27 novembre 2024. Le procès des viols de Mazan (Vaucluse) a ramené les violences sexuelles sous les feux de l'actualité française.
Pour comprendre l'origine et le moteur de ces violences sexuelles, évitons les poncifs sur le « patriarcat » et la « domination masculine ». Interrogeons-nous plutôt sur la vidéopornographie, dont tous les inculpés étaient de fervents adeptes, et sur les dérives mercantiles et libertaires de notre époque...
Durant le procès, qui s’est tenu du 2 septembre 2024 au 19 décembre 2024 devant la cour criminelle du Vaucluse, à Avignon, la victime, Gisèle, a été confrontée à son mari et cinquante coaccusés. Le mari et principal accusé, Dominique Pelicot, l'avait pendant une décennie, droguée et livrée en pâture à des inconnus « recrutés » sur le site de rencontres coco.fr. Il a été condamné à la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle pour viols aggravés sur son épouse.
Reste à nous demander ce qui vaut à l'affaire de Mazan de remuer à ce point les médias nationaux jusqu'à y voir un procès « historique », un de plus !...
La faute au « patriarcat » ?
En mal d'explication face à ces cinquante hommes qui ont trouvé plaisir à violer une femme inanimée, les commentateurs ont cru y discerner la marque du « patriarcat ». Mauvaise pioche car c'est un mot dont il ignorent de toute évidence le sens véritable :
• Le patriarcat désigne dans la Bible et en anthropologie un type de famille typiquement oriental dans lequel le père exerce une autorité exclusive sur son épouse, ses concubines, ses filles non mariées, ses garçons et ses belles-filles. Abraham en est l'archétype.
Autant dire que le patriarche est l'homme le moins disposé qui soit à partager avec autrui sa femme ou prostituer ses filles... Cela ne l'empêche pas pour autant de violer les femmes et les filles de ses ennemis ou de ses esclaves !
• Par extension, le patriarcat est devenu aussi un modèle d'organisation de l'Église primitive avec les patriarcats de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie ou de Constantionople... aux antipodes de l'affaire sordide de Mazan.
Nous ne sommes pas davantage dans une affaire de « domination masculine » car la domination désigne l'autorité qu'un maître (dominus en latin) exerce en pleine conscience sur les gens de sa maisonnée. Si une personne subit des violences en état d'inconscience, il n'y a pas d'autorité qui vaille mais seulement une effraction par surprise à la portée de n'importe quel crétin.
Dans le procès qui s'est tenu à Avignon, les inculpés appartiennent à toutes les catégories sociales et à tous les âges. Mais ils ont un point commun : ils sont tous adeptes des sites internet échangistes et pornographiques et c'est ce qui les a réunis pour le pire. Ils ont aussi pu accomplir leurs forfaits en recourant à une drogue pour écarter le consentement de la victime.
Ces innovations contemporaines que sont la vidéopornographie et la chimie, sans lesquelles il n'y aurait pas eu d'affaire judiciaire, ont été curieusement absentes des débats et des compte-rendus de la presse. Rares sont les journaux à s'en être offusqués :
• Dans Causeur, le 20 décembre 2024, le psychosociologue Charles Rojzman met en cause les dérives de la société contemporaine qui s'accommode de « sites pornographiques, accessibles à tous, y compris aux enfants, [qui] glorifient la soumission des femmes, parfois violées dans leur sommeil » (L'hypocrisie d'une société sans repères).
• Le journal communiste L'Humanité écrit le 23 octobre 2024 : « Avec Internet, il est maintenant d’une facilité déconcertante de trouver femmes et enfants à violer. Le site coco.fr regorgeait également d’annonces de prostitution d’adolescentes : des viols d’enfants, donc. C’est un véritable marché humain que nous tolérons. Combien savent et ne disent rien ? Parlons d’où vient cet attrait du morbide. Car, en amont, tous consomment régulièrement des contenus pornographiques qui regorgent de vidéos de viols, d’humiliations racistes et pédopornographiques (« petite beurette », « petite juive »…) ».
