Le Canada

Une Nation qui résiste

Découvert et colonisé il y a près de cinq siècles par des navigateurs français, le Canada conserve le souvenir de cette lointaine histoire dans le parler québécois teinté de délicieux archaïsmes.

Tôt abandonnée par la France, la colonie s'est ensuite montrée d'une grande loyauté envers la Couronne britannique, laquelle a toujours agi avec pragmatisme à son égard.

Constitué en fédération autonome en 1867, le Canada cultive aujourd'hui l'image d'une grande nation prospère et paisible, réceptive à la modernité et ouverte sur le monde, avec l'avantage de n'avoir à craindre que l'attraction de son puissant voisin...

André Larané
Un défi toujours actuel : résister à l'attraction des États-Unis !

Le Canada affiche près de dix millions de km2 et seulement 36 millions d'habitants (2017), dix fois moins que son puissant voisin.

C'est le pays le plus curieux qui soit, avec, au sud, une frontière quasi-rectiligne sur le 49e parallèle et, dans le grand nord, des limites imprécises qui se perdent au-delà du cercle polaire. Selon sa devise latine (« A mari usque ad mare »), il s'étend d'un océan à l'autre sur plus de cinq mille kilomètres.

À l'Est, les provinces maritimes de la façade atlantique restent vouées à la pêche à la morue. À l'Ouest, entre les Rocheuses et le Pacifique, la Colombie britannique, largement ouverte sur l'Extrême-Orient, est entrée dans la post-modernité avec ses industries du futur et ses jeunes urbains décontractés. Entre les deux, la Prairie, grenier à céréales de la planète, est aujourd'hui saccagée par l'exploitation intensive des schistes bitumineux. Plus au nord, l'immense bouclier canadien couvert par les forêts boréales et la toundra a longtemps attiré les trappeurs en quête de fourrures (l'« or du Canada »). C'est encore aujourd'hui le territoire des peuples autochtones, Amérindiens, Métis et Inuits.

La région du Saint-Laurent et des Grands Lacs est le foyer de la Nation canadienne, tiraillée entre les premiers colons, une poignée de paysans venus du Poitou et de Normandie, vite abandonnés par la mère patrie, et d'autre part les migrants britanniques, fortement soutenus par leurs gouvernants. Cette rivalité a été bénéfique au Canada car elle a préservé la singularité du territoire, découragé toutes les tentatives de rapprochement avec les États-Unis et in fine permis la naissance d'une Nation démocratique, diverse et prospère, qui fait aujourd'hui rêver les jeunes diplômés de la planète.

Le Canada en 2017 (source : Atlas Historica, DR)

Une colonisation mal engagée

Le territoire actuel du Canada a été humanisé il y a à peu près 30 000 ans par des groupes venus d'Asie par le détroit de Béring. Ils vont de proche en proche peupler l'ensemble du continent américain.

Vers l'An Mil, quelques aventuriers vikings conduits par un certain Leif Eriksson ont aussi accosté sur l'île de Terre-Neuve avant de rapidement disparaître. Un demi-millénaire plus tard, Jean Cabot emprunte leur parcours sans s'en douter. Cet explorateur génois au service du roi d'Angleterre est suivi une génération plus tard par Jacques Cartier. En 1534, il nomme le pays Canada, d'après le mot indien qui désigne un village.

Toutefois, pour désigner sa future colonie nord-américaine, l'administration française préfère retenir le nom de Nouvelle-France donné au territoire en 1524 par l'explorateur florentin Jean Verrazane. Le territoire ne possédant ni épices, ni diamants (contrairement à ce qu'a cru Jacques Cartier), sa colonisation ne démarre que très lentement, au siècle suivant, sous l'impulsion de Samuel de Champlain. Le « Père de la Nouvelle-France » fonde Québec en 1608 mais à sa mort, en 1635, la ville n'a encore que 85 habitants adultes !

Le cardinal Richelieu, qui a l'oeil à tout, prend les choses en main ! En 1627, il fonde la Compagnie des Cent-Associés et lui accorde le monopole du commerce de la fourrure et l'administration du territoire. Mais c'est un échec. En 1663, Colbert, ministre de Louis XIV, dissout la compagnie et réorganise la colonie sur le modèle d'une province française avec un évêque, un gouverneur général pour les affaires militaires ainsi qu'un intendant, pour la justice, l'intérieur et les finances publiques. Les terres sont attribuées à des nobles qui les peuplent et prélèvent ensuite des droits seigneuriaux sur leurs paysans. 

