18 juin 2025. La « transition de genre », par voie chirurgicale et chimique, est présentée par ses partisans comme une réponse à la douleur de celles et ceux qui se sentent mal avec leur sexe biologique.
À la lumière du livre de Caroline Eliacheff et Céline Masson, Le sermon d'Hippocrate, nous revenons sur cet enjeu qui n'est pas sans rappeler de fâcheux précédents pas si lointains : traitement par la chirurgie de l'hystérie féminine ou de l'homosexualité masculine...
Par idéologie, au nom du « droit » à la transition de genre, des professionnels de la santé négligent leur premier devoir, ne pas nuire à ceux qu’ils soignent. Ils transforment des personnes, pour certaines mineures, en malades et mutilés à vie : pour prévenir des risques de rejet, ces personnes devront se soumettre toute leur vie à une lourde pharmacopée chimique dont rien ne dit qu'elle restera toujours accessible.
Lorsque la pédopsychiatre Caroline Eliacheff et la psychanalyste Céline Masson ont publié « La fabrique de l'enfant transgenre » en février 2022, elles s’attendaient, « naïvement », disent-elles aujourd'hui, à voir émerger « un consensus sur la question de l'enfant ».
Pourtant, c'est le contraire qui s'est produit : elles ont été boycottées, censurées et insultées. Devant l'étendue de l’acceptation de l'idéologie postulant la fluidité du genre, et donc le « naturel » de la transition d’un genre à l’autre, est né un deuxième livre : « Le sermon d’Hippocrate. La médecine sous l’emprise des idéologies identitaires » (Éditions de l’Observatoire, février 2025).
Changer de « genre » ? Une catastrophe selon les psychanalystes Caroline Eliacheff et Céline Masson. Dans leur livre Le sermon d’Hippocrate. La médecine sous l'emprise des idéologies identitaires (Éditions de l'Observatoire, 2025), elles alertent sur les dangers de la réponse médicale, voire chirurgicale, à la souffrance exprimée par des adolescents ou des enfants qui rejettent leur sexe de naissance (dysphorie de genre).
Elles s’interrogent aussi sur les égarements de médecins qui semblent oublier le fameux « primum non nocere » (« d'abord ne pas nuire ») qui figure dans le serment d’Hippocrate...
Les auteurs s’intéressent surtout aux mineurs, qu’une loi trop laxiste laisse démunis face au lobby transexuel dont le travail permanent sur les réseaux sociaux et les médias vise à la banalisation de la transition de genre, hormonale et chirurgicale.
La loi permet l’application de bloqueurs de puberté aux enfants à partir de 9, 10 ou 11 ans (pour freiner le développement sexuel), puis, dès les 15-16 ans, la prise d’hormones du sexe contraire pour développer les caractéristiques sexuelles secondaires du genre désiré, et, enfin, des interventions chirurgicales (mastectomies, hystérectomies, castration, fabrication d'organes pseudo-sexuels, etc.)
Tout cela repose sur l'acceptation de l'autoperception d’adolescents qui s'auto-diagnostiquent par le biais d'interactions dans des réseaux sociaux où l’activisme transgenre est très intense ; les écoles et les autorités prônent la soi-disant « transition sociale » (changement de prénom et de nom), en acceptant comme naturelle la volonté d'un enfant ou d'un adolescent d'appartenir au sexe opposé.
Autonomie des enfants, démission des parents
Cette autodétermination des mineurs est soutenue par le discours de l'autonomie progressive de l’enfant dont la contrepartie est le renoncement des adultes d’assumer leurs responsabilités. Une approche médicale téméraire accepte ces « diagnostics ».
« Nous n'avions pas mesuré l'ampleur de la présence prosélyte [des associations militantes] (et de leurs sympathisants) dans tous les mécanismes de l'État, dans les partis politiques, dans les universités, dans les ministères (notamment ceux de l’Éducation et de la Santé), dans les municipalités (...) et, bien sûr, dans les services de santé dédiés à la question », écrivent Caroline Eliacheff et Céline Masson en référence aux réactions à la parution de leur premier livre.
La presse, écrite et audiovisuelle, a également été envahie par des « discours trans-affirmatifs », précisent-elles. La transition de genre est présentée comme un voyage à la rencontre de soi-même, ou comme une thérapie de prévention du suicide, tandis que les effets secondaires de ces traitements et leur caractère partiel ou totalement irréversible sont cachés ou minimisés. Les bloqueurs de puberté sont comparés au bouton « pause » d'un lecteur vidéo. Le développement est stoppé pendant quelques années puis reprend sans problème.... Rien n’est dit sur les effets indésirables de ces médicaments.
Dans « La fabrique de l’enfant transgenre », Caroline Eliacheff et Céline Masson analysaient la croissance exponentielle des cas de dysphorie de genre chez les adolescents, les filles en particulier, un phénomène qui se reproduit dans d'autres pays d’Europe, aux États-unis et même en Amérique Latine, ce phénomène étant en effet propre à la culture occidentale.
