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25 avril 1974

La Révolution des oeillets


« Grândola, vila morena,
Terra da Fraternidade,
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade...  » (extrait)

« Grândola, ville brune,
Pays de Fraternité,
C'est le peuple qui commande
Ici, oh cité »

Le 25 Avril 1974, au Portugal, la station catholique Rádio Renascença (Radio Renaissance) diffuse cette chanson de José Afonso. C'est le signal de départ de la « Révolution des Oeillets » : aussitôt, de jeunes capitaines se soulèvent contre la dictature instaurée par Salazar, 48 ans plus tôt.

Après quelques mois de turbulences, le pays va pouvoir reprendre sa place parmi les démocraties européennes.

La révolution des oeillets au Portugal, 1974 (DR)

Le Portugal en panne

À la fin des années 1950, le Portugal figure à la traîne de l'Europe occidentale pour le développement économique en raison d'une gestion excessivement prudente des dépenses publiques par le docteur Salazar. Le pays se voit contester sa souveraineté sur les derniers vestiges de son empire colonial, en Afrique et en Asie.

Aux Indes, les possessions portugaises de Goa Damão et Diu  sont annexées de force par l'Union indienne en 1961. La même année, en Angola, vaste colonie d'Afrique australe, les indigènes entament leur combat pour l'indépendance. D'autres soulèvements apparaissent en Guinée et au Mozambique, autres colonies africaines. Des soldats de plus en plus nombreux sont envoyés outre-mer pour les réprimer.

Pour le Portugal, à peine peuplé de neuf millions d'habitants, le « maintien de l'ordre » en Afrique devient une charge de plus en plus pesante. Jusqu'à 35% du budget national. 800.000 hommes y participent dans les années 1960 et 8.000 y trouvent la mort. Beaucoup de jeunes hommes émigrent clandestinement en vue d'échapper aux quatre années de service militaire et d'obtenir à l'étranger, en France surtout, de meilleures conditions de vie.

Marcelo Caetano succède à Salazar à la présidence du Conseil le 28 septembre 1968. Il ébauche une ouverture politique. Mais l'opposition parlementaire manque de consistance. C'est finalement de l'armée que viendra la révolte contre la dictature et la guerre outre-mer.

Coup d'État militaire

Le coup d'État du 25 avril 1974 est l'oeuvre de jeunes capitaines comme Otelo Saraiva de Carvalho ou Ramalho Eanes. Il réussit grâce à l'effet surprise des capitaines du MFA (Mouvement des Forces Armées) qui ont immédiatement pris possession des moyens de communication et obtenu le soutien actif de la population.

Les généraux António de Spínola et Costa Gomes lui apportent après coup leur concours mais ces généraux à l'ancienne, partisans d'une émancipation progressive de l'empire colonial, seront vite dépassés par les événements.

Une vendeuse de fleurs du Rossio, la grande avenue de Lisbonne, offre aux soldats les fleurs de saison qu'elle a à vendre : des oeillets rouges ! Le lendemain, le journal parisien Le Monde sort en première page : « La Révolution des Oeillets triomphe au Portugal ! »

Ce triomphe se produit en quelques heures et sans presque aucune effusion de sang. Si la redoutable police, la PIDE, n'a pas craint d'ouvrir le feu sur la population, faisant quatre morts et 45 blessés, le MFA, lui, n'a pas tiré un seul coup de fusil. Au bout des canons et au bout des fusils, un oeillet rouge !

Démocratie en construction

Pendant les mois qui suivent, Lisbonne bouillonne d'effervescence révolutionnaire. On refait le monde dans les bars de la capitale. On multiplie les occupations d'usine. On proclame des quartiers autogérés... Les progressistes du monde occidental n'ont d'yeux que pour ce pays, si négligé précédemment. Le reste du Portugal, néanmoins, se tient dans l'expectative, peu ou prou indifférent à tout ce bruissement.

