Les humanistes de la Renaissance comme les philosophes des Lumières ont fait du Moyen Âge (dico) le repoussoir de la modernité occidentale.
Cette longue période de mille ans (476-1492), entre Antiquité gréco-romaine et Renaissance, traîne encore ce boulet fait de violence et d’obscurantisme. Les accusations à gros traits de Rabelais et de Voltaire n’ont rien perdu de leur vigueur. La culture scolaire elle-même, autant que les médias, se charge de les relayer.
Malgré le dénigrement constant du Moyen Âge par l'illustre historien Jules Michelet, une première réhabilitation de cette période fondatrice de notre civilisation est apparue avec les romanciers du XIXe siècle, Walter Scott et Victor Hugo en tête avec Ivanhoé (1817) et Notre-Dame de Paris (1831).
Le Moyen Âge bénéficie aujourd'hui de l'engouement ludique pour les châteaux forts, les reconstitutions médiévales, les comédies musicales, les jeux vidéo et les séries télévisées populaires telles que Game of Thrones. Ce « médiévalisme » a le vent en poupe. L’étrangeté de la situation tient à ce que l’un n’efface pas l’autre : l’opinion publique alterne entre l’ombre et la lumière, la répulsion et la fascination pour l’époque médiévale.
Dans un petit essai fascinant, l'historien médiéviste Martin Aurell cerne tous les poncifs qui entourent encore cette période à la fois lointaine et familière : misogynie, obscurantisme, violence, régression technique, etc. Cet essai, Dix idées reçues sur le Moyen Âge (Lattès/Champs, 216 pages, 8,50€) est paru en 2023, juste avant la mort prématurée de l'auteur à 66 ans.
Le Moyen Âge est une vieille passion française. Martin Aurell lui a apporté un surcroît de saveur catalane. Né en 1958 à Barcelone, il a été fauché par une embolie pulmonaire le 8 février 2025 à Nantes.
Spécialiste de la noblesse médiévale à laquelle il avait consacré sa thèse, il a dirigé très tôt ses recherches vers la littérature médiévale, l’art des troubadours et le cycle arthurien. En bon médiéviste, il aimait déchiffrer les signes et les mythes. En témoignent deux enquêtes récentes, Excalibur, Durandal et Joyeuse : la force de l’épée, publié en 2021, et, avec Michel Pastoureau, Les Chevaliers de la Table ronde, publié 2022. Reprenant le travail de pédagogie entamé par Régine Pernoud et prolongé par Jacques le Goff, il venait de publier Dix idées reçues sur le Moyen Âge. Catholique engagé, Martin Aurell fut à la fois un homme de science et un homme de foi, synthèse on ne peut plus édifiante de l’esprit médiéval.
Misogyne, le Moyen Âge ?
Aux yeux de nos contemporains, l’accusation la plus grave qui pèse sur le Moyen Âge est sa prétendue misogynie. Les femmes auraient enduré mille ans durant un ostracisme politique, social et religieux.
« Or la période est beaucoup plus favorable aux femmes que le XIXe siècle, par exemple, » avance Martin Aurell, qui nous rappelle une évidence : « L’histoire de la condition féminine n’est pas linéaire dans le sens d’un progrès toujours croissant. »
Au fur et à mesure de l’évangélisation des sociétés européennes, la place de la femme est devenue symboliquement centrale en Europe. Le culte de la Vierge Marie a ainsi façonné l’Occident médiéval.
Reconnue comme Théotokos, mère de Dieu, dès le Concile d’Éphèse (431), représentée comme reine dès le pontificat de Grégoire le Grand (590-604), puis comme modèle de piété et de mère, elle trône au cœur des villes qui lui consacrent leur cathédrale : Le Puy-en-Velay, Reims, Chartres, Paris, Strasbourg…
Sans se confondre avec la Trinité, seule destinataire d’un culte d’adoration, la figure mariale est l’objet d’une grande dévotion : elle indique un idéal de féminité qui mêle à la fois la force et la tendresse.
La culture chevaleresque qui se développe dans la vie monastique avec saint Bernard de Clairvaux comme dans la littérature (Les chevaliers de la Table ronde) se nourrit de cet idéal féminin : il invite les hommes à la maîtrise de leurs passions, au respect de la dame qu’ils convoitent, au dépassement de soi dans une oblation imprégnée de l’esprit évangélique. Ce topos littéraire ou spirituel n’a certes pas transformé les hommes du Moyen Âge en agneaux. Mais comment ne pas y reconnaître la quête d’un respect mutuel entre les deux sexes ?