Ainsi le modèle seigneurial s'implante-t-il en Nouvelle-France cependant que les colonies anglaises de Nouvelle-Angleterre expérimentent la libre initiative et le self-government !

Les candidats au travail de la terre ne sont pas nombreux et parmi les colons qui débarquent à Québec, la plus grande partie préfère s'enfoncer dans les forêts du grand Nord pour acheter des fourrures aux Indiens. Les Anglais ne restent pas indifférents à ce commerce rémunérateur et créent dès 1670, à Londres, la Compagnie des aventuriers d'Angleterre, plus connue sous le nom de Compagnie de la baie d'Hudson (cette grande baie se situe au nord-ouest de la Nouvelle-France).

La rivalité franco-anglaise, illustrée sur le Vieux Continent par la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1686-1697) et la guerre de la Succession d'Espagne (1702-1713), se transporte dans le Nouveau Monde où elle implique très largement les Indiens (les Iroquois le plus souvent du côté anglais, les Hurons du côté français).

Le congrès d'Utrecht, en 1713, ouvre trois décennies de paix mais c'est au prix d'un renoncement lourd de conséquences pour les Canadiens : la France, en effet, cède à l'Angleterre l'île de Terre-Neuve, l'Acadie et la baie de l'Hudson. Les paysans de la vallée du Saint-Laurent se voient désormais cernés par les possessions anglaises, avec une sortie étroite sur l'océan Atlantique et un débouché incertain vers les Grands Lacs et la vallée du Mississippi.

La forteresse de Louisbourg (île de Cap-Breton, province de la Nouvelle-Écosse), DR

Une colonie abandonnée

Les Français entreprennent sans attendre la construction d'un puissant fort baptisé Louisbourg, sur l'île Royale, aujourd'hui Cap-Breton. Il a vocation à garantir l'accès au Saint-Laurent par les navires venus de France.

Quoi qu'il en soit, l'abandon du Canada par la France est inscrit en filigrane dans le traité d'Utrecht, cinquante ans avant de devenir effectif. L'opinion publique se désintéresse de la colonie. Sous la Régence, on n'a plus d'yeux que pour la Louisiane et ses trésors illusoires.

Tandis qu'on embarque délinquants et filles de joie pour peupler la Nouvelle-Orléans, les Canadiens ne doivent plus compter que sur eux-mêmes et sur leur forte fécondité pour résister à la pression anglaise. Ils sont vingt mille environ au début du XVIIIe siècle tandis que les Anglais de Nouvelle-Angleterre et de Virginie sont déjà quinze fois plus nombreux. Au milieu du siècle, ils sont cinquante-cinq mille tandis que les Anglais des Treize Colonies sont un million et demi ! La messe est dite.

Pendant la guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748), les Anglais s'emparent de Louisbourg mais restituent la forteresse à la signature de la paix. La guerre suivante, la guerre de Sept Ans (French and Indian War en anglais) débute dès mai 1754 avec l'incident Jumonville dans la vallée de l'Ohio. Elle se solde par l'annexion du Canada par les Anglais, officialisée par le traité de Paris, un demi-siècle après le traité d'Utrecht. Les Anglais s'approprient aussi la rive gauche du Mississippi, les Espagnols ayant obtenu la rive droite (jusqu'aux Rocheuses).

La France ne conserve plus en Amérique du Nord que les îlots Saint-Pierre et Miquelon, pour la pêche à la morue. À l'image de Voltaire, l'opinion publique, en France, ne s'en émeut pas plus que ça. Quant aux Canadiens français, ils ont eu le temps de faire leur deuil de la France, celle-ci les ayant depuis longtemps délaissés.

Plutôt Westminster que Washington

Par la Proclamation royale du 7 octobre 1763, le Canada devient officiellement « The Province of Quebec ». Le gouvernement anglais montre d'abord une grande sévérité à l'égard des Canadiens. Ainsi oblige-t-il les candidats à la fonction publique à abjurer le catholicisme par le serment du Test. Il réprime aussi l'usage de la langue française. Mais il se ravise quand éclatent les troubles indépendantistes dans les Treize Colonies et tente alors de se concilier les élites québécoises.

Il va très bien y parvenir par l'Acte de Québec du 22 juin 1774 (Quebec Act). Les Québécois conservent le droit de pratiquer leur langue et leur religion, retrouvent leurs lois civiles, leur système seigneurial et obtiennent un siège au Conseil du Canada. Leur territoire est même quadruplé par adjonction de terres vierges.