Un gouvernement provisoire se met en place le 15 mai avec à sa tête le général Spinola, président de la République. Il rétablit les libertés et nationalise les secteurs-clé de l'économie. Le leader socialiste Mario Soares, ministre des Affaires étrangères, ouvre immédiatement des négociations avec les mouvements indépendantistes des colonies.

C'est dans la précipitation que celles-ci deviennent des États souverains : Guinée-Bissau en 1974, Angola, Mozambique, Cap Vert et Saint Thomas et Prince en 1975. Macao est un peu plus tard rendu à la Chine populaire. Timor-Est, sitôt évacué par les Portugais, est envahi par les Indonésiens.

Normalisation

Le Conseil de la Révolution du MFA, dominé par une majorité d'extrême-gauche, est dissous après qu'il eut tenté un nouveau coup d'État, le 25 novembre 1975. Les officiers modérés et les partis démocratiques reprennent l'initiative.

Une nouvelle Constitution, d'orientation sociale et démocratique, voit le jour le 2 avril 1976 et les élections législatives du 25 avril suivant consacrent le triomphe de la démocratie parlementaire. Mais la situation politique, économique et sociale du pays ne se normalisera vraiment qu'avec l'entrée du Portugal dans l'Union européenne en 1986.

Version intégrale pour les amis d

Publié ou mis à jour le : 2014-04-25 18:06:11

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Voir les 26 commentaires sur cet article

Guy (28-10-201614:53:12)

Article très intéressant sur un sujet peu connu. Le Portugal pourtant mérite notre intérêt sur sa glorieuse histoire passée et le cheminement vers la démocratie Européenne.

RP.Joscat (05-05-201422:37:10)

Cette vision angélique d'une révolution fleurie venant spontanément de militaires mécontents et apolitiques est charmante mais assez éloignée de la réalité. Avez-vous entendu parler de Boris Ponomarev ? L'histoire factuelle est plus intéressante que la Légende Dorée qui en tient lieu.

Pascal (25-04-201414:53:23)

Bonjour !
Je suis un peu surpris par la fin de votre chronique sur la révolution des oeillets. Le pays, me semble-t-il, a bien failli basculer dans une dictature d'extrême-gauche.
Refus anticipé du résultat des élections par Otelo de Carvalho : "nous ne laisserons pas perdre par la voie électorale les conquêtes du peuple" (sic), interdiction du quotidien Republica etc. Ceci, avec le soutien de certains intellectuels en France, notamment Jacques Fauvet dans un célèbre édi... Lire la suite

Anonyme (25-04-201414:53:02)

Bonjour !
Je suis un peu surpris par la fin de votre chronique sur la révolution des oeillets. Le pays, me semble-t-il, a bien failli basculer dans une dictature d'extrême-gauche.
Refus anticipé du résultat des élections par Otelo de Carvalho : "nous ne laisserons pas perdre par la voie électorale les conquêtes du peuple" (sic), interdiction du quotidien Republica etc. Ceci, avec le soutien de certains intellectuels en France, notamment Jacques Fauvet dans un célèbre édi... Lire la suite

Anonyme (25-04-201414:52:25)

Bonjour !
Je suis un peu surpris par la fin de votre chronique sur la révolution des oeillets. Le pays, me semble-t-il, a bien failli basculer dans une dictature d'extrême-gauche.
Refus anticipé du résultat des élections par Otelo de Carvalho : "nous ne laisserons pas perdre par la voie électorale les conquêtes du peuple" (sic) etc. Ceci, avec le soutien de certains intellectuels en France, notamment Jacques Fauvet dans un célèbre éditorial du Monde. On a pu craindre à un... Lire la suite

Anonyme (25-04-201414:51:19)

Bonjour !
Je suis un peu surpris par la fin de votre chronique sur la révolution des oeillets. Le pays, me semble-t-il, a bien failli basculer dans une dictature d'extrême-gauche... refus anticipé du résultat des élections par Otelo de Carvalho : nous


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