L'Histoire au cinéma

À chaque pays sa vision de l'Histoire

Né à l’orée du XXe siècle, le cinéma s’est très vite imposé comme le principal média de notre temps. Lui seul arrive à réunir des dizaines de millions de spectateurs autour d’un titre. Le record appartient à Autant en emporte le vent, qui a été vu par 200 millions de spectateurs dans les salles obscures depuis sa sortie en 1939, non compris les diffusions à la télévision.

Au revoir là-haut, film d'Albert Dupontel (2019)Avec les « vues » des frères Lumière et les films en studio de Georges Méliès, le cinéma s’est de suite approprié l’Histoire.

Elle y apparaît sous la forme de documentaires comme Nuit et Brouillard (1955, Alain Resnais), de films « historiques » comme Lincoln (2013, Steven Spielberg), de fictions historiques comme Au revoir là-haut (2017, Albert Dupontel) ou encore de films « à costumes » comme Fanfan la Tulipe (1952, Christian-Jaque).

Notre mémoire collective ne peut plus se défaire de toutes ces images. Elles sont devenues un élément essentiel de notre culture historique. À chaque pays la sienne. Autant par exemple les Américains privilégient l’Histoire récente, autant les Français s’en détournent…

André Larané

Hollywood met l’Histoire au service de l’Oncle Sam

Autant en emporte le vent (1939, Victor Fleming)Quiconque veut aujourd’hui se représenter le Sud des États-Unis avec ses plantations de coton, ses esclaves et son aristocratie de planteurs pense immédiatement au film-culte Autant en emporte le vent dominé par l’entêtée Scarlett O’Hara (Vivien Leigh) et l’aventurier Rhett Butler (Clark Gabble). Les historiens eux-mêmes sont obligés d’y faire référence.

Autre phénomène non moins percutant, Le Jour le plus long (1962, Darryl Zanuck) a littéralement submergé notre imaginaire sur le Débarquement de Normandie du 6 juin 1944. Tiré du livre éponyme de Cornelius Ryan, ce film est fidèle à la réalité historique si ce n'est qu'il surévalue lourdement la part américaine dans le succès du débarquement au détriment de la participation britannique et canadienne, pourtant primordiale, et de la Résistance française, essentielle.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, nous en venons tous à penser que Hitler fut vaincu par les Américains en oubliant les véritables tournants de la Seconde Guerre mondiale que furent les batailles d'El-Alamein, Stalingrad et Koursk, très chèrement gagnées par les Britanniques et les Soviétiques.

U-571 (Jonathan Mostow, 2000)Cela démontre la puissance du cinéma en général et d’Hollywood en particulier. Les studios californiens dominent le cinéma mondial depuis plus d’un siècle. Ils sont le fer de lance du soft power américain, que l’on pourrait traduire par « domination douce » ou « impérialisme civilisé ». C’est le cinéma américain qui, depuis 1945, a converti le monde entier à l’american way of life avec son arrière-plan commercial (Coca-Cola, IBM, McDo, Microsoft, Google, Amazon…).

Dans le souci de flatter la fibre patriotique du public américain, il arrive qu’Hollywood travestisse sans détours la vérité. Ce fut le cas avec le film U-571 (2000, Jonathan Mostow) qui raconte la capture d’un sous-marin allemand en 1940. Cet exploit bien réel permit aux Alliés de déchiffrer le code secret Enigma employé par les nazis. Mais Hollywood n’eut pas de scrupule à l’attribuer à l’US Navy au lieu de la Royal Navy britannique !

Ce le fut aussi avec Le dernier samouraï (2003, Edward Zwick) dans lequel Tom Cruise incarne un officier yankee fictif vaguement inspiré du bien réel capitaine français Jules Brunet.