Faut-il nous étonner de ce silence assourdissant ? Le marché de la vidéopornographie exploite quantité de malheureuses femmes faussement consentantes et exerce des ravages sur le mental des enfants et des adolescents. Mais voilà, c'est un marché planétaire qui « pèse » plus de deux cents milliards de dollars par an et ses consommateurs se recrutent partout.
Il en va de même des drogues du sexe (« chemsex ») qui ont un marché très étendu, si l'on en juge par l'affaire Pierre Palmade et la non-affaire du député Andy Kerbrat (LFI), lequel a été pris la main dans le sac mais aussitôt blanchi par ses pairs... On est en droit de supposer que les utilisateurs de cette drogue, à l'image de l'humoriste et du député, n'en usent pas dans des salons littéraires ou des cours d'amour mais plutôt dans des « partouzes » où on ne s'embarrasse pas du consentement de la partenaire (ou du partenaire).
Convenons que le « patriarcat occidental », à défaut d'avoir existé, reste un concept bien utile pour dissimuler le terreau idéologique et mercantile à peine cinquantenaire qui nourrit la bête immonde et l'impuissance assumée de la classe politico-mondaine face aux fléaux très contemporains que sont la pornographie et la drogue du sexe.
Dans Le Réveil, une satire politique publiée en 2022, le romancier Laurent Gounelle entrevoyait déjà les contradictions du procès d'Avignon. Il écrit :
« L'âge moyen d'exposition d'un enfant aux images pornographiques est de... 10 ans. Souvent grâce aux smartphones des copains. Cela lui promet une future vie intime épanouie.
Mais là encore, il suffit bien sûr que les parents parlent à leurs enfants.
Mon petit chéri, avant de reproduire sur tes copines les horreurs que tu as vues, pense à leur demander leur consentement, hein ?
C'est plus efficace que de réglementer une industrie qui prospère ».
Un fait divers, une loi
Le procès d'Avignon a conduit les pouvoirs publics à mettre en chantier une énième réforme du Code pénal, selon une règle bien établie en France qui veut que chaque fait divers embarrassant conduise à une réforme législatives, façon d'éviter un débat public sur la vidéopornographie et les réseaux sociaux.
Ainsi que nous le rappelle l'historienne Catherine Valenti, il a fallu attendre la loi du 23 décembre 1980, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, pour que le viol soit enfin criminalisé et puni de cinq à vingt ans de réclusion (note).
Voici la définition du viol par la loi dans son article 1 : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui, par violence, contrainte ou surprise, constitue un viol ». Cet intitulé concis autant que précis inclut l'absence de consentement, que l'on peut assimiler à la « surprise ».
Il n'empêche qu'à l'issue du procès d'Avignon, des voix ont réclamé l'ajout dans la loi de la notion de consentement, sur le modèle de la loi espagnole du 25 août 2022, dite du Solo Sí es Sí (« Seul un oui est un oui »).
C'est ainsi qu'au risque d'ajouter de la confusion, le Parlement a validé le 29 octobre 2025 une nouvelle définition du viol dans l'article 222-22 du Code pénal : « Constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle, tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur. Le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Il est apprécié au regard des circonstances. Il ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime... ».
La France rejoint ainsi les pays ayant déjà modifié leur législation en ce sens, parmi lesquels la Suède, l'Espagne, ou encore la Norvège depuis le printemps 2025.













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Voir les 12 commentaires sur cet article
Matt (30-11-2024 17:56:05)
Aucun récit de viol de l’un des 40 rois d’Israël (pourtant pas tous irréprochables) dans l’ancien testament et encore moins des patriarches Noé, Sem, Abraham, Isaac, Jacob etc...
Roland Berger (29-11-2024 23:02:16)
Excellent cou de pied dans le mythe du patriarcat occidental. La majorité des mâles de l'Occident se foutent des histoires de domination des femmes pourvu qu'ils puissent s'en taper à l'occasion, n... Lire la suite
Philippe (29-11-2024 00:12:15)
Vous n'êtes pas du tout politiquement correct !
Mais tellement pertinent.
C'est toujours un plaisir de vous lire. On se sent moins seul.
Merci.