Après ce premier cri d’alerte sur les dangers de la promotion des idéologies identitaires auprès des mineurs, elles se demandent dans leur nouveau livre pourquoi tant de médecins ont recours à des pratiques nuisibles pour ces mineurs. Elles dénoncent aussi l’irresponsabilité des adultes - au nom de l'autonomie progressive de l’enfant – et proposent une alternative au traitement actuel de la dysphorie de genre chez les mineurs.
La plupart des adolescents traités comme transgenres « ne répondent pas aux critères diagnostiques de la dysphorie de genre », affirment-elles. Il y a un surdiagnostic qui masque d'autres troubles. Une pratique médicale à la limite du criminel, disent-elles, parce qu'elle répond à des intérêts économiques minimisant ou carrément niant le danger qu'elle représente pour l'avenir des enfants et des adolescents.
Le livre s’ouvre avec un témoignage à deux voix - Lou, une adolescente souffrant de dysphorie de genre, et son père, fermement opposé à sa transition - qui sert à montrer comment fonctionne la prise en charge de ces cas, puis détaille l'intervention très active des ONG du collectif LGBT+, avant d'exposer l’intérêt d’une psychothérapie exploratoire qui permet à la plupart de ces adolescents de se réconcilier avec leur corps et leur identité.
De quelle souffrance parle-t-on ?
Le seul argument que les médecins utilisent pour défendre ces traitements lourds est qu'ils cherchent à soulager une souffrance. Or, cette souffrance, essentiellement psychique, n’est pas traitée en tant que telle mais par des thérapies normalement réservées à des syndromes endocriniens : intersexualité à la naissance (hermaphrodisme), puberté précoce, etc.
« Je ne peux comprendre une approche qui préconise fermement de ne pas interroger la cause du problème qu’elle prétend résoudre », dit le père de Lou. En effet, les trans-activistes n’acceptent que les thérapies « affirmatives », c’est-à-dire qui vont dans le sens des souhaits du patient, ce qui équivaut dans la plupart des cas à renforcer son déni de la réalité.
Les services hospitaliers et les cliniques qui promeuvent ces traitements lourds affirment prendre toutes les précautions nécessaires avant d'intervenir, mais les témoignages des patients et de leurs familles - recueillis par les auteurs dans leur pratique psychanalytique - contredisent leurs dires et attestent de traitements hormonaux précoces, même en présence d'autres troubles parallèles à la « dysphorie ».
Caroline Eliacheff et Céline Masson dénoncent aussi le manque d'information des patients et de leurs familles sur les effets secondaires des traitements et l'existence d'alternatives telles que la psychothérapie. Elles recommandent une attente prudente car la plupart de ces dysphories soudaines à l'adolescence disparaissent avec le temps.
Les personnes transgenres ont toujours existé, disent-elles, « dans toutes les civilisations, sous une forme très minoritaire ». Comme toutes les minorités, elles ont droit à la non-discrimination. Mais aujourd'hui, « leur position victimaire a servi de cheval de Troie » à « un militantisme du genre qui tente de s'imposer à l'ensemble de la société comme un nouvel ordre moral ».
Les associations « trans » souhaitent que les médecins acceptent sans délai ni condition l'identité de genre d'une personne, même mineure, et que les transitions médicales ne dépendent que de sa seule volonté. Elles imposent une approche psychologique uniquement affirmative et refusent que la personne puisse être orientée vers une thérapie alternative si elle ne le demande pas. Elles exigent aussi que soit reconnu le droit des mineurs à la transition hormonale et à la chirurgie.
Nombreux sont les euphémismes utilisés par les praticiens de la médecine au service de cette idéologie, tel que la « torsoplastie » pour l'ablation des seins. Ils proposent selon les auteurs des « solutions miraculeuses, exploitant l'immaturité affective souvent associée aux troubles psychiques des jeunes ainsi que le désarroi des parents »
Ces pratiques commencent à être dénoncées par des études qui démontrent les dangers des bloqueurs de puberté, comme le rapport Cass au Royaume Uni. Ces études ont décidé certains pays européens à limiter, voire interdire, les traitements de transition chez les mineurs. C’est le cas de la Finlande, la Norvège, la Suède, l’Angleterre et de 24 États américains.
La vogue de la « transition de genre » n'est pas sans rappeler d'anciennes thérapies délirantes. Ainsi, l'hystérie, maladie nerveuse très majoritairement féminine, était traitée à la fin du XIXe siècle par des méthodes invasives telles que l'ablation du clitoris et l'hystérectomie. Le gynécologue allemand Alfred Hegar soutenait alors que « l'ablation des glandes génitales supprime le mal ».