Validant une conception déjà répandue dans l’Église, le concile de Latran IV (1215) a fait du consentement mutuel des époux l’un des critères de validité du mariage. Les mariages forcés et les unions entre cousins furent dès lors officiellement interdits.
Si le mythe du « droit de cuissage » des seigneurs sur les femmmes de leurs serfs a encore la vie dure, accrédité par Voltaire ou Michelet, il ne résiste pas à l’épreuve des faits.
Les progrès ne sont pas pour autant linéaires, comme l’indique la restauration du droit romain à la fin du Moyen Âge qui fragilise la condition féminine.
Les femmes du Moyen Âge ont-elles été exclues du pouvoir, comme on l’entend encore trop souvent ? C’est aller bien vite en besogne et oublier les figures de souveraines, qui loin de faire partie du décor, ont régné sur des royaumes puissants et exercé une influence décisive.
Sans son épouse Clotilde (vers 475-545) et ses réseaux burgondes, Clovis serait-il parvenu à prendre l’ascendant sur les Francs et se serait-il fait baptiser ? La France aurait pu avoir un tout autre destin spirituel et politique.
Aliénor d’Aquitaine (1124-1204) n’est pas moins fascinante.
La reine Blanche de Castille (1188-1252), arrière-petite-fille d'Aliénor, n’impose pas moins le respect, par la solidité de l’éducation qu’elle donna à son fils, le futur Louis IX, comme par l’habileté politique avec laquelle elle conduisit le royaume durant la régence puis en l’absence de son fils, qui venait lui aussi d’embrasser la Croix. L'historienne Régine Pernoud met à son crédit le traité de Paris (1229) qui mit fin au conflit albigeois entre le royaume de France et le comte Raymond VII de Toulouse.
Que les femmes gouvernent, passe encore, mais qu’elles lisent ! Voilà sans doute le progrès décisif dont l’époque contemporaine peut se flatter, renvoyant les femmes du Moyen Âge aux fourneaux et à l’enfantement. De ce cliché, Hubert Viel a fait en 2016 un film savoureux de fraiche naïveté, de finesse et d’intelligence, Les Filles au Moyen Âge.
Prédicatrice, poétesse et visionnaire, phytothérapeute avant l’heure, l’abbesse Hildegarde de Bingen (1098-1179) n’est pas la moindre de ces pépites.
Première écrivaine de langue française, Marie de France (1145-1198) compose avec ses Lais, contes rimés d’inspiration celtique, un chef d’œuvre de notre patrimoine littéraire (XIIe siècle).
Quant aux fondatrices d’ordre, elles ne manquent pas. Scholastique (480-543), la propre sœur de saint Benoît de Nursie, institue le premier ordre féminin suivant la règle de saint Benoît (VIe siècle). Princesse de Thuringe et reine des Francs, Radegonde crée le monastère Notre-Dame de Poitiers, devenu Sainte-Croix, au VIe siècle.
Disciple de François d’Assise, Claire d’Offreduccio (1194-1253) fonde l’ordre des Pauvres dames, futures Clarisses au début du XIIIe siècle.
Quant à l’abbaye de Fontevraud, fondée en 1101 par Robert d’Arbrissel, elle est confiée après sa mort à la direction d’une abbesse dont l’autorité s’impose aussi bien à la communauté de moines qu’à celle des moniales qui y résident.
Martin Aurell en conclut ainsi que « par rapport au droit romain, qui réduisait trop souvent le statut juridique de la femme à celui du mineur, la période médiévale constitue un indéniable progrès. »
Une époque violente ?
La violence est un autre coin enfoncé par nos contemporains dans l’armure du Moyen Âge. Qu’il s’agisse du Nom de la rose de Jean-Jacques Annaud (1986) ou de Kingdom of heaven de Ridley Scott (2005), le cinéma cultive cette idée reçue : les médiévaux prenaient plaisir à faire couler le sang. Qu’en est-il vraiment ? Peut-on comparer le niveau de violence de la période médiévale à celui de notre époque ?
Le progrès est-il si radical et si linéaire que le laisse entendre le fameux processus de civilisation, analysé par Norbert Elias. Le sociologue observait en effet en Occident, d’un siècle à l’autre, une domestication des passions, un recul progressif de la violence, grâce au développement de la politesse, à l’invention du sport, au raffinement des mœurs.