Dans le même sens, Hollywood a su héroïser et magnifier les pages les plus sombres de l’histoire américaine avec en premier lieu le western, un genre épique qui est à rapprocher de la chanson de geste médiévale.  Le premier film du genre apparaît dès 1903. C’est Le Vol du grand Rapid (Edwin S. Porter). Le western est une fiction qui fait revivre la colonisation de l’Ouest au détriment des Indiens…

James Stewart dans La Flèche brisée, Delmer Daves, 1949

Les Indiens sont d’abord présentés comme de dangereux sauvages dans La Chevauchée fantastique (1939, John Ford) avec John Wayne en pur héros américain. Après la Seconde Guerre mondiale toutefois, ils sont perçus avec davantage d’empathie et même comme des adversaires loyaux. C’est le cas dans La Flèche brisée (1949, Delmer Daves) qui raconte les guerres apaches de 1870 avec le chef Cochise. John Ford lui-même tourne casaque et s’apitoie sur leur sort tragique et injuste dans Les Cheyennes (1964).

Les Indiens sont pleinement réhabilités avec Little Big Man (1970, Arthur Penn) qui raconte la bataille de Little Big Horn en prenant pour la première fois le parti des victimes. Ce film est aussi le chant du cygne du western traditionnel.

Dans les déconvenues des décennies 1970 et suivantes - guerre du Vietnam et crise socio-économique -, le cinéma d’Hollywood se jette goulûment sur l’histoire récente. La guerre du Vietnam donne lieu à de nombreux films remarquables avant que les cendres aient le temps de refroidir : Voyage au bout de l’enfer (1978, Michael Cimino),  Apocalypse Now (1979, Francis Ford Coppola), Good Morning Vietnam (1987, Barry Levinson)… À chaque fois, la guerre est abordée du strict point de vue américain avec une tonalité épique, héroïque ou dramatique qui fait oublier le caractère inique de l’intervention américaine.

La Chute du faucon noir (1979, Ridley Scott)L’humiliante prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979  inspire à Ben Affleck le film Argo (2012) à la gloire de la CIA. Le film raconte l’exfiltration de plusieurs otages… en passant complètement sous silence la part prise par les Canadiens dans cet exploit. Même chose avec la calamiteuse intervention en Somalie en 1992. Ridley Scott en tire un spectaculaire film d'action, La chute du faucon noir (2001). Les milices somaliennes ayant abattu deux hélicoptères américains Black Hawk (« Faucon Noir »), le film raconte le sauvetage des survivants du crash. Il met en avant l'héroïsme des « boys » et fait oublier les humiliations qu’ils ont subies.

La politique intérieure intéresse tout autant Hollywood qui y voit l’occasion de célébrer la liberté et les vertus américaines. Cela va du scandale du Watergate avec Les Hommes du Président (1976, Alan Pakula) au tout récent Cas Richard Jewell (2020, Clint Eastwood) qui met en scène le courage d’un avocat face à l’injustice subie par un malheureux vigile… Parions que d’ici deux à cinq ans, un grand cinéaste américain témoignera de l’héroïsme du peuple américain (et de lui seul) face au coronavirus.

Mais Hollywood a aussi une dimension planétaire. Rendons-lui grâce d’illustrer des aspects méconnus de l’Histoire. Roland Joffé a montré les missions jésuites en Amérique du sud dans Missions (1986). Martin Scorsese a abordé le choc des cultures dans Silence (2017), qui relate l’arrivée de missionnaires jésuites au Japon. Ridley Scott a réalisé Le Royaume des Cieux (2005) qui est l’un des très rares grands films consacrés aux croisades. Steven Spielberg a révélé La Liste de Schindler (1993), histoire d’un industriel allemand tiraillé entre son humanité et son allégeance au nazisme. Dans Une Vie cachée (2019), Terrence Malick a pour sa part sorti de l’ombre un paysan autrichien qui refusa au prix de sa vie de prêter serment au Führer.

