Les Temps modernes en cartes animées

Vincent raconte... l’apogée de l’Espagne (1492-1640)

En 1492, la toute jeune Espagne est gouvernée par le roi Ferdinand d’Aragon et la reine Isabelle de Castille. La Reconquista (dico) vient d’arriver à son terme avec l’annexion du royaume musulman de Grenade et la reine Isabelle, soulagée,  a accueilli avec bienveillance le projet fou de Christophe Colomb d’atteindre la Chine par le Grand Océan de l’Ouest !...

La péninsule ibérique, désormais unifiée à l’exception du Portugal, s’impose comme le fer de lance de la lutte contre les non-chrétiens et les hérétiques. L’expulsion des juifs en cette même année 1492 s’inscrit dans cette optique, de même que les tentatives de conquête de l’Afrique du nord, dans la continuation de la Reconquista.

L'apogée de l'Espagne (1492-1640)

Les Espagnols prennent Melilla en 1497 mais laissent finalement aux Portugais, déjà présents à Ceuta, le soin de combattre le Maroc. Eux-mêmes tournent leurs ambitions vers le Maghreb central (l’Algérie actuelle) qui est alors divisé en plusieurs principautés. Ils parviennent à s’emparer d’Oran en 1509, de Bejaia et de Tripoli en 1510.

Dans le même temps, l’Espagne doit faire face aux prétentions françaises sur le royaume de Naples dirigé par une autre branche de la dynastie aragonaise. Le roi Ferdinand chasse les Français de la péninsule italienne en 1504 et arrime durablement le royaume de Naples dans l’empire espagnol.

Mais comme les Français reprennent leurs tentatives d’expansion vers l’Italie, une grande coalition se forme contre eux en 1510 : Ferdinand en profite pour conquérir en 1512, à l’ouest des Pyrénées, la haute Navarre en 1512 qui était jusque-là sous influence française.

La lutte contre la France va passer aussi par une politique matrimoniale active : en 1496, un mariage est conclu entre la fille de Ferdinand, Jeanne la Folle, et le fils de l’empereur germanique Philippe le Beau, qui est alors duc de Bourgogne. Ils ont un fils qui deviendra Charles Quint et qui récupère le duché à la mort de son père en 1506.

Cette stratégie d’encerclement de la France va s’avérer particulièrement fructueuse : en 1516, Ferdinand meurt sans héritier mâle, ce qui place son petit-fils Charles Quint sur le trône d’Espagne.

Dans le même temps, la couronne d’Espagne reçoit en héritage les États bourguignons. Trois ans plus tard, c’est à nouveau le jackpot : le jeune Charles Quint perd son grand-père Maximilien, archiduc d’Autriche et empereur du Saint Empire. Il reçoit en héritage tous ses titres. Si on ajoute à cela l’empire aztèque (Mexique) conquis l’année suivante par Cortès au nom du roi d’Espagne, cela fait de l’Espagne l’une des premières puissances du monde, un « empire sur lequel le soleil ne se couche jamais ».

L’impossibilité de tout gérer seul conduit cependant Charles Quint à céder le titre d’archiduc d’Autriche à son frère Ferdinand en 1521. C’est encore un joli coup puisque celui-ci a épousé la sœur du roi de Bohême et de Hongrie. Or, celui-ci meurt sans descendance en 1526, ce qui permet à Ferdinand de récupérer ses possessions. En théorie, voilà tous ces territoires à travers l’Europe et le monde sous l’influence espagnole.

Dès son intronisation, Charles Quint doit toutefois faire face à un adversaire encore plus redoutable que la France : l’empire ottoman. En 1516, celui-ci remporte une grande victoire contre l’Égypte des Mamelouks (dico) et se pose en protecteur de la ville d’Alger contre les prétentions espagnoles. Puis en 1521, il s’empare de Belgrade aux dépens de la Hongrie. C’est donc sur deux fronts que Charles Quint et son frère doivent lutter : celui de l’Afrique et celui de l’Europe.

En parallèle, Charles Quint poursuit la lutte contre le roi de France de François Ier qui s’entête à vouloir soumettre l’Italie. En 1525, les armées impériales remportent la bataille de Pavie et Charles Quint récupère le duché de Milan aux dépens des Français.

Cette victoire va toutefois pousser François Ier dans le camp de Soliman le Magnifique qui s’impose comme le principal danger. Dès 1526, les Ottomans remportent la bataille de Mohács qui leur permet de conquérir une bonne part de la Hongrie.

En 1530, Charles Quint cède Tripoli à l’ordre monastique des Hospitaliers. Il parvient à prendre Tunis en 1535, mais sa flotte subit une défaite décisive trois ans plus tard face à l’amiral Barberousse qui lui fait perdre le contrôle des mers en Méditerranée Orientale. Les Ottomans peuvent s’emparer de Tripoli en 1551, puis de Béjaia en 1555, anéantissant le rêve espagnol d’une Reconquista en Afrique du Nord.