Caroline Eliacheff et Céline Masson évoquent également la lobotomie, une méthode inventée par le neurologue portugais Egas Moniz pour « guérir » des maladies psychiatriques parmi lesquelles... l'homosexualité ! Aussi stupéfiant que cela paraisse, ce médecin a reçu le prix Nobel de médecine en 1949 « pour la découverte de la valeur thérapeutique de la leucotomie pour certaines psychoses ». En dépit du scepticisme et des critiques qu’elle soulevait, la lobotomie a continué à être pratiquée jusque dans les années 1980 comme on le voit avec le roman d'Yves Navarre : Le Jardin d'acclimatation (Prix Goncourt, 1980).
D'hier à aujourd'hui, de la castration des hystériques à l'ablation des seins en passant par la lobotomisation des homosexuels, il s'agit à chaque fois de recourir à la chirurgie pour soulager une souffrance psychique !
Des conséquences graves et irrémédiables
Par les traitements actuels de la dysphorie, une personne physiquement saine devient un patient stérile à vie, souffrant très probablement d'anorgasmie.
Selon les auteurs du Sermon d'Hippocrate, cette « transversion » repose sur une idéologie qui « implique une rupture avec la réalité (la différence des sexes) » ; ses promoteurs doivent convaincre qu'il est possible de changer de sexe en exerçant une pression affective sur les personnes, en neutralisant le débat et en isolant les opposants.
Dans cette logique, parler de sexe biologique est presque un crime, une violence à l'encontre de la communauté LGBTQIA+, estiment-elles. L’objection est assimilée à l'offense et toute différence serait une injustice à combattre. Même la biologie est considérée comme discriminatoire, intolérante, voire transphobe.
Caroline Eliacheff et Céline Masson ne théorisent pas dans l'abstrait ; toutes deux exercent le métier de psychanalyste. Sur la base de cette expérience et de leurs recherches, elles ont développé une nouvelle approche clinique du traitement de la dysphorie chez l'adolescent qu’elles présentent dans ce livre, mais aussi sur le site de « L’Observatoire des discours idéologiques sur l’enfant et l’adolescent – La Petite Sirène », qu’elles ont créé avec d’autres professionnels praticiens et chercheurs.
Elles proposent en premier lieu d'utiliser pour les mineurs l'expression Angoisse de Sexuation Pubertaire (ASP) au lieu de dysphorie de genre. Et elles proposent un traitement prudent, psychanalytique, pharmaco-psychiatrique si nécessaire, jusqu'à l’âge de 25 ans, avant de recourir à la chirurgie.
Dans la postface du Sermon d'Hippocrate, Didier Sicard, professeur honoraire de médecine interne à l'université de Paris Cité, qui a présidé pendant près de dix ans le Comité consultatif national d'éthique, s'inquiète lui-même de ce que la médecine est en train d’abandonner l'humanisme, selon un mouvement favorisé « par une financiarisation croissante [qui se fait] au détriment du soin ».
Il souligne que les « transitions de genre » et autres interventions sur le corps humain sont beaucoup plus lucratives que les soins. Leur prise en charge par la Sécurité Sociale n'arrange rien ! Or, parmi les effets secondaires possibles des transitions hormonales figurent le cancer du foie, les méningiomes, la déminéralisation osseuse, la stérilité, ou encore l’absence de vie sexuelle. En résumé, dit-il, les enfants concernés sont transformés en « matériel de laboratoire, (ce) qui semble être le dernier des soucis d'une médecine déshumanisée ».
Une proposition de loi visant à encadrer les pratiques médicales mises en œuvre dans la prise en charge des mineurs en questionnement de genre a été déposée au Sénat le 19 juillet 2024. Elle a fait l’objet d’une première lecture à l’Assemblée nationale le 23 juillet 2024 et a été envoyée pour examen à la Commission des affaires sociales.
La Défenseure des droits a émis un avis très instructif sur cette proposition de loi puisqu’il retrace les étapes juridiques qui ont introduit la notion de « genre » dans le droit français













Vos réactions à cet article
Recommander cet article
Voir les 25 commentaires sur cet article
Willy (01-07-2025 14:07:45)
Je ne sais plus à quel sein me vouer:) J'avoue que, comme beaucoup d'autres sujets, la pièce a toujours deux faces. Apparemment ces gens souffrent terriblement et ça me fait mal, les conseillers et... Lire la suite
JP (26-06-2025 18:59:19)
Un excellent article sur un sujet sensible. Et la grande majorité de commentaires positifs me rassure sur mon point de vue. Le lobbying nous amène presque à douter de notre bon sens. Merci Madame P... Lire la suite
Guy (23-06-2025 22:49:46)
La solution ne se trouve pas dans l’accusation des médecins acteurs des transition de genre! Je ne crois pas qu’il puisse exister un nombre significatif de chirurgiens qui accomplissent des opér... Lire la suite