Une difficulté inattendue survient lorsqu'arrivent des États-Unis 40 000 loyalistes anglophones désireux de rester sous les lois britanniques... Attirés par les dons en terres et en argent de la couronne britannique, huit mille d'entre eux s'établissent dans la province du Québec, les autres plus à l'Ouest. Comme ces nouveaux arrivants ne veulent pas des lois françaises, il faut encore une fois changer les lois. C'est ainsi qu'est promulgué l'Acte constitutionnel du Canada, qui officialise le partage territorial entre francophones (province du Bas-Canada ou Canada-Est, à l'est de la rivière Outaouais) et anglophones  (province du Haut-Canada ou Canada-Ouest, à l'ouest de la même rivière).

Alexandre Mackenzie (1764 ; 12 mars 1820), par Thomas Lawrence (vers 1800, National Gallery of Scotland)Dans le même temps, les Britannique s'intéressent à l'arrière-pays dont ils n'ont aucune envie de laisser le bénéfice aux Étatsuniens. L'explorateur écossais Alexandre Mackenzie pousse une reconnaissance jusqu'à l'océan Pacifique et au-delà du cercle polaire.

Ces précautions ne sont pas de trop quand éclate la « guerre de 1812 » déclenchée par le président étasunien James Madison à seule fin d'annexer le Canada britannique et, pourquoi pas ? la Floride espagnole.

Grâce au loyalisme de ses sujets canadiens tant francophones qu'anglophones, Londres a vite fait de rabaisser le caquet de Washington. La guerre se conclut le 24 décembre 1814 par la paix de Gand qui consacre le statu quo et prolonge vers l'ouest la frontière des États-Unis suivant le 49e parallèle.

Dans les années qui suivent, les deux provinces canadiennes ainsi que les provinces maritimes (Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard) et Terre-Neuve ne tardent pas à revendiquer une plus grande autonomie et une meilleure représentativité au sein des instances coloniales.

Vers l'émancipation

Dans les années 1830, grâce à l'immigration anglaise et écossaise ainsi qu'à la fécondité des Québécoise, le Canada dépasse le million d'habitants, dont 600 000 au Bas-Canada. Les provinces maritimes qui ont remplacé l'Acadie comptent pour leur part 200 000 habitants et Terre-Neuve 50 000.

Louis-Joseph Papineau (Alfred Boisseau, 1878, Bibliothèque et Archives du Canada)En 1834, Joseph-Louis Papineau, chef du Parti patriote et président de l'assemblée du Bas-Canada, exige une représentativité réelle des institutions et la fin du Pacte de famille qui lie les gouvernants de la province aux possédants anglais.

Trois ans plus tard, les Patriotes en viennent à prendre les armes. La répression est brutale.

Simultanément, dans le Haut-Canada, des colons écossais tentent de profiter de ce que leur région est dégarnie de troupes pour appeler à la république. Là aussi, la répression ne leur laisse aucune chance.

Désireux d'en finir avec l'agitation, le Parlement de Westminster vote en 1840 la fusion des deux provinces au sein d'un Canada-Uni dans lequel les francophones seront minoritaires.

Peu à peu, ces derniers reprennent malgré tout la main dans les institutions gouvernementales. Avec pragmatisme, Londres appelle les leaders réformistes, le francophone Louis-Hippolyte La Fontaine et l'anglo-saxon Robert Baldwin, à partager la fonction de Premier ministre en 1847 !

Au milieu du XIXe siècle, les colonies de la Couronne bénéficient, comme les États-Unis voisins, d'une belle prospérité. En une dizaine d'années, on agrandit les canaux du Saint-Laurent et l'on construit trois mille kilomètres de voies ferrées afin de rapprocher les territoires de ce pays immense. On abolit aussi le régime seigneurial hérité de la colonisation française, ce qui libère le foncier dans la vallée du Saint-Laurent.

Mais tandis que les États-Unis se déchirent dans la guerre de Sécession, les Canadiens ressentent l'urgente nécessité d'une union plus solidaire sous la forme d'une « confédération », avec une « souveraineté générale » autour des sujets d’intérêt commun et une « souveraineté provinciale » pour toutes les affaires locales.

Gestation du Canada moderne

John A. MacDonald (1815-1891), lithographie, vers 1880, Bibliothèque et Archives du CanadaEn 1864, une coalition gouvernementale conduite par les libéraux-conservateurs modérés John A. MacDonald et Georges-Étienne Cartier accueille dans ses rangs le chef radical des Clear Grits George Brown et quatre de ses députés, qui réclament la fin de la French domination et le rep by pop, un mode de scrutin qui reflète le poids démographique de chaque groupe.

