17 janvier 1961

Disparition de Patrice Lumumba

Patrice Lumumba après son arrestation, en janvier 1961 à LéopoldvilleLe 17 janvier 1961, un avion se pose à Elizabethville (aujourd'hui Lubumbashi), capitale de la province du Katanga, au sud du Congo ex-belge. À son bord, plusieurs prisonniers dont Patrice Lumumba (35 ans).

Cet ancien employé des postes avait été nommé Premier ministre du Congo lorsque celui-ci était devenu indépendant. Mais très vite sa flamme révolutionnaire lui valut d'être renversé et arrêté. On ne le revit plus vivant. Il fut assassiné avec deux de ses compagnons.

La mort brutale du dictateur Laurent Kabila, quarante ans plus tard (16 janvier 2001), montre que le Congo n'est toujours pas arrivé à trouver son équilibre.

André Larané

Un mirage désespérant

Dès le lendemain de l'indépendance, le 30 juin 1960, le climat s'était très vite dégradé au Congo en raison du manque d'élites et des dissensions entre les populations de cet immense pays. Dans les rues, les soldats s'en prenaient à leurs officiers européens et aux colons. Ce fut le début des désordres. Ils firent au total quelques 500 000 victimes chez les Congolais et les Européens.

Le Premier ministre Patrice Lumumba n'arrangea rien en plaidant pour un État centralisé en dépit de l'immensité du pays qui rend toute forme de centralisation illusoire.

Dans la lointaine province du Katanga, où se situent les mines de cuivre et de cobalt qui font la fortune du pays, Moïse Tshombé fit sécession avec le soutien actif de la compagnie qui exploitait le cuivre et avec l'appui de mercenaires européens. Patrice Lumumba en appela à l'ONU, qui envoya rapidement des « Casques bleus ». Mais ceux-ci se gardèrent bien de s'immiscer dans les affaires intérieures du pays (un demi-siècle après, ils sont toujours sur place et ne montrent guère plus d'efficacité).

En désespoir de cause, fin juillet, le Premier ministre se rendit à Washington et tenta mais en vain de rencontrer le président EDisenhower. Puis il se tourna vers les capitales européennes. Enfin, en désespoir de cause, il en vint à faire appel à Moscou. L'URSS bénéficiait d'un préjugé très favorable dans les élites du tiers-monde comme d'ailleurs chez les intellectuels européens mais son intervention directe dans la guerre civile du Congo affola les chancelleries occidentales à un moment charnière de la guerre froide, avec le rapprochement de La Havane et Moscou.

Le Premier ministre du Congo Patrice Lumumba

Élimination d'un gêneur

À Washington, le 18 août 1960, lors d’une réunion du Conseil de sécurité nationale, Eisenhower donne l’ordre au patron de la CIA, Allen Dulles, de procéder à l’élimination de Lumumba. « Il y eut un silence de 15 secondes, et on passa à autre chose », confiera un scribe de la réunion, selon le récit de la journaliste anglaise Susan Williams (White Malice.The CIA and the Neocolonisation of Africa, Public Affairs, 2021). Le 27 août suivant, Allen Dulles câble en urgence à Larry Devlin, chef de poste au Congo: « la destitution de Lumumba doit être traitée en priorité absolue ». Il évoque un ordre venu « des plus hautes sphères ».

C'est ainsi que le 4 septembre 1960, Lumumba est révoqué par le président Kasavubu et se voit interdire l'accès à la radio nationale. La paix civile ne se rétablit pas pour autant...

Le colonel Joseph Mobutu, un ancien sergent propulsé chef d'état-major et secrétaire d'État, commet le 14 janvier 1961 un coup d'État, le premier d'une longue série. Il arrête Lumumba et le livre à Tshombé qui le fait exécuter. Le gouvernement belge et la CIA américaine seront très vite suspectés à juste titre d'avoir trempé dans l'élimination du leader congolais, jugé trop « progressiste », trop véhément, trop conciliant aussi avec l'Union soviétique.

Publié ou mis à jour le : 2022-06-10 16:34:54

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net