Le Royaume des cieux, Ridley Scott, 2005

Les Français nostalgiques de leur grandiose passé

Si les Américains aiment à se retourner sur leur Histoire quand les cendres en sont encore brûlantes, il en va tout autrement de nous autres Français. Songeons que la guerre d’Algérie, dont on ne cesse de ressasser la mémoire 70 ans après, n’a donné lieu à aucun film notable ! Aucun, si ce n’est La Bataille d’Alger (1966, Gillo Pontecorvo). Encore s’agit-il d’un film algéro-italien et il n’a pas marqué l’histoire du 7e Art.

Ne disons rien des événements plus récents qui ont émaillé l’Histoire de la Ve République. Rien pour raconter et donner de la visibilité et de l’humanité aux opérations extérieures des forces françaises, du Tchad au Mali, du Liban à l’Afghanistan. Les souffrances, les exploits et le courage auxquels elles ont pu donner lieu demeureront à jamais enfouies dans les rapports administratifs et les dépêches d’agences, hors du champ de l’Histoire.

L'ordre et la morale (Mathieu Kassovitz, 2011)Les péripéties de la politique intérieure inspirent aussi peu les cinéastes. Rien pour raconter les scandales financiers récurrents, les révoltes populaires ou estudiantines ni même les fantaisies sexuelles de nos présidents qui, de ce côté-là pourtant, ne manquent pas d’imagination. Serait-ce que la version française de la liberté d’expression est plus restrictive que la version étasunienne ?...

Comme il n’y a pas de règle sans exception, signalons tout de même L’Ordre et la Morale (2011, Mathieu Kassovitz) qui raconte l’assaut de la grotte d’Ouvéa (Nouvelle-Calédonie) en 1988. Le réalisateur dénonce la façon dont le Premier ministre Jacques Chirac avait instrumentalisé cette prise d’otages pour se prévaloir d’un succès dans son affrontement avec le président François Mitterrand à la veille des élections présidentielles. Pour ne rien oublier, citons aussi La 317e Section (1965) de Pierre Schoendoerffer, qui raconte la guerre d’Indochine et la défaite de Dien Bien Phu, et plus près de nous, Grâce à Dieu (2019, François Ozon) qui traite de la pédophilie dans l’Église.

Et puis, à tout seigneur tout honneur, remontons beaucoup plus loin dans le temps et citons L’Affaire Dreyfus, réalisé par Georges Méliès en 1899, alors même que ladite Affaire était encore brûlante. Le capitaine injustement condamné sous l’inculpation de trahison venait tout juste d’être amnistié et il n’allait être réhabilité que 7 ans plus tard ! On peut voir dans ce petit film de 10 minutes (on ne savait pas encore faire de longs métrages) le premier film historique et politique de l’Histoire du cinéma.

À cela près, les seuls films qu’ait produits le cinéma français sur l’Histoire récente concernent des pays étrangers et sont le fait du cinéaste d’origine grecque Costa-Gavras : Z en 1969 sur la dictature grecque, L’Aveu en 1970 sur la répression en Tchécoslovaquie et État de siège en 1972 sur l’Amérique latine !

N’allons pas en tirer la conclusion que les Français n’aiment pas leur Histoire ! Bien au contraire, ils l’adorent sur écran comme sur papier mais à condition qu’elle soit antérieure à la Libération (1944) et de préférence même à Waterloo (1815).

Jeux Interdits, René Clément, 1952

- La Seconde Guerre mondiale, entre Résistance et Collaboration :

La Seconde Guerre mondiale demeure l’époque la plus prisée par les spectateurs. Un nom domine tous les autres dans ce genre, celui du réalisateur René Clément. On lui doit les films les plus mythiques sur l’Occupation et la Résistance. Il commence très fort, dès 1946, avec La Bataille du rail.

