Cameroun

Une « Afrique en miniature »

Le Cameroun est un vaste pays modérément peuplé, entre le Nigéria anglophone et l'Afrique équatoriale francophone. Il s'étire des mangroves du golfe de Guinée au lac Tchad suivant une longue chaîne de montagnes et de volcans. Il s'offre deux langues officielles héritées des colonisateurs, le français et l'anglais, mais aussi plus de 200 langues vernaculaires, un nombre sans guère d'équivalent sur le continent.

Par sa situation géographique, sa diversité géographique et humaine, la réputation de ses artistes anciens et présents, le Cameroun est une Afrique en réduction et un État-clé de la stabilité du continent.

Depuis son indépendance en 1960, le pays a la particularité de n’avoir été dirigé que par deux présidents, Ahmadou Ahidjo et Paul Biya. Ce dernier, au pouvoir depuis 1982, s'est fait élire une nouvelle fois à la présidence le 7 octobre 2018 en dépit de son âge et de son état de santé. Ce mandat de trop risque de réveiller les nombreuses fractures sociales, ethniques, religieuses et linguistiques du pays.

Julien Colliat

Sortie du monarque devant le palais du royaume bamoun, à Foumban (sud-ouest du Cameroun), doc : Michèle Wizenberg

Un État fragile

Le drapeau du CamerounD'une superficie de 475 650 km2, légèrement inférieure à celle de la France, le Cameroun donne à voir au sud la forêt tropicale, avec ses plantations industrielles (caféiers, cacaoyers, hévéas...), au nord la savane. Des pâturages occupent les régions montagneuses et volcaniques.

Le mont Cameroun, point culminant de l’Afrique du l’Ouest (4040 mètres), est un volcan toujours actif et certains lacs de cratère peuvent occasionner des tragédies comme en 1986, par leurs émanations de gaz toxiques.

Diversité ethnique et linguistique du Cameroun (la carte est une création personnelle de Spiridon Ion Cepleanu, wikipedia)Le pays n'est encore peuplé que de 25 millions d'habitants (2017) mais sa population devrait plus que doubler d'ici 2050. Les deux villes principales sont le port de Douala (2 millions d'habitants), au fond de l'estuaire du Wouri, et la capitale Yaoundé (1,7 millions d'habitants), au centre du pays.

Les plus anciens habitants du pays, les chasseurs-cueilleurs Pygmées, ont été refoulés dans les forêts par l'avancée des agriculteurs de langue bantoue à partir du 1er millénaire avant notre ère. De langue apparentée au bantou, les Bamilékés et les Bamums du sud-ouest constituent 20% de la population. Le nord est dominé par les Peuls ou Foulbés (10%). Dans les montagnes du Mandara se rencontrent les Kirdi ou « Païens », en partie animistes. La zone forestière du sud est occupée par les Fang (20%), les Beti, Bassa, Douala etc. 

80% des habitants ont le français pour langue officielle et les autres, sur la frontière avec le Nigeria, l'anglais. Les catholiques représentent 39% de la population, les protestants 26%, les musulmans 21%, les animistes 6% et les chrétiens évangélistes 4%. Pays pauvre, le Cameroun a des indicateurs démographiques, économiques et sociaux dans l'exacte moyenne de l'Afrique subsaharienne (monnaie : franc CFA).

L'estuaire du Wouri en 1903 (archives allemandes), avant que l'urbanisation et la pollution ne le saccagent

Velléités allemandes

Au tournant du premier millénaire de notre ère émerge au nord du Cameroun actuel un royaume fondé sur le commerce transsaharien, le Kanem. Islamisé au XIe siècle, il atteint son apogée au XVIe siècle, avant de décliner face à la concurrence des royaumes côtiers. 

En 1472, le navigateur portugais Fernando Póo découvre l'estuaire du Wouri. Comme le fleuve abonde en crevettes, les marins le baptisent Rio dos Camarões (« Rivière des crevettes »). Ce nom sera ensuite anglicisé par les marins britanniques en Cameroon.

