1947-2014 - La guerre secrète de la CIA - Herodote.net

1947-2014

La guerre secrète de la CIA

Depuis sa création en 1947, au plus fort de la guerre froide entre États-Unis et Union soviétique, la CIA joue un rôle important dans les relations internationales.

Ses réussites autant que ses échecs la placent régulièrement sous les feux de la rampe, tout comme ses méthodes controversées. Retour sur une histoire mouvementée.

La sculpture Kryptos et ses messages cryptés, devant le quartier général de la CIA (Langley, Virginie), DR

Nécessité fait loi

La création de la CIA intervient en 1947, dans le contexte de l'après Seconde Guerre mondiale : la menace communiste fait qu'il est dorénavant impossible pour les États-Unis de revenir à leur politique traditionnelle d'isolationnisme.

La Central Intelligence Agency (CIA, « Agence Centrale du Renseignement » en français) prend la suite de l'Office of Strategic Services, créé pendant la guerre.

Très vite, elle se trouve sous le feu de premières critiques : le 9 avril 1948, lors d'une conférence des États américains à Bogota, des émeutes sanglantes menacent les délégués et beaucoup y voient la main de l'URSS. L'agence est alors accusée (largement à tort) de ne pas les avoir anticipées.

Un deuxième échec intervient en 1949, lorsque la CIA tente pour la première fois de renverser un gouvernement étranger, celui du dictateur communiste Enver Hodja en Albanie.

Mais le pire est à venir : l'attaque par les troupes de Corée du Nord de leur voisin du Sud le 25 juin 1950. Elle prend la CIA par surprise : sa première réaction à la guerre de Corée est d'y voir une diversion avant une attaque communiste sur Taïwan !

De la CIA toute-puissante à la CIA impuissante

Durant les années 1950, la CIA redore son blason en réussissant plusieurs coups spectaculaires : en août 1953, le Premier ministre iranien Mossadegh est renversé dans le cadre d'une opération menée entre autres par la CIA et son responsable local, Kermit Roosevelt, petit-fils du président Théodore Roosevelt et cousin de Franklin Delano.

Allen Welsh Dulles (7 avril 1893, Watertown, État de New York - 29 janvier 1969, Washington)L'année suivante, le président élu du Guatemala, Jacobo Arbenz, est renversé pour avoir voulu s'en prendre aux intérêts de la United Fruit Company.

Allen W. Dulles, directeur civil de la CIA de 1953 à 1961, incarne les ambiguïtés de l'Agence. 

Son frère est secrétaire d'État (ministre des Affaires étrangères) sous la présidence Eisenhower, et tous deux ont des intérêts dans la United Fruit Company (aujourd'hui Chiquita).

À partir de la prise de pouvoir de Fidel Castro à Cuba, ce dernier devient la bête noire de l'Agence, qui échafaude divers plans pour le renverser ou l'assassiner.

Leur réalisation se solde par une catastrophe avec le débarquement dans la Baie des Cochons, le 16 avril 1961, de 1400 hommes entraînés et financés par la CIA.

Dès lors, on l'accuse de tous les maux, comme d'être impliquée dans les assassinats de Rafael Trujillo, dictateur de Saint-Domingue, en 1961, du Congolais Patrice Lumumba et du président sud-vietnamien Ngo Dinh Diem, le 2 novembre 1963. Dans tous ces cas, il semble qu'elle n'ait joué aucun rôle ou quasiment, même si elle voyait ces disparitions d'un bon œil.

La crise des années 1970

Le 2 août 1964, le navire américain Maddox affronte des vaisseaux nord-vietnamiens durant une mission d'espionnage. Cet « incident du Golfe du Tonkin » est le prétexte qui permet au président Johnson – lequel par ailleurs ne faisait aucune confiance à la CIA – d'obtenir du Congrès des fonds pour ce qui va devenir la guerre du Vietnam.

La CIA met en place une opération extrêmement complexe au Laos pour appuyer une armée clandestine des Hmong (ou Meo), sans parvenir à faire basculer la guerre : au début des années 1970, elle semble à beaucoup avoir perdu de son efficacité. 

Au Chili, la CIA intervient dans les années 1960 pour tenter d'empêcher Salvador Allende s'arriver au pouvoir, mais n'obtient pas de résultats électoraux tangibles, au contraire : ses interventions exacerbent les tensions.

Des sandinistes capturent l'agent de la CIA Eugene Hasenfus au Nicaragua en octobre 1986 (DR)

Le Nicaragua et l'Afghanistan : grandeur et décadence

Au Nicaragua, en juin 1979, le mouvement gauchiste « du Front national de libération Sandiniste » prend le pouvoir en renversant le dictateur Somoza. La CIA y voit le risque d'un effet domino et d'une contagion dans la région.

En violation du droit international, elle mine les ports du Nicaragua pour aider les contras, occasionnant le naufrage de plusieurs navires en janvier 1984. Le Congrès mène une enquête de grande ampleur et le Nicaragua porte l'affaire devant la Cour de justice internationale qui condamne les États-Unis en 1986 : l'effet sur l'opinion mondiale est désastreux.

Un autre point chaud durant les années 1980 est l'Afghanistan. La CIA soutient avec des armes les opposants à l'invasion soviétique depuis le Pakistan voisin.

Toutefois, après le retrait soviétique, la CIA se désintéressera de l'Afghanistan sans voir la menace des talibans à partir de 1994. En revanche, elle va poursuivre Oussama Ben Laden durant des années et le 4 septembre 2001, une semaine tout juste avant le 11-Septembre, une réunion du cabinet du président Bush Jr approuve un plan pour se débarrasser de lui.

Mais l'Agence rate l'essentiel et ne voit pas la menace qui se concrétise le 11 septembre. C'est que la disparition du communisme, en la privant de ses repères, a contribué à plonger la CIA et ses 30.000 agents officiels (sans compter plus de cent mille agents officieux) dans la routine bureaucratique. Sa réaction n'en sera que plus violente...

La torture comme méthode d'investigation

Le 9 décembre 2014, le Sénat américain publie un rapport sur « le programme de détention et d'interrogation » qui détaille les tortures pratiquées par la CIA dans sa traque des terroristes depuis le 11 septembre.

La description des sévices infligés fait froid dans le dos. On apprend d'ailleurs que même les agents de la CIA étaient à bout et qu'il fallait les contraindre à continuer...

La dissimulation d'informations aux autorités américaines est également exposée dans toute son ampleur. Et pour quels résultats ? Des informations qui ne sont le plus souvent pas intéressantes, voire sont des fausses pistes, tant les victimes de torture sont incités à inventer n'importe quoi pour satisfaire leurs bourreaux.

Si le contenu du rapport suscite l'horreur et l'indignation, le fait même qu'il soit publié (dans une version abrégée, le document total comprenant plus de 6000 pages) mérite d'être souligné : les États-Unis ont en effet une culture de la transparence et de la publication des documents administratifs bien plus poussée que, par exemple, la France.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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