Le monastère royal de l'Escurial, construit sous Philippe II par Juan de Herrera.

Lent déclin

Atteint par ces échecs extérieurs et surtout par la scission religieuse de la chrétienté germanique, Charles Quint se retire du pouvoir un an plus tard en arrangeant sa succession : son titre d’empereur revient à son frère, ce qui tend à détacher davantage les territoires de Bohême, de Hongrie et d’Autriche de l’influence espagnole.

Les autres titres de Charles Quint reviennent à son fils Philippe II qui conserve tout de même un patrimoine immense : non seulement l’Espagne, mais aussi le royaume de Naples et de Sicile, le duché de Milan, les États de Bourgogne, sans compter les possessions américaines qui se sont étendues aux dépens de l’empire inca.

Philippe II d'Espagne, Titien, 1550, Madrid, musée du Prado.C’est un flux ininterrompu d’or et d’argent qui alimente les caisses de Philippe II, ce qui lui permet de rémunérer une armée nombreuse et de mener de grandes constructions telles que le complexe religieux de l’Escurial. Mais cet afflux de monnaie dû à la généralisation de ces métaux précieux a aussi pour effet de provoquer une forte inflation et des faillites en chaîne.

La colonisation espagnole s’étend au-delà même de l’Amérique depuis la vice-royauté du Mexique. En 1565, elle atteint des îles asiatiques délaissées par les Portugais et qui prennent le nom du roi d’Espagne, les Philippines.

Philippe II poursuit aussi la lutte contre l’empire ottoman. Son alliance avec Gênes et Venise lui permet de rassembler une flotte immense qui décime celle ottomane à la bataille de Lépante en 1571. Mais leur défaite  n’empêche pas les Ottomans de s’emparer de Tunis trois ans plus tard. Par ailleurs, la piraterie se poursuit en Méditerranée Occidentale depuis ce qu’on appelle la « côte des Barbaresques ».

Comme son prédécesseur, Philippe II consacre aussi une grande énergie à lutter contre l’expansion du protestantisme dans ses états bourguignons. Sa politique intransigeante à l’encontre de la Réforme finit par provoquer un soulèvement aux Pays-Bas en 1568 mené par le comte Guillaume d’Orange. La réaction musclée des Espagnols ne fait qu’envenimer le conflit, ce qui finit par provoquer la sécession de la partie nord des Pays-Bas. Celle-ci proclame son indépendance en 1581 sous le nom de Provinces-Unies.

Cette perte est toutefois compensée par un gain considérable. En 1578, le jeune roi Sébastien du Portugal est mort sans descendance en livrant bataille aux Marocains. Son oncle disparaît également deux ans plus tard, ce qui place Philippe II dans la liste des héritiers légitimes. Celui-ci impose rapidement ses vues en s’emparant de Lisbonne et acquiert ainsi le titre de roi du Portugal en 1580. Il hérite au passage d’un empire immense qui s’étend sur les quatre continents et qui s’impose comme la première puissance mondiale. L’existence de nombreux petits royaumes chrétiens au Moyen Age aura fini par déboucher sur cette Union Ibérique qu’on peut alors percevoir comme une issue naturelle.

Fort de cet atout, Philippe II engage la reconquête des Provinces-Unies par la prise d’Anvers en 1585, mais cela a pour effet de pousser l’Angleterre dans le camp ennemi. Comme celle-ci pille les galions espagnols dans les Antilles, Philippe II rassemble une flotte de 130 navires pour débarquer en Angleterre, mais cette Invincible Armada échoue face au rideau naval des Anglais et finit par s’échouer dans une tempête en 1588.

Un an plus tard, l’Angleterre tente de débarquer à son tour au Portugal mais sa flotte connaît le même sort. Finalement, la guerre s’enlise et finira par déboucher sur un statu quo.

En dépit de cette sécession des Provinces unies, Philippe II laisse à son fils un empire florissant à sa mort en 1598.

Le début du XVIIe siècle marque un apogée artistique dans tous les domaines : en peinture avec Le Greco puis Velasquez, mais aussi en sculpture et en littérature, notamment avec Miguel de Cervantès qui publie Don Quichotte en 1605. Mais les guerres interminables contre les Provinces Unies, l’Angleterre et la France finissent par provoquer des insurrections au Portugal et celui-ci proclame son indépendance en 1640. Il est imité l’année suivante par la Catalogne. L’insurrection catalane finit par être matée, mais pas celle portugaise : c’est la fin de l’Union ibérique et par bien des égards, la fin de l’apogée espagnol.

Vincent Boqueho
Publié ou mis à jour le : 2024-03-16 09:25:43

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