida est remplacé à la tête du gouvernement par son ami (ou ex-ami) Ahmadou Ahidjo. La décolonisation du Cameroun peut en définitive se dérouler dans un calme relatif malgré une violente jacquerie dans les plateaux volcaniques du pays Bamiléké, qui conduira l'armée française à intervenir en attendant que l'armée du jeune État camerounais soit en état de le faire.
Une indépendance compliquée
L'ex-colonie allemande du Cameroun obtient son indépendance le 1er janvier 1960. Mais l’année suivante, à la suite d’un référendum, le territoire sous mandat britannique se scinde en deux : la partie nord, majoritairement musulmane, est rattachée au Nigeria, tandis que la partie sud, chrétienne, est incorporée au Cameroun français, donnant naissance à la République fédérale du Cameroun.
Le premier président du pays est Ahmadou Ahidjo. Son parti, qui obtient tous les sièges de l'Assemblée en 1964, absorbe tous les autres parts et devient l’Union nationale camerounaise (actuel Rassemblement démocratique du peuple camerounais) en 1966.
Il n'empêche que dans le sud-ouest du pays, l’UPC relance le combat contre le gouvernement, accusé d’être inféodé à l’ancien colonisateur. La répression est brutale et la plupart des dirigeants de l'UPC sont éliminés. L'exécution publique de leur chef, Ernest Ouandié, le 15 janvier 1971, met fin à l'insurrection.
En février 1972, après référendum, la structure fédérale du Cameroun est abolie. Le Cameroun devient une république unitaire tout en conservant le bilinguisme officiel français-anglais.
En 1982, le président Ahidjo (58 ans) démissionne pour raisons de santé et transmet le pouvoir au Premier ministre Paul Biya, un Béti originaire du Sud. Deux ans plus tard, une tentative de putsch opérée par des membres nordistes de la garde présidentielle entraîne une violente répression dans le nord du pays.
À partir de 1990 et de l’instauration de multipartisme, les anglophones, regroupés au sein du Social Democratic Front, exigent le retour au fédéralisme, refusant ce qu’ils qualifient d’annexion de leur territoire par le Cameroun. Mené par John Fru Ndi, surnommé le « Chairman », le parti séduit une frange de l’électorat francophone et s’impose comme le principal parti d’opposition.
Réélu en 1984, 1988, 1992, 1997, 2004 et 2011, Paul Biya, brigue en octobre 2018 un nouveau septennat, à l’âge de 85 ans.
Élection à haut risque
En plus de ses divisions ethniques et linguistiques, le Cameroun doit également faire face aux actions des jihadistes de Boko Haram qui opèrent dans l’extrême nord du pays où le wahhabisme importé par les Séoudiens est désormais très bien implanté. Entre 2014 et 2016, la région est devenue une véritable zone de guerre. Des postes frontières ont été attaqués et des ressortissants occidentaux enlevés.
Parallèlement, la chute en 2013 du président centrafricain François Bozizé a grandement déstabilisé l’Est du Cameroun où se sont réfugiés près de 200 000 personnes, dont de nombreux protagonistes de la guerre civile de Centrafrique. Des incursions de groupes armés ont régulièrement lieu tout au long de la frontière.
L'exploitation de l'or dans l'Est du pays provoque de vives tensions entre populations locales et les sociétés chinoises accusées de s’approprier les terres. Enfin, dans les provinces anglophones de l’Ouest, des sécessionnistes ont aussi proclamé en 2017 une « république d'Ambazonie » !
À ces défis, la police et l'armée répondent par des violences arbitraires, au risque de faire basculer le pays dans l'anarchie, cependant que le népotisme, la corruption et l'incompétence paralysent l'économie.
Le maintien au pouvoir de Paul Biya a longtemps été un atout pour la stabilité du Cameroun. Il se révèle désormais comme un handicap en raison de son âge et de son état de santé, le président passant le plus clair de son temps dans les cliniques de Genève...



Julien Colliat est diplômé en histoire (master 2) à l’Université Lyon 3. 

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Pedro69400 (25-08-2025 10:17:08)
"Ce mandat de trop risque de réveiller les nombreuses fractures sociales, ethniques, religieuses et linguistiques du pays..." ou plutôt sans ce mandat supplémentaire, les nombreuses fractures ....... Lire la suite