La Bataille du rail est immédiatement récompensé d’un Grand Prix à la première édition du festival de Cannes. Il ne s’agit pas d’un film d’Histoire mais d’une fiction historique. Les méchantes langues le qualifieraient de film de propagande si l’expression n’était réservée aux régimes totalitaires. Le film exalte en effet l’action des cheminots dans la Résistance, une manière de faire oublier les compromissions de la compagnie ferroviaire nationale avec l’occupant.

Quelques années plus tard, en 1952, le réalisateur va changer de registre avec Jeux Interdits, une fiction très attachante qui suit deux enfants perdus sur les routes de l’exode de juin 1940 et témoigne de l’atmosphère trouble de cette période. En 1963, René Clément offre à la France du général de Gaulle un film à grand spectacle, Paris brûle-t-il ? à la gloire de la Résistance… Ici comme dans Le Jour le plus long sorti l’année précédente, la réalité historique est respectée dans les grandes lignes mais avec une héroïsation de la Résistance et de la France Libre du général de Gaulle.

Lacombe Lucien (1974, Louis Malle)En 1969, le réalisateur Jean-Pierre Melville sort un autre film à la gloire de la Résistance. C’est L’Armée des ombres, d’après un roman de Joseph Kessel. Mais la même année sort un documentaire de quatre heures par Marcel Ophuls sur l’Occupation, Le Chagrin et la Pitié. En rupture avec les films antérieurs, il montre une France massivement résignée ou collaboratrice. Ce basculement survient alors que Charles de Gaulle démissionne de la présidence de la République.  

Mort en 1970, de Gaulle n’aura pas l’amertume de voir Lacombe Lucien en 1974, un film de fiction de Louis Malle qui montre l’engagement irréfléchi d’un jeune paysan dans la Milice au service des nazis. Avec ce film, c’en est fini du genre héroïque pour tout ce qui regarde la Seconde Guerre mondiale. À l’unisson de l’opinion publique, le cinéma va dès lors se centrer sur le sort fait aux Juifs pendant l’Occupation.

L’Entre-deux-guerres et la Première Guerre mondiale ont peu inspiré le cinéma français. La Grande Illusion (1937, Jean Renoir), avec Jean Gabin, raconte la chronique amère d’un camp allemand où sont détenus des officiers français pendant la Grande Guerre. C’est un propos désabusé sur la guerre dans lequel certains ont vu le signe annonciateur de la défaite de 1940.

Plus près de nous, les tranchées ont inspiré des films de fiction sur les souffrances des soldats et la condition humaine, par exemple le remarquable Au revoir là-haut (2017, Albert Dupontel) mais rien sur les « exploits » des généraux et de leurs hommes.

Napoléon par Abel Gance, 1927

- Napoléon, la Révolution et le Grand Siècle, les gloires de la France :

Napoléon par Abel Gance, 1927La IIIe République, le Second Empire et les conquêtes coloniales laissent de marbre les cinéastes et leur public. Il faut remonter jusqu’à Napoléon Ier, la Révolution et au-delà pour que le cinéma français renoue avec l’épopée, l’héroïsme et la fibre cocardière. Cela commence en 1927 avec Napoléon vu par Abel Gance, un film muet de 4 heures (dans sa version courte !) que peu de personnes se souviennent avoir vu mais que les cinéphiles classent parmi les chefs-d’œuvre du cinéma mondial !

Dix ans plus tard, dans l’enthousiasme du Front populaire, Jean Renoir (fils du peintre) se lance à son tour dans une grande fresque historique qui exalte la Révolution et le peuple : La Marseillaise. Mais le film sort en février 1938, en pleine déprime nationale. C’est un échec. Robert Enrico va renouveler la tentative à l’occasion du bicentenaire de la prise de la Bastille, en 1989, avec une nouvelle fresque : La Révolution française. Ce sera encore un échec commercial malgré les moyens mis en œuvre. Le film garde toutefois tout son intérêt pour les enseignants qui voudraient montrer la Révolution à leurs élèves…

Dans l’atmosphère autrement plus vibrionnante des « Trente Glorieuses », en 1954, Sacha Guitry saura capter la faveur du grand public avec une fresque historique et plaisante de près de trois heures, Si Versailles m’était conté… Cette fois, le succès populaire est au rendez-vous et dès lors, les cinéastes ne vont cesser de labourer ces siècles durant lesquels la France et la Cour de Versailles dirigeaient le monde.