Le roi du Bell (région des Doualas, Cameroun) en 1874La région est alors peuplée par les Douala. Spécialisés dans le commerce de l'ivoire mais aussi la capture et la vente d’esclaves, ils interdisent aux Européens de s’aventurer à l’intérieur du pays afin de conserver leur fructueux monopole.

En 1845, profitant de l'affaiblissement des royaumes côtiers après l'abolition de la traite négrière, des missionnaires baptistes britanniques s'établissent sur la côte et entament l'évangélisation de la population. Mais la couronne britannique ne s'intéresse guère alors à l'Afrique. Elle laisse le champ libre aux Allemands, en quête de terres libres où ils pourraient exercer leurs talents.

En 1860, le botaniste allemand Gustav Mann gravit le mont Cameroun En 1868, le commerçant hambourgeois Woermann installe un comptoir dans l'estuaire du Wouri pour développer le commerce des huiles. En 1874, il demande en vain au ministre allemand des Affaires étrangères la nomination d'un consul sur place. Peine perdue.

Gustav Nachtigal (23 février 1834, Eichstedt, Allemagne ;20 avril 1885, Cap des Palmes, Liberia)En juillet 1884, enfin, l'explorateur Gustav Nachtigal, missionné par le chancelier Bismarck, atteint l'estuaire du Wouri à bord de la canonnière Möwe. Il signe un traité avec le roi de Bell et prend officiellement possession de la région de Douala, noyau constitutif du futur Cameroun.

Les Allemands ambitionnent de faire de leur colonie la plaque tournante de tout le commerce d’Afrique centrale. Non sans difficultés, ils atteignent le lac Tchad en 1902 et entament la construction d’un réseau de voies ferrées. Par la convention du 4 novembre 1911 qui suit le « coup d'Agadir », ils agrandissent aussi leur colonie aux dépens de l'Afrique équatoriale française ; en échange, ils laissent à la France les mains libres au Maroc.

Mais la Grande Guerre ruine leurs espoirs, là comme ailleurs. En 1916, la colonie est conquise par les forces franco-britanniques. En 1922, sa partie orientale est placée par la Société des Nations sous mandat français et sa partie occidentale, une étroite bande le long du Nigéria, sous mandat anglais. 

Les fondateurs de l'Union du Peuple Camerounais en 1955 (tous sauf un seront tués au cours des différentes rébellions)

D'une rébellion à l'autre

Le Cameroun ne va guère se développer jusqu'à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. En 1946, la partie française devient un « territoire associé » de l'Union française, à l'égal des autres colonies. 

Deux ans plus tard, Ruben Um Nyobe fonde l’Union des populations du Cameroun (UPC). Ce mouvement radical, soutenu par le parti communiste, réclame non seulement l’indépendance mais aussi la réunification des deux parties du Cameroun.

Le 5 septembre 1957, des troubles éclatent dans la région forestière d’Éséka, au sud-ouest du pays, qu'Um Nyobe tente de soustraire à l’autorité française. Pierre Mesmer, alors haut-commissaire au Cameroun, ordonne de réduire l’insurrection. Une zone opérationnelle est créée et un millier d'hommes interviennent sur le terrain. Le cœur de la rébellion est peu à peu isolé et les maquisards pourchassés. Le 13 septembre 1958, Ruben Um Nyobe est tué lors d’un accrochage. On estime à 300 ou 400 le nombre total de victimes chez les rebelles.

La décolonisation du Cameroun peut en définitive se dérouler dans le calme, très loin du degré de violence atteint à la même époque au Kenya, en Rhodésie du Sud ou dans les colonies portugaises. La nouvelle république va avoir soin, dès lors, de renouer avec son passé précolonial, toujours vivant comme l'atteste le musée des rois Bamoun, à Foumban, au sud-ouest du pays. 