Ensemble, ils s'engagent dans une grande réforme constitutionnelle à laquelle ils associent les représentants des colonies maritimes (île du Prince-Édouard, Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse). À l'issue de trois conférences, à Charlottetown (île-du-Prince-Édouard), Québec et Londres, les « Pères de la Fédération » soumettent au Parlement de Westminster un projet constitutionnel qui est voté le 8 mars 1867.

Le 1er juillet 1867 enfin, la reine Victoria promulgue l'Acte de l'Amérique du Nord britannique (AANB). Ce texte donne naissance au Canada moderne avec un Parlement fédéral et un gouvernement central à Ottawa. Pour qualifier le pays, on adopte le néologisme de Dominion (note) de préférence à Royaume.

Paradoxalement, la fédéralisation a pour effet de réduire le poids des francophones dans les institutions, en raison de l'entrée des provinces maritimes à majorité anglo-saxonne mais surtout du fait qu'en-dehors du Québec, toutes les autres provinces privilégient la dominante anglo-saxonne. Elles rejettent le bilinguisme et ne font aucune concession aux minorités ! 

Le fait est frappant en ce qui concerne l'éducation : le Québec accorde à sa minorité anglophone le droit à des écoles séparées ; mais dans les autres provinces, les francophones ne bénéficient pas de semblable contrepartie. Même le Nouveau-Brunswick qui compte une importante minorité acadienne francophone la leur refuse. C'est que les dirigeants de ces provinces craignent que les immigrants européens, de plus en plus nombreux, réclament aussi le droit à un enseignement séparé et refusent l'assimilation.

Il s'ensuivra un siècle plus tard une poussée des revendications indépendantistes au Québec. Mais en attendant, chacun s'accommode des nouvelles institutions, flexibles et adaptées à un pays en pleine expansion. 

Naissance d'une Nation

La Constitution de 1867 offre au Canada une appréciable stabilité politique.

En premier lieu, le gouvernemental fédéral s'attache à renforcer l'unité du pays en lançant la construction d'une voie ferrée transcontinentale, du port d'Halifax à l'océan Pacifique : le Canadian Pacific Railway est inauguré vingt ans plus tard, en 1887.

Les États-Unis ayant acheté l'Alaska à la Russie en 1867, les Canadiens craignent qu'ils ne s'emparent du Grand Nord et la côte Pacifique. Dès 1869, ils se dépêchent en conséquence de nationaliser les territoires du Nord-Ouest, jusque-là propriété de la Compagnie de la baie d'Hudson.

Dans ces territoires, justement, les Métis commencent à s'agiter. Ces quelques centaines de milliers de citoyens francophones sont établis autour de la Rivière-Rouge.

Sous l'impulsion de leur chef Louis Riel, ils obtiennent la création d'une nouvelle province, le Manitoba, en 1870. Mais quelques années plus tard, mécontents du sort qui leur est fait, ils reprennent les armes. Le gouvernement fédéral a cette fois du répondant. Il envoie sur place des troupes par chemin de fer. Louis Riel, capturé, est pendu le 16 novembre 1885 à Regina. Cette péripétie témoigne en filigrane du mauvais sort fait aux francophones en-dehors de leur province attitrée...

Conseillers du gouvernement provisoire de la nation métisse, 1870. Au centre, Louis Riel.

La Colombie britannique et l'Île-du-Prince-Édouard rejoignent la fédération en 1873. Nées de la colonisation de la Prairie, le Saskatchewan et l'Alberta sont enfin fondées en 1905. 

Les dernières décennies du XIXe siècle s'avèrent compliquées. Le réseau ferré décuple et atteint 30 000 kilomètres. Assorti de protections douanières, il entraîne le développement de l'industrie nationale et un triplement du commerce. Mais l'économie, dans son ensemble, patine.

L'immigration européenne est contrebalancée par une émigration vers les États-Unis, dont les villes offrent abondance d'emplois dans l'industrie. L'influence du grand voisin se fait de plus en plus pesante tant dans le domaine culturel que dans le domaine syndical : c'est en effet à l'une ou l'autre des deux centrales étasuniennes que sont affiliés les syndicats canadiens !