Passées les batailles meurtrières du haut Moyen Âge, liées aux invasions (Champs catalauniques en 451) ou aux luttes entre peuples germaniques (Ve-VIIe siècle), la guerre médiévale repose, jusqu’au XIVe siècle, sur des combats de faible intensité.
D’abord parce que les capacités militaires sont limitées. Ensuite et surtout, parce que, après l’An Mil, l’éthique chevaleresque se diffuse à mesure que la guerre devient l’affaire des nobles. On se jauge, on se harcèle, on s’esquive, on se libère moyennant rançon.
En 1119, lors d’une bataille entre Louis VI de France et Henri Ier d’Angleterre, dans le Vexin normand, trois des neuf cents chevaliers sont tués. Voici l’atmosphère décrite par le chroniqueur normand Orderic Vital : « Ils étaient revêtus de fer et ils s’épargnaient les uns les autres, soit par crainte de Dieu, soit par camaraderie d’armes. »
Certes, il arrive que le choc soit plus rude. Lors de la fameuse bataille de Bouvines (27 juillet 1214), qui opposa 7000 combattants français, sous la bannière de Philippe Auguste, à 9000 combattants, sous les ordres de l’empereur Otton IV, chaque camp perdit mille hommes.
La violence des affrontements s’accentue lors du Moyen Âge tardif (XIVe-XVe siècle). À cela, plusieurs raisons : le développement de l’artillerie, couleuvrines et canons portables, à partir de la bataille de Crécy (1346), la naissance du sentiment national, singulièrement lors de la Guerre de Cent Ans, enfin le poids croissant dans les armées des milices communales, étrangères à l’esprit chevaleresque.
« À la fin du Moyen Âge, les batailles deviennent bien plus meurtrières que par le passé. La guerre de Cent Ans ne fait pas de quartier. (…) À Azincourt, plus de 5000 chevaliers, empêtrés dans une armure trop lourde, sont tués par les gens de pied d’Henri V d’Angleterre. », conclut Martin Aurell.
En matière de violence, l’Église a joué un rôle fondamental de pacification des mœurs au Moyen Âge. Appuyée sur l’exemple du Christ, qui révoque la loi du talion (Matthieu, 5, 38-42), condamne le recours à la violence pour se faire justice (Matthieu, 26, 52), et pardonne à ses bourreaux sur la croix (Luc, 23, 34), elle ne cesse de multiplier les contraintes pour réduire l’exercice de la violence et l’encadrer (dico).
La paix de Dieu est ainsi un mouvement spirituel qui naît à la fin du Xe siècle dans le sud de la France et se répand en Europe occidentale jusqu’au XIIIe siècle. Il vise à garantir « la paix qui vaut mieux que tout », selon les mots d’Étienne II, évêque de Clermont. À partir du concile de Charroux (989), les assemblées se transforment en véritables conciles dont les décisions, consignées dans des canons, s’imposent, région par région.
La trêve de Dieu s’inscrit dans cette dynamique de pacification des mœurs. Définie lors du Concile d’Arles (1037-1041), elle suspend l’activité guerrière certains jours et certaines périodes de l’année, sous peine d’excommunication, et encourage la protection des faibles, à commencer par la veuve et l’orphelin. « La chevalerie devient ainsi une éthique guerrière imprégnée de valeurs chrétiennes », affirme Martin Aurell.
Reste la croisade, qui figure systématiquement au catalogue des réquisitions contre le Moyen Âge.
Réduite à ses débordements (pillages, cupidité, meurtres), elle est encore trop souvent un stigmate plutôt qu’un objet d’étude et de compréhension. On en retient les effroyables massacres de la prise de Jérusalem (15 juillet 1099), la première colonisation des États latins d’Orient ou encore le sac de Constantinople (1204).
Qu’il s’agisse d’Alphonse Dupront, de René Grousset, ou de Jean Flori, les pédagogues n’ont pourtant pas manqué sur le sujet. Nous savons désormais que les croisades ne relevaient pas du principe de la guerre sainte, qui n’existe pas aux yeux de l’Église, mais de celui de la guerre juste, théorisé par saint Augustin puis par saint Thomas d’Aquin. Qu’elles ne formaient pas un djihad chrétien, mais un pèlerinage armé, institué par l’Église, pour retrouver l’accès au Saint Sépulcre, le tombeau du Christ, et porter secours aux chrétiens byzantins, menacés par les Turcs Seldjoukides.
