28 mai 1754

L'« affaire » Jumonville

Première guerre de dimension mondiale, la guerre de Sept Ans (1756-1763) débute en Amérique du Nord deux ans avant la déclaration de guerre officielle.

Cette guerre que les Anglais appellent de leur côté French and Indian War (« la guerre contre les Français et les Indiens »), commence avec l'affaire Jumonville, le 28 mai 1754.

La « Belle Rivière » convoitée par Français et Anglais

Les colons français de la Nouvelle-France ambitionnent au milieu du XVIIIe siècle de coloniser la vallée de l'Ohio, la « Belle Rivière », quoiqu'ils ne soient que quelques dizaines de milliers en tout. Pour surmonter leur infériorité numérique, ils s'assurent l'alliance des tribus indiennes, à l'exception des Iroquois. Enfin et surtout, ils érigent un solide fortin dénommé Fort-Duquesne à l'endroit où deux rivières se rejoignent pour former l'Ohio.

Maquette de Fort-Duquesne à la pointe de l'Ohio (musée d'Ottawa), DR

Irrités, les colons anglais de Virginie, qui revendiquent également la vallée, répliquent avec la construction d'un autre fort à proximité immédiate : Fort Necessity.

Le commandant de Fort-Duquesne envoie l'un de ses adjoints, Joseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville, en délégation auprès de l'officier virginien, un certain... George Washington, en vue de le prier de quitter les terres du roi de France.

Georges Washington, jeune lieutenant de la milice anglaise de Virginie pendant la guerre de Sept Ans (1772, Charles Wilson Peale) Le futur président des États-Unis, qui a alors 22 ans, attend  avec ses alliés iroquois la petite troupe. Les Français arrivent avec le drapeau blanc et Jumonville, sans méfiance, se dispose à lire son ultimatum. 

À ce moment-là, semble-t-il, les soldats anglais tirent sur la troupe. Jumonville, blessé, est achevé d'un coup de tomahawk par le chef iroquois. Neuf de ses hommes sont aussi tués, parfois après avoir été torturés. Les autres soldats, au nombre d'une vingtaine, sont capturés. Washington assiste à toute l'opération sans descendre de son cheval.

L'affaire fait scandale en France et même l'anglophile Voltaire se fend d'un communiqué indigné. Le mois suivant, le frère de Jumonville réplique en attaquant le fort virginien avec 500 hommes. Il reçoit la reddition de Washington et celui-ci quitte les lieux sans autre dommage (heureusement pour l'histoire à venir des États-Unis).

Cruelle déconvenue

Les Virginiens ne se tiennent pas pour battus. Le général Edward Braddock attaque à son tour Fort-Duquesne avec 1850 hommes, y compris George Washington.

Mais son armée est proprement  décimée le 8 juillet 1755 par seulement un millier de Français et d'Indiens Ottawas et Potawatomis, dans les bois qui bordent la rivière Mononghela, dans l'actuelle Pennsylvanie. Le général est lui-même tué et c'est à George Washington que revient la responsabilité d'organiser la retraite.

C'est la première fois, notons-le, que des troupes non-européennes ont été mobilisées en masse dans un conflit entre Européens. La démarche va se renouveler quelques mois plus tard aux Indes...

Là-dessus, 3 000 soldats français arrivent en renfort de France sous le commandement du baron de Dieskau. Celui-ci repousse les Anglais au sud du lac Champlain. Mais ses troupes sont épuisées et il ne peut poursuivre son avantage.

Le gouvernement anglais, qui bénéficie d'une écrasante supériorité numérique en Amérique du Nord, n'entend pas lâcher prise. Il  franchit un nouveau degré dans l'escalade et, faute de l'emporter sur terre, il ordonne la saisie de 300 navires de commerce français dans différents ports, partout dans le monde. La guerre générale devient dès lors inéluctable...

Après le conflit, les Anglais victorieux rebaptiseront Fort-Duquesne du nom de Fort-Pitt ou Pittsburgh, en l'honneur de leur Premier ministre. Le nom des frères Jumonville se retrouve quant à lui dans plusieurs artères de Montréal et d'autres villes du Québec.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-20 12:47:39

 
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