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11 novembre 1215

Ouverture du concile Latran IV


Quand, le 11 novembre 1215, le pape Innocent III ouvre le quatrième concile du Latran, il peut se flatter d'avoir hissé la papauté à un niveau de prestige qu'elle n'avait encore jamais atteint.

Jeanne Lafont
De nouvelles structures pour l'Église

Innocent III (Lotario Segni, 22 février 1161, Gavignano ; 16 juillet 1216, Pérouse), fresque du XIIIe siècleLe concile Latran IV marque l'apogée de la chrétienté médiévale et de la papauté après l'effort de renouveau inauguré,150 ans plus tôt, par Grégoire VII . Environ 800 abbés et 400 évêques se réunissent dans la basilique romaine dont les papes du Moyen Âge ont fait leur principale résidence.

Pendant les trois semaines que dure le concile, du 11 au 30 novembre 1215, de nombreuses décisions sont prises qui renforcent l'emprise du Saint-Siège sur la chrétienté occidentale.

Le concile réglemente en premier lieu la confession. Il établit l'obligation de se confesser et de communier au moins une fois l'an, à Pâques. Il instaure la confession auriculaire (à l'oreille du prêtre) en remplacement de la confession publique, rare et réservée aux actes graves et connus de tous. La religion catholique confirme ainsi son emprise sur les populations d'Europe occidentale.

Avec le concile Latran IV apparaît un nouveau personnage, le curé. Celui-ci est un prêtre affecté à un territoire, la paroisse, avec la charge d'en soigner les âmes. D'où son nom, dérivé du latin «cura animarum» (soin des âmes).

Relativement instruit, célibataire, généralement chaste et consciencieux, attaché à son village, le curé devient très vite un pilier de la société médiévale... et les travers de certains d'entre eux ne tarderont pas à alimenter un anticléricalisme tantôt ironique, tantôt violent.

Révolution féministe

Parmi les innovations majeures du concile Latran IV de 1215 figure la publication des bans à l'occasion des mariages. Il n'est désormais plus possible de convoler dans la clandestinité. Cette mesure est destinée à lutter contre les unions consanguines, entre cousins et parents proches, que l'Église et le corps social tiennent en horreur, ces unions débouchant sur une dégénérescence génétique et, dans le meilleur des cas, sur un repli communautaire.

Les évêques conciliaires accomplissent un acte révolutionnaire en n'autorisant que les mariages pour lesquels les deux conjoints, l'homme et la femme, auront publiquement exprimé leur consentement.

Ainsi, pour la première fois dans l'Histoire de l'humanité, la société accorde aux femmes le droit de disposer d'elles-mêmes. Les femmes ne sont plus des mineures, comme sous l'Antiquité, ou des marchandises que le père cède contre une dot, ainsi qu'il en va encore dans maintes sociétés.

Bien entendu, il faudra beaucoup de temps avant que les femmes puissent pleinement choisir et accepter leur conjoint. Elles seront longtemps encore soumises à la pression de leur entourage mais, avec l'appui de l'Église, leur liberté progressera régulièrement.

L'Église médiévale, assidue à limiter la brutalité des guerriers, a aussi à coeur de freiner la brutalité des maris. C'est ainsi qu'elle réglemente à tour de bras les pratiques sexuelles et condamne tout ce qui pourrait ressembler à un viol conjugal.

L'époque du concile coïncide aussi avec la construction des plus belles cathédrales gothiques. Les sculpteurs et les peintres commencent à exalter la beauté du corps féminin, qui revêt au choix l'apparence de la vierge Marie ou d'Eve, la première femme.

Dans les églises se répand le culte de Marie tandis que dans les cours seigneuriales ou royales, les troubadours et les poètes chantent l'amour érotique.

Les femmes de haut lignage prennent part à l'art poétique et participent à l'exercice du pouvoir, à l'égal de leur mari ou en remplacement de celui-ci. Les exemples les plus connus sont ceux d'Aliénor d'Aquitaine et de son arrière-petite-fille Blanche de Castille, mère de Saint Louis et régente du royaume de France.

La Renaissance et le retour en vogue du droit romain entraîneront une certaine régression du statut social de la femme. Cette régression prendra tout son effet avec les «Lumières» du XVIIIe siècle et la Révolution française, qui renverront les femmes bourgeoises à leurs fourneaux et à leurs devoirs d'éducatrices. Le Code civil napoléonien entérinera cette régression, mais sans pouvoir revenir sur le consentement des femmes au choix de leur mari.

Le concile Latran IV ne s'en tient pas, hélas, au droit du mariage et au statut de la femme. Il impose aussi aux juifs le port d'un insigne distinctif. Il condamne enfin les doctrines vaudoise et cathare qui sanctifient la pauvreté et le renoncement aux valeurs matérielles.

Ces valeurs évangéliques retrouveront toutefois leur place dans l'Église officielle grâce aux Ordres mendiants de saint François d'Assise et de saint Dominique de Guzman qui s'épanouissent à l'époque même du concile.

Publié ou mis à jour le : 2015-11-11 16:42:38

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Cha (05-03-201618:47:00)

Très bon article, qui ouvre bien sur le droit de la femme. Il est toutefois dommage que les sanctions, réservés aux prêtres, "mariés" et témoins ne soient pas évoqués.
D'autres règles concernant le mariage manquent telles que la possibilité de se défaire d'une promesse de mariage avant qu'il n'y ait eu consommation grâce à l'évêque ou à son official; ou les raisons possibles d'empêchement du mariage (frigidité, impuissance, affinité, compaternité, violence, erreur sur la personne...etc) ... Lire la suite

Assemat (14-12-201508:45:46)

dommage de ne pas parler de la depossession du comte de toulouse au profit de simon de monfort

sonate (16-11-201518:08:00)

2 remarques sur cet article, intéressant par ailleurs :
- je vois bien la régression du statut des femmes avec le Code Napoléon, moins bien à la Renaissance, et pas davantage au xvIIIe siècle. Leur statut était très lié à leur fortune certes, mais, d'Isabelle d'Este à Madame du Châtelet, on ne peut pas dire qu'elles sont hors jeu...
- le concile de Latran n'a-t-il rien dit en matière de dogme ? s'agissant notamment du Purgatoire ? Ceci est une question, si vous avez une réponse, j'a... Lire la suite

liwer (08-11-201519:24:56)

J'apprécie tous vos articles et j'en profite pour vous en féliciter. Toutefois votre article récent relatif au 4ème concile de Latran indique notamment (et secondairement) : "Le concile Latran IV ne s'en tient pas, hélas, au droit du mariage et au statut de la femme. Il impose aussi aux juifs et aux musulmans le port d'un insigne distinctif.". Je regrette que vous ne mentionnez pas qu'il y a eu d'autres mesures anti- juives : "Les Juifs se voient interdire d'occuper des fonctions publiques, ils ... Lire la suite

Jibe (08-11-201511:06:47)

J'ai trouvé cet article excellent concis et excellent de précision.Merci


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