Dans une perspective eschatologique, le passage vers la Terre sainte fut pensé comme un rituel de purification, à même d’ouvrir plus efficacement les portes de la Jérusalem céleste à ceux qui prendraient la Croix.
Saladin, qui connaissait bien les Croisés pour les avoir combattus et les avoir fréquentés de près, ne s’y trompait pas quand il s’adressa ainsi à ses hommes, en 1191, leur donnant les Francs en modèles : « tous ces efforts, ils ne les ont fournis que par pur zèle envers Celui qu’ils adorent, pour défendre jalousement leur foi. »
Une époque inculte et obscurantiste ?
Enfin, comment le Moyen Âge pourrait-il échapper à l’opprobre de l’inculture ? Est dit aujourd’hui moyenâgeux ce qui semble grossier. Le succès populaire des Visiteurs de Jean-Marie Poiré (1993) tient en grande partie à cette caricature sans nuances.
Quant au régime taliban qui règne à Kaboul, et prive les femmes de formation scolaire, chacun s’accorde à penser qu’il est médiéval. C’est tenir en piètre estime l’intense effort intellectuel et culturel qui traversa le Moyen Âge et dont nous sommes encore largement redevables. Le Moyen Âge n’est pas un trou noir, entre l’Antiquité et les Temps modernes.
Les hommes du Moyen Âge se sont faits le relais des Anciens. Assumer la rupture avec la culture antique formait une position intenable. Le christianisme s’est développé au sein du monde hellénique, comme en témoignent les voyages de Paul et son adresse au « dieu inconnu ».
L’Évangile a été écrit en grec et a adopté certains concepts des hommes civilisés, à commencer par la distinction fondamentale entre les trois degrés de l’amour : eros, philia et agapê. Les pères de l’Église ont donc pour la plupart été formés à l’école des Anciens : Jérôme, Ambroise, Augustin, Grégoire le Grand héritent d’une double culture.
Dans le De doctrina christiana (début Ve siècle), Augustin montre comment la culture antique permet d’expliquer l’Écriture sainte. Comme l’a montré Michel Rouche, les méthodes et le programme de l’éducation antique ont survécu dans les royaumes germaniques méditerranéens (Italie des Ostrogoths, Afrique des Vandales). On trouve des écoles de grammairiens et de rhéteurs à Rome comme à Carthage. En revanche, en Gaule et en Espagne, ces écoles ont disparu.
Quatre auteurs ont joué un rôle décisif pour assurer la survie de la culture antique, en mettant les lettres classiques au service de l’Écriture sainte : Boèce, Cassiodore, Grégoire le Grand et Isidore de Séville. « Les savants médiévaux admirent profondément les acquis de l’Antiquité, qu’ils entendent perpétuer, » affirme Martin Aurell.
On connaît la phrase célèbre de Bernard de Chartres (XIIe siècle), comparant les érudits de sa génération à « des nains juchés sur des épaules de géants (les Anciens) ». De son côté, le maître parisien, Godefroy de Saint Victor (1125-1194) juge humblement que les Lettres à Lucilius de Sénèque « doivent être placées tout juste après l’Évangile ».
Certes, une certaine suspicion pèse au départ sur l’héritage d’une culture païenne. Celle-ci conduit d’ailleurs au développement des écoles monastiques. Mais peu à peu, les cultures antiques et chrétienne s’entrelacent et se fécondent mutuellement.
Le Moyen Âge emprunte à l’Antiquité la classification de la science en sept arts libéraux, le trivium, grammaire, rhétorique, dialectique, et le quadrivium, arithmétique, géométrie, musique, astrologie (dico).
La traduction et la diffusion des néo-platoniciens, comme Denys l’Aréopagite, est l’une des sources intellectuelles de l’art gothique. Si les textes de Platon restent largement méconnus avant les traductions de l’humaniste Marsile Ficin, ceux d’Aristote sont traduits et redécouverts aux XIIe-XIIIe siècle, à la fois par les Orientaux (Averroès), par Jacques de Venise et par les moines du Mont-Saint-Michel, en lien avec le monde byzantin. Elles fécondent l’œuvre de Thomas d’Aquin au XIIIe siècle. Le mythe des Dark ages ne tient décidément pas.
Les variations de l’effort pédagogique au Moyen Âge se traduisent par une succession d’essors, d’apogées et de déclins, étroitement corrélés au contexte politique, économique et social.