Le nouveau musée du palais des rois Bamoun, à Foumban

Une indépendance compliquée

Le Cameroun français obtient son indépendance le 1er janvier 1960. L’année suivante, à la suite d’un référendum, le Cameroun britannique se scinde en deux : la partie nord, majoritairement musulmane, est rattachée au Nigeria, tandis que la partie sud, chrétienne, est incorporée au Cameroun français, donnant naissance à la République fédérale du Cameroun. Le premier président du pays est Ahmadou Ahidjo, fondateur de l’Union nationale camerounaise (actuel Rassemblement démocratique du peuple camerounais).

Durant les premières années d’indépendance, dans le sud-ouest du pays, l’UPC relance le combat contre le gouvernement, accusé d’être inféodé à l’ancien colonisateur. La répression est brutale et la plupart des dirigeants de l'UPC sont éliminés. L'exécution publique de leur chef, Ernest Ouandié, en janvier 1971, met fin à l'insurrection. L’année suivante, la structure fédérale du Cameroun est abolie, au grand dam de la minorité anglophone.

En 1982, le président Ahidjo (58 ans) démissionne pour raisons de santé et transmet le pouvoir au Premier ministre Paul Biya, un Béti originaire du Sud. Deux ans plus tard, une tentative de putsch opérée par des membres nordistes de la garde présidentielle entraîne une violente répression dans le nord du pays.

À partir de 1990 et de l’instauration de multipartisme, les anglophones, regroupés au sein du Social Democratic Front, exigent le retour au fédéralisme, refusant ce qu’ils qualifient d’annexion de leur territoire par le Cameroun. Mené par John Fru Ndi, surnommé le « Chairman », le parti séduit une frange de l’électorat francophone et s’impose comme le principal parti d’opposition.

Réélu en 1984, 1988, 1992, 1997, 2004 et 2011, Paul Biya, brigue en octobre 2018 un nouveau septennat, à l’âge de 85 ans.

Ahmadou Ahidjo, premier président de la République du Cameroun (DR)

Élection à haut risque

En plus de ses divisions ethniques et linguistiques, le Cameroun doit également faire face aux actions des jihadistes de Boko Haram qui opèrent dans l’extrême nord du pays où le wahhabisme importé par les Séoudiens est désormais très bien implanté. Entre 2014 et 2016, la région est devenue une véritable zone de guerre. Des postes frontières ont été attaqués et des ressortissants occidentaux enlevés.

Parallèlement, la chute en 2013 du président centrafricain François Bozizé a grandement déstabilisé l’Est du Cameroun où se sont réfugiés près de 200 000 personnes, dont de nombreux protagonistes de la guerre civile de RCA. Des incursions de groupes armés ont régulièrement lieu tout au long de la frontière.

L'exploitation de l'or dans l'Est du pays provoque de vives tensions entre populations locales et les sociétés chinoises accusées de s’approprier les terres. Enfin, dans les provinces anglophones de l’Ouest, des sécessionnistes ont aussi proclamé en 2017 une « république d'Ambazonie » !

Paul Biya, président de la République du Cameroun, dans les années 2010 (DR)À ces défis, la police et l'armée répondent par des violences arbitraires, au risque de faire basculer le pays dans l'anarchie, cependant que le népotisme, la corruption et l'incompétence paralysent l'économie.

Le maintien au pouvoir de Paul Biya a longtemps été un atout pour la stabilité du Cameroun. Il se révèle désormais comme un handicap en raison de son âge et de son état de santé, le président passant le plus clair de son temps dans les cliniques de Genève.

À l’instar de ce qu’a connu la Côte d’Ivoire en 2010, l’élection présidentielle camerounaise d’octobre 2018 pourrait donc être le détonateur d’une crise aux conséquences imprévisibles et qui risquerait de déstabiliser toute la région, du nord du Nigeria jusqu'à la Centrafrique...


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Centrafrique
Publié ou mis à jour le : 2019-06-27 12:12:42

 
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