En 1957, Stellio Lorenzi, André Castelot et Alain Decaux inaugurent à la télévision une série historique prestigieuse : La caméra explore le temps. Elle va dérouler 39 épisodes en dix ans et nourrir la passion des Français pour l’Histoire. Les neuf dixièmes de ces épisodes se rapportent aux XVIIe et XVIIIe siècles ainsi qu’au tout début du XIXe siècle. Deux seulement concernent le XXe siècle (Mata Hari et l’Armistice).

Soulignons la portée politique des deux derniers épisodes de la série, consacrés aux Cathares. Ils vont révéler aux Français la violence de la guerre menée par les seigneurs du Nord contre les Français du Midi aux XIIe et XIIIe siècles. Et ils vont du même coup populariser le nom d’Occitanie, fabriqué au… XIXe siècle pour désigner le Midi où l’on parle d’oc, par opposition au Nord où l’on parle d’oy, oc et oy étant deux façons anciennes de dire oui !

Par un fait curieux, l’horizon du cinéma français s’arrête au XVIe siècle. Le Moyen Âge a le plus grand mal à pénétrer dans les studios de l’Hexagone… à l’exception de Jeanne d’Arc qui a séduit Robert Bresson (Le Procès de Jeanne d’Arc, 1962) aussi bien que Luc Besson (Jeanne d’Arc, 1999) et des cinéastes étrangers (le Danois Carl Dreyer, l’Italien Roberto Rossellini). On peut y voir un atavisme gaulois puisque déjà nos auteurs classiques Corneille et Racine ignoraient cette période, au contraire de Shakespeare qui s’en est délecté, de Macbeth à Henry V…  

Les Britanniques, champions du genre historique

À la grande différence de leurs homologues français, les cinéastes d’outre-Manche font leur miel de toutes les périodes historiques. Ils sont les champions du genre et prouvent d’un film à l’autre une exceptionnelle aptitude à « plaire et instruire » à la fois qui concilie le succès commercial et la fidélité à l’Histoire.

Gandhi, Richard Attenborough, 1982Les Britanniques ne rechignent pas à évoquer leur histoire coloniale en symbiose avec leurs anciens sujets.  La biographie de Gandhi (1982, Richard Attenborough) est un modèle du genre avec l’Anglo-Indien Ben Kingsley dans le rôle-titre. Plus récemment, la réalisatrice anglo-indienne Gurindher Chadha a illustré sans complaisance les difficultés de la marche des Indes vers l’indépendance avec Le dernier vice-roi des Indes (2017). En sens inverse, notons-le, c’est un cinéaste d’origine pakistanaise qui s’est fendu d’un beau film baroque sur la « reine vierge » : Elizabeth, l’Âge d’Or (2008, Shekhar Kapur)…

La période contemporaine et ses pages sombres n’effraient pas les cinéastes britanniques. Ken Loach a abordé la tragédie irlandaise avec Le Vent se lève (Palme d’Or du Festival de Cannes 2006). Churchill, à la différence de De Gaulle, est un monument que le cinéma ne craint pas d’affronter. Il est apparu au meilleur de sa forme dans Les Heures sombres (2017, Joe Wright) qui raconte les deux semaines de mai 1940 durant lesquelles l'Angleterre, tétanisée par l'offensive éclair de la Wehrmacht en Belgique et en France, a balancé entre la résignation et la résistance.