À ce titre, le XIIIe siècle, politiquement stable (règne de Saint Louis) et économiquement prospère (développement des échanges), forme une sorte d’Âge d’or pour l’histoire de la pédagogie. Celui-ci aurait été pourtant impensable sans l’effort de l’éducation patristique et le renouvellement de la ferveur pédagogique induit par la renaissance carolingienne et celle du XIIe siècle.
Cet apogée se traduit à la fois par la naissance de l’Université, couronnement de la formation scolaire, et par les progrès de la formation des laïcs. L’université n’est pas une école mais une corporation d’étudiants et de maîtres qui exerce son influence sur l’école.
La première de ces universités est celle de Bologne autour des écoles de droit. Puis suivent d’autres universités (une vingtaine au XIIIe siècle), chacune avec sa spécialité : Montpellier (médecine), Orléans (droit), Toulouse (théologie).
Les cours consistent en conférences (collatio), mais plus souvent aussi en explications de texte (lectio). Les commentaires ou gloses font entrer en jeu les questiones, la mise en question des autorités. Les discussions autour de la questio sont organisées à date fixe.
Des figures intellectuelles se distinguent par la qualité de leurs travaux académiques et leur charisme pédagogique. Auteur de la Somme théologique, le moine dominicain saint Thomas d’Aquin (1225-1274) exerce ainsi une aura considérable dans le domaine de la théologie et de la philosophie à la Sorbonne au cœur du XIIIe siècle.
Pourtant, cet Âge d’or est de courte durée : l’élan pédagogique retombe aux XIVe et XVe siècles sous l’effet de deux phénomènes : la sclérose de l’enseignement universitaire et la succession des crises (Grande Peste de 1348, Grand Schisme, guerre de Cent Ans).
L’épreuve reine de l’université, la disputatio, exposé dialectique des arguments contradictoires, se fige en une formalité scolaire, où l’argument d’autorité l’emporte sur l’exercice de l’intelligence.
Avec le théologien franciscain et anglais Guillaume d’Okham (début XIVe siècle), par exemple, et à rebours du thomisme, la philosophie se défait de son rapport au réel, en donnant le primat au mot sur la chose. Cette séparation (le « rasoir d’Okham »), qu’on désigne à partir du XVe siècle comme nominalisme, porte en germe le scepticisme moderne.
Reste la science. On voit mal comment le Moyen Âge pourrait se tirer de cette accusation désormais classique qui voudrait le réduire à mille ans de stagnation technologique. Qui confierait aujourd’hui son sort à la médecine médiévale ?
Pourtant, en la matière encore, point de rupture radicale avec l’héritage antique. Les sciences médiévales prolongent les sciences antiques. Elles y ajoutent même leur part d’invention : le papier, la charrue, les lunettes, ou encore l’horloge mécanique. Elles préparent aussi les innovations de la Renaissance, que nous avons parfois appris à célébrer sans discernement.
Véritables lumières du XIIIe siècle, Robert Grosseteste et son disciple d’Oxford, Roger Bacon, dotés d’une culture encyclopédique, multiplient les recherches en astronomie, cosmologie, physique, médecine et arithmétique, et inaugurent le principe si moderne de la méthode expérimentale.
Bibliographie
Martin Aurell, Aliénor d'Aquitaine. Souveraine femme, Flammarion, Paris, 2024,
Régine Pernoud, La reine Blanche, Albin Michel, Paris, 1972,
Sylvain Gouguenheim, La Sibylle du Rhin : Hildegarde de Bingen, abbesse et prophétesse rhénane, Publications de La Sorbonne, Paris, 1996,
Norbert Elias, La dynamique de l'Occident, 1939,
Michel Rouche, Histoire de l'enseignement et de l'éducation, T.1, Tempus, Perrin, Paris, 2003 (1981).











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LE BOURHIS (26-05-2025 09:56:44)
Merci pour cet article qui démystifie une fois de plus le moyen âge et on n'en fera jamais assez tant cette période a été décriée. De mon côté je pense aussi aux béguinages qui ont permis, ... Lire la suite
Colas (25-05-2025 11:18:56)
Merci. Régine Pernoud avait magistralement démonté le pseudo obscurantisme du Moyen-âge, ses livres n’ont rien perdu de leur impact aujourd'hui (Les Croisades, Lumière du Moyen-âge notamment... Lire la suite