Grâce à une forte fécondité (la « revanche des berceaux »), la proportion des francophones dans la population ne faiblit pas. Ils représentent toujours un tiers des quatre à cinq millions d'habitants. Leur communauté reste soudée autour de l'Église catholique. Mais le manque de bonnes terres disponibles dans la vallée du Saint-Laurent obligent un grand nombre de jeunes à émigrer aux États-Unis, vers Detroit notamment.

L'arrivée en 1896 du gouvernement libéral de Wilfrid Laurier, un Canadien francophone, coïncide avec un retournement de conjoncture et inaugure trois décennies de grande prospérité. Le pays retient enfin ses immigrants dont beaucoup viennent d'Europe de l'Est et notamment d'Ukraine. Non sans réticence, la Colombie britannique accueille de nombreux Chinois (la population de ladite province est aujourd'hui majoritairement asiatique). Au final, la population canadienne double et atteint dix millions d'habitants en 1931 (contre 120 millions pour les États-Unis).

Sous l'impulsion de Wilfrid Laugier, Premier ministre jusqu'en 1911, la société se réforme également. Les syndicats se font plus actifs et les femmes obtiennent, province après province, le droit de vote. Le Premier ministre n'arrive toutefois pas à convaincre les provinces anglophones de faire une place aux écoles des minorités et notamment des francophones...

En matière extérieure, Henri Bourassa, petit-fils de Louis-Joseph Papineau, rejette toute forme d'allégeance à Londres comme à Washington, au contraire des impérialistes anglophones qui affichent leur soutien à la Couronne britannique. Quand survient la guerre des Boers, Wilfrid Laugier négocie un compromis en autorisant le départ de volontaires aux côtés des soldats anglais.

La question se pose à nouveau quand éclate la Grande Guerre en 1914. Beaucoup de Canadiens d'origine britanniques s'enrôlent volontairement pour soutenir l'Union Jack. Les engagés canadiens, dont le nombre atteint 600 000, forment un corps d'armée qui va s'illustrer tout particulièrement à Vimy, entre Arras et Lens, en avril 1917. Cet exploit et quelques autres vaudront au Canada le privilège de cosigner le traité de Versailles en son nom propre et non comme Dominion britannique.

Une décennie plus tard, avec la ratification du Statut de Westminster le 11 décembre 1931, le pays acquiert sans heurt une pleine indépendance tout en adhérant au Commonwealth. Le souverain anglais demeure le chef d'État officiel, la fonction étant exercée par un gouverneur général de nationalité canadienne (aujourd'hui David Johnston). Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, c'est par choix qu'une semaine après Londres, Ottawa déclare la guerre à l'Allemagne...

Frappé tout autant que les États-Unis par le krack de Wall Street, le Canada va connaître après la guerre un regain de prospérité. Libéré de toute allégeance à l'égard de Londres, il va dès lors se préoccuper de consolider son indépendance vis-à-vis des États-Unis. Pendant la guerre du Vietnam, nombreux sont les déserteurs qui trouvent asile au nord du 49e parallèle. À l'intérieur, la question francophone va ressurgir avec force avant de s'assagir après l'échec des référendums souverainistes de 1980 et 1995.

En ce début du XXIe siècle, le Canada, apaisé, moins tendu et inégalitaire que son grand voisin, est cité parmi les pays les plus « heureux » de la planète. Mais la préservation de l'identité francophone n'est plus d'actualité...

L'accession à la tête du gouvernement canadien du très libéral Pierre-Elliott Trudeau en 1968-1979 puis en 1980-1984 va entraîner la Fédération canadienne dans une voie inédite, le multiculturalisme, autrement dit l'adaptation de la société et des natifs à toutes cultures des immigrants à venir, dans toute leur diversité.

Cette négation d'une quelconque identité nationale est même inscrite dans la Constitution en 1982. Elle est officiellement présentée comme le fondement de l'identité canadienne en gestation. En foi de quoi, au nom de la liberté individuelle et du respect des cultures, le législateur canadien s'accommode aujourd'hui de toutes les pratiques possibles, y compris quand elles portent atteinte à la liberté individuelle et nient les autres cultures (excision des fillettes, voile islamique etc). L'avenir du Canada ne laisse pas d'intriguer les observateurs. 

Un drapeau consensuel

Par égard pour les Québécois francophones, soucieux de leur différence, la Confédération canadienne a renoncé le 15 décembre 1964 au drapeau de l'Union Jack et l'a remplacé par l'actuel drapeau unifolié à la feuille d'érable.

Le choix a été avalisé par la reine Elizabeth II le 28 janvier 1965.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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