Le cinéma anglais ne craint pas non plus de montrer un ancien Premier ministre, Tony Blair, et même la reine en exercice dans The Queen (2006, Stephen Frears). Ce film met en scène l’affrontement entre Tony Blair et Elizabeth II dans les jours qui ont suivi la mort de la princesse Diana. Le père de l’actuelle souveraine, George VI, a lui-même fait l’objet d’un film à succès, Le Discours d’un roi (2011, Tom Hooper) autour de son bégaiement.  

C’est enfin un cinéaste britannique, Sir Ridley Scott, qui a illustré mieux que quiconque le film d’Histoire à Hollywood. Oublions son 1492, Christophe Colomb (1992), pas très sérieux, mais Gladiator (2000) vaut le détour même si cette rivalité fictive entre l’empereur Commode et un général à succès a peu à voir avec la réalité. La Rome de César a aussi fait l’objet d’une grandiose série télévisée, Rome (2005) avec une production américano-britannique.

Curieusement, les Italiens sont demeurés quasi-indifférents à leur magnifique Histoire. Dans leur heure de gloire, les studios de Cinecittà ne se soucièrent jamais de filmer le passé si ce n’est sous la forme de quelques fictions baroques comme Les Onze Fioretti de François d'Assise (1950, Roberto Rossellini), Fellini Roma (1972, Federico Fellini), Ludwig ou le Crépuscule des dieux (1973, Luchino Visconti) ou encore La Vie est belle (1997, Roberto Benigni).

Même chose du côté ibérique. Espagnols et Portugais n’ont tiré aucun grand film des exubérances de leur Histoire et de leur épopée ultramarine. Le seul film notable sur la colonisation espagnole en Amérique a été réalisé par l’Allemand Werner Herzog : Aguirre, la colère de Dieu (1972), avec l’inoubliable Klaus Kinski. Ce film mis à part, le cinéma allemand ignore l’Histoire ancienne. Il reste centré sur la mémoire du nazisme et de la période soviétique avec des films attachants à l’exemple de Sophie Scholl, die letzten Tage (2005, Marc Rothemund) qui raconte la résistance au nazisme d’un groupe d’étudiants chrétiens, ou de La Vie des autres (2007, Florian Henckel von Donnersmarc) qui dépeint le système policier de l'ancienne RDA (République Démocratique Allemande).

La double oppression subie par la Pologne a conduit le réalisateur Andrzej Wajda à un film témoignage sur le massacre de plusieurs milliers d’officiers polonais par Staline en 1940, Katyn (2007). Le cinéaste a fait ici un travail de mémoire en montrant de façon palpable le drame dans sa réalité. Sa démarche est à l’opposé de celle de Sergueï Eisenstein qui a mis son génie au service de la propagande communiste en transfigurant une banale mutinerie en une mémorable révolte, Le cuirassé Potemkine (1925). Mais le cinéma russe sait aussi se montre attentif à la réalité historique. Ainsi doit-on à Sergueï Bondartchouk le plus grandiose film qui soit sur Napoléon : Waterloo (1970).

Japonais et Chinois ne sont pas non plus restés indifférents au film d’Histoire. À ces peuples en pleine renaissance, il rappelle la richesse de leur passé. Celle-ci transparaît dans Kagemusha, l'Ombre du guerrier (1980, Akira Kurosawa) où un chef de clan blessé à mort est remplacé par un sosie pour ne pas démoraliser ses troupes. L’année des Jeux Olympiques de Pékin, la Chine a pour sa part témoigné de sa fierté retrouvée avec un film épique et grandiose, Les Trois Royaumes (2008, John Woo) qui raconte une guerre à la fin de la dynastie Han, vers 208 de notre ère.

De Potemkine aux Trois Royaumes en passant par Fort Alamo (1960, John Wayne), le film historique nous parle en définitive autant du présent que du passé. Par le regard que nous portons sur notre Histoire, il donne la mesure de notre confiance en l’avenir.


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Fiction vs Réalité
Publié ou mis à jour le : 2020-07-07 15:35:57

 
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